Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 31 mai 2016

Le Mystère de la chambre close - The Kennel Murder Case, Michael Curtiz (1933)

Le corps d'un riche collectionneur d'objets d'art chinois est retrouvé dans sa propre chambre, une balle dans la tête. La police conclut à un suicide. La présence de l'arme dans sa main confirme cette thèse. Le détective Philo Vance est persuadé que le collectionneur a été victime d'un assassinat. Avec l'aide d'un policier et du procureur, il décide de mener l'enquête. Peu à peu, il reconstitue les faits.

Michael Curtiz signe un captivant whodunitavec The Kennel Murder Case qui s'inscrit dans une riche année 1933 où on lui doit également Masques de cire et Female. Le film adapte le roman éponyme de S.S. Van Dine, spécialiste du roman policier à mystère où son héros récurrent Philo Vance résout les crimes les plus insolubles au sein de la haute société. Il semble (si l'on en croit le spécialiste du polar Stéphane Bourgoin en bonus du dvd) que Curtiz ait transcendé la médiocrité du matériau original assez statique et aux relents de racisme (dont il reste des traces dans le film avec un personnage asiatique) par l'énergie qu'il apporte à son adaptation. L'histoire reprend un motif classique du roman policier à savoir la résolution d'un crime insoluble en lieu clos maquillé en suicide. Il s'agit du riche collectionneur Archer Coe (Robert Barrat) dont la première partie du film s'applique à démontrer comment, de sa nièce à son frère en passant par son cuisinier chinois, tout son entourage éprouve de sérieux motifs d'en finir avec celui qui se comporte en odieux tyran.

Pour qui s'étonnera de l'introduction décontractée de du détective Philo Vance à l'enquête (la police le laisse tranquillement s'introduire sur la scène de crime et interroger tout le monde), il faut savoir que c'est la quatrième fois que William Powell interprète le personnage après The Canary Murder Case (1929) The Greene Murder Case (1929) et The Benson Murder Case (1930). Nous sommes donc dans une logique de série où même sans avoir vu les films précédents la complicité se ressent aisément entre les personnages (le sidekick truculent joué par Eugene Pallette) tout comme certains running gag qui sentent la redite amusée (le médecin légiste interrompu à chaque repas par la découverte d'un nouveau cadavre). Cet aspect évite toute introduction fastidieuse et nous amène immédiatement dans le vif du sujet. Michael Curtiz se repose à la fois sur la vivacité et le flegme de William Powell et sur une mise en scène inventive. Tout ce qui concerne l'enquête en elle-même sera l'affaire de William Powell, sourire en coin, regard perçant et adepte du bon mot qui sait déstabiliser ses interlocuteurs, repérer l'élément dissonant dans le décor et tirer les conclusions les plus improbables. Curtiz déploie sa maîtrise dans les différentes situations criminelles.

Un mouvement de grue nous fait arpenter l'extérieur de l'impressionnant décor de la maison se rapprochant d'une fenêtre pour nous faire voir puis entendre le bruit et les éclats du coup de feu meurtrier. Plus tard Philo Vance reconstituera le déroulement du crime que Curtiz film en caméra subjective inquiétante et en rendant d'autant plus brutale l'exécution, le tout remarquablement éclairé par William Rees qui traduit bien la bascule du point de vue. La direction artistique de Jack Okey contribue aussi à l'atmosphère avec ces deux maisons avoisinante que des panoramiques nous font observer de l'extérieur et certains décors ajoutant à la tonalité mystérieuse comme la salle d'objets d'arts chinois du disparu. Le scénario nous mène sacrément en bateau, donnant assez vite les clés pour mieux nous perdre dans les circonvolutions dues à la nature plus tordue qu'il n'y parait du meurtre mais aussi les états d'âmes des différents suspects caractérisés avec un brio narratif rare. Détendu et inquiétant à la fois, un divertissement rondement mené.

 Sorti en dvd zone 2 françaix chez Bach films et aussi chez Wild side sous le titree "Meurtre au chenil"

samedi 10 mai 2014

La Belle de Saïgon - Red Dust, Victor Fleming (1932)


Séduisante prostituée recherchée par la police de Saigon, Vantine (Jean Harlow) trouve refuge dans la plantation de Dennis Carson (Clark Gable). Vantine et Dennis ne tardent pas à tomber dans les bras l’un de l’autre mais le bel aventurier s’éprend bientôt de l’élégante et inaccessible Barbara Willis (Mary Astor), récemment arrivée sur la plantation avec son mari (Gene Raymond).

La liberté de ton du Pré Code rencontre le souffle romanesque dans la moiteur de l'Indochine coloniale dans cet emblématique Red Dust. Le récit nous place dans un triangle amoureux entre Dennis Clark Gable), propriétaire d'une plantation de caoutchouc hésite entre la sulfureuse Vantine (Jean Harlow) et la plus distinguée Barbara (Mary Astor). Le scénario de John Lee Mahin (adapté d'une pièce de Wilson Collison) fait volontairement de ces trois protagonistes de purs archétypes que les tourments du désir vont développer. Clark Gable incarne ainsi un pur rustre sans manières qui n'a connu que cette existence à la dure dans cette plantation qu'il dirige d’une main de fer. L'arrivée et l'installation inopinée de la prostituée Vantine l'agacera dans un premier avant de reconnaître en elle son égal au féminin, une aventurière ayant roulé sa bosse et capable d'apporter sans s'offusquer un répondant gouailleur à ses manière brutales.

Toute la séquence amenant leur première étreinte est magistrale à ce titre, sous l'agressivité mutuelle de façade se dessinant une complicité qui s'orchestre avec les dialogues (pour un véritable festival de sous-entendus sexuels) mais également le mouvement. Jean Harlow déambule ainsi lascivement dans la pièce, haranguant un Clark Gable immobile mais bouillonnant comme dans un rituel de séduction animale. L'érotisme peut ainsi s'exprimer à la fois quand cette connivence passera par le dialogue et un éclat de rire commun après un festival d'insulte, et bien sûr l'expression de ce désir sauvage qu'ils partagent lorsque Gable empoignement brutalement une Jean Harlow ravie et qui ne se débat que pour la forme.

Un lien aussi évident peut entraîner un vrai amour ou alors une certaine désinvolture par ce qu'on semble déjà connaître par cœur. Vantine sera ainsi victime d'un Dennis sans égard ni respect qui n'y a vu qu'un amusement et la renvoie à sa vie par une tape aux fesses et un petit billet. La relation amoureuse réelle ne semble pouvoir exister qu'en y entraînant des êtres opposés et en confrontant ainsi Dennis à la retenue et aux manières distinguée de Barbara, la femme de son ingénieur. Alors la séduction entre Dennis et Vantine se faisait dans une sorte de mimétisme les plaçant sur un pied d'égalité, la domination et la toute-puissance masculine du "sauvage" Gable s'impose ici à une frêle Mary Astor inconsciemment en attente de cela tant son époux (Gene Raymond) semble fragile et symboliquement impuissant.

Une nouvelle fois Fleming passe de la parole aux actes, les échanges entre Barbara effarouchée et Dennis désinvolte amenant une certaine tension amoureuse qui deviendra érotique lorsque la pluie et le tonnerre permettront à Gable de ployer ses bras virils autour d'une Mary Astor consentante. Celle-ci dégage une formidable sensualité contenue, s'abandonnant de façon coupable à l'étreinte de Gable, arborant un visage effrayé par son propre désir. Une belle ellipse nous la fait redécouvrir plus tard négligemment allongée et arborer un sourire de satisfaction au seul son de la voix de Gable, preuve de la consommation de ce désir adultère.


L'environnement joue un grand rôle dans l'évolution des deux romances. La tempête et la pluie diluvienne qui amène la liaison entre Dennis et Barbara exprime la pulsion et la nature fugace de leur attirance mutuelle. Les éléments météorologiques n'ont pas besoin d'intervenir pour que cette attraction s'exprime entre Dennis et Vantine, elle semble couler de source et si elle semble moins romanesque, cette relation est plus naturelle, spontanée. Cela tiens grandement au jeu percutant de Jean Harlow qui n'est jamais une proie, une chimère ou un fantasme pour Gable mais une vraie partenaire dont le sex-appeal se véhicule autant par le charme vénéneux que l'attitude décomplexée.

Amoureux transi quelque peu figé avec Mary Astor, Gable retrouve sa joyeuse insolence et ses mauvaises manières au contact de Jean Harlow. Cela se confortera même dans l'expression totalement opposée du dépit amoureux chez les deux femmes. On partage un instant la détresse de Vantine lorsqu'elle apercevra Dennis porter Barbara dans sa chambre, mais cette déconvenue se manifestera par quelques remarques désobligeantes bien senties à l'image du côté frondeur du personnage. Le final verra au contraire une expression vaine et violente d'un désappointement semblable pour Barbara, pas aussi dure, incapable de contenir ses émotions et définitivement soumise à Dennis.

Un régal à l'érotisme moite qui fait encore son effet aujourd'hui. Vingt ans plus tard, John Lee Mahin transposera son script en Afrique pour le somptueux remake Mogambo où Gable reprend son rôle, Ava Gardner et Grace Kelly prenant superbement le relai de Jean Harlow et Mary Astor dans cet autre classique.

Sorti en dvd zone 2 français dans la collection Tréso Warner consacrée au Pré-Code

Extrait

jeudi 16 janvier 2014

Éternel tourment - Cass Timberlane, George Sidney (1947)

Cass Timberlane est juge dans une ville du Minnesota. Il rencontre Jinny Marshland, issue d'un milieu plutôt modeste. Les deux tourtereaux convolent en justes noces. L'idylle est sans nuages, tout paraît pouvoir durer ainsi une éternité. C'est la mort d'un bébé qui vient rompre la mélodie du bonheur et déstabilise Jinny.

George Sidney adapte ici une nouvelle de Sinclair Lewis dans cet intéressant drame sentimental. La grande question ici sera ce qui fait durer un couple, les concessions et renoncements de chacun, les qualités devenant des défauts lorsqu'il s'agit de partager un quotidien. Une idée qui parcourra le film à travers les amours contrariés de Cass Timberlane (Spencer Tracy) et Jinny Marshland (Lana Turner). Cass est un juge d'une petite ville du Minnesota qui s'étonne lors de la scène d'ouverture de l'abondance de couples venus divorcés, y voyant une forme de renoncements de leur part jusqu'à ce que lui-même se trouve plus tard pris dans les affres d'une union contrariée.

Sidney filme tout d'abord avec un charme certain la rencontre puis le mariage de Cass et Jinny où il multiplie les instants attachants : Jinny témoin penaude face au juge lorsque celui-ci trouve le bloc où elle l'a caricaturé en dessin, le match de base-ball... Lana Turner jamais aussi bonne que quand elle joue un personnage ordinaire plutôt que les vamps est ici très touchante et espiègle, se mêlant parfaitement à la présence mûre et bienveillante de Spencer Tracy.

Les obstacles se devinent pourtant déjà en arrière-plan avec la différence sociale u couple, Cass Timberlane étant un notable invité au country-club et autre lieu de la haute société de la ville quand Jinny ne cessera d'être regardée de haut en dépit de ses efforts du fait de ses origines modestes. Passé ce début idyllique le drame de la perte d'un enfant va venir rappeler à chacun les carences du couple qui aurait sans doute pu être comblées par la présence du nourrisson. C'est sans doute là la qualité mais aussi le défaut du film. Les conflits du couple s'inscrivent dans une sobriété bienvenue où ce quotidien finit par les ronger.

Les deux stars sont formidables pour exprimer ces tourments, Lana Turner forçant l'enjouement pour se fondre dans ce milieu snob mais jamais réellement à l'aise et Spencer Tracy compréhensif et droit mais de plus en plus meurtri par la situation. Malheureusement seule la conviction des acteurs font passer ce tourbillon de sentiments mais les situations qui les amènent sont quelconques (Jinny s'essayant d'un coup au théâtre sans qu'on ne l'ait vraiment vu venir) et de la fadeur du reste casting (hormis une formidable Mary Astor en ancienne amante délaissée) notamment un insipide Zachary Scott en rival amoureux.

Du coup lorsqu'arrive le vrai gros rebondissement final, c'est presque "too much" comparé à la sobriété qui a précédée et résout le tout un peu trop facilement. Le dernier échange est cependant très beau et fait preuve d'une vraie profondeur dans la façon dont Jinny et Cass (qui n'ont jamais cessé de s'aimer) comprennent enfin comment évoluer tout en maintenant leur couple.

La retenue met vraiment les acteurs en valeur renforce la dimension intimiste voulue mais la trame en elle-même est finalement peu palpitante d'où l'impression mitigée. Sidney ne parvient pas tout à fait à trouver l'équilibre d'un Sirk dans ses films plus feutrés comme Demain est un autre jour ou un Curtis Bernhard dans Le Droit d'aimer (1946) sachant mieux allier terre à terre et flamboyance.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres

lundi 15 avril 2013

Other Men’s Women - William A. Wellman (1931)


Bill et Jack sont deux ingénieurs ferroviaires. Les choses se gâtent dès lors que premier commence à éprouver de l'attirance pour la femme du second...

Other men’s women est une grande réussite Pré-Code qui plus que par les audaces morales auquel on associe le genre brille surtout par une pureté narrative et émotionnelle donnant un récit à la fois poignant, juste et à la concision parfaite. Bill White (Grant Withers) est un agent ferroviaire jovial et attachant auquel il ne manque qu'un environnement idéal pour laisser s'exprimer ses qualités.

En attendant, il court plutôt les filles de mauvaises vies et accumule les dérapages alcoolisé dans une existence sans but sorti de son travail. Après l'écart de trop il est expulsé de sa résidence mais son ami et partenaire Jack Kulper (Regis Toomey) le récupère en le logeant chez lui. Là l'environnement paisible et surtout les attentions de Lily (Mary Astor) l'épouse de Jack en font enfin un autre homme mais au prix d'un désir coupable et de la mise en péril d'une belle amitié.

Wellman fige avec une belle cohérence les caractères de ses personnages, en fonctionnant constamment dans le contraste. La vision quasi documentaire du travail ferroviaire installe l'amitié solide entre Bill et Jack à travers leur complicité et la confiance mutuelle nécessaire à la synchronisation de leur tâche. Ils ne font qu'un alors que Bill sorti de ce cadre semble une âme perdue (la scène d'expulsion quelque peu alcoolisée et hilarante avec la logeuse bègue colérique), un enfant sans repère. Des repères qu'il va trouver dans le doux foyer tenu par Lily où tout évoque une pureté absente du monde extérieur.

La maison spacieuse toute blanche dans sa façade et ses intérieurs chaleureux s'oppose au bar de la gare encombré, les repas préparé avec amour par Lily sont bien plus appréciable que ceux quelconques dévorés en solitaire au comptoir. Et bien évidemment Lily est un pur pendant inversé de la vulgaire mais attachante Mary (Joan Blondell). Mary Astor mêle magnifiquement séduction et douceur qui font craquer dès sa première apparition où tout homme ne désirerait plus qu'être choyé par elle. C'est sa présence si douce qui permet à Wellman d'instaurer en quelques scènes à peine une inévitable tension érotique avec Bill qui n'a jamais connu tel quiétude.

L'adultère est amené avec une vraie retenue, aussi brièvement épanouissant que coupable aux regards des liens qu'a pris soin de tisser Wellman. Le drame s'instaure donc, ramenant chacun à une forme de statu quo qui ne peut plus être le même pour des raisons morales (Bill cédant à ses travers mais désormais rongé par la culpabilité), physique (Jack diminué) et en sentimentales avec Lily se sacrifiant au nom du devoir.

Le rebondissement final permettant de réunir les amants (et permettant de garder la morale sauve) parait facile sur le papier mais d'une telle force dans son spectaculaire accomplissement que l'on en oublie vite les ficelles tant la scène est touchante. L'épilogue use d'ailleurs d'une délicatesse et d'une finesse brillante pour contrebalancer, suspendant par un échange final des retrouvailles que l'on sait inévitable.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans leur collection Forbidden Hollywood consacré aux films Pre-Code 

mardi 1 novembre 2011

La Baronne de Minuit - Midnight, Mitchell Leisen (1939)


Une jeune femme débarque à Paris par le train venant de Monte Carlo. Elle ne possède pas le moindre bagage, n'a pas d'argent et est seulement vêtue d'une robe de soirée. Un chauffeur de taxi du nom de Tibor Czerny, accepte de l'aider. Mais la jeune femme lui fausse rapidement compagnie pour entrer clandestinement dans une soirée mondaine. Sur le point d'être expulsée, elle se fait passer pour la baronne Czerny. Les circonstances l'entraînent à conserver cette identité... mais à minuit, le carrosse de Cendrillon pourrait redevenir citrouille.

Mitchell Leisen signe un petit bijou avec ce Midnight où le cynisme le plus intéressé se dispute au romantisme le plus sincère dans un parfait équilibre. Pour ce faire, l'excellent scénario signé Billy Wilder et Charles Brackett pervertit le conte de Cendrillon en en donnant un grinçant et lucide tour contemporain. Notre Cendrillon est donc ici une jeune noceuse en quête de fortune qui débarque sans le sous à Paris après avoir tout perdu au jeu à Monte Carlo.

La belle-mère bienfaitrice sera un richissime aristocrate (John Barrymore) qui trouve en elle l'occasion de la rapprocher de l'amant de sa femme qui fait donc office de prince charmant pas au courant de la vraie condition de celle dont il est tombé sous le charme. Pourtant la solution se trouve sans doute avec le seul élément perturbateur à la construction du conte, le gentil taxi Tibor Czerny (Don Ameche) qui a secouru et aimé Eve Peabody (Claudette Colbert) alors qu'elle n'était rien.

La construction du film est une merveille de fluidité et d'astuces pour nouer les quiproquos les plus inextricables et la description de ces nantis est diablement féroce. Adultères, manipulation et calomnies sont les mots d'ordre de ce petit monde avec notamment un Rex O'Malley parfait en petite fouine sournoise et Mary Astor excellente en amante éconduite revancharde. Leisen parvient pourtant à donner un tour finalement très tendre à cet univers peu accueillant. Toutes les actions des personnages même les plus discutables sont finalement guidées par un sentiment pur tel John Barrymore (irrésistible de légèreté) cherchant à reconquérir son épouse ou même le très creux roi du champagne joué par Francis Lederer réellement amoureux de Claudette Colbert.

Cette dernière en apparence froidement intéressée donne sans forcer de belles nuances à Eve dont le passé difficile (et la croyance au bonheur par le milieu nanti) se dévoile au fil de quelques dialogues savamment distillés. Les échanges avec Don Ameche font mouche à chaque fois que ce soit dans le registre romantique (le rapprochement dans un Paris nocturne au début où chacun est sincère), celui plus outrancier comme le final au tribunal ou un mémorable pétage de plomb d’Ameche ne distinguant plus le vrai du faux. Ironiquement c'est lui la figure la plus pure qui va se prendre à douter au bonheur qui lui tend les bras avant que tout ne se résolve dans un final farfelu et toujours aussi inventif.

Le rythme file à toute allure avec un Leisen s'attardant à peine à décrire ce Paris des beaux quartiers qui l'intéresse moins que les biens plus drôles scènes dans les milieux populaires des taxis. Claudette Colbert, espiègle, séduisante et attachante (ce moment où elle essaie de résister à ses sentiments pour Ameche...) offre encore un grand numéro, même à minuit la magie qu'elle dégage n'est pas près de s'évaporer.

Disponible en dvd zone 2 français

Extrait des dix premières minutes

mardi 25 octobre 2011

Les Quatre Filles du Docteur March - Little Women, Mervyn LeRoy (1949)



Les quatre filles du docteur March est l'histoire de quatre jeunes filles, Margaret (surnommée Meg), Joséphine (surnommée Jo), Elisabeth (surnommée Beth) et Amy. Elles vivent aux États-Unis avec leur mère et une fidèle domestique appelée Hannah. Elles appartiennent à la classe moyenne de la société. L'histoire se passe pendant la guerre de Sécession. Leur père, aumônier nordiste, est au front.

Troisième adaptation du célèbre roman de Louisa May Alcott, le film de Mervyn Leroy vient surtout après celle fameuse de George Cukor en 1933 avec Katherine Hepburn en Jo. Une autre œuvre vient pourtant constamment à l'esprit à la vision du film, Le Chant du Missouri de Vincente Minnelli.

La MGM semble avoir clairement défini le chef d'œuvre de 1944 comme le modèle à suivre pour cette nouvelle version et entre les décors aussi factices que luxueux (la pauvreté de la famille March semble du coup très relative), l'avalanche de couleurs et de bons sentiments et un casting en partie identique et dans les même rôles (Mary Astor en maman courage douce et compréhensive, Leon Ames dans le rôle du père absent et la merveilleuse Margaret O'Brien de nouveau en benjamine ravissante) on est guère dépaysé. Si Leroy est très loin d'égaler le bijou de Minnelli, ce Little Women demeure un très beau film.

On découvre ainsi par tranches de vie le quotidien de ces quatre jeunes filles jeunes filles obligées de joindre les deux bouts seules avec leurs mère alors que leur père se trouve mobilisé durant la Guerre de Sécession. La trame se dote d'un écho particulier puisque les familles américaines ont pour beaucoup connue situation similaires quelques années plus tôt (et reprise dans des œuvres comme Depuis ton départ de John Cromwell qu’on peut presque voir comme une transposition moderne du roman) et dans ce contexte cela contribua-t-il sans doute au grand succès du film.

Si c'est bien évidemment Jo magnifiquement interprétée par June Allyson qui est mise en avant, le casting est parfait et chacune des sœurs est parfaitement incarnée par respectivement Elizabeth Taylor en frivole Amy (et une perruque blonde qui demande un léger effort pour la reconnaître au début), Janet Leigh pour la douce Meg et Margaret O'Brien pour la jeune et timide Beth. Le film narre ainsi de l'insouciance de l'enfance finissante à l'âge adulte plus amer, les espoirs, les premiers émois amoureux et échanges qui font les joies et les peines de notre quatuor.

Si Janet Leigh parait un peu effacée, Liz Taylor pimpante apporte un joli vent de comédie par sa frivolité tout en rendant vraiment son personnage attachant. June Allyson est une Jo parfaite avec ses manières de garçon manqué, sa voix grave et son sans gêne et en atténuant ou exagérant subtilement ces attitudes elle porte réellement l'émotion du film par sa fragilité et son indécision.

Et que dire de Margaret O'Brien ici aussi bouleversante que dans Chant du Missouri dont elle réitère ici la force de la séquence de noël à deux reprises lors des remerciements au bord des larmes envers M Laurence après avoir reçu un piano en cadeau et surtout son merveilleux monologue d'adieux à Beth qui arracherai une larme au spectateur le plus endurci, Leroy traduisant le deuil par une ellipse toute en sobriété.

C'est dans ces moments touchant si parfaitement capturés que Mervyn Leroy réussit son film et traduit parfaitement la chaleur et la complicité de cette famille (dont cette belle ouverture où Jo s'étale de tout son long face à ses sœurs moqueuses et faisant mine de ne rien voir). La peur de grandir, de quitter son foyer et de perdre les siens, soit tout ce qui implique la perte de l'innocence et le passage à l'âge adulte est idéalement dépeint ici dans la mélancolie des derniers instants du film.

On regrettera juste une tendance à l'ellipse pas toujours bien gérée et des éléments du livre survolés (les causes de la pauvreté, les convictions et l'engagement du père qu'on ne voit guère d'ailleurs) mais rien qui puisse gâcher le plaisir de cet idéal de film familial. Il semble que le film lance également la carrière hollywoodienne d'un étonnamment bon Rossano Brazzi bien plus intéressant en amoureux maladroit que dans les rôles de séducteur latin qui seront par la suite sa marque de fabrique.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner
Un montage intéressant entre les versions de 1933, 1949 et la plus récente de 1994 (désolé pour la ballade rock FM par contre ^^)

dimanche 4 septembre 2011

Le Chant du Missouri - Meet Me in St. Louis, Vincente Minnelli (1944)


À Saint-Louis en 1903, alors que la ville prépare l'Exposition universelle, la famille Smith vit un bonheur sans histoire. Mais un soir, le père de famille annonce qu'il a obtenu un travail plus avantageux à New York et qu'il faudra bientôt quitter le Missouri. La mère et les trois filles sont en émoi…

En 1944 l'Amérique est plus que jamais plongée dans la Deuxième Guerre Mondiale et la population vit dans l'angoisse des hommes risquant leur vie au front. Voulant faire oublier aux familles cet avenir incertain, les studios se réfugient plus que jamais dans des univers irréels ou fantasmés pour dépayser le spectateur. Le Chant du Missouri parvient à une réussite plus grande encore que cette simple volonté d'évasion en apportant une forme de réconfort aux américains par des thèmes plus proche de leur quotidien ce que son esthétique flamboyante et factice laisse supposer. Ce monde merveilleux et enchanteur que l'on va visiter ne se situe pas dans quelque contrée imaginaire de conte mais dans le Missouri du début de siècle, en ébullition avant l'Exposition universelle à venir en 1904.

Le regard tendre et nostalgique qui traverse le film est issu des récits de Sally Benson qui consigna dans des courtes histoires (publiées dans le New York Times puis plus tard rassemblées dans un livre intitulé 5135 Kensington soit l'adresse de la maison de son enfance) qui relata ses souvenirs d'enfance à travers le regard de la fillette insouciante qu'elle était. Le film malgré quelques infidélités (le point de vue n'est plus celui de la fillette se rattache sans doute plus aux amours des grandes sœurs) capte parfaitement le sentiment de bonheur et de nostalgie exprimé à travers cette vision d'un passé fantasmé, le choix du producteur Arthur Freed d'en faire une transposition musicale renforçant encore l'ivresse. L'introduction de chaque grande séquences de l'année de cette petite famille par une vieille photo datée qui s'anime soudain au rythme des saisons pour faire vivre ce passé retranscrit idéalement cela.

Dès les premières minutes, c'est donc un tourbillon de personnages bondissants, de couleurs flamboyantes et de musique enjouée qui s'emballe sous nos yeux. Minnelli parvient à introduire et caractériser une dizaine de personnages en un rien de temps et chacun s'imprègnera durablement en nous quelle que soit son temps à l'écran ou son importance dans le récit : l'orageux mais aimant père de famille joué par Leon Ames, l'acariâtre servante Katie, la douce sœur aînée Rose même si c'est la cadette espiègle Toothie (vraie surnom d'enfance de Sally Benson comme tous les autres personnages qui conservent les prénom des membres de sa famille à l'écran) et la merveilleuse Judy Garland en Esther qui captivent l'attention.

La première séquence où ce petit monde bouillonne dans l'attente d'un coup de téléphone annonçant une demande en mariage pour Rose nous les présente ainsi exubérants, bruyant et attachant à l'image de la jeune et pétillante Margaret O'Brien (un vrai petit ange confondant de naturel et de fantaisie).

Le Chant du Missouri est un film pratiquement sans vrais conflits ou ressort dramatiques prononcés si ce n'est la menace de s'éloigner de ce havre de paix. Dès lors deux sentiments et types d'atmosphères animent le récit, le bonheur radieux et insouciant qui parait éternel puis la douce mélancolie et la tristesse de se rendre compte qu'il va pourtant bien devoir toucher à sa fin. Le récit se savoure donc plus sur les moments, heureux ou pas qui vont véritablement se figer dans les souvenirs des protagonistes : une soirée d'Halloween mouvementée, la découverte des premiers émois amoureux (merveilleuse scène où Judy Garland trouble son voisin en l'invitant à éteindre les lumières), le bal de noël.

Les chansons, véritable moteur de la narration, ne font pas que l'accompagner mais la transcende totalement. S'il n'y a pas de vraies péripéties marquées, chaque morceau transporte complètement l'émotion de chacun de ces moments voulu comme anodins ou pas. Le Meet me in Saint Louis (vrai standard du début du siècle) d'ouverture exulte de l'énergie qui traverse ce foyer, The Boy next door et sa mélancolie adolescente magnifiquement exprimée par Judy Garland et le poignant Have Yourself a Merry Little Christmas dont les paroles sur la tristesse d'être éloigné du foyer touche quelque chose de bien plus réel et universel à la fois...

Judy Garland réticente au départ à faire le film car désireuse de s'éloigner des rôles adolescents rayonne comme jamais ici, sans doute animée par la vraie romance qui se jouait en coulisse avec Vincente Minnelli qu'elle épousera ensuite. Ce dernier la filme amoureusement et la met divinement en valeur et équilibre l'ensemble du film entre méticulosité historique dans les différents éléments de décors et liberté esthétique absolue par sa manière de les illustrer. Le film se passe comme un rêve éveillé issu du passé ce qui est totalement le but. Le final lors de l'Exposition universelle est un triomphe artistique absolu. Si contrairement au film dans la réalité Sally Benson dû bien quitter Saint-Louis pour New York, les moments heureux ne la quittèrent jamais et c'est exactement ce que réussit Minnelli avec le spectateur qui n'a connu ni ces lieux aimés ni cette époque rêvée.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner dans une belle édition