Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 11 novembre 2014

Diamants sur canapé - Breakfast at Tiffany's, Blake Edwards (1961)

Holly Golightly, une pétillante jeune femme, rêve d'amour et d'argent. De New York, où elle vit, elle ne connaît surtout que les vitrines du grand joaillier Tiffany's, qu'elle contemple platoniquement, la prison de Sing Sing, où elle rend visite à un truand, et les restaurants où de vieux messieurs chic l'emmènent dîner. Paul Varjak, son voisin, un écrivain en panne d'inspiration, qui vit des grâces généreuses de sa protectrice, Edith Parenson, est rapidement séduit par le charme mutin de Holly.

Breakfast at Tiffany's est la première manifestation de la veine plus délicate et sensible de Blake Edwards après des débuts placés sous le signe de la comédie potache. Le film adapte la nouvelle éponyme de Truman Capote parue en 1958 et dont la transposition à l’écran fut de longue haleine. Le fond scabreux demande une illustration moins directe notamment mais le souci principal sera de trouver l’interprète pour incarner Holly Golightly. La candidate idéale est Marilyn Monroe, Truman Capote pensant à elle quand il écrivait la nouvelle et l’on imagine parfaitement l’icône incarner le mélange de charme ingénu et de sensualité provocante du personnage. Capote cédera les droits de sa nouvelle dans l’idée de voir Marilyn jouer son personnage, initialement dirigée par John Frankenheimer. 

La star déclinera pourtant la proposition car en pleine influence actor’s studio et sous la coupe de Lee Strasberg qui lui conseillera de refuser ce rôle de prostituée associé à l’image sexy qu’elle souhaite atténuer (son choix se portera à la place sur Les Désaxés (1961) de John Huston). Après un nouveau refus de la part de Kim Novak (qui quand on pense au Embrasse-moi idiot (1964) de Billy Wilder aurait été un merveilleux choix aussi) les producteurs firent un choix étonnant en engageant Audrey Hepburn, au grand désarroi de Truman Capote. La sage, mutine et introvertie Audrey Hepburn pour incarner un personnage aussi extravagant était un vrai risque qui allait déterminer le ton très différent du film désormais dirigé par Blake Edwards (Frankenheimer ayant été écarté à la demande d’Hepburn qui n’avait jamais entendu parler de lui).

 
L’histoire dépeint la rencontre de deux solitudes qui par leur sexe, origines sociales et caractères opposés n’ont pas la mêmes moyens d’échapper à leur destin. Paul Varjak (George Peppard) est un jeune écrivain en panne d’inspiration luxueusement entretenu par une riche et séduisante protectrice (Patricia Neal). Il va rencontrer en emménageant sa charmante voisine Holly Golightly (Audrey Hepburn), jeune femme volage subsistant en se prostituant auprès d’amants nantis mais qui rêve de jours meilleurs symbolisé par ces arrêts au petit matin devant les vitrines du joaillier Tiffany’s. Le récit marque progressivement les similitudes et différences entre Paul et Holly. Plus introverti et réfléchi, Paul pêche par oisiveté en s’engonçant dans le confort accordé par sa riche bienfaitrice et retardant ainsi son retour à l’écriture. 

Holly n’a pas cette planche de salut artistique et s’accroche à des rêves aussi incertains que ses nombreux amants, le scénario résumant les « passes » à un paiement de 50 dollars pour aller aux toilettes pour dames. Avec Audrey Hepburn, la vulnérabilité et la fragilité d’Holly l’emporte sur son côté sexy même si la seule issue vénale de réussite est savoureusement croquée lorsqu’entre deux nouveaux arrivant masculins elle se dirigera vers celle étant la « 9e fortune de moins de cinquante ans » au physique pourtant fort disgracieux.

Cette seule motivation pécuniaire lui évite de tisser des liens trop étroit avec quiconque (que ce soit son appartement pas meublé ou son chat sans nom) mais ne lui attirera finalement que les plus odieux et libidineux des prétendants. Le passé douloureux (mariage précoce, enfance rurale misérable, petits larcins) se devine en filigrane au fil du récit et la fuite en avant permanente de Holly devient compréhensible, elle qui n’a jamais représenté qu’un bel objet même pour ceux l’aimant sincèrement à l’image de du vieux vétérinaire texan et éphémère époux revenu la chercher à New York.

Dépeint ainsi on pourrait croire le film réellement lugubre mais il n’en est rien. La relation amicale entre Paul/ Fred et Holly amène une éclaircie et une légèreté bienvenue à cet arrière-plan tragique, chaque scène commune faisant étalage de leur complicité dans un grand éclat de rire. On pense à cette séquence de fête où Blake Edwards répète The Party (1968) avec ces convives hétéroclites et alcoolisés, son festival de gags délirants. 

L’excursion où le couple tente de nouvelles expériences loufoques est une pure merveille de drôlerie également dans un New York de conte de fée. C’est pourtant bien quand l’environnement s’estompe, que les personnages sont laissés seuls à leur mélancolie et échangent des regards aimant que la magie fonctionne pleinement. C’est le cas lors de ce baiser au retour de la fameuse ballade mais surtout quand Holly entonne la merveilleuse Moon River, alertant à l’étage du dessus un Paul subjugué. Blake Edwards à travers le regard de Paul nous place à ces deux moments en plongée face à une Audrey Hepburn mise à nu et délestée de sa superficialité de façade pour redevenir ce petit être fragile qu’il faut protéger. 

Il faudra pourtant qu’elle apprenne à se sauver elle-même en acceptant que le vrai salut extérieur ne peut venir que de l’amour et pas d’une fortune conséquente, un long chemin qui passera par d’autres péripéties malheureuse. On passera sur les rares fautes de gouts (Mickey Rooney en japonais caricatural, l’intrigue policière des bulletins météo amenée de manière assez poussive) pour ne se souvenir que de ce merveilleux final sous la pluie new yorkaise où, enfin, le couple s’avoue désirer la même chose au même moment dans un tendre baiser final. Le conclusion plus amère de Truman Capote se voit supplanté par cette issue plus lumineuse dans une bijou de comédie romantique.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Paramount


Et la merveilleuse Moon River par Audrey Hepburn

mercredi 23 avril 2014

Douze hommes en colère - Twelve Angry Men, Sidney Lumet (1958)



Un jeune homme d'origine modeste est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se retire pour délibérer et procède immédiatement à un vote : onze votent coupable, or la décision doit être prise à l'unanimité. Le juré qui a voté non-coupable, sommé de se justifier, explique qu'il a un doute et que la vie d'un homme mérite quelques heures de discussion. Il s'emploie alors à les convaincre un par un.

Coup d’essai et coup de maître pour Sidney Lumet qui signe un classique absolu avec Douze hommes en colère qui l’initie à un genre qu’il abordera souvent pour le meilleur, le film judiciaire (Le Prince de New York (1981), Le Verdict (1982) Dans l’ombre de Manhattan (1997), Jugez-moi coupable (2006)). A l’origine du film on trouve tout d’abord un téléfilm diffusé en 1954 et porté par le scénario brillant de Réginald Rose qui s’inspirait de sa propre expérience de jury au cours d’un procès. L’unité de temps et de lieu, la place du dialogue et de l’éloquence dans le dilemme moral verront ce matériau passionnant exploité dès l’année suivante dans une transposition théâtrale mais c’est définitivement au cinéma que Douze hommes en colère marquera les esprits.  Henry Fonda tombera en effet sur le téléfilm et captivé par le sujet cherchera  à en tirer un film. Toutes les portes des studios se ferment malheureusement face au faible potentiel commercial et Fonda réussira uniquement à rallier la United Artist pour un budget dérisoire de 340 000 dollars qu’il complétera en partie de sa poche en tant que coproducteur. A la réalisation, son choix se portera sur le débutant Sidney Lumet rompu aux dramas en direct très en vogue à la télévision américaine durant les années 50 et donc apte à gérer un tournage resserré qui après deux semaines de répétitions intensive se fera en 21 jours exténuants.

Que raconte donc Douze hommes en colère ? Par une caniculaire fin d’après-midi, douze hommes assignés comme jury doivent décider du sort d’un jeune homme accusé du meurtre de son père et risquant la peine de mort. Avant qu’ils se retirent pour délibérer, le juge leur rappelle leur responsabilité de manière lasse, comme si l’affaire était entendue et amener à se décider rapidement. On a le même sentiment de détachement lorsqu’on pénètre dans la pièce de délibération où la conversation se fait légère et badine avant de s’installer et décider  du verdict. Surprise quand l’indispensable majorité est mise à mal par un seul homme votant non coupable face à ses onze co jurés convaincu de la culpabilité du jeune prévenu. C’est le juré numéro 8 (Henry Fonda) que Lumet aura subtilement mis à part en le montrant silencieux et plongé dans ses pensées quand les autres les autres adoptaient une attitude plus légère. Loin d’avoir été convaincu par l’instruction, il demeure chez lui un infime doute de la culpabilité de l’accusé et réclame aux autres jurés un temps de réflexion avant de prendre une décision. Des heures de discussions intenses s’annoncent.
Bien que mis en avant par sa défiance initiale, Henry Fonda (fabuleux) se fond parfaitement dans un casting de monsieur tout le monde représentatif de toutes les tranches d’âge, milieux sociaux et origines au sein de l’Amérique contemporaine. 

Tous les caractères s’y retrouvent également progressivement révélés par la tournure des évènements : le détachement du numéro 7 (Jack Warden) souhaitant en finir pour voir son match de base-ball et qui s’avérera une coquille vide, l’irrésolu juré numéro 12 (Robert Webber), le vieillard plein d’humanité qu’est le numéro 9 (Joseph Sweeney). L’indécision tiendra autant des failles réelles de l’instruction que les défenseurs tendront peu à peu à démonter qu’au bagage et aux démons qu’on amenés avec eux les jurés. Leurs origines sociales les amèneront à plus de compréhension quant à l’environnement  sordide du prévenu comme le numéro 5 (Jack Klugman) ou révèlera leurs haines et préjugés ordinaires aveuglant leur jugement comme le détestable numéro 10 (Ed Begley).

Lumet orchestre une véritable joute verbale qui vante autant qu’elle dénonce le système judiciaire américain (un jury concerné ou désinvolte pouvant décider de votre sort, parfois involontairement téléguidé par un procès à charge et bâclé), ce système ne pouvant fonctionner sans une réelle implication des personnes assignées. Cet engagement s’articule sur la conviction de chacun mais aussi de son passif, l’affrontement prenant un tour très personnel au final lorsque le juré numéro 3 (Lee J. Cobb intense) sera e seul à ne pas démordre de sa position car il voit en l’accusé et son parricide un prolongement de son propre fils avec lequel il est en conflit.

Lumet parvient brillamment à rendre cinématographique ce récit où hormis un aparté aux toilettes on se contente de suivre douze hommes assis autour d’une table. Le réalisateur définit sa mise en scène en plusieurs temps selon l’évolution du débat. On aura tout d’abord des plans d’ensemble capturant la table des jurés dans son ensemble lorsque tous sont convaincus et vote tous la culpabilité de l’accusé et où seule se détache le profil vêtu de blanc d’Henry Fonda. Le tout se déroule dans une atmosphère lumineuse de fin d’après-midi mais des éléments extérieurs (le ventilateur en panne) et la tournure de la discussion instaure une sensation étouffante et claustrophobe où les personnages se retrouveront bientôt suants et en nage pour défendre leur point de vue. Lumet se multiplie ainsi progressivement plans moyens, puis gros plan sur les visages de chacun, arc-boutés sur leur position, pour saisir l’indicible changement d’opinion se faisant dans leur esprit ou pour capturer une détermination sans failles. Il ne reviendra au plan d’ensemble synonyme d’entité collective que pour en faire un élément positif (contrairement au début où en suiveurs chacun a voté coupable) lorsque tout le monde quittera la table et tournera le dos à Ed Begley déclamant ces préjugés racistes.

 La dernière partie où la pluie diluvienne vient rafraîchir la pièce est celle aussi de la prise de conscience, celle où tous comprennent les enjeux d’une décision dont ils ne sont plus certains. La rage du plus vindicatif (Lee J. Cobb) se révèle ainsi dans toute sa déraison face à la mesure des autres jurés, ce que Lumet nous fait comprendre dans un saisissant champ contre champ où le juré numéro 3 vocifère des arguments maintes fois mis à mal face à ses contradicteurs l’observant calme et silencieux. 

La conviction a changé de camp. La justice est aveugle mais ne peut s’appliquer que si elle est guidée par des hommes de bonne volonté, ici avec des anonymes (on ne saura les noms de personnes si ce n’est dans les tous derniers instants) ayant su prendre le temps de la réflexion avant  d’appliquer leur droit de vie et de mort sur un homme. 

En dépit d’excellentes critiques et de trois nominations aux Oscars (meilleur film, meilleur scénario et meilleur réalisateur) le film ne sera pas un grand succès à sa sortie mais son aura ne cessera de grandir au fil des années, en faisant un classique s’inscrivant dans la culture populaire américaine et mondiale avec de multiples clins d’œil et hommages dans d’autres fictions (télévisées notamment), de nombreux remake (dont un télévisé par William Friedkin dans les années 90) et de multiples reprises au théâtre.

Sorti en dvd zone 2 et blu ray chez MGM

vendredi 7 mars 2014

Les Pirates du métro - The Taking of Pelham One Two Three, Joseph Sargent (1974)


À New York, quatre hommes armés, utilisant des couleurs comme noms, prennent en otage une voiture de métro et demandent une rançon d'un million de dollars pour la libération des passagers. Le Lieutenant Zachary Garber de la police du métro de New York doit gérer cette affaire, alors qu'il doit aussi faire visiter le centre de contrôle à des visiteurs du métro de Tōkyō.

Les Pirates du métro est un des fleurons du polar 70’s dont l’aura et la popularité demeure intacte notamment grâce à l’hommage que lui rendit Tarantino dans Reservoir Dogs (1992) où il reprenait l’idée du nom de couleur par lequel s’identifiaient les malfrats. Le métro est un cadre formidable pour le polar urbain durant cette décennie puisque des réussites comme French Connection (1971) ou en France Peur sur la ville (1975) exploitent à merveille la cinégénie du métro pour leurs morceaux de bravoures les plus fameux.  Les Pirates du métro est un condensé idéal de cette tendance et déroule entièrement son intrigue dans ce cadre ferroviaire avec une intrigue rondement menée où un quatuor de truands va s’emparer d’une rame de métro en menaçant de tuer un otage s’ils n’obtiennent pas un million de dollars de la mairie de New York. 

Joseph Sargent  (habile faiseur ayant plutôt officié à la télévision – Bonanza, Le Fugitif, Star Trek… -  et responsable de quelques pépites d’exploitation comme White Lightning (1973) avec Burt Reynolds) offre à l’ensemble un rythme trépidant et alerte au traitement surprenant. La tension et l’urgence de la trame policière (porté par un fabuleux score de David Shire) ne se dément jamais mais s’orne d’un humour et second degré donnant une touche amusée et décalée constante où certaines situations se voient désamorcées par un dialogue ou une réaction inattendues (les japonais en visite nargués par Matthau et qui s’avèrent parler parfaitement anglais…). 

La bonhomie de Walter Matthau offre donc ainsi un contrepoint parfait à la présence inquiétante de Robert Shaw, redoutable et méthodique Mr Blue à la tête des preneurs d’otages. Au suspense régnant au sein du wagon et à l’organisation huilée des malfrats répond donc la vraie comédie avec la désorganisation des de leurs interlocuteurs entre une police dépassée, des politiques défaillants (portrait savoureux de ce maire incompétent) et un service du métro qu’il faut néanmoins assurer malgré la situation (pour une rigueur documentaire assez impressionnante dans le traitement le film ayant été tourné dans la vraie station de Court Street Station souvent réutilisée au cinéma par la suite).

Sargent vogue d’un lieu à l’autre sans jamais nous perdre, rendant chaque protagonistes marquants quel que soit son temps à l’écran grâce à un casting offrant un festival de trognes bien connues du cinéma (Martin Balsam, Tony Roberts en adjoint au maire Hector Helizondo en brutal Mr Grey) et de la télévision 70’s. La dynamique des scènes d’intérieur fonctionne sur les dialogues percutants, l’extérieur donnant une ampleur progressive avec ces sorties de métro envahies par la foule et la police ou encore quelques moment d’action mémorable que ce soit la course éperdue du métro en conclusion ou le compte à rebours de la rançon causant le chaos en ville.

Dernier point passionnant, le film annonce par son ton Une après-midi de chien (1975) de Sidney Lumet qui usera de son argument policier pour se faire révélateur de la société américaine d’alors. Cela reste très sous-jacent dans Les Pirates du métro mais un machisme (Mr Grey profitant de sa position de geôlier pour lourdement reluquer une passagère sexy, les agents du métro multipliant les remarques désobligeantes envers la gent féminine) et racisme (à nouveau Mr Grey brutalisant un otage trop bavard en l’appelant « nigger » et surtout Walter Matthau qui s’étonne sans l’avouer de constater que le chef de la police avec lequel il dialoguait par radio est noir) latent s’exprime du côté des bons comme des méchants, offrant un vrai reflet social des comportements de l’américain moyen. 

Cerise sur gâteau, la chute est sans aucun doute une des plus mémorables (et typique du cinéma de l’époque ne s’embarrassant pas de sur explicatif et faisant confiance à l’intelligence du spectateur) du polar, un éternuement et le visage goguenard de Walter Matthau suffisant à conclure le film sur un pur sentiment de jubilation. Un classique dont l’équilibre rare sera loin d’être atteint avec le remake qu’en tirera Tony Scott en 2009.

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM 

dimanche 5 mai 2013

Catch 22 - Mike Nichols (1970)


Le Capitaine Yossarian, un bombardier B-25 de l'armée aérienne des États-Unis, se trouve sur l'île de Pianosa pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec d'autres membres de son escadron, Yossarian s'engage dans de dangereuses missions de vol, et après avoir vu ses compagnons mourir, il cherche un moyen d'en réchapper.

Adapté du cultissime roman éponyme de Joseph Heller, Catch 22 s'inscrivait avec le MASH de Robert Altman sorti la même année dans la vague des films de guerre antimilitariste usant de leur contexte historique (Guerre de Corée chez Altman et Deuxième Guerre Mondiale pour Nichols) pour dénoncer indirectement la Guerre du Vietnam. Les deux films n'auront pas exactement le même succès, l'outsider MASH (budget dérisoire, casting encore inconnu et tourné hors des regards des exécutifs de la Fox focalisé sur Patton produit simultanément) l'emportant aisément sur la superproduction qu'est Catch 22 portée par le prestige d'un Mike Nichols qui sortait des succès de Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966) et Le Lauréat (1967).

Les raisons sont assez évidentes. MASH faisait fonctionner sa satire par un humour potache dans une célébration du collectif où ce groupe de médecin se réfugiant de l'horreur par la blague offrait un reflet des communautés hippies pacifistes alors en vogue. Catch 22 est bien moins facile d'accès et à l'inverse prône le libre arbitre et la force de l'individu à travers l'odyssée cauchemardesque de son héros Yossarian (Alan Arkin).

Yossarian est un bombardier que la multiplicité et dangerosité des missions a placé dans une grande situation d'angoisse et d'anxiété. Pour échapper à son prochain vol périlleux, Yossarian a décidé de se faire passer pour fou et inapte mais va se trouver face à un obstacle de taille : le catch 22. C'est un article militaire contrant ce type de demande puisque signifiant que si l'un pilote se déclare fou pour ne pas voler, c'est qu'il est conscient de sa folie et donc ne peut être fou.

Le film inscrira l'expression dans le langage courant anglo-saxon pour expliquer une situation où l'on est perdant quel que soit la voie empruntée. On comprendra mieux le rejet de la demande à travers la description de la base militaire. Dans MASH, la folie douce et l'excentricité sont des protections face à l'apocalypse ambiante, dans Catch 22 au contraire c'est un virus contagieux gagnant l'ensemble de soldats au bout du rouleau nerveusement.

Nichols montre graduellement cette folie environnante qui passe d'une ambiance splapstick cartoonesque et décalée au véritable cauchemar surréaliste. On aura ainsi les visions de la corruption des officiers entre veulerie (Jon Voight génial en magouilleur s'enrichissant avec les surplus de l'armée), ambition mal placée (le duo Martin Balsam/ Buck Henry prêt à toute les bassesses pour assurer la visibilité de leur unité) et incompétence pure et simple (le Major nommé à ce grade car son nom de famille est... Major !).

Les répercussions sur les pilotes sont bien sûr spectaculaires, les pathologies et névroses les plus variées s'illustrant dans des séquences délirantes : dialogues nonsensiques, gags Tex Avery (le malheureux finissant découpé par une pale d'avion, les soldats langues pendues face à l'assistante sexy du général) où lorgnant sur Tati (toujours bien surveiller ce qui se déroule en arrière-plan) et personnages grotesques porté par un casting d'exception. Orson Welles fait un caméo mémorable en général vulgaire, Art Garfunkel trouve son premier rôle cinéma (et retrouvera Nichols l'année suivante dans Ce plaisir qu'on dit charnel) en doux rêveur amoureux d'une prostituée italienne, Anthony Perkins déphasé et naïf comme souvent et même un touchant Marcel Dalio en vieillard clairvoyant.

Alan Arkin constamment au bord de la crise nerveuse semble bien normal pareillement entouré et malgré tous ses efforts dont une remise de médaille nu comme un ver. Nichols illustre par l'absurde le plus total la rigidité militaire qui est finalement la porte ouverte à toutes les dérives tant que le protocole est respecté. Après nous en avoir fait rire, le réalisateur pousse la chose dans une noirceur et un pur cauchemar halluciné durant la dernière demi-heure.

La narration et construction même du film va dans ce sens avec l'intrigue se déroulant comme un long trip dans les souvenirs de Yossarian truffé de virages inattendus et de répétitions étranges. L'excentricité devient réellement menaçante, la bizarrerie vire à la violence et la satire bascule dans l'horreur kafkaïenne (le business de Voight transformé en capitalisme tentaculaire omniscient). On ne peut exister dans ce système sans en jouer le jeu ou sombrer soi-même dans la folie et la seule solution est la fuite comme nous le montre l'échappée finale de Yossarian. En homme libre. Grand film !

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

jeudi 14 mars 2013

Hombre - Martin Ritt (1967)


Une diligence est attaquée par des bandits. Parmi ses occupants, un garçon taciturne et mystérieux, John Russell, élevé par les Apaches et connu sous le nom d’Hombre. Les agresseurs tentent de s'emparer d'une somme importante que transporte avec lui Favor, agent indien de la réserve de San Carlos et qui a détourné l'argent à son profit. L'attaque est sur le point de réussir lorsque John intervient et abat deux gangsters...

Etonnant western que ce Hombre, ni dans la veine pacifiste des westerns pro indien des années 50, ni dans celle plus politisée de ceux à venir dans les années 70. Toute la singularité du projet est inscrite dans l'intrigue surprenante (adaptée d'Elmore Leonard) et de son personnage principal déroutant. Des indiens, on en verra surtout durant le générique mélancolique où leur sort cruel défile en photo. C'est surtout à travers le détachement et la haine de John Russell (Paul Newman), métisse élevé parmi les indiens, que s'exprime le message du film. Bien qu'ayant conservé un nom blanc, il a préféré continuer à vivre parmi les indiens où il a accumulé une rage contre l'injustice et le racisme ordinaire qui se dévoile dès l'ouverture où il malmène sévèrement un blanc insultant dans un bar. Russell semble avoir perdu toute foi, toute confiance en l'homme blanc si ce n'est envers l'homme en général.

L'épreuve à laquelle il va être confronté va d'ailleurs confirmer au départ ce peu d'estime envers autrui. La longue première partie le montre effectuer un voyage en diligence avec diverses personnalité : un ancien délégué aux affaires indiennes et son épouse (Fredrich March et Barbara Rush), un jeune couple chamailleur, l'inquiétant Grimes (Richard Boone) ou encore Jessie ( Diane Cilento superbe) une femme qu'il a exclue de l'auberge dont il a hérité. On ressent durant ce moment la profonde indifférence de Russell envers ses voisins, d'abord lors d'une scène où il laisse Boone intimider et s'approprier le billet d'un des voyageur puis lorsqu'il est confronté à une réaction qu'il connaît bien en étant exclu de la diligence après avoir dévoilé ses origines lors d'un échange tendu.

 Les voyageurs vont pourtant devoir se reposer sur cet indien lorsqu'il s'avéra le seul rempart face à des malfrats les attaquants loin de toute civilisation. L'atmosphère du film prend alors un tour déroutant. Peu de vrais affrontements et coups de feu mais une tension palpable où se joue une dangereuse partie d'échec entre Russell et Boone. Ritt filme superbement ces paysages montagneux où le danger peut surgir hors champs, du haut d'une colline dans un coin du cadre où de l'intérieur même avec des protagonistes aux desseins contrariés à l'image du personnage traître de Fredrich March. Russell reste pourtant le maître du jeu, car misant toujours sur les bassesses et la traitrise de chacun.

Le film semble être la mise à l'épreuve de Russell envers l'homme blanc forcément adepte de la duplicité et du calcul, opinion confirmée par les attitudes lâches de chacun et qui lui donne toujours une longueur d'avance. Paul Newman est absolument parfait, stoïque, taciturne et glacial, il semble constamment extérieur aux évènements et ne secoure ses compagnons que par nécessité. Le conflit moral final semble pourtant bouleverser les forces en présences. Newman découvre ou provoque la solidarité chez ces blancs qu'il déteste tant et la conclusion humanise autant les autres aux yeux de Russell que lui-même sortant de sa pure logique pragmatique.

Le final en ferait presque une figure christique servant de révélateur et prête à se sacrifier une assurée que ses compagnons le mérite. Ritt fait passer tous ces questionnements avec limpidité et toujours dans l'action, le film malgré le ton quelque peu austère étant toujours prenant tout en laissant exploser quelques éclats de violence bien senti (Russell qui fait passer un mauvais moment à Boone venu le tester) où on ressent les écarts désormais permis par le western spaghetti.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox