Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 25 juin 2013

La Famille Tenenbaum - The Royal Tenenbaums, Wes Anderson (2001)


Dans la famille Tenenbaum, les enfants se sont vite révélés des surdoués. A douze ans à peine, Chas était déjà un maître de la finance, Margot un génie de l'écriture, et Richie une étoile montante du tennis. Mais, un jour, Royal et Etheline, les parents, se séparent. Vingt ans plus tard, le père écume les palaces, Chas essaie d'élever seul ses fils après la mort de sa femme. Margot, dépressive, a épousé un psy et Richie court le monde depuis qu'il a craqué lors d'un match. Un gâchis dont Royal semble être le seul responsable. Mais le voilà de retour, décidé à se faire pardonner.

Après l'attachant galop d'essai de Bottle Rocket (1996) et la révélation critique de Rushmore (1999), Wes Anderson signait son premier classique avec ce joyau qu'est La Famille Tenenbaum. Le côté brouillon de Bottle Rocket et le fil ténu pas encore complètement maîtrisé entre émotion et sophistication de Rushmore, tout cela se voit corrigé dans ce troisième film parfait qui magnifie les qualités entrevues dans les deux premières réalisations d'Anderson. Les héros de Wes Anderson sont le plus souvent des enfants comme coincés dans le corps et les contraintes de la vie adulte (le récent Moonrise Kingdom inversant le propos avec son couple juvénile à passion précoce), conservant une âme immature et rêveuse les empêchant d'affronter le monde réel.

Cette thématique s'inscrit ici dans un drame familial où une fêlure initiale brise l'élan des jeunes enfants surdoués de la famille Tenenbaum. Chas (Ben Stiller) est un génie précoce de la finance, Margot (Gwyneth Paltrow) un prodige de la littérature et Richie (Luke Wilson) un champion de tennis en herbe. Royal Tenenbaum (Gene Hackman) père et mari indigne va par l'incompréhension, la maladresse et le désintérêt qu'il leur porte s'aliéner l'affection de ses trois enfants en quittant le foyer.

 Anderson expose d'ailleurs toute la destinée des Tenenbaum comme un conte de fée inversé dans son ouverture, la narration décalée en voix off (par Alec Baldwin) et l'imagerie bariolée du réalisateur est là pour servir un récit particulièrement triste dans les déconvenues des trois enfants: Margot, enfant adoptée ne se sentant pas légitime au regard de son père, Richie et son amour coupable pour sa sœur adoptive et Chas dont le sentiment d'insécurité se prolonge à l'âge adulte avec le deuil de sa femme.

Cette esthétique rattachée à chaque personnage et son univers constitue ainsi autant une manière de les figer en tant que les icônes qu'ils furent que d'illustrer la prison mentale, le blocage psychologique qui les empêche d'avancer. Le sens du détail d'Anderson sur les objets et les vêtements se mêle ainsi à la photogénie de son casting exprimant ses fêlures avec le dialogue comme rare ponctuation de ce qui passe grandement par la seule image.

Gwyneth Paltrow, ses allures sophistiquées, son manteau de fourrure et son regard perdu est une inoubliable Margot Tenenbaum. Luke Wilson cache les sentiments coupables qui l'agitent derrière une barbe épaisse, lunettes noires et bandeau de tennis tandis que l'anxiété de Ben Stiller se répercute dans son survêtement criard rouge. Le monde des enfants est secret et caché sous ces artifices (à l'image de l'existence par procuration du voisin admiratif que n'a jamais cessé d'être le personnage d'Owen Wilson) tandis que les "adultes" sont des livres ouvert à l'image du père roublard mais attachant campé par Gene Hackman ou du couple charmant formé par Anjelica Huston et Danny Glover.

Sous la maîtrise apparente, Anderson laisse habilement respirer son récit, l'argument de départ (Hackman simulant la maladie pour reconquérir sa famille) étant rapidement éventé pour laisser s'épancher les personnages. Cela peut se faire dans le ludisme le plus charmant (Hackman partant en virée canailles avec ses petits-fils), des moments de grâce muette comme seul Anderson peut créer (la descente de bus de Margot sous le regard émerveillé de Richie) et l'émotion et la détresse la plus poignante où Luke Wilson emporte la mise magnifiquement avec son craquage en plein match de tennis ou sa tentative de suicide sur fond d'Eliott Smith.

C'est en faisant glisser les masques, les rôles où chacun est figé depuis de trop longue années que la famille pourra se reconstruire, Anderson figurant une nouvelle fois cela par l'image avec cet étouffant cadre de maison de poupée s'aérant progressivement (le retour de l'oiseau de Richie quasi le premier vrai plan large extérieur du film), l'optique s'étendant aux comportements des personnages lors de très beaux moments comme l'échange sous la tente entre Gwyneth Paltrow et Luke Wilson s'avouant enfin leurs sentiments.

Plus que pour surligner froidement les évènements, la voix off émeut enfin aussi en dépeignant le dernier échange entre Chas et son père. D'une justesse constante (quel dommage tout de même de ne plus revoir Gene Hackman au cinéma malgré son grand âge désormais), un des meilleurs Anderson qui sous ses bibelots et son univers suranné sait faire vibrer la corde sensible comme personne.

Sorti en dvd zone 2 français chez Buena Vista

dimanche 26 mai 2013

Bottle Rocket - Wes Anderson (1996)


Anthony, Dignan et Bob sont trois jeunes adultes décidés à devenir des cambrioleurs. Ils ne sont pas faits pour ça, mais peut-on interdire aux gens de suivre leur rêve ?

Le petit monde de Wes Anderson s'animait pour la première fois dans ce Bottle Rocket contenant déjà sous une forme maladroite mais attachante les motifs de ses grandes réussites à venir. Le film est à l'origine un court-métrage en noir et blanc dont l'idée sera étendu à un long et qu'Anderson coécrit avec Owen Wilson rencontré sur les bancs de l'Université d'Austin (et coscénariste des futurs Rushmore et La Famille Tenenbaum). Wes Anderson, autodidacte pris par le démon du cinéma (il suivait des études de philosophie avant de se lier à Owen Wilson dans un cours de scénario) ne maîtrise donc pas encore le style décalé et sophistiqué affiché dès le suivant Rushmore et poussé à une forme de perfection dans La Famille Tenenbaum 2001), Fantastic Mr. Fox ((2010) ou Moonrise Kingdom (2012). Ici malgré quelques envolées (la poursuite finale) la forme tient vraiment plus de la production indépendante fauchée mais toute la singularité du réalisateur pointe déjà.

On retrouve ici la thématique d'Anderson sur les hommes-enfants incapable de s'intégrer au monde des adultes avec les trois héros pieds nickelés que nous allons suivre ici. Anthony (Luke Wilson), Dignan (Owen Wilson) et plus tard Bob (Robert Musgrave) sont trois paumés se rêvant cambrioleurs chevronnés malgré un talent que l'on devine tout relatif pour le crime. Ils se construisent un petit monde décalé fait de plans sophistiqués et ingénieux les éloignant d'une réalité qu'ils ne souhaitent guère affronter.

La scène d'ouverture où Anthony simule une évasion virtuose de la maison de repos dont il a simplement été libéré pour stimuler Dignan donne le temps de cette vision biaisée. Admettre la réalité, c'est aussi reconnaître le désordre de leurs vies mais chaque personnage à une manière différente d'aborder le monde. Owen Wilson excelle déjà en doux-rêveurs dont le monde n'est qu'un immense terrain de jeu quand Luke Wilson plus lucide est néanmoins prêt à le suivre partout tant le monde extérieur n'a rien à lui proposer si ce n'est le jugement (l'entrevue amère avec la petite sœur).

La narration brinquebalante ne fonctionne ainsi que sur des moments. D'un côté la loufoquerie des tentatives criminelles de nos héros (le "vol" domestique au début, Owen Wilson se prenant une rouste dans un bar, le rocambolesque casse final) et de l'autre une tendresse et mélancolie suspendue qui fait déjà merveille. La romance entre Anthony et Inez la femme de chambre paraguayenne est ainsi très attachante, la barrière de la langue faisant naître le lien par les gestes et regards.

Anderson parvient déjà à cet équilibre de dynamisme, humour absurde et émotion avec une bande son recherchée où Love côtoie les Rolling Stones et le fiasco final mariant toute cette gamme de sentiment avec le comique de la course poursuite se mariant au beau sacrifice d'Owen Wilson. La galerie de personnages secondaires est très drôle aussi entre Andrew "Future Man" Wilson en grand frère tyrannique et un James Caan roublard. Imparfait mais déjà très attachant premier film pour Anderson.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony