Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 2 septembre 2015

Quatre de l'espionnage - Secret Agent, Alfred Hitchcock (1936)

1916 : une cérémonie funèbre honore la mémoire d'Edgar Brodie, soldat de Sa Majesté et écrivain. Mais tout cela n'est qu'une mise en scène, car Brodie est un espion qui va se voir confier une mission prioritaire. Sous le nom de Richard Ashenden, il doit se rendre en Suisse pour démasquer et abattre un espion allemand. Il est accompagné du Général, assassin sans pitié et coureur de jupons, et rencontre sur place Elsa que sa hiérarchie lui a assignée comme épouse. Ils identifient rapidement un suspect, mais Richard et Elsa tombent peu à peu amoureux et sont de moins en moins convaincus du bien-fondé de leur mission.

Perdu au milieu des grand classiques de la période anglaise d’Hitchcock (juste après Les 39 marches (1935) et un peu avant Jeune et Innocent (1937) et Une femme disparait (1938)), Agent Secret est plutôt considéré comme un opus mineur du maître du suspense. Adaptant un roman de Somerset Maugham, le film sans atteindre les hauteurs des œuvres précitées s’avère pourtant fondamental car il définit l’approche à venir d’Hitchcock dans le cadre du film d’espionnage. Des films comme Les Enchaînés (1946), La Mort aux trousses (1959) ou le plus tardif L'Étau (1969) dépeignent ainsi des personnages déchirés entre leurs sentiments et leur devoir, les romances naissantes ne pouvant survivre à la mission en cours. 

Agent Secret initie cette réflexion du réalisateur par sa description au premier abord froide et désinvolte du monde de l’espionnage. L’existence d’un agent a peu d’importance au regard de son devoir, à la manière de Brodie (John Gielgud) dont la mort est simulée pour lui permettre d’aller incognito traquer un agent allemand en suisse. La légèreté du ton surprend et préfigure presque la série des James Bond durant l’introduction, que ce soit l’entrevue avec le chef des services secret R (Charles Carson), l’acolyte mexicain pittoresque joué par Peter Lorre et bien sûr le jeu de séduction qui va s’instaurer avec l’agent féminin débutant Elsa (Madeleine Carroll). Tout ne semble qu’être prétexte aux bons mots et à une certaine extravagance dans cette vision ludique du renseignement en dépit des enjeux cruciaux.

L’ombre plane cependant sur cette légèreté de façade, que l’on peut déjà deviner à travers le personnage de Peter Lorre qui si l’on fait abstraction de son excentricité rigolard est un psychopathe en puissance (pas si loin de son M le Maudit) pourtant situé dans le camp des « gentils ». Le sale boulot demande pourtant ce type d’individu sans états d’âmes, y compris quand on se trompera de cible et assassinera un innocent. Elsa au départ vue comme une écervelée en quête de sensations fortes verra sa détermination ébranlée, tout comme Brodie perdant de son assurance machiste et les deux vont ainsi se rapprocher. Dans cette idée le fameux agent s’avérera être le personnage en apparence le plus superficiel. La mise en scène d’Hitchcock est soumise à cette prise de conscience, se faisant de plus en plus stylisée au fil des doutes croissant des héros qui constituent finalement le principal danger pour eux alors que l’exécutant froid Peter Lorre parait intouchable.

 La mort s’invite de façon tout d’abord onirique (la découverte du cadavre dans l’église et notamment ce plan en plongée au-dessus de l’orgue), détachée (Brodie assistant à l’assassinat du mauvais agent à distance) avant que la culpabilité frappe nos héros dans une séquence virtuose dans un fondu enchaîné dont la métaphore sur fond d’orchestre évoque le muet. Hitchcock agence certes quelques séquences d’actions et de suspense haletante (la poursuite dans l’usine) mais la tension repose moins la peur de ce qui sera fait aux personnages que de la crainte de ce qu’ils comptent faire.

Infliger la mort ne semble plus aussi naturel et les sentiments face à cet ennemi seront des plus ambigus, ne se révélant pas entre sincérité et manipulations. Une ultime péripétie spectaculaire viendra résoudre le dilemme tout en affirmant un vrai positionnement moral. Hitchcock affinera avec bien plus de brio ces thématiques dans d’autres œuvres mais en dépit de ces maladresses Agent Secret s’avère passionnant. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Filmedia

jeudi 14 octobre 2010

Les 39 Marches - The 39 Steps, Alfred Hitchcock (1935)


À Londres, le Canadien Richard Hannay rencontre, au terme d'un spectacle musical interrompu bien singulièrement, une demoiselle qui se prétend poursuivie. Il accepte de la cacher chez lui où il la retrouve finalement assassinée. Craignant d'être accusé à tort, il entreprend un voyage en Écosse pour prouver son innocence… Arrivé en Ecosse il trouve une personne appelée Antoine Silvagnoli.

Les 39 Marches s’affirme comme une sorte de mètre étalon du thriller hitchcockien que le réalisateur revisitera tout au long de sa carrière. Tour à tour pour l'égaler un peu plus tard avec Jeune et Innocent, en donner des relectures moins brillantes mais efficaces dans La Cinquième colonne ou carrément le transcender pour La Mort aux trousses évidemment.

On trouve ici pour la première fois la figure de l'accusé à tort avec un Robert Donat fuyant les autorités à travers l'Ecosse et l'Angleterre suite au meurtre d'une jeune femme l'impliquant dans une étrange affaire d'espionnage. Le "McGuffin" si cher à Hitchcock repose sur des informations secrètes destinées à être transmises à l'étranger dont on ne connaîtra jamais les tenants et les aboutissants, si ce ne sont les ennemis à la mine patibulaire traquant le héros. On n'y prêtera d'ailleurs attention qu'à la toute dernière partie tant on se trouve emporté par la course effrénée de Donat.

Sacrifiant tout au rythme et aux péripéties, Hitchcock ne conserve que les temps forts du roman de John Buchan pour nous entraîner dans un tourbillon de rebondissements improbables. Tout réalisme est sacrifié au profit d'une efficacité narrative maximale, et Hitchcock use de l’ellipse avec un aplomb irrésistible, poussant la suspension d’incrédulité à des degrés inédits pour l’époque. L’instant le plus marquant dans cette veine serait le moment où Donat vient se dénoncer au commissariat, après l’avoir vu se faire mettre les menottes, la séquence suivante le montre s’éjectant par la fenêtre du bâtiment et détaler sans que l’on sache vraiment comment il a pu se libérer des liens d’acier.

Les idées visuelles brillantes pleuvent (tel le cri de la femme de ménage découvrant le cadavre se confondant dans le montage avec le bruit de la locomotive sortant du tunnel lors de la séquence suivante) et le scénario se montre des plus inventifs dans ses différentes péripéties. La rencontre d'une jeune femme mariée et d'un fermier bourru, grenouille de bénitier, offre un aparté étonnamment poignant. Autre grand moment, Donat qui s'enhardit lors d'un discours politique afin d'échapper à ses poursuivants et surtout les irrésistibles moments de screwball comedy entre lui et la revêche et charmante Madeleine Caroll. Flegmatique et décontracté, Robert Donat en héros traqué est excellent et le couple formé avec Madeleine Caroll certainement un des plus emblématiques de la filmographie de Hitchcock.

La conclusion en apothéose est également annonciatrice de la suite avec son climax dans une salle de spectacle qui sera repris en plus virtuose dans L'Homme qui en savait trop, deuxième version. Hitchcock ose une résolution aussi grotesque dans l'idée que géniale dans l'exécution, un sacré tour de force. Influence majeure du thriller moderne, c’est aussi la preuve à l’heure où l'on ne cherche qu’à vanter des vertus de « réalisme » dans un certain cinéma de divertissement que le talent de narrateur et des personnages forts transcendent toutes les supposées incohérences.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1