Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 11 juin 2012

Elena et les Hommes - Jean Renoir (1956)


Elena Sorokovska, veuve en exil d'un prince polonais, est une jolie femme un peu extravagante, qui vit à Paris vers la fin des années 1880. Elle est persuadée qu'elle est faite pour aider les hommes célèbres à accomplir leur destinée : son talisman est une marguerite. Pour l'heure, elle s'intéresse à François Rollan, un général très populaire, dont le gouvernement cherche à étouffer l'influence....

Elena et les Hommes est le dernier volet de la trilogie théâtrale de Jean Renoir après Le Carrosse d'or et French Cancan. On devrait même plutôt dire trilogie de l'artifice puisque Elena et les Hommes contrairement aux autres films ne se déroule pas dans le monde du spectacle. L'artifice et la représentation naissent ici des jeux de l'amour et de la politique à travers le personnage d'Elena (Ingrid Bergman). Muse des temps modernes, elle s'est mise en tête d'aider des hommes talentueux dans leur ascension en leur offrant une marguerite, porte-bonheur grâce auquel ils accompliront leur destinée. Sa prochaine mission semble être François Rollan (Jean Marais) général très populaire en passe d'accéder à des responsabilités au gouvernement...

Ingrid Bergman incarne avec grâce et séduction ce personnage charmeur qui cache sous ses vertus chanceuse une vraie fragilité. Cette nature de porte-bonheur est également une protection derrière laquelle se dissimuler pour éviter tout engagement trop sérieux. Dès la scène d'ouverture l'appel d'une nouvelle âme à sauver sonne à travers le son d'une fanfare militaire à l'extérieur (et du passage du Général Rollan) alors qu'elle fait des gammes avec un prétendant musicien dont on apprendra vite qu'il a également réussit à son contact puisque ses œuvres vont être jouée à Milan. Plus tard elle fuira son mariage de nécessité avec un riche marchand de chaussure pour à nouveau aider Rollan.

Le symbole de cette peur est surtout le personnage d’Henri de Chevincourt (Mel Ferrer) qui la trouble d'autant plus qu'il n'a aucune ambition, qu'il ne lui réclame rien sinon son amour. On a ainsi de superbe scènes de séduction où se sentant prête à succomber, Elena s'évapore pour rejoindre des nœuds d'intrigues où elle retrouve son masque de manipulatrice. Ingrid Bergman enchante autant en femme-objet idolâtrée et détachée qu'en amoureuse apeurée fuyant ses sentiments et rayonne de beauté sous la caméra de Renoir qui la met merveilleusement en valeur. C'est bien dans cette nature que repose la théâtralité et l'artifice du film, et c'est bien lorsqu'il l'aura compris et jouera le même jeu que Mel Ferrer parviendra à gagner son cœur.

Elena rejoint en grande partie la Christine de La Règle du Jeu, également objet de l'attention des hommes qu'elle manipule. Les personnages ont la même volonté de contrôle de leur environnement et de leur émotions mais sont chacun rattrapé la réalité. L'issue est plus heureuse dans Elena et les Hommes, film plus ouvertement léger mais les deux femmes paient finalement de la même façon ce trait de caractère. En plus amusant, l'arrière-plan du marivaudage des subalternes passant le film à se poursuivre (le triangle amoureux entre Magali "Lolotte" Noël, Jean Richard et Jacques Jouanneau est bien tordant) évoque bien sûr aussi le souvenir de La Règle du Jeu.

L'arrière-plan politique est également fort grinçant avec ces ambitieux entrepreneurs forçant quelque peu le destin de Jean Marais, jouet soumis sans le savoir leurs commerce où plus symboliquement aux marguerite d'Elena qui force inconsciemment ou non les évènements. Le personnage de Rollan fut inspiré par le Général Boulanger qui ébranla l'équilibre de la Troisième République et bien que romancé, le script suit plutôt bien les évènements qui le mirent en position d'effectuer un coup d'état.

Le film est une splendeur visuelle de tous les instants retranscrivant bien cette imagerie des débuts de La Belle Époque. C'est un festival de couleurs, décors et costumes somptueux (Ingrid Bergman change de robe plus affriolantes les unes que les autres quasiment toutes les scènes) tandis que la légèreté associée à cette période retranscrit à travers cette bouillonnante séquence de défilée de 14 juillet où Renoir s'amuse de ce chassé-croisé chaotique ans la foule.

Les deux chansons de Leo Marjanne et Juliette Greco (et ici dans un rôle de bohémienne) Méfiez-vous de Paris et Miarka offrent pour la première de beaux intermèdes joyeux et la seconde donnera la séquence la plus romantique dans la magnifique conclusion où sous la dissimulation, les masques de l'amour tombent enfin. Peut-être pas tout à fait à la hauteur du Carrosse d'or et French-Cancan, mais très beau film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont

Extrait

vendredi 6 avril 2012

L'Ange des maudits - Rancho Notorious, Fritz Lang (1952)


Pour venger le viol et le meurtre de sa fiancée, un cow-boy, Vern Haskell, traverse les États-Unis à la recherche de son assassin. Par diverses informations, il apprend que celui-ci se trouve dans un ranch tenu par une aventurière, Altar Keane. Ce ranch appelé " Chuck-a-Luck" ("Coup de Chance ") accueille et héberge les bandits en fuite.

Rancho Notorious constitue la troisième et dernière incursion de Fritz Lang dans le western durant sa période américaine après le très bon Retour de Frank James et Les Pionniers de la Western Union réalisés douze ans plus tôt pour la Fox de Darryl Zanuck. C'est clairement sa meilleure tentative dans le genre, celle où il le soumet entièrement à sa vision plutôt que de s'y adapter.

Lang retrouve ici son thème récurrent de la vengeance et ses conséquences. Un des grands atouts ici est le scénario assez atypique de Daniel Taradash (adapté du roman Gunsight Whitman de Sylvia Richards) qui emprunte des directions narratives inattendues. Le point de départ est donc bien la vengeance avec le cow boy Vern Askell (Burt Kennedy) dont la fiancée est violée et tuée lors d'une scène aussi sobre que glaçante. Notre héros fou de douleur se lance donc à la recherche de l'assassin mais à la place de la course poursuite haletante attendue, l'intrigue prend plutôt une tournure de film noir dans l'Ouest.

Askell découvre que le meurtrier se dissimule dans un lieu appelé " Chuck-a-Luck" ("Coup de Chance ") dont le seul lien est une chanteuse de saloon disparue nommé Altar Keane (Marlène Dietrich). La quête du coupable s'estompe alors un temps pour une sorte de Laura/Citizen Kane western où se dessine le portrait d'Altar Kane à travers l'enquête d'Askell qui remonte la piste et de nombreux flashback rendant le personnage fascinant avant son intervention concrète dans le récit. On découvre ainsi la déchéance de cette femme flamboyante et adulée par les hommes qui se perdra en se liant au hors la loi Frenchy Fairmont (Mel Ferrer).

Ce parti pris se poursuit durant la toute aussi surprenante seconde partie. Altar enfin révélée se trouve à la tête d'un ranch refuge pour criminels en cavale qui lui verse un pourcentage de leur butin en échange d'une planque de quelques semaines. On a alors une forme de thriller whodunit (d'autant plus retors que le spectateur connaît lui le coupable) où Askell devra trouver parmi les bandits hébergés lequel est celui qu'il cherche. L'intrigue est donc fort astucieuse et prenante mais c'est vraiment ce que Lang va exprimer à partir de cela importe.

C'est une tragédie funeste qui s'annonce pour tous les personnages, tous destinés à être brisés par les choix qu'ils auront effectués. Frenchy Fairmont aura le cœur brisé par la seule humanise encore le tueur impitoyable qu'il est, Askell assoiffé de vengeance finit par ressembler de plus en plus à ce qu'il poursuit au contact de ces criminels et Lang joue sur le mimétisme progressif d'attitude avec Frenchy tel la virtuosité au tir. Le parcours le plus passionnant est bien sûr celui d'Altar, femme dure qui s'est élevé par sa seule détermination mais qui en tombant amoureuse d'Askell comprend peu à peu la barrière qu'elle a franchi.

Si Mel Ferrer est d'une élégance effacée mais néanmoins menaçante, Arthur Kennedy est lui impressionnant d'intensité avec un regard fou où se lit constamment la douleur de la perte qu'il a subie. Marlène Dietrich est quant à elle superbe entre dureté et mélancolie et on comprend l'astuce du scénario qui montre ses tourments sans surlignage inutile. La femme désirable, joyeuse mais dépendante des flashbacks trouve ainsi son pendant opposé au présent avec une Dietrich imposante mais à l'allure lasse, rongée par le désir. Les scènes de chant ne font absolument éléments rapportés et s'intègrent parfaitement à la progression de l'intrigue.

Lang instaure ici un lyrisme et une tonalité funèbre envoutante par ses choix esthétique. Les extérieurs sont rares et on devine constamment le studio dans leur extrême stylisation notamment les scènes nocturnes révélatrices. Les envolées de la ballade chantée The Legend of Chuck-a-Luck (premier titre du film avant qu'Howard Hughes exige son changement malgré la chanson) décrivant les évènements et les sentiments des personnages accentue cette emphase de tragédie inéluctable. S'il cède bien volontiers aux morceaux de bravoures attendus (une bagarre nerveuse chez un barbier qui annonce les empoignades musclés de certains Bond de Connery, le gunfight final) c'est bien durant les moments intimistes que Lang déploie son brio formel.

On pense aux entrevues chargées de séduction et d'érotisme entre Arthur Kennedy et Marlène Dietrich mais que Lang brise toujours avant l'explosion, ce chemin étant désormais refusé aux personnages qui se sont perdus. Plus de rédemption ni d'autres lendemain possible dans un final où la mort, la solitude et la tristesse seront les seules issues. Narration brillante, ambiance originale et interprétation habitée, un remarquable et surprenant western.

Sorti en dvd zone 2 chez Film Sans frontières et pour les anglophones dans une bien meilleure copie en Warner Archives mais sans sous-titres.

vendredi 22 juillet 2011

Le Soleil se lève aussi - The Sun Also Rises, Henry King (1957)


Paris, 1922. Jake Barnes vit à Paris depuis sa démobilisation de la guerre 14/18 et il est journaliste au « New York Herald ». Un soir, il se rend à un bal musette où il retrouve des amis dont le romancier Robert Cohn. Arrive Lady Brett Ashley qui n’est pas une inconnue pour Jake. Elle fut son infirmière à l’hôpital pendant la guerre où ils tombèrent amoureux mais suite à sa blessure contractée sur le champ de bataille, Jake est devenu impuissant. Depuis, ils entretiennent une amitié amoureuse. Pour tenter d’oublier cette déconvenue Brett multiplie les aventures.

The Sun also rises est la seconde adaptation d'Heminghway que signe Henry King après la semi réussite des Neiges du Kilimandjaro (1952) visuellement superbe mais narrativement boiteux et porté par un Gregory Peck peu convaincant en simili double de l'écrivain. Cette seconde tentative bien plus maîtrisée et portée par une distribution exceptionnelle va donner un mélodrame superbe.

Jugée très fidèle au premier roman d'Heminghway, le film dépeint un groupe de personnages associés à la "Génération Perdue", soit cette communauté d'écrivains et d'artistes américain égarés dans l'Europe de l'entre-deux-guerres dont Heminghway lui-même ou encore F. Scott Fitzgerald furent les chefs de file. Le terme n'a pas forcément une teneur négative mais sert surtout à dénommer ce courant, cependant devant la caméra de King il revêt dès la scène d'ouverture une facette dramatique et nostalgique. Un panoramique et un fondu fait ainsi passer un plan d'ensemble du Paris contemporain à celui de 1922 où va se nouer le drame.

Le dépit de cette génération perdue va s'incarner à travers le couple maudit formé par Brett Ashley (Ava Gardner déjà dans Les Neiges du Kilimandjaro et d'une autre fameuse version filmée d'Heminghway avec Les Tueurs) et Jake Barnes (Tyrone Power acteur fétiche de Henry King). Ils s'aiment d'un amour passionné depuis qu'elle fut son infirmière en temps de guerre mais sont condamnés à être séparés à cause d'une blessure l'ayant rendu impuissant. Depuis elle se console sans jamais avoir pu l'oublier dans l'alcool et les multiples conquêtes masculines tandis que lui assiste à la lente déchéance de sa bien-aimée sans pouvoir l'empêcher.

Que ce soit le Paris festif et dansant des Années Folles ou le Pampelune surchauffé par la Saint Fermin, King crée une sorte de dichotomie entre le mental en lambeau de ses personnages et l'imagerie idyllique de cette Europe sources de plaisirs multiples. Car le drame de Jake et Brett est la source de bien d'autres avec les prétendants malheureux de celle-ci. Parmi eux un Errol Flynn bien loin du fringant héros des films d'aventures Warner dont la déchéance physique sied parfaitement à son personnage noyant son dépit dans les excès alcoolisés divers. Mel Ferrer est tout aussi bon en amoureux éconduit obsessionnel et faible de caractère, on en dira pas tant d'un Robert Evans passé à l'auto bronzant et peu crédible en jeune toréador. Il fut imposé à un Henry King pas convaincu par Darryl Zanuck qui eu alors la célèbre phrase "The kid stay in the pictures" pour couper court à toute discussion. Une phrase demeurée célèbre lorsqu'elle deviendra le titre de l'autobiographie (et du documentaire) de celui qui serait bien plus tard le patron de la Paramount et produirait entre autres Le Parrain.

Spectaculaire et intimiste à la fois, la réalisation de King envoute de bout en bout. Le scope et le technicolor étincelant forment un sommet de flamboyance Hollywoodienne mais sous les visions grandioses (les longue et impressionnantes séquences de corrida, la Feria survoltée) le malaise n'est jamais loin tel ce flashback magnifiquement amené sur le passé radieux et tragique de notre couple qui se trouve et se perd dans le même temps après la terrible révélation.

Tyrone Power si bon dans les personnages imposant et charismatique offre un contre-emploi magnifique avec ce héros contraint au rôle d'observateur et devant souffrir en silence. C'est pourtant bien Ava Gardner qui bouleverse totalement avec cette femme perdue, le regard en détresse et se raccrochant à un amour qui ne peut (du moins physiquement) lui être rendu.

Elle irradie vraiment l'écran par sa beauté et sa fragilité la maintient à une échelle plus humaine qu'un Pandora, le film de King contribuant avec ce dernier et aussi La Comtesse aux Pieds Nus à l'association mythique Ava Gardner/Espagne. On signalera aussi une apparition remarquée d'une séduisante Juliette Greco (dont s'était entiché Zanuck) en début de film en jeune séductrice intéressée. La belle conclusion apaisée mais qui ne résout rien nous laisse définitivement dans ce sentiment mélancolique et résigné qui aura imprégné tout ce splendide film.


Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis