Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 25 octobre 2011

Les Quatre Filles du Docteur March - Little Women, Mervyn LeRoy (1949)



Les quatre filles du docteur March est l'histoire de quatre jeunes filles, Margaret (surnommée Meg), Joséphine (surnommée Jo), Elisabeth (surnommée Beth) et Amy. Elles vivent aux États-Unis avec leur mère et une fidèle domestique appelée Hannah. Elles appartiennent à la classe moyenne de la société. L'histoire se passe pendant la guerre de Sécession. Leur père, aumônier nordiste, est au front.

Troisième adaptation du célèbre roman de Louisa May Alcott, le film de Mervyn Leroy vient surtout après celle fameuse de George Cukor en 1933 avec Katherine Hepburn en Jo. Une autre œuvre vient pourtant constamment à l'esprit à la vision du film, Le Chant du Missouri de Vincente Minnelli.

La MGM semble avoir clairement défini le chef d'œuvre de 1944 comme le modèle à suivre pour cette nouvelle version et entre les décors aussi factices que luxueux (la pauvreté de la famille March semble du coup très relative), l'avalanche de couleurs et de bons sentiments et un casting en partie identique et dans les même rôles (Mary Astor en maman courage douce et compréhensive, Leon Ames dans le rôle du père absent et la merveilleuse Margaret O'Brien de nouveau en benjamine ravissante) on est guère dépaysé. Si Leroy est très loin d'égaler le bijou de Minnelli, ce Little Women demeure un très beau film.

On découvre ainsi par tranches de vie le quotidien de ces quatre jeunes filles jeunes filles obligées de joindre les deux bouts seules avec leurs mère alors que leur père se trouve mobilisé durant la Guerre de Sécession. La trame se dote d'un écho particulier puisque les familles américaines ont pour beaucoup connue situation similaires quelques années plus tôt (et reprise dans des œuvres comme Depuis ton départ de John Cromwell qu’on peut presque voir comme une transposition moderne du roman) et dans ce contexte cela contribua-t-il sans doute au grand succès du film.

Si c'est bien évidemment Jo magnifiquement interprétée par June Allyson qui est mise en avant, le casting est parfait et chacune des sœurs est parfaitement incarnée par respectivement Elizabeth Taylor en frivole Amy (et une perruque blonde qui demande un léger effort pour la reconnaître au début), Janet Leigh pour la douce Meg et Margaret O'Brien pour la jeune et timide Beth. Le film narre ainsi de l'insouciance de l'enfance finissante à l'âge adulte plus amer, les espoirs, les premiers émois amoureux et échanges qui font les joies et les peines de notre quatuor.

Si Janet Leigh parait un peu effacée, Liz Taylor pimpante apporte un joli vent de comédie par sa frivolité tout en rendant vraiment son personnage attachant. June Allyson est une Jo parfaite avec ses manières de garçon manqué, sa voix grave et son sans gêne et en atténuant ou exagérant subtilement ces attitudes elle porte réellement l'émotion du film par sa fragilité et son indécision.

Et que dire de Margaret O'Brien ici aussi bouleversante que dans Chant du Missouri dont elle réitère ici la force de la séquence de noël à deux reprises lors des remerciements au bord des larmes envers M Laurence après avoir reçu un piano en cadeau et surtout son merveilleux monologue d'adieux à Beth qui arracherai une larme au spectateur le plus endurci, Leroy traduisant le deuil par une ellipse toute en sobriété.

C'est dans ces moments touchant si parfaitement capturés que Mervyn Leroy réussit son film et traduit parfaitement la chaleur et la complicité de cette famille (dont cette belle ouverture où Jo s'étale de tout son long face à ses sœurs moqueuses et faisant mine de ne rien voir). La peur de grandir, de quitter son foyer et de perdre les siens, soit tout ce qui implique la perte de l'innocence et le passage à l'âge adulte est idéalement dépeint ici dans la mélancolie des derniers instants du film.

On regrettera juste une tendance à l'ellipse pas toujours bien gérée et des éléments du livre survolés (les causes de la pauvreté, les convictions et l'engagement du père qu'on ne voit guère d'ailleurs) mais rien qui puisse gâcher le plaisir de cet idéal de film familial. Il semble que le film lance également la carrière hollywoodienne d'un étonnamment bon Rossano Brazzi bien plus intéressant en amoureux maladroit que dans les rôles de séducteur latin qui seront par la suite sa marque de fabrique.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner
Un montage intéressant entre les versions de 1933, 1949 et la plus récente de 1994 (désolé pour la ballade rock FM par contre ^^)

dimanche 4 septembre 2011

Le Chant du Missouri - Meet Me in St. Louis, Vincente Minnelli (1944)


À Saint-Louis en 1903, alors que la ville prépare l'Exposition universelle, la famille Smith vit un bonheur sans histoire. Mais un soir, le père de famille annonce qu'il a obtenu un travail plus avantageux à New York et qu'il faudra bientôt quitter le Missouri. La mère et les trois filles sont en émoi…

En 1944 l'Amérique est plus que jamais plongée dans la Deuxième Guerre Mondiale et la population vit dans l'angoisse des hommes risquant leur vie au front. Voulant faire oublier aux familles cet avenir incertain, les studios se réfugient plus que jamais dans des univers irréels ou fantasmés pour dépayser le spectateur. Le Chant du Missouri parvient à une réussite plus grande encore que cette simple volonté d'évasion en apportant une forme de réconfort aux américains par des thèmes plus proche de leur quotidien ce que son esthétique flamboyante et factice laisse supposer. Ce monde merveilleux et enchanteur que l'on va visiter ne se situe pas dans quelque contrée imaginaire de conte mais dans le Missouri du début de siècle, en ébullition avant l'Exposition universelle à venir en 1904.

Le regard tendre et nostalgique qui traverse le film est issu des récits de Sally Benson qui consigna dans des courtes histoires (publiées dans le New York Times puis plus tard rassemblées dans un livre intitulé 5135 Kensington soit l'adresse de la maison de son enfance) qui relata ses souvenirs d'enfance à travers le regard de la fillette insouciante qu'elle était. Le film malgré quelques infidélités (le point de vue n'est plus celui de la fillette se rattache sans doute plus aux amours des grandes sœurs) capte parfaitement le sentiment de bonheur et de nostalgie exprimé à travers cette vision d'un passé fantasmé, le choix du producteur Arthur Freed d'en faire une transposition musicale renforçant encore l'ivresse. L'introduction de chaque grande séquences de l'année de cette petite famille par une vieille photo datée qui s'anime soudain au rythme des saisons pour faire vivre ce passé retranscrit idéalement cela.

Dès les premières minutes, c'est donc un tourbillon de personnages bondissants, de couleurs flamboyantes et de musique enjouée qui s'emballe sous nos yeux. Minnelli parvient à introduire et caractériser une dizaine de personnages en un rien de temps et chacun s'imprègnera durablement en nous quelle que soit son temps à l'écran ou son importance dans le récit : l'orageux mais aimant père de famille joué par Leon Ames, l'acariâtre servante Katie, la douce sœur aînée Rose même si c'est la cadette espiègle Toothie (vraie surnom d'enfance de Sally Benson comme tous les autres personnages qui conservent les prénom des membres de sa famille à l'écran) et la merveilleuse Judy Garland en Esther qui captivent l'attention.

La première séquence où ce petit monde bouillonne dans l'attente d'un coup de téléphone annonçant une demande en mariage pour Rose nous les présente ainsi exubérants, bruyant et attachant à l'image de la jeune et pétillante Margaret O'Brien (un vrai petit ange confondant de naturel et de fantaisie).

Le Chant du Missouri est un film pratiquement sans vrais conflits ou ressort dramatiques prononcés si ce n'est la menace de s'éloigner de ce havre de paix. Dès lors deux sentiments et types d'atmosphères animent le récit, le bonheur radieux et insouciant qui parait éternel puis la douce mélancolie et la tristesse de se rendre compte qu'il va pourtant bien devoir toucher à sa fin. Le récit se savoure donc plus sur les moments, heureux ou pas qui vont véritablement se figer dans les souvenirs des protagonistes : une soirée d'Halloween mouvementée, la découverte des premiers émois amoureux (merveilleuse scène où Judy Garland trouble son voisin en l'invitant à éteindre les lumières), le bal de noël.

Les chansons, véritable moteur de la narration, ne font pas que l'accompagner mais la transcende totalement. S'il n'y a pas de vraies péripéties marquées, chaque morceau transporte complètement l'émotion de chacun de ces moments voulu comme anodins ou pas. Le Meet me in Saint Louis (vrai standard du début du siècle) d'ouverture exulte de l'énergie qui traverse ce foyer, The Boy next door et sa mélancolie adolescente magnifiquement exprimée par Judy Garland et le poignant Have Yourself a Merry Little Christmas dont les paroles sur la tristesse d'être éloigné du foyer touche quelque chose de bien plus réel et universel à la fois...

Judy Garland réticente au départ à faire le film car désireuse de s'éloigner des rôles adolescents rayonne comme jamais ici, sans doute animée par la vraie romance qui se jouait en coulisse avec Vincente Minnelli qu'elle épousera ensuite. Ce dernier la filme amoureusement et la met divinement en valeur et équilibre l'ensemble du film entre méticulosité historique dans les différents éléments de décors et liberté esthétique absolue par sa manière de les illustrer. Le film se passe comme un rêve éveillé issu du passé ce qui est totalement le but. Le final lors de l'Exposition universelle est un triomphe artistique absolu. Si contrairement au film dans la réalité Sally Benson dû bien quitter Saint-Louis pour New York, les moments heureux ne la quittèrent jamais et c'est exactement ce que réussit Minnelli avec le spectateur qui n'a connu ni ces lieux aimés ni cette époque rêvée.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner dans une belle édition