Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 10 mars 2015

Quartet - James Ivory (1981)

Marya et Stephan, jeune couple bohème, vivent dans l'insouciance du Montparnasse des années 20. Jusqu'au jour ou Stephan se fait arrêter pour recel d'œuvres d'art. Marya est alors recueillie par un couple de mécènes anglais, bien connu des milieux artistiques.

Quartet est une des œuvres qui amorce la reconnaissance critique en devenir de James Ivory, salué notamment par le prix d'interprétation d'Isabelle Adjani à Cannes (qui réussira l'exploit d'avoir un double prix d'interprétation féminine puisqu'elle est récompensée durant le même festival pour Possession). Le film adapte le roman Postures de Jean Rhys qui s'y inspirait en partie de sa propre existence dans le Paris des Années Folles. C'est un matériau idéal pour James Ivory qui y retrouve ses thématiques sur les rapports de classe et la soumission. Marya (Isabelle Adjani) une jeune anglaise d'origine créole mène une vie bohème et insouciante avec son époux Stefan (Anthony Higgins) jusqu'à ce que celui-ci se fasse arrêter pour recel d'œuvre d'art. Livrée à elle-même tandis que Stefan est condamné à un an de prison, Marya croit trouver une planche de salut quand les Heidler, un couple anglais formé de HJ (Alan Bates) et Lois (Maggie Smith) décide de la recueillir. Pourtant très vite un rapport malsain va s'établir entre les trois.

Le Paris romantique et flamboyant fantasmé de cette période n'existe vraiment que par intermittence et surtout au début du film. Dès l'installation du ménage à trois un lien sordide lie le couple et leur jeune protégée. La bienveillance de HJ n'avait pour but que de posséder (dans tous les sens du terme) Marya, tous cela avec l'assentiment de Lois. Marya après avoir tenté en vain de résister va finalement céder aux avances insistantes de HJ. Le scénario développe avec finesse l'issue inéluctable de cette cohabitation. D'abord par ce fameux rapport de classe, Marya livrée à elle-même n'ayant d'autre choix que de s'abandonner aux assauts de HJ. Son dénuement en fait une proie facile, d'autant que la connivence entre les époux la rabaisse sans cesse à sa condition où elle n'est finalement pour eux qu'un jouet, une sorte d'animal de compagnie dont ils finiront par se lasser (ce qui est arrivé à d'anciennes protégée comme on l'apprendra).

L'essentiel est de maintenir des apparences respectables derrières lesquelles les relations peuvent être plus libres. Le film est également captivant dans sa description sordide de la condition féminine. Toutes les femmes de l'histoire son dépendante d'un "maître", qu'il soit époux, amants ou client qui disposent d'elles à leurs guise. Sans cela, aucune carrière ou quelconque possibilité d'avenir, ce que l'on comprendra avec toutes les tentatives de fuites vouées à l'échec de Marya, la candeur et la vulnérabilité d'Isabelle Adjani ajoutant à ce côté enfant livré à lui-même. Le plus frappant est l'absence de rébellion de ces femmes face à ce destin, Lois acceptant et encourageant avec tristesse les écarts de son époux (magnifique Maggie Smith qui fait passer toutes nuances en silence et avec un détachement de façade).

Marya qui conjugue l'infériorité de sa classe et de son sexe va tomber bien plus bas, tombant finalement folle amoureuse de celui qui la tourmente tant. Isabelle Adjani développe finalement en parallèle de son rôle de Possession une autre expression de la folie, cette fois amenée par celle d'un monde qui ne lui laisse pas d'autre choix que cette soumission déguisée en amour passionnel. Elle semble toujours dominée, affaissée et assujettie par Alan Bates lors de leur scènes d'amours et lorsqu'elle daigne l'affronter on ressent plus une sorte de dépit résigné que de la vraie rébellion.

 Ivory et la scénariste Ruth Prawer Jhabvala renforce le côté passionné et torturé de ces rapports en comparaison du livre, HJ étant plutôt un anglais réfléchi pour lequel ce type de relation est normale au vu de son statut quand la prestation d'Alan Bates tutoie la démence par instant. De même Marya est nettement moins jolie que son équivalent au cinéma rendant naturel cette soumission alors que le drame est plus fort dans le film puisque même la beauté d'Isabelle Adjani ne pourra la sauver. C'est un thème au cœur de l'œuvre de Jean Rhys notamment son livre le plus connu La Prisonnière des Sargasses, sorte préquel de Jane Eyre où elle narrait le destin de la première épouse créole maudite de Rochester.

James Ivory instaure une atmosphère lente, oppressante et mortifère où l'on est bien loin des pétaradantes visions hollywoodiennes des Années Folles. La photo de Pierre Lhomme ajoute un côté terne et blafard qui jure avec l'inspiration impressionniste des compositions de plan d'Ivory, les scènes musicales montrent des danseuses momifiées et fantomatiques et la bande-son réinvente de façon plus contemporaine les deux titres de jazz interprétés par Armelia McQueen comme pour mieux s'éloigner des sons plus pétaradants et joyeux de l'époque. Les femmes restent les grandes perdantes jusqu'au bout et si rupture il y a, ce sera toujours pour tomber dans les griffes d'un nouveau "protecteur" à l'image du final glaçant. Pas le Ivory-Merchant le plus facile d'accès mais absolument captivant.

Sorti en dvd zone 2 français chez MK2
 

vendredi 15 février 2013

Nowhere to go - Seth Holt (1958)


Nowhere to go est l'avant dernier film produit par Ealing, The Siege of Pinchgut l'année suivante constituant le chant du cygne du célèbre studio britannique. Ealing avait déjà perdu un peu de son identité en vendant ses locaux situé dans le quartier auquel il devait son nom et depuis la plupart des films étaient coproduit avec la succursale anglaise de la MGM. Cela se ressent dans le ton surprenant et la noirceur de ce Nowhere to go. Bien sûr en dehors des comédies qui ont fait sa gloire Ealing avait exploré des terrains plus sinueux avec entre autre Il pleut toujours le dimanche (1947) au croisement du polar et du mélodrame ou encore le très sombre film de guerre Went the day well (1942). Malgré tout la profonde identité anglaise caustique demeurait dans ces films quand Nowhere to go donne dans une sécheresse étonnante.

 Le film adapte un roman de Donald MacKenzie et est la dernière occasion de faire fonctionner la politique de promotion d’Ealing où un technicien doué pouvait gravir les échelons jusqu'à la réalisation comme ce fut le cas pour un Alexander McKendrick par exemple. Ici l'heureux élu est Seth Holt auparavant monteur et qui montre déjà un sacré talent. Nowhere to go est un film noir classique et déroutant à la fois. Le poids de la fatalité, du destin tournant en défaveur des protagonistes est un classique des intrigues du genre et ne déroge pas ici. Cependant cet aspect s'articule généralement dans un crescendo dramatique où l'on voit progressivement tout s'écrouler. Ici la construction est quasi conceptuelle avec deux films en un, l'un très positif et roublard et l'autre profondément désespéré.

L'intrigue débute sur une mémorable scène d'évasion silencieuse où on appréciera l'astuce et l'organisation de l'évadé, Paul Gregory (George Nader). Une séquence filmée de main de maître par Holt avec son remarquable usage du décor ferroviaire près de la prison, la photo sombre de Paul Beeson accentuant la nature expressionniste de ce cadre et la manière de magnifier le brio de son héros avec le score jazzy de Dizzy Reece et le générique se déclenchant pile au moment où celui-ci fait exploser sa cellule.

Après nous avoir montré l'assurance sans faille du plan de fuite de Gregory, une narration en flashback nous expliquera la manœuvre audacieuse qui l'a conduit à cette situation. Quelques mois plus tôt, il aura séduit une veuve et compatriote canadienne de passage à Londres pour vendre la collection de pièce rares de son mari. Le flashback dans un montage percutant dévoile à coup d'ellipses inventives l'intelligence de Gregory gagnant progressivement la confiance de sa victime par son charme et bagout, jusqu'à s'introniser intermédiaire de la vente des fameuses pièces.

Une fois la vente effectuée Gregory se laisse volontairement arrêter afin de laisser la valeur de son argent fructifier et en profiter sans crainte à sa sortie mais la peine sera plus lourde que prévue, dix ans, d'où son évasion. Jusque-là on avait un polar enlevé avec un héros malin et charismatique, George Nader le brushing impeccable et le regard charmeur semble toujours avoir un coup d'avance sur tout le monde.

La deuxième partie entame donc comme dans un cauchemar le pendant inversé de cette insolente réussite. Traitrise inattendue, hasard malheureux, tous les "trucs" qui rendaient Gregory intouchable se retournent contre lui comme dans un châtiment inéluctable. Après avoir donné dans l'esthétique enlevée et percutante pour illustrer l'invulnérabilité de son héros, Holt soudain étire plus que de raisons les scènes les plus anodines, Gregory jusque-là avantageusement filmé perd de sa superbe par un Nader de plus en plus éprouvé physiquement mais aussi dans sa manière de le faire évoluer dans son environnement.

Les décors filaient à toute vitesse au départ avec un Gregory avançant sûr de sa force et déterminé, désormais l'ambiance urbaine menaçante le submerge comme une chape de plomb avec ces nombreux plans nocturnes aérien en plongée où il se perd dans l'immensité londonienne. Les demeures élégantes et salons d'enchères prestigieux cèdent aux bars miteux, l'évasion décontractée du début bascule à une fuite désespérée sur les toits.

Rien ne semble entraver la chute dans cette ville où gangsters comme flics constituent tous des menaces et le semblant d'espoir ne viendra que d'une jeune femme innocente incarnée par Maggie Smith qui trouve là son premier rôle au cinéma. Le Nowhere to go prend tout son sens avec cette ville dont il semblait le maître et qui s'avère pour Gregory un piège où il est partout indésirable et pourchassé.

 On pense un peu au Huit heures en sursis de Carol Reed sans la dimension martyr du héros, la compassion n'étant pas la même et le ton neutre jurant avec le grand mélo de Reed. Holt expérimente avec brio, la dernière partie hors de la ville virant presque à l'abstraction, Antonioni n'est pas loin dans la très étrange errance finale en campagne. Un Ealing et un polar déroutant sur une trame pourtant classique sur le papier, belle réussite.


Sorti en dvd zone 2 anglais chez studio Canal et doté de sous-titres anglais