Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 11 janvier 2019

Stray Cat Rock : Wild Jumbo - Nora-neko rokku: Wairudo janbo, Toshiya Fujita (1970)


Un groupe de jeunes gens, fans de musique, adorent rouler à bord de leur jeep tout-terrain. Ils se sont surnommé le « Pelican Club ». L’un d’entre eux déterre une vieille mitraillette. Dans le même temps, ils apprennent qu’une organisation religieuse va transférer une grosse somme d’argent. Argent + armes + « Pelican Club »... Le calcul est vite fait, les Stray Cat sont à l’affût...

Stray Cat Rock : Female Boss (1970) ayant rencontré un immense succès, la Nikkatsu décide d’embrayer sur non pas une mais deux produites simultanément. Wild Jumbo sera réalisé par Toshiya Fujita tandis que Sex Hunter, le troisième sera signé par Yasuharu Hasebe déjà l’œuvre sur Female Boss. Le fil conducteur de la série Stray Cat Rock ne repose pas sur les intrigues ou les personnages puisque ceux-ci changent tout au long des cinq films qui la composent. Ce sera plutôt la capture de la jeunesse japonaise de l’époque, le lien se faisant avec un casting similaire mais dans des rôles différents. 

Après l’approche Sukeban de Female Boss et ses délinquantes, Wild Jumbo met en scène un groupe mixte de jeunes gens oisif, amateur de musique rock et de ballade survoltée en jeep. Une violence latente se devine cependant sous cette jeunesse fougueuse, que ce soit la pure quête d’adrénaline à travers les batailles rangées et routières avec d’autres gangs, ou l’appât du gain par quelques menus larcins. Toshiya Fujita saisit dans sa mise en scène percutante la complicité insouciante du groupe avec sa bande-son pop, ses effets de montage psyché et ses incrustations inventives. Quelques éléments laissent entrevoir le contexte rebelle et violent de la jeunesse d’alors, la relation amour/haine à la culture américaine (les vinyles d’artistes anglo-saxon dans le repère de la bande, plus tard un couple de touriste gentiment) ou les tenues de chantiers d’un gang adverse typiques de la jeunesse politisée des années 60. Cela reste cependant en retrait (si l’on compare à l’approche plus frontale des réalisateurs de la Nouvelle Vague japonaise) et c’est dans l’action que l’on scrutera ce mal-être.

La découverte d’armes de la Première Guerre Mondiale entraîne le groupe sur une voie plus ouvertement criminelle. Ils se laissent entraîner dans le braquage d’une puissante secte religieuse qui doit transférer une grosse somme d’argent. Dès lors les préparatifs de l’attaque se conjugue à l’imagerie bariolée, jusqu’à un final brutal et cinglant qui nous ramènera sur terre. Comme le premier film, la trame décousue et la narration lâche importe moins que l’atmosphère rieuse, estivale et insouciante de l’ensemble. Les moments potaches (la bande qui sème la zizanie en jeep sur une plage) alternent avec une langueur contemplative qui met en valeur la photogénie juvénile du casting, notamment une Meiko Kaji pas encore star qui se fond dans cette alchimie de groupe (et surprend toujours autant par ce côté souriant et solaire qui dénote avec ses rôles à venir). Inégal mais pas inintéressant, notamment par ce jeu d'équilibriste dans le ton voulu. 

 Sorti en BR et dvd zone 2 français chez Bach Films

vendredi 4 janvier 2019

Stray Cat Rock : Female Boss - Onna banchō nora-neko rokku, Yasuharu Hasebe (1970)


Shinjuku, Tokyo. Ako est une grande motarde androgyne. Avec son attitude de défiance et son casque qui cache son visage, elle est souvent prise pour un homme. Lorsqu’elle décide de s’allier avec Mei et son gang de filles, elles finissent par attirer un peu trop l’attention...

La criminalité féminine obéissant à une notion de groupe semblable au yakuza avait suscitée quelques productions éparses depuis la fin des années 50 au Japon. La série des Stray Cat Rock innove pourtant en inscrivant cela dans la délinquance féminine et plus précisément le mouvement Sukeban. Ce terme désigne les gangs de délinquantes japonaise et est au départ un décalque féminin des zoku, gangs de bikers japonais sous influence de la culture rock américaine des années 50 et de films tels que L’équipée sauvage ou Easy Rider avec leur look cuir et coiffure gominée. Les sukeban sauront pourtant s’en détacher avec des codes qui leur seront propre, vestimentaires mais aussi rituels à l’essor du mouvement dans les années 60/70. 

La série des Stray Cat Rock initiée par la Nikkatsu est donc la première  surfer sur le phénomène avec le film Female Boss produit en 1970. Le film est encore très sage comparée à la furie féministe et contestataire d’autres film sukeban à venir, notamment les brûlots produit par la Toei comme Terrifying Girls' High School: Lynch Law Classroom (1973) ou Delinquent Girl Boss: Worthless to Confess (1971) – auquel le récent Assassination Nation fait un joli clin d’œil d’ailleurs. Le film est également dénué de tous les codes esthétiques précédemment évoqués associé au sukeban. L’intérêt du récit est sa capture de l’idée de différence dans un Japon traditionnel. 

Cela passe dans un premier temps par un féminisme qui déconstruit la notion de genre. Lors de la scène d’ouverture, l’héroïne Ako (Akiko Wada) est prise pour un homme par le spectateur et une bande malfrat alors qu’elle trône fièrement sur sa moto. Cela se prolongera à l’identité sexuelle lorsqu’on devinera une attirance homosexuelle quand elle intégrera une bande de fille. Une différence concernera l’idée de mixité avec le personnage du boxeur Kelly (Ken Sanders) joué par un acteur métisse nippo-américain – sans parler de Akiko Wada d’origine coréenne, autre communauté particulièrement méprisée au Japon. Tout cela s’incarne dans un environnement psyché- pop symbolisé par le cadre de la boite de nuit, où s’agglutine toute une communauté hétéroclite aussi libre dans ses tenues vestimentaires, mœurs amoureuse (cette brève scène ou deux garçons androgynes se partagent la même fille consentante) et musique rock tapageuse. Le gang de fille symbolise toute cette liberté et va ainsi s’opposer à un groupe de yakuza qui est son parfait opposé. 

Alors que (en dépit de forte personnalités) les sukeban sont une entité sans réelle hiérarchie dans cet idéal libertaire, les grades sont clairement définis chez les yakuzas où chaque leader adversaire de nos héroïnes se verra à un moment donné rabaissé par un supérieur. La solidarité et la survie domine toute les initiatives des jeunes filles (volant au secours d’une camarade en péril quel que soit le danger) quand un individualisme et machisme guide les actions des hommes, avec en prime une pulsion de mort suicidaire typiquement japonaise – la lecture du code bushido lors d’une réunion d’aspirants yakuza, le personnage autodestructeur de Michio (Kōji Wada). 

L’intrigue policière finalement assez légère vaut donc moins que ce contexte passionnant, même si pas dénuée de quelques efficaces morceaux de bravoure comme cette poursuite urbaine rondement menée entre une moto et une voiture. Yasuharu Hasebe signe une mise en scène pop mais là encore assez sage par rapport à d’autres de ses travaux, mais l’on appréciera certaines fulgurances avec deux superbes splitscreens lors de scène de dialogues. Meiko Kaji pas encore en tête d’affiche crève cependant l’écran dans un rôle secondaire. 

On ne voit qu’elle à chaque apparition, débordant de charisme et dans un emploi un peu plus fragile et romanesque que les rôles qui feront sa gloire (La Femme Scorpion et Lady Snowblood). La Nikkatsu ne s’y trompera pas puisque dès le deuxième volet Stray Cat Rock : Wild Jumbo, ce sera elle l’héroïne et ceux pour les 4 autres opus de la saga. Belle photographie de la jeunesse japonaise 70’s.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Bach Films

jeudi 15 novembre 2018

The Blind Woman's Curse - Kaidan nobori ryū, Teruo Ishii (1970)


Akemi est la chef du gang Tachibana, et porte, comme la tradition l’exige, un imposant tatouage de dragon dans le dos. Lors d’un duel contre un gang rival, Akemi rend aveugle une opposante avec son épée. C’est alors qu’un chat noir apparaît pour lécher la blessure ensanglantée. La malédiction d Akemi a commencé...

Blind Woman Curse est une œuvre qui participe à l’ascension de Meiko Kaji puisque tourné la même année que le premier volet de la saga Stray Cat Rock qui fera d’elle une star au sein de la Nikkatsu. Le film est également annonciateur des sommets de sa filmographie à venir en la montrant en sabreuse vengeresse (lors de l’ouverture et la conclusion du film) comme dans le diptyque Lady Snowblood (1973 et 1974) et la série de La Femme scorpion. L’un des éléments passionnant rétrospectivement consiste en l’hésitation constante de l’héroïne de Blind Woman Curse à embrasser l’imagerie justement rattachée à Meiko Kaji par la suite. Le film voit un postulat de film de yakuza et de sabre progressivement vampirisée par la personnalité de son réalisateur  Teruo Ishii. Maître du sous-genre ero guro (érotisme grotesque) dans ses films historiques déviant se déroulant à l’ère Edo, Ishii écarte l’érotisme pour se concentrer le grotesque dans l’approche fantastique. La trame de film de yakuza avance de manière laborieuse et parfois répétitive mais le cœur du récit se trouve dans l’incursion des éléments surnaturels. 

Ils sont annoncés dès l’ouverture où durant un combat entre clans ennemis où Akemi (Meiko Kaji) rend accidentellement une femme rendue aveugle par un jet de sang dans les yeux. La victime après avoir vue ses plaies léchées par un chat noir va s’avérer une ennemie mortelle et assoiffée de vengeance envers Akemi. Elle devient une Bakeneko (monstre-chat), fantôme du folklore japonais représentant (dans certaine interprétations) souvent une femme bafouée devenue une entité monstrueuse et avide de revanche pour ses anciens tourmenteurs. La malédiction est finalement essentiellement féminine à travers une quête de vengeance à laquelle s’abandonne l’aveugle (Hoki Tokuda) et que cherche à fuir Akemi dans un monde de pouvoir masculin. Plusieurs dialogues soulignent une volonté rendue impossible par le contexte pour les deux jeunes femmes poussées à la violence par leur entourage.

La notion de clan appelle une violence que cherche à contenir Akemi envers ses membres, et l’aveugle voit ses démons s’incarner dans l’incontrôlable danseur bossu. Ce dernier est joué par Tatsumi Hijikata, créateur de la danse japonaise  butō et dont l’étrangeté fut déjà exploitée par Teruo Ishii dans Horrors of Malformed Men (1969). Sa gestuelle étrange ajoutée au diverses idées macabres du récit façonne donc une atmosphère inquiétante, portée par les cadrages déroutants et les éclairages baroques orchestré par Ishii. 

L’excentricité associée au folklore japonais se marie ainsi à un gothique plus occidental (la figure du chat noir omniprésente) dans un ensemble homogène où Ishii privilégie l’ambiance à l’excès, si ce n’est furtif (les scènes de filles de plaisir sous opium). Le duel final confronte alors dans un somptueux cadre abstrait et stylisé la notion vaine de cette haine. Une belle réussite. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Bach Films