Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
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Un groupe de jeunes
gens, fans de musique, adorent rouler à bord de leur jeep tout-terrain. Ils se
sont surnommé le « Pelican Club ». L’un d’entre eux déterre une vieille
mitraillette. Dans le même temps, ils apprennent qu’une organisation religieuse
va transférer une grosse somme d’argent. Argent + armes + « Pelican Club »...
Le calcul est vite fait, les Stray Cat sont à l’affût...
Stray Cat Rock :
Female Boss (1970) ayant rencontré un immense succès, la Nikkatsu décide d’embrayer
sur non pas une mais deux produites simultanément. Wild Jumbo sera réalisé par
Toshiya Fujita tandis que Sex Hunter,
le troisième sera signé par Yasuharu Hasebe déjà l’œuvre sur Female Boss. Le fil conducteur de la
série Stray Cat Rock ne repose pas
sur les intrigues ou les personnages puisque ceux-ci changent tout au long des
cinq films qui la composent. Ce sera plutôt la capture de la jeunesse japonaise
de l’époque, le lien se faisant avec un casting similaire mais dans des rôles
différents.
Après l’approche Sukeban
de Female Boss et ses délinquantes, Wild
Jumbo met en scène un groupe mixte de jeunes gens oisif, amateur de musique
rock et de ballade survoltée en jeep. Une violence latente se devine cependant
sous cette jeunesse fougueuse, que ce soit la pure quête d’adrénaline à travers
les batailles rangées et routières avec d’autres gangs, ou l’appât du gain par
quelques menus larcins. Toshiya Fujita saisit dans sa mise en scène percutante la
complicité insouciante du groupe avec sa bande-son pop, ses effets de montage
psyché et ses incrustations inventives. Quelques éléments laissent entrevoir le
contexte rebelle et violent de la jeunesse d’alors, la relation amour/haine à
la culture américaine (les vinyles d’artistes anglo-saxon dans le repère de la
bande, plus tard un couple de touriste gentiment) ou les tenues de chantiers d’un
gang adverse typiques de la jeunesse politisée des années 60. Cela reste
cependant en retrait (si l’on compare à l’approche plus frontale des réalisateurs
de la Nouvelle Vague japonaise) et c’est dans l’action que l’on scrutera ce
mal-être.
La découverte d’armes de la Première Guerre Mondiale
entraîne le groupe sur une voie plus ouvertement criminelle. Ils se laissent
entraîner dans le braquage d’une puissante secte religieuse qui doit transférer
une grosse somme d’argent. Dès lors les préparatifs de l’attaque se conjugue à
l’imagerie bariolée, jusqu’à un final brutal et cinglant qui nous ramènera sur
terre. Comme le premier film, la trame décousue et la narration lâche importe
moins que l’atmosphère rieuse, estivale et insouciante de l’ensemble. Les
moments potaches (la bande qui sème la zizanie en jeep sur une plage) alternent
avec une langueur contemplative qui met en valeur la photogénie juvénile du
casting, notamment une Meiko Kaji pas encore star qui se fond dans cette
alchimie de groupe (et surprend toujours autant par ce côté souriant et solaire
qui dénote avec ses rôles à venir). Inégal mais pas inintéressant, notamment par ce jeu d'équilibriste dans le ton voulu.
Sorti en BR et dvd zone 2 français chez Bach Films
Shinjuku, Tokyo. Ako
est une grande motarde androgyne. Avec son attitude de défiance et son casque
qui cache son visage, elle est souvent prise pour un homme. Lorsqu’elle décide
de s’allier avec Mei et son gang de filles, elles finissent par attirer un peu
trop l’attention...
La criminalité féminine obéissant à une notion de groupe
semblable au yakuza avait suscitée quelques productions éparses depuis la fin
des années 50 au Japon. La série des Stray Cat Rock innove pourtant en
inscrivant cela dans la délinquance féminine et plus précisément le mouvement Sukeban. Ce terme désigne les gangs de
délinquantes japonaise et est au départ un décalque féminin des zoku, gangs de bikers japonais sous
influence de la culture rock américaine des années 50 et de films tels que L’équipée sauvage ou Easy Rider avec leur look cuir et
coiffure gominée. Les sukeban sauront pourtant s’en détacher avec des codes qui
leur seront propre, vestimentaires mais aussi rituels à l’essor du mouvement
dans les années 60/70.
La série des Stray
Cat Rock initiée par la Nikkatsu est donc la premièresurfer sur le phénomène avec le film Female Boss produit en 1970. Le film est encore très sage comparée à la furie féministe
et contestataire d’autres film sukeban
à venir, notamment les brûlots produit par la Toei comme Terrifying Girls' High School: Lynch Law Classroom (1973) ou Delinquent Girl Boss: Worthless to Confess
(1971) – auquel le récent Assassination
Nation fait un joli clin d’œil d’ailleurs. Le film est également dénué de
tous les codes esthétiques précédemment évoqués associé au sukeban. L’intérêt
du récit est sa capture de l’idée de différence dans un Japon traditionnel.
Cela passe dans un premier temps par un féminisme qui déconstruit la notion de
genre. Lors de la scène d’ouverture, l’héroïne Ako (Akiko Wada) est prise pour
un homme par le spectateur et une bande malfrat alors qu’elle trône fièrement
sur sa moto. Cela se prolongera à l’identité sexuelle lorsqu’on devinera une
attirance homosexuelle quand elle intégrera une bande de fille. Une différence
concernera l’idée de mixité avec le personnage du boxeur Kelly (Ken Sanders)
joué par un acteur métisse nippo-américain – sans parler de Akiko Wada d’origine
coréenne, autre communauté particulièrement méprisée au Japon. Tout cela s’incarne
dans un environnement psyché- pop symbolisé par le cadre de la boite de nuit,
où s’agglutine toute une communauté hétéroclite aussi libre dans ses tenues
vestimentaires, mœurs amoureuse (cette brève scène ou deux garçons androgynes
se partagent la même fille consentante) et musique rock tapageuse. Le gang de
fille symbolise toute cette liberté et va ainsi s’opposer à un groupe de yakuza
qui est son parfait opposé.
Alors que (en dépit de forte personnalités) les sukeban sont
une entité sans réelle hiérarchie dans cet idéal libertaire, les grades sont
clairement définis chez les yakuzas où chaque leader adversaire de nos héroïnes
se verra à un moment donné rabaissé par un supérieur. La solidarité et la
survie domine toute les initiatives des jeunes filles (volant au secours d’une
camarade en péril quel que soit le danger) quand un individualisme et machisme
guide les actions des hommes, avec en prime une pulsion de mort suicidaire
typiquement japonaise – la lecture du code bushido lors d’une réunion d’aspirants
yakuza, le personnage autodestructeur de Michio (Kōji Wada).
L’intrigue
policière finalement assez légère vaut donc moins que ce contexte passionnant,
même si pas dénuée de quelques efficaces morceaux de bravoure comme cette
poursuite urbaine rondement menée entre une moto et une voiture. Yasuharu
Hasebe signe une mise en scène pop mais là encore assez sage par rapport à d’autres
de ses travaux, mais l’on appréciera certaines fulgurances avec deux superbes
splitscreens lors de scène de dialogues. Meiko Kaji pas encore en tête d’affiche
crève cependant l’écran dans un rôle secondaire.
On ne voit qu’elle à chaque apparition, débordant de charisme et
dans un emploi un peu plus fragile et romanesque que les rôles qui feront sa
gloire (La Femme Scorpion et Lady Snowblood). La Nikkatsu ne s’y trompera pas
puisque dès le deuxième volet Stray Cat Rock : Wild Jumbo, ce sera elle l’héroïne
et ceux pour les 4 autres opus de la saga. Belle photographie de la jeunesse
japonaise 70’s.
Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Bach Films
Akemi est la chef du
gang Tachibana, et porte, comme la tradition l’exige, un imposant tatouage de
dragon dans le dos. Lors d’un duel contre un gang rival, Akemi rend aveugle une
opposante avec son épée. C’est alors qu’un chat noir apparaît pour lécher la blessure
ensanglantée. La malédiction d Akemi a commencé...
Blind Woman Curse
est une œuvre qui participe à l’ascension de Meiko Kaji puisque tourné la même
année que le premier volet de la saga Stray
Cat Rock qui fera d’elle une star au sein de la Nikkatsu. Le film est
également annonciateur des sommets de sa filmographie à venir en la montrant en
sabreuse vengeresse (lors de l’ouverture et la conclusion du film) comme dans
le diptyque Lady Snowblood (1973 et
1974) et la série de La Femme scorpion.
L’un des éléments passionnant rétrospectivement consiste en l’hésitation constante
de l’héroïne de Blind Woman Curse à
embrasser l’imagerie justement rattachée à Meiko Kaji par la suite. Le film
voit un postulat de film de yakuza et de sabre progressivement vampirisée par
la personnalité de son réalisateurTeruo
Ishii. Maître du sous-genre ero guro (érotisme grotesque) dans ses
films historiques déviant se déroulant à l’ère Edo, Ishii écarte l’érotisme
pour se concentrer le grotesque dans l’approche fantastique. La trame de film
de yakuza avance de manière laborieuse et parfois répétitive mais le cœur du
récit se trouve dans l’incursion des éléments surnaturels.
Ils sont annoncés
dès l’ouverture où durant un combat entre clans ennemis où Akemi (Meiko Kaji)
rend accidentellement une femme rendue aveugle par un jet de sang dans les
yeux. La victime après avoir vue ses plaies léchées par un chat noir va s’avérer
une ennemie mortelle et assoiffée de vengeance envers Akemi. Elle devient une Bakeneko
(monstre-chat), fantôme du folklore japonais représentant (dans certaine
interprétations) souvent une femme bafouée devenue une entité monstrueuse et avide
de revanche pour ses anciens tourmenteurs. La malédiction est finalement
essentiellement féminine à travers une quête de vengeance à laquelle s’abandonne
l’aveugle (Hoki Tokuda) et que cherche à fuir Akemi dans un monde de pouvoir
masculin. Plusieurs dialogues soulignent une volonté rendue impossible par le
contexte pour les deux jeunes femmes poussées à la violence par leur entourage.
La notion de clan appelle une violence que cherche à
contenir Akemi envers ses membres, et l’aveugle voit ses démons s’incarner dans
l’incontrôlable danseur bossu. Ce dernier est joué par Tatsumi Hijikata,
créateur de la danse japonaise butō et
dont l’étrangeté fut déjà exploitée par Teruo Ishii dans Horrors of Malformed Men (1969). Sa gestuelle étrange ajoutée au
diverses idées macabres du récit façonne donc une atmosphère inquiétante,
portée par les cadrages déroutants et les éclairages baroques orchestré par
Ishii.
L’excentricité associée au folklore japonais se marie ainsi à un
gothique plus occidental (la figure du chat noir omniprésente) dans un ensemble
homogène où Ishii privilégie l’ambiance à l’excès, si ce n’est furtif (les
scènes de filles de plaisir sous opium). Le duel final confronte alors dans un
somptueux cadre abstrait et stylisé la notion vaine de cette haine. Une belle
réussite.
Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Bach Films