Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 13 janvier 2016

Rivière sans retour - River of No Return, Otto Preminger (1954)

1875, quelque part dans les Rocheuses de l’Ouest américain. Matt Calder est un ancien détenu récemment libéré de prison qui aspire à la paix de la vie de fermier en compagnie de son fils Mark, neuf ans, qui ne le connaît pas. L’enfant a récemment perdu sa mère et vivote dans la jungle humaine d’un camp de chercheurs d’or transformé en cité champignon constituée de baraquements de fortune et de toiles de tentes. La chanteuse du ‘‘saloon’’ local, Kay, l’a plus ou moins recueilli. Kay et son amant Harry Weston, un joueur, rêvent tous deux d’une autre vie.

Rivière sans retour est une œuvre singulière qui marque la rencontre d’un couple de cinéma mythique avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum. Unique western d’Otto Preminger, le film constitue pour le réalisateur une commande après laquelle il gagnera son indépendance en créant sa propre société de production. Darryl Zanuck impose le projet à celui qui est le réalisateur le plus prestigieux de la Fox à l’époque car l’enjeu est de taille. Il s’agit d’asseoir le statut de star fraîchement acquis de Marilyn Monroe (Niagara d’Henry Hathaway, Les hommes préfèrent les blondes d’Howard Hawks et Comment épouser un millionnaire ont remporté un fulgurant succès l’année précédente) dans une production à grand spectacle. Le prestige est d’autant plus renforcé avec l’engagement de Robert Mitchum qui retrouve Preminger après l’excellent film noir Un si doux visage (1952).

Le spectaculaire et l’ampleur du film repose plus sur son splendide environnement naturel que par ses péripéties. Le scénario de Frank Fenton reprend la construction et le ton d’autres de ses westerns comme Le Jardin du diable (1954) de Henry Hathaway ou Vaquero (1953) de John Farrow où l’aventure est un prétexte au cheminement plus intimiste des personnages et à leurs amours complexes. Ici il s’agira de la construction d’une famille improvisée à travers un Matt Calder (Robert Mitchum), son jeune fils Mark (Tommy Rettig) qu’il connaît à peine et Kay (Marilyn Monroe), fille de saloon amante de l’escroc Weston (Rory Calhoun). Le trio est au trousses de Weston qui les as laissé sans défense en volant le fusil et le cheval de Calder dans un territoire sauvage arpenté par les indiens, afin de valider au plus vite une concession d’or. 

Seul moyen d’échapper à ce danger, en affronter un autre tout aussi grand en traversant une rivière sauvage en radeau pour rattraper le voleur. L’ensemble des protagonistes poursuit un rêve (symbolisé par ce camp de chercheurs d’or foisonnant) plus ou moins superficiel et qui va être mis à mal durant l’odyssée. Calder aspire à être un modèle pour ce fils dont il a été longtemps éloigné, mais la découverte du motif de cette longue séparation va jeter le trouble sur l’image émerveillée que se fait Mark de ce père. Kay quant à elle aspire à quitter les saloons miteux de l’Ouest où elle chante pour mener la grande vie, raison pour laquelle elle défend et se raccroche au pourtant peu recommandable Weston. Les rapports initiaux des protagonistes sont ainsi guidés par leurs aspirations. Matt souillé par un passé criminel et en quête de vertu méprise la « traînée » qu’il voit en Kay, cette dernière semblant prête à toute les séductions pour protéger son amant de la fureur de Matt.

L’enfant sera l’élément qui va les lier et les faire changer d’opinion l’un sur l’autre à travers les attentions maternelles de Kay et la bienveillance virile de Matt. Robert Mitchum est remarquable pour exprimer la dualité entre l’animalité et la brutalité passée du personnage et cet amour paternel qui doit les réfréner. Sa réaction lorsque son fils apprendra par accident son passé est remarquablement subtil et poignante, voyant son regard passer de l’admiration enfantine à l’incompréhension.

Marilyn Monroe trouve là un de ses plus beaux rôles bien que les relations avec Otto Preminger (agacé par les nombreuses prises nécessaires à sa star) aient été orageuses. C’est le rôle (avec Les Désaxés (1961) de John Huston) où elle apparait comme la plus naturelle, le cadre sauvage autant à sa beauté toute sophistication pour une présence charnelle plus libre. Si elle retrouve en partie par instants son emploi de femme enfant inconséquente, Marilyn arbore également un registre plus mature à travers le sentiment protecteur et maternel qu’elle noue avec le petit garçon. 

La séduction n’est plus feinte (la femme fatale qu’elle joue dans Niagara), décalée (ses rôles d’attachante délurée dans Sept ans de réflexion (1955) et Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder) ou subie (les assauts où regards masculins concupiscents présents dans tous ses rôles) mais semble plus authentique et sincère. Les registres précités sont tous abordés à un moment ou un autre dans le film avant de s’estomper à travers la romance naissante des personnages et la merveilleuse alchimie dégagée par le couple qu’elle forme avec Mitchum.

Preminger peut alors laisser s’exprimer un érotisme trouble à travers les sentiments changeants, exprimés avec une douceur anodine (Marilyn engourdie frictionnée par Robert Mitchum fixé par un regard énamouré) ou un désir plus violent où Calder doit maîtriser ses bas-instincts. La magnifique prestation de Marilyn est rehaussée par ses prestations vocales, chaque chanson étant un prolongement des facettes de Kay : ambitieuse sur One silver dollar, séductrice sur I’m gonna file my claim, maternelle avec Down in the meadow ou et mélancolique sur la sublime interprétation finale de River of no return.

Les péripéties sont anodines et semblent presque là pour agrémenter le récit d’action tant bien que mal (les indiens, la rencontre avec les deux prospecteurs) si ce n’est les tumultueuses scènes en radeau. Preminger déploie un scope majestueux qui met superbement en valeur le décor naturel (tournage dans parcs nationaux de Banff et de Jasper au Canada) dans un somptueux panorama où cette rivière agitée offre une vue aussi imprenable que dangereuse sur la nature environnante. 

Hormis les plans rapprochés des scènes de radeau filmées en studio (et plutôt bien intégrés aux extérieur par un montage habile), Preminger accompagne la descente de cette rivière de façon spectaculaire, à coup de travelling latéral lointain mettant en valeur toute la dangerosité du parcours. Le morceau de bravoure réside bien là, confondant le défi physique et mental des protagonistes remontant le courant de leurs aspirations factices pour découvrir leurs vraies attentes au bout du chemin. C’est le sentiment qui nous anime au terme d’une ultime séquence génialement machiste en façade mais l’expression d’une tendresse rompue aux rudesses de l’Ouest. Superbe ! 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

mercredi 7 octobre 2015

Les Rois de la piste -The Fireball, Tay Garnett (1950)

Un orphelin, Johnny Casar quitte son foyer dirigé par le père O'Hara pour devenir une vedette de patin à roulettes avec l'aide de la dévouée Mary Reeves. Le succès monte à la tête de Johnny, et des femmes comme Polly court après sa fortune et sa renommée.

The Fireball est un film sportif opérant selon un schéma classique du genre mais qui trouve une réelle identité en se pliant à la personnalité de son exubérante vedette, Mickey Rooney. Celui-ci entame déjà la pente descendante après des années de succès au sein de la série des Andy Hardy qu'il interprète depuis l'adolescence. Le virage vers des rôles adultes sera plus compliqué et alors qu'il a déjà la trentaine et trois mariages au compteur. The Fireball sera sa dernière interprétation juvénile tout en tenant néanmoins compte de sa maturité à la fois dans le scénario mais aussi la caractérisation de son personnage.

Ayant déjà atteint l'âge de voler de ses propres ailes, l'orphelin Johnny Casar (Mickey Rooney) complexé par sa petite taille reste cloitré et trahi sa crainte du monde extérieur par colère constante. Une rage bien illustrée lors de la scène d'ouverture où on le voit vandaliser tous les symboles (ballon de football, gant de baseball, livre...) d'un possible épanouissement. La bienveillance du père O'Hara (Pat O'Brien) ne pourra rien pour l'apaiser et ce n'est que le temps d'une fugue et d'un concours de circonstances que Johnny va se découvrir une passion inattendue pour le patin à roulettes.

Bien encadré par la belle Mary (Beverly Tyler), notre héros va ainsi faire des progrès fulgurants et se lancer dans la compétition. L'extravagance et le bagout de Mickey Rooney permet de donner un tour plus ludique à la progression de Johnny. Son manque de confiance en lui et ses complexes se compensent ainsi par une forfanterie de tous les instants, ses moqueries publiques envers le champion en titre le forçant à se mettre au diapason lorsque ce dernier finira par le défier. La provocation précède la performance, l'abnégation et le talent de Johnny ne pouvant s'exprimer qu'une fois dos au mur après avoir trop bombé le torse. Cela rend dans un premier temps les personnages très attachant dans sa maladresse et besoin de lumière, mais ces qualités deviennent des défauts une fois arrivé au sommet. La confiance vira à l'arrogance, les airs de défi au mépris de ses coéquipiers et la quête d'attention au pur narcissisme. Le mal est tellement ancré qu'il ne pourra aller au-delà que dans les tous derniers instants.

Tay Garnett film avec une sacrée énergie et inventivité ces courses de patins, à la fois dans leur hargne brutale (où l'on n'hésite pas à envoyer l'adversaire dans le décor par tous les moyens) et leur vitesse frénétique. Mickey Rooney plutôt bon aux patins donne de sa personne même si l'on devine le doubleur dans les instants les plus risqués, quand ce ne sont pas les effets spéciaux qui le mettent en valeur (tous les passages grossiers où il patine avec une rétroprojection de la piste). On sera étonné de croiser l'auteur Horace McCoy au scénario, l'énergie et la joie galvanisante de ses courses de patins étant en tout point opposés aux pistes des éreintants marathon de danse qu'il dépeignait dans son classique On achève bien les chevaux (plus tard adapté par Sydney Pollack). Une œuvre trépidante et fort plaisante donc où l'on croisera dans un petit rôle une débutante nommée Marilyn Monroe (qui tourne le Eve de Mankiewicz la même année) dont la carrière effectuera un parcours inversé à celle de Mickey Rooney.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

Extrait

vendredi 8 mai 2015

Certains l'aiment chaud - Some Like It Hot, Billy Wilder (1959)

Deux musiciens de jazz au chômage, mêlés involontairement à un règlement de comptes entre gangsters, se transforment en musiciennes pour leur échapper. Ils partent en Floride avec un orchestre féminin. Ils tombent illico amoureux d'une ravissante et blonde créature, Sugar Cane, qui veut épouser un milliardaire.

Certains l’aiment chaud est un sommet de la comédie américaine et assurément le film le plus populaire de Billy Wilder. Avec La Garçonnière sorti l’année suivante, le film constitue même le dernier vrai grand succès du réalisateur pour qui la suite de la carrière sera commercialement (et certainement pas qualitativement) plus difficile. Il faut dire que les éléments s’agencent avec une rare perfection dans Certains l’aiment chaud, par la grâce du script coécrit avec I. A. L. Diamond (et remake officieux de Fanfare d'amour (1935) de Richard Pottier ayant déjà donné un pendant allemand en 1951, Fanfaren der Liebe) et par le moment charnière où sort le film. Certains l’aiment chaud est un aboutissement des différents courants ayant traversés la comédie américaine depuis les années 20 et en annonce également les voies futures.

Wilder paie ainsi son tribu à son mentor Ernst Lubitsch dont il revisite la sophistication à l’aune de la culture américaine. Dans ses œuvres les plus fameuses des années 30, Lubitsch se sera plut  placer des personnages sans le sou au cœur de l’aristocratie européenne où, en quête de réussite sociale ils bouleversaient les codes moraux (le triangle amoureux de Sérénade à trois (1933), la femme adultère de Ange (1937) et/ou de classes (Haute pègre (1932).

Wilder plongera ici deux musiciens de jazz fauchés (Tony Curtis et Billy Wilder) ainsi qu’une chanteuse naïve et sexy (Marilyn Monroe) dans l’aristocratie plus vulgaire des nantis américains représentée par la cité ensoleillée de Miami où viennent se prélasser les milliardaires libidineux tel que Osgood (Joe E. Brown). La morale est bafouée par un travestissement double, sexuel avec nos musiciens contraint de se grimer en femmes et social lorsque Tony Curtis se fera passer pour un riche hériter correspondant en tous points aux attentes de Sugar Cane. 

Cette dimension référentielle est riche au point de s’étendre aux acteurs eux-mêmes, Marylin Monroe revisitant avec plus de tendresse encore son rôle de gold digger de Les Hommes préfèrent les blondes (1953) et jeune fille sexy malgré elle de Sept ans de réflexion. Wilder exploitait d’ailleurs dans ce dernier pour la première fois la parodie cinématographique (Frank Tashlin fait de même au même moment dans ses films avec Jayne Mansfield) à travers les fantasmes de Tom Ewell (le détournement du baiser sur la plage de Tant qu’il y aura des hommes (1953). Ici le film de gangster des années 30, le début avec ses courses poursuites, coups de feux et bouges alcoolisés clandestins laissant  penser à quelques dérapages près que l’on est dans un vrai film du genre notamment par la présence menaçante de George Raft en « Spats » Colombo. 

Le slapstick s’invite aussi grâce aux courses poursuite délirantes entre les deux héros et les gangsters tout droit sorties d’un film des Marx Brothers par leurs incohérences assumées (le changement de vêtement en un clin d'œil le temps de prendre l’ascenseur lors du final). Wilder s'auto-cite même avec la scène chargée de tension sexuelle où Marilyn et Jack Lemmon sont ensemble dans une couchette de train (pour une fête improvisée où Lemmon ne saura plus où donner de la tête), copie carbone de celle d’Uniformes et Jupons Courts (1942), première comédie et film hollywoodien du réalisateur. Cette somme d’influence s’oublie totalement grâce à l'agencement parfait de la chose. Le duo Lemmon/Curtis fonctionnent vraiment à merveille notamment un Lemmon (remplaçant d’ailleurs un Frank Sinatra qui déclina le rôle car refusant de se travestir) qui se lâche totalement dans les instants les plus nonsensiques. 

La confusion des genres pourtant bien présente échappe  la censure par le jeu plein de fantaisie de Lemmon, tout comme la « guérison » de l’impuissance de Curtis par les charmes miraculeux de Marilyn. Celle-ci conjugue avec brio humanité, présence sexy (notamment les séquences chantées qui font passer une gamme d’émotion subtile sur la quête d’affection de Sugar/Marilyn) et timing comique irrésistible pour une prestation étincelante dont elle a le secret.

Billy Wilder était décidément le meilleur pour la diriger même si elle lui mena la vie dure avec ses absences et retards répétés - elle vivait alors un drame personnel terrible puisqu’elle fit une fausse couche durant le tournage. On a du mal à imaginer une autre dans le rôle alors même qu’un Wilder traumatisé par l’expérience de Sept ans de réflexion envisagea d’abord Mitzi Gaynor.

Dernière influence et thématique majeure du film, la question du fantasme impossible  réaliser. Un thème au cœur de l’œuvre de Preston Sturges (précurseur et mentor de Wilder notamment en pavant la voie aux scénaristes aspirant  la réalisation) où l’idéal artistique pompeux d’un réalisateur se confronte à la réalité économique (Les Voyages de Sullivan (1941)), où un héros de guerre n’est pas ce qu’il parait être (Hail the conquering hero (1944)) et un mari jaloux rêve des manières de tuer sa femme (Infidèlement votre (1948)). Là encore Wilder endosse magnifiquement la question, le bonheur reposant sur ce fantasme avorté. Sugar Cane renonce ainsi  à ses rêves de châteaux en Espagne pour céder une fois de plus à un de ces saxophonistes si peu recommandables, révélé dans un pur moment queer (Curtis l’embrassant encore travesti en femme). Et évidemment les conventions implosent par la grâce d’un ultime dialogue génialement absurde : 

Daphné : « We can't get married at all »
Osgood : « Why not ? »
Daphné : « Well, in the first place, I'm not a natural blonde ! ».
Osgood : « Doesn't matter… »
Daphné : « I smoke. I smoke all the time. ».
Osgood : « I don't care. »
Daphné : « I have a terrible past. For three years now, I've been living with a saxophone player. ».
Osgood : « I forgive you. »
Daphné : « I can never have children ».
Osgood : « We can adopt some »
Daphné en ôtant sa perruque : « You don't understand, Osgood, I'm a man! ».
Osgood : « Well... nobody's perfect! »

Wilder atteint donc une forme de perfection qu’il malmènera dans les mal-aimés mais tout aussi géniaux Un,deux trois (1961) et Embrasse-moi idiot (1964). Il trace en tout cas la voie aux nouveaux maîtres de la comédie que seront Blake Edwards ou Richard Quine. 

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez MGM

lundi 1 décembre 2014

Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)


A Reno, Roslyn s'apprête à divorcer. Fasciné par la beauté de la jeune femme, un cow-boy entre deux âges lui demande de partager son existence. Elle se lie également d'amitié avec un riche éleveur et un garagiste veuf. Ils paraissent comblés mais subissent en fait une misère affective et intellectuelle.

Film crépusculaire par sa thématique, Les Désaxés endosse cette dimension de façon plus puissante encore à postériori de par le destin tragique de ses interprètes et son statut symbole de la fin de l’âge d’or Hollywoodien. Le film est l’adaptation d’un roman d’Arthur Miller par lui-même et constitue un cadeau à son épouse Marilyn Monroe, un écrin à son talent avec un personnage largement inspiré de sa vie. C’est aussi une tentative de faire se ressaisir une Marilyn à la dérive depuis quelques années entre addictions aux médicaments, mal de vivre et un mariage qui se délite. Plutôt qu’une thérapie, Les Désaxés constituera surtout  un testament pour la star qui tourne là son dernier film (terminé puisque le Something got to give de George Cukor restera inachevé) tout en trouvant un de ses rôles les plus touchant.

Roslyn (Marilyn Monroe) est une jeune femme se trouvant à Reno pour divorcer. Mélancolique, déçue par les hommes et ne sachant que faire de sa vie, elle va faire la rencontre du cow boy vieillissant Gay (Clark Gable) et de son ami Guido (Eli Wallach). Elle va les suivre pour un temps et découvrir les plaisirs d’un Nevada sauvage oublié, tout en cédant au charme viril de Gay. Ce paradis perdu va pourtant montrer progressivement son envers plus torturé, tandis que ce révèle les fêlures des protagonistes. Marilyn Monroe arrive comme déjà dit sur le tournage dans un état physique et psychologique désastreux et qui sur confirmera durant la production difficile entre ses nombreux retards, les absences et les interruptions de tournage comme lorsqu’en aout 1960 elle doit être admise en cure de désintoxication pour deux semaines. 

Ce rythme épuisera un Clark Gable vieillissant et en perte de vitesse qui depuis quelques années accepte enfin son âge dans le choix de ses rôles. Les nombreuses prises dues aux atermoiements d’une Marilyn ne sachant pas et/ou remaniant son texte, le choix courageux de réaliser lui-même ses cascades, tout cela conduira à le faire vaciller et il mourra deux semaines après la fin du tournage. Montgomery Clift apporte également ses démons sur le plateau, sa dépression et son alcoolisme s’ajoutant à un visage abimé par un terrible accident de voiture en 1956 après lequel il ne sera plus jamais le même à l’écran. Jamais aussi à l’aise que dans ce type de chaos, John Huston dirige l’ensemble avec le sens de l’anarchie qu’on lui connaît, arrivant fin saoul certain matin de tournage et accumulant les dettes de jeu que la production doit couvrir.

L’usine à rêve se montre sous un jour fort déplaisant derrière les paillettes et offre un pendant réel à la dérive de l’autre terre de légende dépeinte dans l’intrigue, l’Ouest. La vie au grand air, l’abandon de soi et l’amour passionné semble ainsi faire renaître une Roslyn rayonnante auprès d’un Gay attentionné. Les personnages doivent pourtant se reconstruire d’une manière plus profonde car l’existence qu’ils poursuivent est une illusion. 

Ils s’y raccrochent tous pour des raisons que l’on découvrira progressivement : Perce (Montgomery Clift) est un éleveur dépossédé de son domaine errant de ville en ville, Guido ne s’est jamais remis de la mort de sa femme ainsi que de son expérience de la guerre et Gay sous la désinvolture souffre de ne plus voir ses enfants. Dès lors chacun s’agrippe à son mirage avec la force du désespoir, quitte à se perdre. 

Le visage défait de Montgomery Clift et son allure frêle viennent ainsi se frotter aux rigueurs du rodéo où chaque choc est une façon de mieux oublier les douleurs présentes. Guido n’aura de cesse d’observer Roslyn d’un désir brûlant et angoissé, sans oser franchir le pas si ce n’est de façon révoltante dans la dernière partie. Enfin Gay poursuit le geste valeureux des pionniers en partant à la chasse de chevaux mustang dans le désert du Nevada. 

Mais quand cette chasse (qui n'a plus rien de valeureux dans son procédé) se justifiait par les services que rendaient les bêtes et le plaisir de les chevaucher, l’issue ne servira qu’à en faire de na la nourriture en boite pour chien. A quoi bon si les derniers vestiges d’un temps révolus ne reposent plus sur rien ? Le western crépusculaire et post-moderne naît en partie ici et trouvera son essor avec le tout aussi nostalgique et réussi Seul sont les indomptés (1962) de David Miller.

Marilyn Monroe, fragile comme une feuille d’arbre et d’une sensibilité à fleur de peau semble prête à s’effondrer au moindre désagrément. Ayant toujours su exprimer cette vulnérabilité même dans ces rôles les plus comique, elle fascine et émeut comme jamais ici en se mettant à nu (au propre comme au figuré, sa beauté n’ayant jamais été plus palpable et naturelle) avec un naturel confondant. Les fêlures se devinent douloureusement sous l’attrait, tout comme l’usure sous la présence virile de Gable et le mal-être dans le visage refaçonné et le regard perdu de Montgomery Clift. Les icônes sont à bout de force, le Hollywood de l’âge d’or touche à sa fin et ils sont enfin libres de prolonger cette faiblesse à l’écran dans une approche nouvelle. 

L’Ouest est un cimetière, un mirage dont les héros doivent s’échapper s’ils veulent renaître et après l’ouverture idéalisée, Huston capture cet espace d’une façon funèbre à travers le somptueux noir et blanc de Russel Metty. S’il laisse une chance de renouveau à ses personnages dans un magnifique final, la vie n’en laissera guère à ses acteurs qui disparaitront tous dans des circonstances tragiques (hormis Eli Wallach mort récemment à l’âge vénérable de 98 et dont le meilleur était devant lui contrairement à ses partenaires).


Sorti en dvd zone 2 et en bluray chez MGM

jeudi 3 juillet 2014

Niagara - Henry Hathaway (1953)

Ray et Polly Cutler sont en séjour à Niagara Falls. Ils font la connaissance de George et Rose Loomis, un couple au bord de la rupture. Rose annonce la disparition de son mari aux Cutler et a la désagréable surprise de reconnaître à la morgue le cadavre de son amant...

Niagara est le film qui met définitivement sur orbite la carrière de Marylin Monroe à Hollywood. L’actrice avait auparavant su se faire remarquer par sa présence sensuelle dans Eve (1950) de Mankiewicz, Quand la ville dort (1950) de John Huston et également se montrer sous un jour comique dans Chérie je me sens rajeunir (Howard Hawks, 1952) comme dramatique sur Troublez-moi ce soir (Roy Ward Baker, 1952). Niagara la voit enfin se placer en tête de distribution, les circonstances ayant jouée en sa faveur. Anne Baxter se désiste ainsi au profit de Jean Peters et James Mason (sa fille ne souhaitant pas voir son père mourir une fois de plus à la fin d’un film) à celui de Joseph Cotten.

Les remplaçants sont d’excellents comédiens mais pas réellement de grande star et du coup le scénario évoluera pour mettre de plus en plus en avant le personnage de Marilyn.
On remarque largement cette orientation où un banal récit d’adultère et de vengeance se voit relevé par son cadre flamboyant (les chutes du Niagara bien sûr) et la présence vénéneuse de Marylin. Alors que son sex-appeal se popularisera surtout dans le registre de la blonde ingénue attachante (Sept ans de réflexion (1955), Certains l’aiment chaud (1957), il est étonnant de voir que son premier vrai succès sera dans un rôle négatif et mémorable de femme fatale.

Epouse d’un homme instable et désespérément amoureux, Marilyn Monroe incarne ici une femme manipulatrice et détestable qui va monter un stratagème complexe afin d’éliminer l’encombrant mari et fuir avec son amant. Seul obstacle à ses projets, le couple voisin  de son bungalow et plus particulièrement Polly (Jean Peters) qui va découvrir son double visage adultère. Rien de bien original donc si ce n’est que Henry Hathaway met toute sa mise en scène au service des formes de Marylin. Sa première apparition témoigne autant de l’attrait que de l’hypocrisie du personnage avec cette pose lascive dans son lit avant de faire semblant d’être endormie lors du retour de son époux dans la chambre. 

Hathaway s’entendit merveilleusement avec Marilyn et contribua en partie au mythe en lui suggérant notamment sa fameuse démarche dandinée qu’il saisit dans un long plan fixe où il la suit avançant jusqu’au fond du cadre, nous plaçant dans une sorte de vision subjective du mâle incapable de détacher le regard de cette créature de rêve. Hathaway joue là-dessus dans ce registre agressif et voyant (cette robe rose criarde et des plus moulantes) mais sait faire preuve de plus de subtilité pour signifier l’emprise de Marilyn comme ce moment où une Jean Peters plutôt avenante allongée et en maillot de bain se voit surplombée par l’ombre de Marilyn hors-champ avant que son apparition effective ne l’éclipse complètement.

Le scénario n’aura pas complètement su s’adapter à cette donne puisque l’on a presque l’impression que le film dure une demi-heure de trop avec le personnage de Marilyn absent de la dernière partie où la prestation torturée de Cotten et une Jean Peters trop lisse ne suffisent pas à maintenir l’intérêt en dépit d’un climax en bateau plutôt intense au bord des chutes. Le film s’est donc conclut avec la mort flamboyante de Marylin dans la salle des cloches d’une église, Hathaway déployant une mise en scène virtuose et expressionnisme où les jeux d’ombres, le décor extraordinaire et la vue en plongée quasi divine offre une scène de meurtre absolument fabuleuse. 

Henry Hathaway fort satisfait d cette collaboration cherchera à retravailler avec Marilyn sur son film suivant, L’Ange Pervers adapté de Somerset Maugham. Darryl Zanuck patron de la Fox y mettra son veto (Kim Novak jouant finalement le rôle) et enterrera par la même occasion la promesse de rôles plus complexes pour Marilyn qui avait pourtant montré qu’elle en avait l’envergure. Niagara sera en tout cas un grand succès que confirmera l’actrice quelques mois plus tard avec Les Hommes préfèrent les blondes (1953) d’Howard Hawks.

Sorti en dvd zone 2 chez Fox

samedi 8 mars 2014

Sept ans de réflexion - Seven Years Itch, Billy Wilder (1955)


Richard Sherman, un publiciste, vient de déposer à la gare sa femme et ses enfants. Il prévoit de rester seul pour les vacances d'été dans son appartement new-yorkais. Après sept ans de mariage, il fantasme allègrement sur les filles qu'il rêve de séduire. Sa solitude va vite être troublée par sa charmante voisine blonde du dessus. Il ne tarde pas à l'inviter chez lui pour prendre un verre.

Seven Years Itch est un des films les plus célèbre de Billy Wilder et sans doute celui qui contribua à faire définitivement de Marilyn Monroe une icône. Grande admiratrice de Wilder et consciente de ce que leur collaboration pourrait lui apporter, la star fit donc des pieds et des mains pour travailler avec lui, acceptant au passage un rôle dans La Joyeuse Parade, comédie musicale qui ne l’emballait guère afin de satisfaire le studio.

Le film est un hilarant récit de démon de midi où un homme mûr et rangé voit la tentation frapper à sa porte un été où il est resté seul à New York après avoir envoyé femmes et enfant en vacances. La scène d’ouverture avec sa vision ethnologique amusée montrant ce même rituel chez les premiers habitants indiens de l’île de Manhattan montre ainsi comme un phénomène naturel  au sein de la gent masculine. Les hirondelles migrent en automnes, les taupes hibernent en hiver et les hommes cherchent à s’amuser et tromper leurs femmes en été. 

Tous ? Non, le raisonnable Richard Sherman (Tom Ewell)  cherche à tout prix à ne pas être de ces inconscients et mener une existence sage sans femme, tabac et alcool durant cet été qu’il consacrera à son travail. De bonnes résolutions trop appuyées pour être sincères, Wilder multipliant les longues scènes de monologues où Richard se rassérène pour rester sage mais s’il peut contrôler son corps, c’est nettement plus compliqué avec son imagination dévorante, et d’autant plus si elle est stimulée par une voisine au charme volcanique installée là pour l’été.

Sept ans de réflexion sous son sujet trivial représente une date important pour la comédie américaine. Billy Wilder a toujours reconnu ce qu’il devait à ses deux mentors que furent Ernst Lubitsch et Preston Sturges. Ces derniers avaient dès les années 40 annoncés une des thématiques du film de Wilder, la confrontation dans un cadre de comédie du réel et du fantasme. Cette idée court dans toute la filmographie de Preston Sturges et atteint sa plénitude dans Infidèlement votre (1948) où un mari jaloux joués par Rex Harrison imagine trois manières différentes de tuer son épouse adultère durant un concert classique qu’il dirige. 

Le ton de chacun des meurtres fantasmés oscille entre drame forcé, humour noir et comédie de boulevard au fil des compositeurs classiques entendus (Puccini, Wagner et Tchaïkovski) où le héros se donne le beau rôle mais aura bien du mal à concrétiser l’assurance qu’il a dans le rêve lorsqu’il cherchera à assassiner sa femme dans la réalité. Lubitsch étale lui un dispositif aussi impressionnant que limpide dans son célèbre To Be or Not To Be (1942) où la bêtise de l’idéologie nazie se révèle par effet de miroir dans la pièce satirique qu’en joue une troupe de théâtre puis avec les même codes, situations et jeux de mots dans la réalité lorsque les vrais nazis entre en scène dans une trame d’espionnage rondement menée.

Wilder reprend à son compte ce questionnement dans Sept ans de réflexion mais se l’approprie avec des codes nouveaux. L’influence de Sturges est bien là (une pièce de musique classique ici Concerto pour piano nº 2 de Rachmaninov forçant jusqu’au ridicule le romantisme dans le fantasme de Richard), tout comme celle de Lubitsch (le jeu des sept erreurs que l’on s’amusera toujours à faire dans le mimétisme détourné entre réel et fantasme) mais Wilder réussit à amener une proposition plus moderne et percutante. Cela se fera par la figure de la parodie où les rêves de Richard se dessinent à l’aune de sa propre culture et des succès cinématographique du moment : une baiser baveux sur la plage détournant Tant qu’il aura des hommes (1953) où il remplace Deborah Kerr en embrassé assailli, Le Portrait de Dorian Gray (1945) d’Albert Lewin où rongé par la culpabilité notre héros voit son vrai visage de créature dépravée se révéler à lui dans un miroir… 

La publicité est également convoquée dans ce détournement avec les hilarants moments où Marilyn Monroe délaisse la réclame de dentifrice qu’elle est en train de déclamer pour fustiger ce pervers de Richard en direct à la télévision, des millions d’américains pouvant scruter notre héros penaud. Si Wilder n’a certes pas inventé la notion de parodie au cinéma, sa manière de l’utiliser est grandement novatrice et annonce avec 20 ans d’avance tous les détournements cultissimes des ZAZ (Hamburger film sandwich (1977), Y a-t-il un pilote dans l'avion ? (1980), Top Secret (1984)).

La pièce originale de George Axelrod rendait l’adultère effectif mais au grand désespoir de Billy Wilder la morale doit rester sauve dans le film afin de ne pas enfreindre le Code Hays. Qu’à cela ne tienne, le réalisateur nous fera regretter qu’il n’ait pas eu lieu puisque sous les artifices Sept ans de réflexion est une œuvre immensément attachante pour ses personnages. Tom Ewell (reprenant le rôle qu’il tenait déjà dans la pièce) est l’incarnation même de l’américain moyen, personnage ordinaire et commun que l’on ne remarque pas si ce n’est dans ses rêves délirant. La seule idée qu’il pourrait en séduire une autre le met en nage tant pour lui c’est une situation improbable et effectivement lorsqu’il tentera sa chance dans la réalité il se couvrira de ridicule (la tentative de baiser avortée sur fond de Rachmaninov). Face à lui, le fantasme absolu, le sex-symbol ultime Marilyn Monroe dont les formes ravageuses n’ont d’égales que la candeur de son attitude. 

Tout à la fois inconsciente et pas dupe de l’effet qu’elle produit sur les hommes,  elle est proche et inaccessible, chimère sexuée et girl next door dans un équilibre qu’elle était la seule à pouvoir atteindre. Les scènes mettant cette sexualité agressive en avant n’ont cours que dans le fantasme finalement, ses apparitions dans le réel même en la mettant son physique en valeur maintenant toujours une vrai élégance et respect (y compris la légendaire séquence de la bouche d’aération soulevant sa robe finalement très sobre) car le personnage qu’elle incarne dépasse cette notion de simple tentation. 

La confrontation entre rêve et réel ne manque pas d’exploiter le cliché de la blonde écervelée (les conversations faussement sophistiquée et spirituelles du monde des rêves étant remplacées par les remarques très triviales de Marilyn dans la réalité) mais entre moues amusées, rire éclatant et regard tendre, impossible de résister. Certainement pas à cause de ce simple attrait physique mais parce c’est elle qui a tout compris, remettant Tom Ewell en valeur par cette tirade qui résume parfaitement le film :

Your imagination! You think every girl's a dope. You think a girl goes to a party and there's some guy in a fancy striped vest strutting around giving you that I'm-so-handsome-you-can't-resist-me look. From this she's supposed to fall flat on her face. Well, she doesn't fall on her face. But there's another guy in the room, over in the corner. Maybe he's nervous and shy and perspiring a little. First, you look past him. But then you sense that he's gentle and kind and worried. That he'll be tender with you, nice and sweet. That's what's really exciting.

L’américain moyen et complexé est replacé à sa juste place, la supposé blonde écervelée et fille facile s’avère une amoureuse compréhensive et lucide et bien évidemment ces deux-là doivent finir ensemble, toute la progression du film tendant à cette issue. La façon précipitée et impromptue avec laquelle la morale reprend sa place (la très poussive confrontation avec « l’amant » et l’argument de la pagaie à rapporter) ne laissera dupe personne, le film s’est conclu réellement un peu plus tôt avec la déclaration d’amour sous-jacente de Marilyn et la concrétisation de la tension érotique ayant couru tout au long de l’intrigue. 

Billy Wilder mettra un point final magistral à ce questionnement du fantasme/parodie dans Certains l’aiment chaud (1959) pour une approche plus frontale et provocatrice dans Embrasse-moi idiot (1964). Entretemps, des contemporains lui auront génialement emboités le pas comme Frank Tashlin avec son diptyque La Blonde et moi/La Blonde Explosive (1956,1957, plus drôles et délirant que le Wilder mais bien moins attachant) et il aura ouvert la voie à d’autres maîtres de la comédie comme Richard Quine (qui approfondira la question à son tour dans sa trilogie L’Inquiétante dame en noir (1962) Deux têtes folles (1964) et Comment tuer votre femme (1964) et où l'on retrouve George Axelrod au script) ou le Stanley Donen de Fantasmes (1967)…

Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Fox