Après une longue séparation, Blanche Dubois (Vivien Leigh) vient rejoindre sa soeur, Stella (Kim Hunter), à La Nouvelle-Orléans. Celle-ci vit avec son mari, Stanley (Marlon Brando), ouvrier d'origine polonaise, dans le vieux quartier français. Ce dernier n'apprécie guère les manières distinguées de Blanche et cherche à savoir quel a été le véritable passé de sa belle-soeur.
Sexualité plus prononcée et crue par l'introduction des thèmes de Tennessee Williams, consécration de la fameuse méthode Actor's Studio et révélation d'une star immense en la personne de Marlon Brando,
Un Tramway nommé Désir est une révolution en tout point au moments de sa sortie. On comprend aisément l'impact qu'a pu avoir le film par ses différentes prises de risques mais si ce qui était novateur hier continue par intermittence à exercer un vrai pouvoir de fascination c'est aussi ce qui le date terriblement et le rend désormais difficile à suivre.

On suit donc la cohabitation difficile entre Blanche Dubois (Vivien Leigh) professeur déchu forcé à venir habiter chez sa soeur Stella (Kim Hunter) et son mari Stanley, orageux ouvrier polonais. La cohabitation est explosive entre l'hypersensibilité de Blanche soumise à rude épreuve par le tempérament de son beau-frère, provoquant tension dans le couple car réveillant les différences de classes certaines (plus que surlignées par les manières rustres de tout les personnages de basses extractions) entre les soeurs et Stanley. Le film détone réellement par son rapport à la sexualité, que ce soit par le dialogue, les situations et la mise en scène de Kazan. Dès la première apparition de Marlon Brando, tout est dit. Kazan adopte le point de vue d'une Vivien Leigh qui se réfugiant de ses angoisses dans une recherche d'affection à finalité sexuelle voit ainsi débouler un homme, un vrai. T-shirt moulant (qu'il tombe à la moindre occasion) moite de sueur, démarche lascive et virilité débordante, Brando impose une figure puissante et marquante. Plus tard ce seront les révélations sur le passé de Blanche, une scène d'une brutalité inouïe entre elle et Stanley où une troublante scène avec un jeune livreur qui viendront appuyer ce fait. Salvateur à l'époque, ce parti pris (d'une fidélité presque totale à la pièce puisque Kazan en fut le metteur en scène au théâtre et que Tennessee Williams en signe lui-même l'adaptation) s'avère aujourd'hui terriblement démonstratif.

On pense bien sûr au moment où Brando après une brutalité envers son épouse enceinte (réfugiée chez la voisine du dessus) l'appelle depuis leur cour d'immeuble pour qu'elle le rejoigne. Tout y passe avec Brando (déjà titulaire du rôle au théâtre mais qui ne semble pas avoir amené le soupçon de retenue nécessaire pour le passage au cinéma) décoiffé et visage déformé par la douleur hurlant
Stellaaaaaaaaa, ployant le genou de regret jusqu'à l'arrivée de Stella (le tout en contre plongée jouant sur cette montée de désir) avant qu'ils ne disparaissent dans une étreinte fiévreuse. Spectaculaire mais terriblement lourd surtout que quand Kazan cherche de manière plus sobre à exprimer exactement le même sentiment cela fonctionne bien mieux. Lors d'une autre séquence Blanche sermonne durement sa soeur sur le traitement qu'elle accepte de subir et celle ci acquiesce, mais il suffi que Stanley revienne les muscles saillant et maculé de cambouis pour que toutes ses bonnes résolutions soient oubliés. Un regard, un contrechamps et deux plans résument ce qui a nécessité une escalade grotesque quelques minutes auparavant.

Ce déséquilibre accompagne également l'interprétation de Vivien Leigh. On est forcément touché par ce personnage instable surtout si on fait le rapprochement avec les problèmes psychologiques que connus l'actrice mais là aussi le jeu outré demandé par Kazan rend le tout assez insupportable par instant (même si cela peut être pire dans d'autres de ces films lorsque les acteurs sont moins doués comme
La Fièvre dans le sang). Ainsi l'entrevue tout en retenue étrange avec le jeune livreur est réellement troublante et réussie (tout comme les entrevues toutes en minauderies avec Karl Malden très bon également) alors que les longs monologues d'égarements mentaux de Blanche sont des plus poussifs et trahissent malgré le travail sur la photo l'origine théâtrale dans le plus mauvais sens du terme.
Un Tramway nommé Désir souffle ainsi le chaud et le froid durant toute sa (longue) durée et émeut par intermittence lorsqu'il délaisse ses oripeau de grand manifeste artistique pour simplement s'intéresser à ses personnages. L'ultime scène où Vivien Leigh est emmené en maison de repos est un vrai déchirement où l'actrice toujours sur la corde raide de la caricature (et un deuxième Oscar à la clé après
Autant en emporte le vent) bouleverse totalement. Son rôle de beauté fanée par les ans et par les hommes offre même un prolongement idéal thématiquement de ses deux meilleures prestation dans
Autant en emporte le vent et
La Valse dans l'ombre. C'est réellement elle l'âme du film alors que Brando n'en est que la surface. Malgré son apport indéniable on peut préférer les autres adaptation de Tennessee Williams autrement plus réussies à venir comme
Soudain l'été dernier de Mankiewicz ou
La Chatte sur un toi brulant de Richard Brooks.
Sorti en dvd zone français chez Warner