Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 7 avril 2015

Suite Française - Saul Dibb (2015)

Été 1940. France. Dans l’attente de nouvelles de son mari prisonnier de guerre, Lucile Angellier mène une existence soumise sous l’œil inquisiteur de sa belle-mère. L’arrivée de l’armée allemande dans leur village contraint les deux femmes à loger chez elles le lieutenant Bruno von Falk. Lucile tente de l’éviter mais ne peut bientôt plus ignorer l’attirance qu’elle éprouve pour l’officier…

Le magnifique livre d’Irène Némirovsky n’aura malheureusement inspiré qu’un mélodrame sans saveur. Suite Française est un roman paru à titre posthume en 2004 après que Denise Epstein, fille d’Irène Némirovsky ait découvert dans une malle le manuscrit qu’elle prenait pour le journal intime de sa mère. Irène Némirovsky avait fuie avec sa famille sa Russie natale au soir de la Révolution Russe pour s’installer en France où elle devient un écrivain reconnu dans les années 20 notamment avec son classique David Golder. Cette terre d’accueil va pourtant devenir oppressante à son tour avec un antisémitisme galopant (elle-même ayant un rapport complexe et conflictuel à sa religion) qui culminera durant l’Occupation. Mise au ban de la société, portant l’étoile jaune et interdite de publier, Irène Némirovsky se réfugie à la campagne où elle rédige sa fresque Suite Française. Elle se raccroche à l’écriture de ce récit ambitieux avec force manquant parfois de papier et devant le laisser inachevé lorsqu’elle sera capturée et déporté pour mourir au camp de concentration d’Auschwitz. Le livre est une fulgurante photographie en deux temps de la France occupée. 

D’abord le chaos de l’exode alors que les allemands approchent, où l’on capture une France divisée par les conflits de classe avec le portrait de petite gens courageux, d’une bourgeoisie tenace et accrochée à ses privilèges, d’une jeunesse corrompue. L’humour le plus mordant se dispute à la tragédie, l’ironie la plus acerbe alterne avec l’émotion la plus sincère. La seconde partie confrontait cette France divisée et brisée à l’envahisseur avec la cohabitation entre allemands et français dans un petit village. Là aussi la description était fort subtile, les allemands n’étant jamais dépeint comme des tyrans (tous n’étant pas des nazis sanguinaires mais de simple soldats contraint de suivre les ordres) mais comme un peuple pétri de contradictions au même titre que les français. La coexistence semble presque possible à travers quelques visions fraternelles que le contexte de guerre vient balayer, tout comme l’histoire d’amour entre un officier allemand et une jeune française.

Tous ces principes seront balayés dans l’adaptation où l’affiche à l’eau de rose et la bande-annonce sirupeuse laissent déjà craindre le pire. Déjà le film va au plus simple en ne transposant que la seconde partie et sa romance tragique. Un travail d’adaptation était bien sûr forcément nécessaire mais ici il ne consistera qu’à ajouter des éléments de mélo simpliste qui gâche une trame pourtant assez fidèle au roman. Là où malgré le drame qu’elle vivait Irène Némirovsky avait évité tout manichéisme, ici on tombe en plein cliché avec des soldats allemands qui oscillent entre silhouettes anonymes menaçantes et officier sadiques libidineux. La méfiance, l’amitié naissante et la haine entre occupant et occupés en reste à une opposition simpliste quand la curiosité entre deux peuples si différents étaient au cœur du livre – production internationale oblige tout le monde parle anglais ce qui ôte une partie de cette différence.

L’histoire d’amour parvient à vaguement maintenir l’intérêt grâce à l’interprétation convaincante de Michelle Williams et  Matthias Schoenaerts mais là aussi le scénariste à la main lourde en ajouts grossiers : l’amour chaste et impossible sur papier s’autorise un semblant d’étreinte à l’écran, le soldat amoureux mais soumis à son devoir s’autorise un sacré écart dans la scène finale. Même en oubliant la base littéraire malmenée, en tant qu’œuvre romanesque l’ensemble est d’une grande platitude et académisme. Pas une catastrophe mais terriblement insipide au vu de la source. Mine de rien, le livre aura été adapté officieusement –et avant son exhumation - de façon bien plus captivante avec l’excellent Bon Voyage (2003) qui traitait avec une force dramatique, un humour, une ironie, une densité narrative impressionnante et un sens du romanesque tout ce qui n’est qu’effleuré ici.

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jeudi 11 décembre 2014

De rouille et d'os - Jacques Audiard (2012)


Ali (Matthias Schoenaerts), jeune marginal sans le sou, quitte la Belgique avec son jeune fils Sam (Armand Verdure) pour la Côte d'Azur. Il est hébergé à Antibes dans le garage du pavillon de sa sœur (Corinne Masiero), une caissière de supermarché qui compagnonne avec un chauffeur de poids lourd. Engagé comme videur dans une boîte de nuit, un soir, il sort Stéphanie (Marion Cotillard) d’une bagarre à la sortie de la boîte, la raccompagne chez elle et lui laisse son téléphone. Stéphanie est dresseuse d'orques au parc aquatique d'Antibes. Suite à un choc violent avec un des mammifères, elle est amputée des deux jambes. Désespérée de se retrouver en fauteuil roulant, elle appelle une nuit Ali qui la rejoint et décide de l'aider. Entre eux se noue une relation singulière faisant évoluer les deux protagonistes.

Jacques Audiard décevait pour la première avec De Rouilles et d’os, perdant la finesse et l’originalité qui l’aura accompagné dans une filmographie jusqu’ici remarquable. Le problème, c’est que Jacques Audiard nous a déjà racontée cette histoire en bien mieux  Sur mes lèvres. Une femme complexée (Emmanuelle Devos/Marion Cotillard) rencontre un gros rustre mal éduqué (Vincent Cassel/Matthias Schoenaerts) dont elle va tomber amoureuse, les deux vont unir leur force dans un but commun et au bout du chemin l'homme apprendra à "mériter" la femme et à l'aimer pour de bon. Alors que Sur mes lèvres s'inscrit dans le genre calibré du polar, Audiard sous la précision de son scénario laissait la place à la respiration, à l'inattendu et aux zones d'ombre dans un flou se mêlant idéalement à la rigueur de son écriture.

On perd tout cet équilibre ici, tout est lourd et surligné, gâchant une émotion pourtant bien présente (le réveil de Cotillard, la première nage avec Ali) mais l'intrigue est lâche et ne va réellement nul part (le film sportif, le film social avec la sous-intrigue des caméras de surveillance rien ne marche) et fait perdre progressivement l'intérêt malgré les beaux personnages principaux. La rigueur d’Audiard lui joue cette fois des tours car il se force à intégrer des sous-intrigues se fondant mal au seul vrai enjeu, le rapprochement entre Ali et Stéphanie. Quand le polar servait d’accélérateur et renforçait les rapports du couple, tout ce qui les entoure ici alourdit inutilement l’ensemble. 

Le summum est atteint à la fin avec rebondissement que l'on voit venir de loin et qui enfonce le film dans le pathos le plus appuyé. On entrevoit le mélodrame sensible et plus épuré attendu par la grâce des  acteurs avec une Marion Cotillard. Matthias Schoenaerts n’a pas la subtilité d’un Vincent Cassel sous la rudesse et refait à l’identique son numéro de Bullhead (2011) en brutasse au cœur gros comme ça. Une déception, la première avec le cinéma de Jacques Audiard, dommage car tout était pour un grand film.

Sorti en dvd zone 2 français chez UGC Vidéo