Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Margaret Lockwood. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Margaret Lockwood. Afficher tous les articles

mardi 3 juillet 2018

Jassy - Bernard Kwowles (1947)

Jassy est considéré comme le dernier grand mélodrame du studio Gainsborough. En 1947 Maurice Ostrer, directeur de la production du studio et élément créatif majeur de ses mélodrames à succès, est remplacé par Sidney Box. Ce dernier goutte très peu l'extravagance du registre habituel de la Gainsborough et va réorienter les productions suivantes vers une veine plus réaliste qui ne prendra pas et conduira à la fermeture du studio au début des années 50. En attendant ce virage, Sidney Box est forcé de laisser se faire Jassy dont la pré-production est déjà bien avancée. Il s'agira du plus gros budget de la Gainsborough et de son premier film en couleur.

Jassy (adapté du roman de Norah Lofts paru en 1944) semble réfréner l'outrance habituelle du studio, du moins dans l'intrusion d'éléments fantastiques (réduits aux dons de voyance de l'héroïne) mais très vite l'avalanche de rebondissements (il y a au moins 4 films à faire en creusant les évènements des seules premières 40 minutes) nous ramène en terrain connu. Le jeune Barney Hatton (Dennis Price) s'est juré de reprendre un jour le domaine de Moderlaine, perdu au jeu par son père face à l'infâme Nick Helmar (Basil Sidney). Réduit à une existence de fermier, Barney se lie d'amitié avec Jassy (Margaret Lockwood) fille de gitane rejetée par la communauté car considérée comme une sorcière. Celle-ci sera également victime de la brutalité de Nick Helmar quand ivre il abattra accidentellement son père. Le récit suit plus particulièrement le parcours de Jassy parvenant au fil des difficultés à s'élever, tout en formant un triangle amoureux déchirant avec Barney et Dilys (Patricia Roc) fille de Nick Helmar.

Le grain de folie formel des mélos Gainsborough s'estompe grandement (alors que Bernard Knowles est capable du meilleur dans ce registre en tant que directeur photo sur Love Story (1944) ou réalisateur dans The Magic Bow (1946) voir même plus tard puisqu'on lui doit le téléfilm The Magical Mystery Tour des Beatles) pour ressembler à un drame en costume plus classique, sans la démesure rococo habituelle. Il en va de même du côté sexuel sulfureux habituel du studio, certains éléments de l'intrigue reprennent des éléments de The Wicked Lady (1945) ou The Man in grey (amitié puis rivalité amoureuse entre Patricia Roc et Margaret Lockwood, cette dernière confrontée à un châtelain ombrageux) mais au service d'un romanesque plus lumineux, moins perfide.

Margaret Lockwood a ainsi pour une fois le bon rôle avec ce personnage de basse extraction mais déterminé à réussir par amour. La façon dont son personnage est le seul à rester droit face à la cruauté (Basile Sidney délectable en grand méchant même si moins fin qu'un James Mason), la frivolité (Patricia Roc plus intéressée qu'amoureuse) ou faiblesse de caractère (Dennis Price qui prépare déjà son rôle de Noblesse Oblige (1949)) de ceux qui l'entoure n'est pas sans rappeler la Fanny du Mansfield Park de Jane Austen ce qui tend à ramener effectivement Gainsborough à un courant romanesque plus classique.

Le film n'en reste pas moins réussi et prenant. Bernard Knowles déploie une mise en scène élégante qui fait de la multitude d'environnement (en particulièrement le château de Moderlaine entre maquette stylisée et intérieur fastueux) un régal pour l'œil et l'intrigue dense nous ballade de coup de théâtre en rebondissements où malgré l'excès la cohérence demeure dans la caractérisation des protagonistes. Sans retrouver l'équilibre ténu d'un Leslie Arliss dans les ruptures de ton, le réalisateur pose habilement éléments anodins, personnages secondaires (le très beau rôle de muette d'Esme Cannon) qui prendront tous leur importance dans le drame en cours.

La couleur amène aussi une fraîcheur bienvenue (belle photo de Geoffrey Unsworth) pour l'habitué du studio. Pour résumer donc un Gainsborough plus sage mais qui reste plaisant. Le public anglais ne s'y trompera pas en en faisant le septième plus gros succès de l'année au box-office anglais, un beau chant du cygne aussi pour Margaret Lockwood dont la carrière déclinera lentement ensuite.

Sorti en dvd zone 2 espagnol sans sous-titres français. Le film est également trouvable en entier sur youtube, voilà le lien tant qu'il marche ! 

lundi 18 juin 2018

La Perle noire - Bedelia, Lance Comfort (1946)

Jeune mariée, Bedelia Carrington (Margaret Lockwood) passe une belle lune de miel à Monte-Carlo avec son nouveau mari Charlie Carrington (Ian Hunter). Cependant, un jeune artiste cultivé, Ben Chaney (Barry K. Barnes), commence à sonder son passé avec une étrange curiosité pour elle. Chaney est, en réalité, un détective privé qui soupçonne Bedelia d’avoir, dans le passé, assassiné trois autres maris pour toucher l'argent de l'assurance.

Intronisée femme fatale du cinéma anglais grâce à ses rôles de garce vénéneuse dans les mélodrames Gainsborough (The Man in grey (1943) et The Wicked Lady (1945) en tête), Margaret Lockwood hors du studio donne quelques nuances intéressantes à son emploi de méchante dans ce Bedelia. Le film adapte le roman éponyme de Vera Caspary (célèbre pour être l'auteur de Laura magistralement adapté par Otto Preminger) qui participe d'ailleurs au scénario. Sur le papier le postulat est voisin de nombreux film noir américain de l'époque et on pense notamment à Le Médaillon de John Brahm sorti la même année avec ce même portrait de femme idéale dissimulant un passé possiblement criminel.

Bedelia (Margaret Lockwood) savoure ainsi sa lune de miel avec son nouvel époux (Ian Hunter) quand un jeune peintre va venir troubler leur quiétude en semblant en connaître long sur les secrets de la jeune femme. Le scénario ne la joue pas flashback tortueux comme Le Médaillon mais au contraire distille bien son malaise au présent à travers les attitudes de Bedelia. Margaret Lockwood joue une partition si fébrile qu'on ne sait si elle est une victime oppressée ou une criminelle. Elle dégage une vulnérabilité si authentique que même les éléments suspects (la bague à perle noire) nous place du point de vue de son époux qui semble toujours lui faire confiance et accorder le bénéfice du doute. A l'inverse le jeu neutre du tourmenteur Ben Chaney (Barry K. Barnes) en fait un quasi méchant avant que sonne l'heure des révélations.
Finalement le film opère de façon inverse de Laura qui crée le mystère avant l'apparition de son héroïne, ce mystère se créant par l'omniprésence insaisissable de Bedelia - et figé dans un portrait peint vu en ouverture et conclusion. La mise en scène élégante de Lance Comfort retranscrit cette anxiété diffuse dans des environnements luxueux (le tournage se partage entre Monaco et les décors du studio Ealing) avant de poser une vraie chape de plomb dans la dernière partie (hormis des maquettes grossières notamment lors d'une scène d'accident de voiture). Une œuvre intéressante donc qui doit beaucoup à la prestation de Margaret Lockwood notamment un dernier quart d'heure entre hystérie et tragédie.

 Sorti en dvd zone 2 anglais chez Screenbound et sans sous-titres

jeudi 7 novembre 2013

L'Affaire Manderson - Trent's Last Case, Herbert Wilcox (1952)

Un journaliste enquête sur la mort mystérieuse d'un homme d'affaires de renom.

Trent's Last Case est un whodunit assez astucieux dont l'intrigue adaptée d'un roman de E. C. Bentley connu une première version à Hollywood en 1929 et réalisée par Howard Hawks dont ce fut l'un des premiers films. Au petit matin, un cadavre est découvert dans le jardin d'une luxueuse demeure. Il s'agit de du richissime homme d'affaire Sigsbee Manderson et la nouvelle fait bientôt le tour du monde tant cette mort semble entourée de mystère.

Le journaliste Phillip Trent (Michael Wilding) est dépêché pour mener l'enquête et bien que le jugement opte pour un suicide les soupçons du héros vont bientôt se porter sur la veuve du défunt (Margaret Lockwood) et son secrétaire John Marlowe (John McCallum) soupçonnés d'être amants. D'autres indices sèment le trouble dans option du suicide comme l'arme du crime retrouvé dans la main droite du mort qui était pourtant gaucher. La première partie où Trent sonde et interroge tous ses suspects est un peu longuette car trop bavarde et sans mystère, Michael Wilding supposé mener la danse manquant singulièrement de présence face aux très charismatique suspects incarnés par Margaret Lockwood et John McCallum.

Margaret Lockwood incarne ici un personnage trop innocent pour être honnête et le passif filmique de la star suffit à semer le doute malgré ses airs angéliques et McCallum séduisant et suave affiche une belle présente. On s'ennuie un peu et pense voir venir l'issue quand une remarquable seconde partie nous prend réellement de cours par ses rebondissements. Acculés, les deux suspects racontent les évènements ayant menés au drame initial la narration en flashback permettant enfin de donner un visage à Manderson et quel visage puisqu'il s'agit d'Orson Welles.

La star en 15 minutes de présence vampirise littéralement le film, Herbert Wilcox théâtralisant largement son introduction qui se fait d'abord par sa voix de stentor alors qu’il place face à lui sa femme et son secrétaire qu'il soupçonne. Une fois à l'image, sa présence monstrueuse s'impose littéralement aux autres protagonistes pour qui sa démence ne fait aucun doute.

On va ainsi assister à une terrible machination de la part de cet homme jaloux mais les circonstances et la fatalité vont venir entraver la tournure criminelle de l'ensemble. Difficile d'en dire plus sans déflorer la surprise mais c'est tout à fait étonnant, le final virant même presque au pastiche et à la plaisanterie. Très inégal mais pas déplaisant et du coup curieux de voir la version de Hawks qui se délecterait potentiellement d'une trame pareille.

Sorti en dvd zone 2 anglais et sans sous-titres

Extrait

jeudi 18 octobre 2012

The Man in Grey - Leslie Arliss (1943)


En 1943, une jeune femme faisant partie de la marine britannique et un pilote de la R.A.F. font connaissance lors de la vente des biens de la famille Rohan, dont le dernier membre mâle vient de trouver la mort à Dunkerque. Après que le pilote a tenu des propos calomnieux sur ladite famille, la jeune femme lui révèle que le dernier des Rohan était en fait son frère…

Retour dans l'Angleterre de 1830 : la riche et fragile Clarissa Richmond et son amie d'enfance, Esther Shaw, issue d'un milieu pauvre, se séparent lorsque cette dernière décide de suivre un jeune officier. Clarisse, pour sa part, épouse un dandy libertin, le marquis de Rohan. Quelques années s'écoulent. Clarisse retrouve son amie, devenue actrice, et s'éprend discrètement de son partenaire, Peter Rokeby...


The Man in Grey est une œuvre importante pour le cinéma anglais des années 40. Le film lance la vague des grands mélodrames Gainsborough qui rencontreront un succès considérable durant ces années-là avec leur cocktail de raffinement, romanesque et provocations. De plus le film réuni un casting emblématique où on trouve ici toute les futures stars du genre et pour certaines du cinéma anglais des années à venir.

Margaret Lockwood était déjà une vedette établie grâce aux succès de sa doublette à suspense Une femme disparaît/Train de nuit pour Munich signé Hitchcock et Carol Reed mais c'est réellement avec ce Man in Grey qu'elle se forge une identité auprès des spectateurs anglais avec ce rôle de garce séductrice qu'elle amplifiera encore avec le plus audacieux encore The Wicked Lady. James Mason est un peu dans la même situation, acteur déjà installé c'est avec ses rôles de méchants ténébreux à la Gainsborough qu'il deviendra la star la plus populaire d'Angleterre même si lassé de ces emplois limités il ira poursuivre sa carrière aux Etats-Unis à la fin de la décennie.

De même Stewart Granger trouve là son premier grand rôle en jeune premier romantique fougueux et aussi Phyllis Calvert en femme victime fragile. Ces quatre-là se croiseront plus d'une fois dans les succès à venir du studio : Phyllis Calvert à nouveau tourmentée par James Mason dans Fanny by Gaslight, Margaret Lockwood et Mason couple vénéneux dans The Wicked Lady, Phyllis Calvert séduite par un Stewart Granger retors dans Madonna of the Seven Moons, Granger et Lockwood en couple poignant dans Love Story.

The Man in Grey n'est pas le meilleur mélo produit par la Gainsborough mais il en pose toute les bases, autant par les archétypes des rôles composés par ses acteurs donc, mais aussi par son intrigue (notamment la source littéraire commune que sont les romans de Eleanor Smith adaptée ici ou plus tard pour Caravan) calquée en partie plus tard pour The Wicked Lady ou la réminiscence de certaines scène avec là un Leslie Arliss qui filme presque à l'identique la première apparition nocturne de Stewart Granger et celle de James Mason dans The Wicked Lady.

 L'histoire narre les destins liés de deux amies, Esther (Margaret Lockwood) et Clarissa (Phyllis Calvert). Depuis l'enfance leur nature profonde et leur différence sociale les différencie. Issue d'un milieu pauvre, Esther pour combler ce complexe face à ses camarades adopte une attitude distante et renfermée tandis que l'aisée Clarissa est ouverte et avenante envers tous. Ambitieuse et égoïste, Esther voit ses mauvais penchants atténués par la bonté de Clarissa mais une diseuse de bonne aventure leur prédit une opposition fatale dans le futur si elles poursuivent cette amitié.

On les retrouve quelques années plus tard, Clarissa mal mariée au ténébreux Rohan (James Mason) qui ne l'aime pas et souhait juste qu'elle lui donne un héritier et Esther végétant comme actrice dans un théâtre miteux. Clarissa prend une nouvelle fois son amie sous son aile sans se douter du drame à venir. Rohan perce Esther à jour et ayant reconnu une volonté et une âme noire semblable à la sienne en fait sa maîtresse tandis que Clarissa va tomber sous le charme d'un saltimbanque partenaire d'Esther, Rokeby (Stewart Granger).

 Leslie Arliss développe déjà ici son brio narratif avec cette capacité à rendre limpide une intrigue très dense, en enchaîner les rebondissements rocambolesque sans perdre le spectateur et à alterner les ambiances avec une aisance parfaite. Après une première partie d'enfance posant idéalement le caractère de chacune des héroïnes on bascule donc dans un enchevêtrement romanesque des plus prenants avec ses enjeux impossible à résoudre. Les scènes romantiques chatoyantes entre Phyllis Calvert et Stewart Granger alternent donc avec les étreintes plus torrides de Margaret Lockwood et James Mason mais les codes de ce monde aristocratique empêchent les couples de s'intervertir officiellement sous peine de scandale. Dès lors des solutions plus radicales s'imposent, surtout pour le personnage de Margaret Lockwood prête à toute les bassesses pour prendre sa revanche sur ses origines.

L'interprétation est pour beaucoup dans l'attrait du film. Margaret Lockwood campe un personnage à la dualité plus prononcée que dans The Wicked Lady (où elle était totalement malfaisante), constamment partagée entre sa réelle amitié pour Clarissa et ses rêves de grandeur, avec en point d'orgue une fabuleuse scène où elle a l'occasion de tuer pour de bon sa rivale mais semble prise de remords au dernier moment. James Mason captive par son seul talent ce qui aurait pu être un grotesque rôle de châtelain sadique et est ici extraordinaire par ses moues dédaigneuses (la première rencontre avec Clarissa sommet de mépris) et la perversité constante qui se dégage de ses regards.

Stewart Granger fait preuve d'un beau panache en amoureux fougueux (la bagarre avec Mason excellente) mais son personnage disparait un poil trop tôt. Phyllis Calvert peut parfois être agaçante quand elle se laisse trop aller dans ses élans pleurnichards (ce qui gâchait grandement Fanny by Gaslight) mais trouve ici le ton juste avec cette héroïne passionnée et fragile.

Le film traîne parfois en longueur mais la beauté plastique de l'ensemble happe de bout en bout avec ses intérieurs somptueux, la splendide photo de Arthur Crabtree (futur réalisateur de la firme) et les costumes recherché où pointent les écarts sexy à venir avec les décolletés vertigineux de l'oie blanche Clarissa, les chemises de nuits semi transparentes de la provocante Esther et un James "Man in Grey" Mason qui a fière allure dans ses redingotes collées au corps. Les élans de cruauté et de sadisme sont inédits pour l'époque, on retiendra particulièrement la terrible trahison de Margaret Lockwood et surtout le sévère châtiment que lui réservera un James Mason au regard fou.

Les flashbacks au présent tentent d'amener un peu de candeur à l'ensemble en réunissant à l'ère moderne le coule brisé dans le passé mais c'est surtout cette profonde noirceur et cette provocation qui marqueront les spectateurs anglais qui feront un triomphe au film, incitant Gainsborough à poursuivre dans cette veine. Ce sera fait avec The Wicked Lady, bien plus outrancier et réunissant quasiment la même équipe gagnante. The Man in Grey constitue cependant une belle entrée en matière pour s'initier à l'art encore imparfait de Gainsborough.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Carlton et sans sous-titres. En bonus un documentaire d'époque très intéressant sur la carrière de James Mason commentée par l'intéressé. Sinon le film traîne au complet sur youtube également.

jeudi 10 mai 2012

Give us the Moon - Val Guest (1944)


Pour ce qui est seulement son troisième film, Val Guest réalise avec Give us the moon un objet à l'opposé de ce qui fera sa renommée future au sein de la Hammer avec la notamment cultissime série des Quatermass. Ici on est plutôt dans la tentative de screwball comedy à l'anglaise adapté par Val Guest du roman The Elephant is White de Carl brahms et S.J. Simon. Quelques années après la fin de la guerre, l'Angleterre et plus particulièrement Londres sont en ébullition avec une activité économique en pleine reprise et le plein emploi pour tous. Tous ? Pas tout à fait puisque Peter Pyke (Peter Graves aucun lien avec le futur héros de Mission: Impossible) ancien héros de guerre et fils d'un riche propriétaire hôtelier ne fait rien et mène fièrement une existence oisive au grand désespoir de son père. Alors qu'il reçoit pour la énième les reproches de ce dernier, Peter reçoit une mystérieuse invitation d’une princesse russe désirant le rencontrer dans un restaurant obscur.

Cela dissimule en fait un stratagème des propriétaires pour attirer la clientèle masculine et les faire passer la soirée sur place à consommer dans l'attente de ladite princesse. Ayant deviné l'astuce Peter fait la connaissance de ses auteurs, les "Eléphants", joyeuse troupe d'émigrants russe sans le sous qui vivote ainsi d'arnaque en tout genre. On y trouve un joyeux gouailleur qui sollicite financièrement les passant l'ayant "sauvé" du suicide, un écrivain amateur de femme mariées banlieusarde et surtout la délicieuse Nina (Margaret Lockwood), un peu voleuse et mythomane sur les bords. Peter trouve enfin ses égal en fainéantise et décide d'intégrer la communauté des éléphants mais c'est compter sans son père qui lui confie la gestion d'un de ses nouveaux hôtel.

Voilà un pitch des plus prometteurs mais malheureusement le scénario est assez inconsistant. Peu ou pas de progression dramatique malgré des enjeux bien posés (Peter va-t-il grandir et intégrer le monde du travail ?) et les personnages n'ont guère évolués le générique de fin venus. Cet écueil est rattrapé par le sérieux grain de folie qui contamine l'ensemble. Les personnages sont plus loufoques les uns que les autres à commencer par une Margaret Lockwood irrésistible avec son accent russe outrancier, son débit mitraillette et un festival de minauderies destinées à piéger le gogo. On retiendra également Vic Oliver en aristocrate sans le sous et au verbe haut perché, Roland Culver "l'écrivain" raté qui passe l'essentiel du film affalé dans un fauteuil et Frank Cellier qui en fait également des tonnes en papa soupe au lait. Peter Graves jeune premier insouciant et souriant est fort à son avantage aussi.

Les scènes déjantées s'enchaînent donc sans temps mort et on retiendra plus particulièrement l'arnaque d'ouverture dans le restaurant ou encore un duel au petit matin où chacun des deux adversaires semblent fuir le combat (et surtout la veillée d'armes ou "les amis" se partagent les biens du futur duelliste). Malgré l'aspect un peu sans queue ni tête on rit donc beaucoup et le film se réserve néanmoins un atout qui le rend important. Val Guest aura repéré avant le tournage une jeune adolescente à un cours de danse qu'il décide d'engager sur Give us the moon. L'heureuse élue se nomme Jean Simmons et illumine déjà l'écran pour cette première apparition.

Elle incarne la petite teigne Heidi qui jure comme un charretier, fume et est rétive à toute autorité. Elle offrira ainsi un des moments les plus drôles du film en mettant sens dessus dessous un pensionnat chic où elle a été admise et s'avère même plutôt touchante vers la fin lorsqu'elle s'étonnera d'apprécier les vertus du travail. Rien que pour ses charmants premiers pas (son premier grand rôle dans Les Grandes Espérance de David Lean arrive deux ans plus tard) le film quand même assez oubliable vaut le coup d'œil.

Sorti en dvd zone 2 anglais dans le Coffret ITV consacré à Margaret Lockwood et déjà plusieurs fois évoqué ici.

Extrait avec la tonitruante première apparition à l'écran de la toute jeune Jean Simmons

jeudi 26 avril 2012

Bank Holiday - Carol Reed (1938)


Une jeune nurse qui s'évade pour un week-end avec un son amant. Sa patiente délaissée mourant en accouchant, la jeune femme sera bouleversée par le désarroi du mari.

Sorti la même année que Lady Vanishes, Bank Holiday contribue avec le film de Hitchcock à asseoir la notoriété de celle qui sera la plus grande star anglaise de la décennie suivante, Margaret Lockwood. A la mise en scène on trouve un tout jeune Carol Reed (32 ans à l'époque) qui se situe ici aux antipodes des thrillers qui feront plus tard sa réputation. Le film est en effet un curieux mélange de mélodrame et de comédie, de gravité et de légèreté. Le Bank Holiday en titre désigne la tradition des quatre jours fériés en Angleterre (à l'époque du film en tout cas aujourd'hui ils sont plus nombreux) et le film s'ouvre sur l'imminence de l'un d'entre eux (le 1er mai on suppose vu l'ambiance estivale) à travers différente saynètes comiques en ouverture où les ouvriers jettent soudain leur pelles au loin, les secrétaires tapent frénétiquement à la machine en surveillant l'horloge ou encore les maçon abandonne sac de ciment dès que la cloche retentit...

L'intrigue adopte ainsi un ton contrasté en voguant d'un groupe à l'autre de personnages au destin léger ou dramatique, de leur départ de Londres en train jusqu'à leur séjour au bord de la mer. Pour les plus anodins mais amusant on a un deux jeunes écervelées qui vont participer à un concours de beauté (René Ray et Merle Tottenham délicieusement jolies et superficielles) ou encore une mère de famille (très attachante Kathleen Harrison) qui a bien du mal à gérer sa marmaille turbulente puisque son rustre de mari goute aux divers plaisir locaux plutôt que de l'aider.

La facette dramatique sera évidemment la plus intéressante. On y voit Margaret Lockwood, jeune infirmière assister impuissante à la morte d'une patiente en couche. Touchée par la détresse de l'époux (John Lodge), elle le quitte la mort dans l'âme et il ne quittera plus ses pensées durant son weekend de vacances.

Loin des rôles de garces magnifique à venir de The Wicked Lady ou The Man in Grey, Margaret Lockwood est ici très touchante en infirmière compatissante et amoureuse. Reed amène avec brio les sentiments naissant de cette jeune femme pour cet homme anxieux puis accablé par la perte de son épouse. Le dialogue entre eux avant le drame noue superbement le lien en captant l'étincelle dans le regard d'une Margaret Lockwood surprise d'être si troublée et John Lodge est l'homme idéal et passionné incarné avec sa prestation tout en fragilité.

C'est par leur relation que le film trouve tout son intérêt. En vacances avec son pressant et immature petit ami (Hugh Williams sorte de sosie de Kyle MacLachlan) elle ne songe qu'à cette homme qu'elle a laissé à Londres seul en détresse tout comme ce dernier se partage entre mélancolie et pensée pour celle qui sut si bien le réconforter de à sa perte. Carol Reed use de belles idées visuelles pour tisser ce lien fragile.

Parmi les plus beaux on retiendra ce fondu au noir où le regard de Margaret Lockwood se perd dans les eaux de la Manche pour remonter les eaux de la Tamise dans la scène suivante et capturer le visage tout aussi abattu de John Lodge, illustrant magnifiquement leur pensée commune l'un pour l'autre. Il y a aussi les déambulations de John Lodge dans un Londres vidé de sa population le renvoyant à sa solitude, les souvenirs affluant en flashback refaisant apparaître les mêmes rues grouillantes d'une vie symbolisée par sa compagne encore à ses côtés.

Le film aurait vraiment dû s'axer essentiellement sur cette facette dramatique et approfondir. Les apartés comiques sur les autres personnages sans être raté font au mieux sourire mais on attend constamment de revenir à Margaret Lockwood et John Lodge malgré les interactions que le script tente entre les personnages secondaires. Du coup c'est assez inégal avec pas mal de péripéties inutiles et une fin un peu expédiée alors qu'il y avait mieux à faire. Cependant le beau spleen qui souffle sur le film retient vraiment l'attention grâce à la maîtrise de Carol Reed et Margaret Lockwood irradie l'écran de sa jeunesse, de sa beauté et fragilité. Un joli moment tout de même malgré les défauts.

Sorti en dvd zone 2 anglais dans le coffret consacré à Margaret Lockwood déjà évoqué plusieurs fois sur le blog et doté de sous-titres anglais.

Extrait

lundi 23 avril 2012

Une femme disparaît - The Lady Vanishes, Alfred Hitchcock (1938)


Dans un train en provenance d'Europe centrale, Iris Henderson voyage en compagnie de Miss Froy, une vieille dame britannique comme elle, dont elle a fait connaissance dans un hôtel la veille. Au cours du voyage, Miss Froy disparaît mystérieusement. La jeune femme s’inquiète, mais personne ne veut la croire et on tente de la convaincre qu'elle a tout imaginé.

The Lady Vanishes est l'avant-dernier dernier film de la période anglaise d'Hitchcock (le dernier étant La Taverne de la Jamaïque l'année suivante) dont l'immense succès lui permettra de négocier en position de force son futur départ à Hollywood après l'échec commercial de ses trois précédents films. Au départ cette production Gainsborough ne lui est pourtant pas destinée. Un an plus tôt, le réalisateur Roy William Neill devait réaliser le film sous le titre The Lost Lady mais parti en repérage en Yougoslavie, l'équipe est prise à part puis expulsée par la police locale qui a découvert le portrait peu reluisant fait des autorités du pays dans le script. Hitchcock hérite donc du projet après l'éviction de la première équipe et comme à son habitude remanie considérablement le roman The Wheel Spins d'Ethel Lina White à l'origine du script pour le plier à sa vision.

Par rapport au premier projet Hitchcock invente la contrée imaginaire de la Bandrika en lieu et place de la Yougoslavie, modifie le rôle désormais un peu moins innocent de Miss Froy, introduit les duettistes amateurs de cricket Charters and Caldicott et modifie plusieurs évènements (le trouble de l'héroïne causée par la chute d’un pot de fleur et plus un coup de soleil, le McGuffin ou encore la conclusion alors que le train ne s'arrête jamais dans le livre). Au casting le réalisateur fait confiance à deux inconnus, Margaret Lockwood qui n'a alors que quelques seconds rôles derrière elle et Michael Redgrave surtout célèbre au théâtre à l'époque (et qu'il ne souhaitait guère quitter son ami John Gielgud le convaincant d'accepter le rôle qui ferait de lui une star).

The Lady Vanishes est un des films d'Hitchcock où s'entremêlent le mieux sa causticité et son art du suspense. La première partie est ainsi un régal d'humour anglais où s'illustrent quelques moments savoureux présentant les différents protagonistes coincés dans un hôtel après le retard de leur train. On retiendra ces anglais choqués par le sans gêne de cette femme de chambre locale se changeant en toute décontraction dans leur chambre ou encore l'amusante altercation façon screwball comedy entre le bruyant musicien Michael Redgrave et Margaret Lockwood.

La tension s'instaure de manière fort inattendue le temps d'une brève et mystérieuse séquence annonçant une suite moins détendue. L'intrigue se noue donc durant le voyage en train où Margaret Lockwood perd la trace de l'avenante vieille dame Miss Froy (Dame May Whitty) se volatilise et que personne ne semble l'avoir aperçue. Hitchcock instaure une paranoïa oppressante où la langue inconnue, les personnages double (les plus avenant étant toujours les plus fourbes) et les idées visuelle née de la confusion de Margaret Lockwood créent l'empathie en lui faisant progressivement perdre pied.

A cela s'ajoute une veine plus critique et décalée entre le couple adultère qui par peur d'être découvert refuse d'appuyer les dires de Lockwood ou encore le duo Charters et Caldicott qui fait de même par peur qu'une enquête retarde le train et leur fasse rater un match de cricket (obéissant à un motif récurrent du cinéma anglais de l'époque où les personnages sont punis de leur "anglicité").

Charters and Caldicott sont de pures création des scénaristes Sidney Gilliat et Frank Launder qui les feront réapparaître (toujours incarnés par Naunton Wayne et Basil Radford qui réclameront sans succès une part plus importante dans les intrigues) dans d'autre films comme Train de nuit pour Munich de Carol Reed (très voisin du Hitchcock avec toujours Margaret Lockwood plongée dans un suspense ferroviaire) et le film à sketch Ealing Au cœur de la nuit.

Alors que son argument principal permettrait de tenir un film entier chez un autre, Hitchcock amène lui de nombreux rebondissement surprenant qui relance constamment l'action. Après la paranoïa pure, c'est le jeu de piste, la course poursuite puis le siège qui s'alterneront au sein du train tout au long de l'intrigue trépidante. Hitchcock multiplie les idées ludiques sollicitant constamment notre attention tel les divers indices prouvant la véracité des dires de Lockwood mais que ces interlocuteurs ne voient pas ou trop tard.

L'ensemble est rondement mené avec comme toujours chez Hitchcock son lot de péripéties extravagantes tel cet acolyte adepte de la magie (et une longue et laborieuse scène de bagarre) où cet épilogue où ne voit même pas être neutralisé un comparse qui menaçait nos héros d'une arme ! Un excellent suspense et un des meilleurs Hitchcock de sa période anglaise.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 et pour les anglophones le Criterion est recommandé voire le coffret Margaret Lockwood où la copie est très belle.


vendredi 13 avril 2012

Highly Dangerous - Roy Ward Baker (1950)


Un film d'espionnage aussi fantaisiste qu'efficace que ce Highly Dangerous . Margaret Lockwood est ici une entomologiste que les services secrets britanniques envoient dans un pays de l'est pour étudier les insectes d'un laboratoire local soupçonnés d'être modifié génétiquement pour une attaque biologique. A partir de ce pitch nous sommes partis pour 85 minutes trépidantes, inventives et bourrées de rebondissements inventifs. Au départ avec cette scientifique sérieuse on a le sentiment que Margaret Lockwood délaisse les rôles piquant qui ont fait sa renommée mais quelques indices laissent poindre que ce ne sera pas tout à fait le cas. Elle refuse la mission qui lui est proposée dans un premier temps mais le script révèle les lubies de cette femme rangée lorsqu'on nous la montre surexcitée au volant par un serial radio d'espionnage qu'elle écoute pour le narrer à son neveu avec moult détails.

On ne s'embarrasse pas trop de réalisme (pas de formation au terrain, un rapide briefing et elle est dans l'avion) et on se trouve déjà dans cette république totalitaire hostile. Roy Ward Baker instaure d'emblée une atmosphère oppressante notamment lors de l'arrivée de Margaret Lockwood (dont le jeu anxieux fait merveille) à la gare où la photo de Reginald H. Wyer joue superbement sur les ombres pour y rendre la moindre silhouette menaçante.

Autre atout de taille, Marius Goring grimé et bien vieilli qui campe un mémorable méchant avec ce chef de police à la bonhomie de façade et assez redoutable et perspicace. Le début voit le piège se refermer sur Margaret Lockwood dont le contact est rapidement tué et qui se retrouve aux mains de la police locale. On aura droit à une éprouvante scène d'interrogatoire (ou le montage percutant d'Alfred Roome fait merveille pour traduire la confusion de l'héroïne) avant qu'un étonnant rebondissement nous emmène dans une direction inattendue.

Soumise à un sérum de vérité, Margaret Lockwood pour ne rien révéler se réfugie dans son inconscient et fusionne sa personnalité avec celle du héros radio qu'elle écoutait au début (ce qui est annoncé subtilement précédemment lorsqu'elle choisit Frances "Conway" comme couverture soit le même nom que le personnage radio). Stupéfaction alors notre frêle et fragile héroïne se métamorphose pendant près d'une demi-heure en quasi barbouze totalement casse-cou laissant son seul allié le journaliste Bill Casey (Dane Clarke) complètement dépassé.

Totalement fantaisiste sur le papier, l'argument fonctionne parfaitement à l'image grâce à l'efficacité et au rythme soutenu qu'instaure Baker ne nous laissant pas réfléchir à l'improbabilité de la chose. Margaret Lockwood est excellente pour exprimer ce basculement passant de la fébrilité apeurée à la détermination sans faille et comiquement on a parfois l'impression que c'est Dane Clarke qui remplit le cliché de figure "féminine" peinant à suivre le héros énergique (même si les choses rentrent un peu plus dans l'ordre sur la toute fin). Le suspense est redoutable et les péripéties variées notamment une traque finale en forêt des plus palpitante et une fuite finale des plus fine. On sentait déjà le savoir-faire de Roy Ward Baker dont c'est un des premiers films et qui serait un touche à tous des plus doué du cinéma britannique notamment au sein de la Hammer. Excellent et très enlevé divertissement en tout cas.

Disponible en dvd zone 2 anglais notamment dans un très beau coffret consacré à Margaret Lockwood chez ITV et doté de sous titres anglais.