Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Melvyn Douglas. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Melvyn Douglas. Afficher tous les articles

lundi 22 février 2016

La Femme aux deux visages - Two-faced woman, George Cukor (1941)

Larry Blake, directeur d'un magazine new-yorkais, s'éprend d'une monitrice de ski (Karin Borg) qu'il épouse en lui promettant de s'installer à la montagne auprès d'elle. Pourtant, le travail reprend très rapidement ses droits et Larry repart pour New York. Lassée de l'attendre, Karin part le rejoindre, mais elle découvre qu'il semble l'avoir oubliée car il fréquente assidûment une auteur dramatique, Griselda. Ces circonstances inattendues obligent Karin à se faire passer pour sa propre sœur Katherine.

Two-Faced Woman est un Cukor mineur tout en constituant une œuvre d'importance puisqu'il s'agit du dernier rôle au cinéma de Greta Garbo avant son retrait définitif. Une décision d'autant plus regrettable que son interprétation, dans lignée du célèbre Ninotchka (1939) semblait lui ouvrir de nouvelles possibilités dans la comédie pure. Garbo retrouve d'ailleurs ici son partenaire de Ninotchka Melvyn Douglas avec lequel elle va à nouveau constituer un couple mal assorti. Suite à un coup de foudre le temps de vacances au ski, Larry Blake (Melvyn Douglas) et Karin Borg (Greta Garbo) se marient sans réellement se connaître.

Patron de magazine et adepte de la trépidante vie urbaine new yorkaise, Larry déchante vite face l'austère monitrice de ski Karin adepte d'une vie simple et au grand air. Amoureux mais incapable de se fondre dans le quotidien de l'autre, les époux retournent à leurs vies sans se séparer pour autant mais le fossé se creuse pourtant. En visite à New York, Karin va pouvoir le vérifier en voyant Larry se rapprocher de Griselda (Constance Bennett) mais va trouver une solution en s'inventant une sœur jumelle, Katherine. Cet alter ego est tout l'opposé de Karin, une vamp et "chercheuse d'or" sans états d'âmes ni inhibition.

On s'amuse beaucoup à cette transformation que façonne génialement Greta Garbo, forçant le trait dans les attitudes lascives et séductrices loin de la simplicité initiale. Le meilleur moment sera d'ailleurs lorsqu'elle improvise malgré elle une danse qui contamine toute la piste, en faisant une noceuse hors pairs dans un mouvement et une chorégraphie dont Cukor filme avec une belle fluidité la construction. Le double jeu de Karin est d'abord destiné à dégouter Larry de la frivole Katherine pour qu'il lui revienne mais au contraire celui-ci va s'amouracher du double séducteur de son épouse. Dès lors Karin va retourner son stratagème pour piéger Larry et demander le divorce face à cette possible infidélité d'esprit. Le problème du film est de ne jamais totalement exploiter son postulat excitant, Cukor ne retrouvant son mordant que le temps d'un crêpage de chignon avec Constance Bennett digne de Femmes (1939).

Les possibilités de quiproquos et situations troubles sont à peine esquissées voire escamotée (un remontage rendant Larry conscient de la mascarade) et la situation n'est finalement traitée que par des scènes de dialogues insipides qui n'existent que grâce à l'abattage des acteurs. Greta Garbo offre un grand numéro entre froideur et frivolité (à laquelle elle prend subtilement gout sous le simulacre), entre amoureuse éperdue et femme revancharde qui égaye toutes les situations. De même Melvyn Douglas perdu entre le citadin macho et l'amoureux transi, est très bon et tous deux créent le compagnon versatile et idéal dans leurs contradictions. Malheureusement le scénario ne leur offre pas de moments réellement exaltant, remplissant le vide par des scènes de ski certes superbes mais sans grand intérêt. Pas désagréable mais La Divine aurait mérité une meilleure sortie...

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

jeudi 31 décembre 2015

Le Locataire - Roman Polanski (1976)

Trelkovsky, un homme timide et réservé, visite un appartement vacant pour le louer. Lors de la visite, la concierge lui apprend que Simone Choule, l'ancienne locataire, a voulu se suicider sans raison apparente, en se jetant de la fenêtre de l'appartement. Après le décès de l'ancienne locataire, il emménage. Les divers habitants tiennent particulièrement au calme et à la respectabilité de l'immeuble. Il devient peu à peu paranoïaque, et se met à imaginer que tous ses voisins le poussent au suicide.

La paranoïa, l’isolation et le complot sont des thèmes qui courent tout au long de la filmographie de Roman Polanski mais qui se concentrent plus précisément dans la trilogie que constitue Répulsion (1965), Rosemary’s Baby (1968) et donc Le Locataire. Chacun de ces films montrera un personnage perdre pied avec le réel, sombrant dans la folie au sein du cadre confiné d’un appartement. Les trois films ne sont cependant pas une simple variation sur le même thème mais possèdent chacun leur identité propre. C’est le motif de l’inhibition sexuelle qui guide la schizophrénie avérée et meurtrière de Catherine Deneuve dans Répulsion, son oppressant huis-clos se déroulant dans un Londres de cauchemar. Ce sont à nouveaux les angoisses féminines cette fois liées à la grossesse qui tourmenteront Mia Farrow dans Rosemary’s Baby, avec cette fois une possible ambiguïté entre le fantastique (l’héroïne portant peut-être l’enfant du Diable) et la vraie folie dans le New York bariolé des 60’s. 

Polanski adapte là le roman Le Locataire chimérique de Roland Topor, projet longtemps caressé et que le succès de Chinatown (1974) permettra avec un budget confortable alloué par la Paramount. La différence fondamentale avec le roman sera l’ambiguïté qu’instaure à nouveau Polanski au récit quand Topor choisit ouvertement la thèse du complot quant aux tourments de son héros Trelkovsky. Emménageant dans un appartement dont l’ancienne locataire, Simone Choule, s’est défenestrée, Trelkovsky voit lentement sa santé mentale vaciller. La possible machination dont est peut être victime le héros ne repose sur aucun motif (fut-il surnaturel comme Rosemary’s Baby) tandis que sa réalité se fait de plus en plus hostile. Polanski exprime à travers Trelkovsky des peurs très personnelles. 

Les réminiscences de son enfance atroce dans un ghetto de Varsovie où guette la peur de la déportation exprime le rapport craintif de ses personnages à leur environnement. Ce sentiment d’être l’étranger, de ne pas être à sa place et de se le faire rappeler à la moindre incartade, Polanski (né à Paris de parent polonais mais naturalisé français) le ressentit également lorsqu’il habitait Paris avant la notoriété. Le réalisateur conjugue ses deux angoisses tout au long du film, d’abord exprimées par la nature intimidante et les menaces de ses interlocuteurs (le propriétaire incarné par Melvyn Douglas, les voisins récalcitrants au moindre bruit) ne manquant jamais, après avoir entendu son nom, de lui rappeler qu’il n’est pas français. Renvoyé à une certaine insécurité par ce déni de son statut d’individu, Trelkovsky est incapable de se défendre et voit ses peurs se concrétiser en mettant à mal sa santé mentale.

Polanski tout en développant cette thématique développe un malaise progressif qui suggère autant la malveillance extérieure que la folie avérée de Trelkovsky. L’atmosphère de dénonciation et d’harcèlement se dessine ainsi par le rationnel (les pétitions contre une voisine supposée bruyante) et l’imaginaire de plus en plus perturbé de Trelkovsky, apercevant ses voisins le guetter depuis l’immeuble d’en face, osant à peine respirer chez lui face aux accusations de bruit nocturnes et des coups aux plafonds.  

Polanski exprime l’isolement du personnage en retrouvant la veine claustrophobe de Répulsion, l’étrangeté de Rosemary’s Baby à travers les visions oniriques des intérieurs (la spirale mentale que déploient les escaliers) et de la façade de l’immeuble (première utilisation de la grue Louma qui arpente d'un regard incertain cette façade) mais aussi la description d’un Paris sinistre perdant la silhouette de Trelkovsky dans sa désolation grisâtre - sans parler du score glaçant de Philippe Sarde. La fuite en avant du personnage se manifestera par la perte de son identité, le faisant confondre ses peurs avec celles de la disparue Simone Choule. Le scénario sème habilement les indices qui aboutiront au travestissement (une robe retrouvée dans une armoire, Melvyn Douglas suggérant de mettre des chaussons après 22h pour faire moins de bruit et des chaussons féminins que l’on repère plus tard dans l’appartement, les voisins et les commerçant qui lui attribuent les même habitude) progressif de Trelkovsky. 

La perte d’identité est donc aussi sexuelle, le manque de confiance en lui plus qu’une homosexualité latente guidant sa transformation. Le personnage de Stella (Isabelle Adjani) réellement attirée par lui pourrait lui rendre ces atours fragiles mais elle est rattachée au cercle de celle dont il cherche à se dérober, la morte mais omniprésente Simone Choule. Roman Polanski, le phrasé hésitant, l’allure voutée et le regard perdu excelle à exprimer la déliquescence de Trelkovsky. 

Le seul moyen de regagner ce qu’on cherche à lui arracher sera l’autodestruction (Je ne suis pas Simone Choule !) avec une conclusion brutale et cauchemardesque. Pourtant la redite suicidaire de l’échappatoire de Trelkovsky nous prépare à un final implacable en forme de boucle infernale qui hante longtemps après la vision. Un des sommets de Polanski (qui n’ira plus jamais aussi loin dans le malaise filmique) pourtant accueilli fraîchement à sa sortie mais qui gagnera ses galons de classiques de l’angoisse au fil des ans. 

Sortie en dvd zone 2 français chez Paramount 

 

jeudi 29 mai 2014

Théodora devient folle - Theodora Goes Wild, Richard Boleslawski (1936)


Theodora Lynn écrit sous le pseudonyme de Caroline Adams, un roman à succès, mais trop osé pour la vie provinciale de la ville dont elle est originaire. Suite à une visite chez son éditeur de New York, Michael Grant décide de venir dans sa petite ville, afin qu'elle avoue qu'elle est l'auteur de ce roman. Mais une fois cet aveu fait, Theodora décide de s'occuper à son tour du jeune homme

Etrangement méconnue, Theodora Goes Wild est pourtant une des screwball comedy les plus jubilatoire jamais réalisée, portée par un message brillant bousculant l'Amérique moralisatrice d'alors. Le début du film nous place dans l'effervescence de la petite ville de Lynnfield, agitée par la sortie prochaine du nouveau roman à succès de la scandaleuse Caroline Adams, trop osé par le cercle littéraire local. L'ouvrage sera immédiatement interdit mais dans groupe de vieilles dames acariâtres et coincées (même si émoustillée par la lecture de passage visant à dénoncer l'infamie du livre) on remarque pourtant une intruse avec la jeune Theodora Lynn (Irene Dunne) venue représenter ses tantes pour empêcher la parution du livre. Surprise pourtant, la timide et obéissante Theodora n'est autre que la sulfureuse Caroline Adams elle-même, évacuant la frustration de son quotidien austère dans ses ouvrages à la sensualité outrageante.

Notre héroïne va être confrontée à ses contradictions lors d'une visite chez son éditeur à New York, suscitant la curiosité à la vue de cette femme introvertie dissimulant l'auteur le plus vendu et sulfureux du pays. Parmi les plus intrigués, on trouve Michael Grant (Melvyn Douglas) dessinateur des couvertures de ses livres et qui va s'incruster à un dîner pour percer le mystère. Titillée et poussée dans ses retranchements par le malicieux Michael, Theodora laissera entrapercevoir la fantaisie et le grain de folie qu'elle n'ose exprimer que dans ses livres avant de s'enfuir, effrayée de sa propre audace. De retour à sa vie insipide de Lynnfield, Theodora voit pourtant surgir un Michael Grant bien décidé à la dérider, menaçant son identité secrète auprès de sa communauté coincée.

Après avoir brillé dans le mélodrame puis la comédie musicale, Theodora Goes Wild est l'occasion pour Irene Dunne de briller dans un nouveau genre, la screwball comedy. Les appréhensions du personnage, sa gaucherie et sa peur de se "lâcher" sont ainsi un poignant prolongement des propres craintes de l'actrice qui l'exprime magnifiquement à l'écran. Un sourire en coin sous le masque rigide, un rire tonitruant perturbant les chuchotements discret, la dinguerie de Theodora menace constamment d'affluer jusqu'à ce moment grandiose ou pour répondre aux sifflements agaçant de Michael elle entame une gigue endiablée au piano.

L'ouverture du personnage s'exprime également de manière plus discrète par les actes, lorsqu'elle couvrira une amie partie travailler en ville (et fille d'une des mégères les plus vindicative de Lynnfield) et tombée enceinte. Melvyn Douglas en élément perturbateur de cette province tournant au ralenti est excellent, les scènes entre lui et Irene Dunne étant constamment réjouissante. L'une d'elles ou il décide de l'initier à la pêche mais découvre que Theodora est en fait bien meilleure que lui annonce d'ailleurs la tournure surprenante de l'intrigue. Theodora folle d'amour finit par se libérer de ses chaînes et enfin affronter ses tantes et leur entourage.

Le film aurait pu s'arrêter là et aurait déjà été une jolie comédie romantique d'émancipation. Mais cela aurait supposé une opposition vie provinciale archaïque/vie citadine moderne un peu simpliste, tout en sous-entendant sous l'audace une facette machiste où l'homme et le mariage sont les seuls salut pour l'émancipation de la femme. C'est tout l'inverse qui est exprimé ici puisque passé la déclaration d'amour de Theodora, Michael prend peur et retourne en ville. Il est en fait lui-même coincé dans une autre prison du paraître et des conventions, mais dans un milieu social plus élevé avec un père travaillant pour le gouverneur et ne tolérant aucun écart pouvant souiller le nom de la famille.

Au tour de Theodora de débouler tel un ouragan dans la vie de Michael pour la grande évasion et un amour enfin épanoui entre eux. Richard Boleslawski orchestre ainsi un exact pendant urbain de la première partie ou les répliques et situations se font écho, mais cette fois dans un grand délire jubilatoire. Theodora devient littéralement Caroline Adams, incarnant totalement l'image que l'on se fait d'un tel auteur avec tenue extravagante et attitude provocante, attirant avec délectation tous les regards sur elle.

Irene Dunne est extraordinaire, faisant preuve d'un sens de l'outrance trop longtemps contenu et dévastateur, brisant des mariages, s'introduisant dans les réceptions mondaines et faisant crépiter les flashs de la presse à scandale. On comprend mieux le choix d'un Melvyn Douglas qui en dépit de sa malice conserve un petit côté précieux (au contraire d'un Cary Grant qu'on imaginerait plutôt concurrencer Irene Dunne dans l'excès) témoignant d'une liberté reposant plus sur les paroles que les actes et, s'il est un poil à gratter amusant dans la première partie il aura réveillé un monstre avec une Theodora prête à tous les excès pour le conquérir.

C'est finalement toutes les formes de morales bien-pensante hypocrites et au service des apparences qui sont superbement dénoncées ici, avec notamment une conclusion grandiose voyant le retour triomphal de Theodora à Lynnfield (ou si célébrité il y a les écarts semblent soudain moins problématiques). Richard Boleslawski mène l'ensemble tambour battant, faisant preuve d'une inventivité constante notamment pour retranscrire l'aspect "gossip" de cette petite communauté, transcrivant peu à peu la rumeur en pure ellipse dans un jeu complice avec le spectateur qui sait que chaque secret est amené à être éventé comme le grand final. Un sommet qui obtiendra deux nominations aux Oscars (dont meilleure actrice Irene Dunne) et lancera Irene Dunne dans le genre pour de nombreuses réussites.

Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres anglais chez Sony dans leurs collection screwball comedy

mardi 18 mars 2014

Trop de maris - Too Many Husbands, Wesley Ruggles (1940)


Une jeune femme dont l'époux a disparu se remarie avec un ami du présume défunt. Un jour, celui-ci réapparait...

Une charmante screwball comedy adapté d'une pièce de W. Somerset Maugham et dont le postulat évoque fortement le Sérénade à trois (1933) de Lubitsch sans totalement en égaler l'audace. Vicky (Jean Arthur) suite à la disparition en mer de son mari Bill (Fred MacMurray) s'est grandement rapprochée du meilleur ami de celui-ci, Henry (Melvyn Douglas). Grand réconfort au moment de la perte, il finit par se rapprocher de Vicky au point d'en tomber amoureux et de l'épouser. Cependant l'ombre du défunt plane toujours sur le couple, Henry entretenant une sorte de jalousie d'outre-tombe en déchirant les quelques photos sur lesquelles il tombe et en début de film renommant même l'entreprise familial pour en faire disparaître le nom de Bill. Vicky elle-même n'a jamais complètement fait le deuil de son mari défunt et entretient toujours de doux et vivaces souvenirs du disparu. Cette présence implicite va pourtant s'avérer étonnamment concrète avec le retour inattendu de Bill qui n'est pas mort mais a échoué sur une île déserte dont il est tout juste rescapé. Rasé de près et ragaillardi, il est tout heureux de retrouver son épouse avant de se rendre à la cruelle évidence.

Le scénario amuse brièvement avec les tentatives maladroites et la gêne d'avouer la vérité au ressuscité mais c'est surtout quand le secret éventé que le film dévoile tout son arsenal comique. D'abord raisonnable face à la situation, les deux protagonistes masculins commence à se titiller sur leur légitimité respective à être l'époux de Jean Arthur, McMurray faisant de son rival un choix par défaut et ce dernier bien décidé à prouver qu'il n'aurait eu aucun mal à conquérir Vicky de toute façon. Fred MacMurray et Melvyn Douglas nous offre un grand numéro de régression enfantine où les démonstrations de forces les plus ridicules et les bassesses les plus viles faisant virer le triangle amoureux au combat de cours de maternelle. Jean Arthur ne ramènera pas le conflit à plus de mesure par son indécision permanente et au narcissisme que réveille ce duel pour s'attirer ses faveurs.

Délaissée par son Bill toujours en périple autour du monde puis par Henry pris par ses affaires, la situation lui offre une éclatante revanche en étant au centre de l'attention des deux hommes de sa vie enfin prêt à tout pour la conquérir. Jean Arthur est une nouvelle fois charmante et irrésistible, la scène la voyant prendre compte fièrement de sa position avantageuse étant un pur régal. C'est sa grâce et sa drôlerie qui rend le personnage si attachant alors qu'elle en fait voir de toute les couleurs aux deux hommes, ne parvenant pas à choisir et relançant même celui prêt à abandonner la partie (hilarante scène où elle galvanise un Melvyn Douglas dépité), ranimant les espoirs de chacun par un regard, un sourire en coin qui rend le renoncement impossible.

Fred MacMurray et Melvyn Douglas sont également excellent et forment un duo de rivaux parfaitement complémentaire qui rend le spectateur aussi indécis que Jean Arthur. MacMurray, grand dadais charmeur et sûr de lui apporte toujours cette petite touche de maladresse suscitant l'empathie et Melvyn Douglas en époux plus ouvertement fragile et anxieux (dont une très belle scène où il avoue ses états d'âmes et complexes) fait montre d'une vulnérabilité le rendant tout aussi digne de conquérir le cœur de Jean Arthur.

Walter Ruggles arrive plutôt bien à dynamiser l'origine théâtrale du récit (quasi entièrement en intérieur) même si c'est clairement un film d'acteurs plus que de mise en scène et l'ensemble est constamment relancé par des idées de gags et de quiproquos inventifs comme cette intervention finale de la police bien décidée à démasquer ce couple polygame. Contrairement à Sérénade à trois célébrant ouvertement l'amour libre dans son final, Too Many Husbands résout pour la forme la situation initiale par la loi mais la scène de danse finale nos laissera dans une délicieuse irrésolution.

Sorti en dvd zone 1 chez Sony et doté de sous-titres anglais

Extrait

 

lundi 29 avril 2013

Annie Oakley, La Gloire du cirque - Annie Oakley, George Stevens (1935)


 Ce film raconte la biographie romancée d'Annie Oakley, la plus adroite des femmes de l'ouest au maniement des armes à feu. Elle rencontre Buffalo Bill et entre au Wild West Show.

Georges Stevens nous offre un divertissement des plus agréables avec cette biographie romancée d'Annie Oakley, légende de l'Ouest passé à la postérité pour sa dextérité au tir. L'intrigue suit très fidèlement le parcours de la tireuse en dramatisant un peu plus et en accélérant certains évènements : son enfance pauvre où elle apprend à tirer pour nourrir sans famille après le décès de son père, le défi lancé à un autre virtuose du tir qui va lui amener la notoriété et la faire engager dans le Buffalo Bill Wild West Show, le succès et les tournées à travers le monde dont un fameux numéro testé sur le Guillaume II d'Allemagne...

Tout cela serait très linéaire et mécanique sans une interprétation épatante et des enjeux sentimentaux bien mené. Dans la réalité, Annie Oakley tomba amoureuse et épousa celui qui fut son premier adversaire, Frank E. Butler vaincu lors de son premier concours de tir. Le scénario le transforme ici en Toby Walker (Preston Foster) et retarde l'union qui sera donc tout l'enjeu du film.

Annie Oakley innocente et énamouré de Walker ira jusqu'à lui laisser remporter leur première confrontation (au contraire de la réalité donc) mais ce dernier présenter comme arrogant et macho va pourtant la prendre sous son aile pour lui apporter ce qui lui manque, l'art de l'entertainment avec des numéros de plus en plus virtuose. Ce revirement est superbement amené par un excellent Preston Foster dont les poses de coq dissimulent un personnage très attachant qui se dévoile au fur et à mesure qu'il devient faillible. Barbara Stanwyck dans le rôle-titre croise avec brio candeur et détermination, l'allure séduisante de ses tenues de scènes n'ayant d'égal que sa précision infaillible au tir et forme un très joli couple avec Foster.

Dans cette bonne humeur ambiante le film ne fait que survoler les quelques pistes lancées au départ notamment la facette féministe et la fermeture aux femmes d'espaces masculins que ce soit le scandale de voir une femme dans un bar ou pire se mesurer aux hommes en tir. Ici passé l'incrédulité et la méfiance de départ, aucun obstacle ne se pose plus une fois qu'Annie a fait montre de ses capacités. De même le triangle amoureux un peu plus conflictuel au départ entre Annie, Toby Walker et le manager joué par Melvyn Douglas n'est guère exploité non plus, tout comme le questionnement amorcé mais vite éteint des relectures des mythes de l'Ouest dans cette troupe avec les personnages farfelus de Sitting Bull et Buffalo Bill. Un bon moment tout de même.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner et doté de sous-titres français

vendredi 30 novembre 2012

Les Jeux de l'amour et de la guerre - The Americanization of Emily, Arthur Hiller (1964)


Pendant la guerre, le lieutenant Madison et ses amis ont pour talent de trouver tout et n'importe quoi, et donc d'aimer la bonne vie, sans jamais avoir combattu. Débarqué à Londres, l'officier américain tombe amoureux d'une veuve anglaise et se retrouve par hasard charger d'une dangereuse mission.

The Americanization of Emily est une satire des plus réussie et en avance sur son temps en cette année 1964 où les Etats-Unis s'engagent dans la Guerre du Vietnam bientôt fort contestée. Son propos est annonciateur des MASH, Qu'as tu fais à la guerre papa ? ou De l'or pour les brave mais avec une irrévérence se mariant à merveille à la comédie romantique. Le script de Paddy Chayefsky va d'ailleurs dans ce sens antimilitariste par rapport au roman éponyme de William Bradford Huie qui mettait plus en avant le thème de ces femmes anglaise se donnant par nécessité au officier américain de passage, signification du Americanization du titre original. Ce changement ajoute donc littéralement ce questionnement autour de lâcheté pour donner ce ton satirique au film alors que le livre est bien plus sérieux.

 Le film nous présente un drôle d'officier américain de passage à Londres, le lieutenant Madison (James Garner remplaçant William Holden initialement prévu alors que lui devait jouer le personnage finalement joué par Coburn). La rigueur, le sens de l'organisation et de l'improvisation, il possède bien toutes ses qualités là mais pas exactement développées sur les champs de bataille.

Il a trouvé la planque parfaite à l'abri des tirs en étant l'organisateur des déplacements de l'amiral William Jessup (Melvyn Douglas) pour lequel il pourvoit (ainsi qu'à d'autres gradés) bonne chair, alcool et jolies anglaise peu farouche en échange de quelques cadeaux. Avec son ami Bus (James Coburn) ils mènent ainsi la grande vie et n'ont aucun scrupule à soudoyer la communauté locale pour s'approprier des plaisirs dont le peuple anglais est privé depuis bien longtemps. Une attitude qui révolte Emily (Julie Andrews), la jolie veuve lui servant de chauffeur dans Londres et témoin de tous ses trafics. Contre toute attente, ces deux-là vont pourtant se trouver attiré l'un vers l'autre malgré tout ce qui les oppose.

Le scénario tord brillamment les clichés attendus à travers quelques dialogues et situations bien senties. L'américain arrogant se croyant en terrain conquis où qu'il aille est plus fragile et sensible qu'il n'y parait (superbe échange où il éteint le déni de la mère d'Emily) et l'innocente anglaise bien plus sexuée qu'on le pense. C'est même leur défauts respectif qui les lient, Emily étant au départ ravie de tomber dans les bras d'un lâche puisqu'elle elle a perdu mari, frère et père dans le conflit. L'image de l'anglaise droite et vertueuse est autant renforcée que malmené quand on découvrira que Julie Andrews a pour habitude de coucher régulièrement avec des soldats américains de passage.

Nuance pourtant, elle ne le fait pas contrairement à ses amies pour des avantages quelconques mais par pure compassion puisqu'il s'agit d'anciens blessés qu'elle a veillé et qui doivent retourner au front. De même la lâcheté de Madison répond effectivement à une pure couardise mais surtout à un mépris de l'image valeureuse de l'armée dont les vertus (courage, héroïsme, fraternité) alimentent au contraire la boucherie en incitant à s'engager et à perdre la vie pour des motifs dérisoires.

Les faits vont bientôt lui donner raisons quand par pur but politique, l'amiral Jessup se met en tête de produire un film filmant les marines le jour du Débarquement afin de maintenir le financement de son corps car le gouvernement n'a plus d'yeux désormais que pour l'aviation. Un concours de circonstances amène notre héros à devoir produire et filmer sur place le fameux film et il va bien sur tout faire pour échapper à cette mission suicide.

Le film évite toujours miraculeusement le cynisme grâce à ses ruptures de ton allant du grivois (le running gag de James Coburn surpris dans sa chambre avec une créature topless, les deux caméramans alcoolisés) au romantisme le plus prononcé à travers les scènes tendre entre une Julie Andrews diablement touchante et James Garner pathétique, attachant et finalement très humain dans ses peurs.

 Alors que l'on s'attend à un revirement faisant accéder Madison à une prise de conscience et un statut héroïque, le film se moque à nouveau de ce type de cliché en faisant évoluer le personnage rigolard et coureur de Coburn dans cette voie. Le fanatisme du drapeau et la folie qui en découle tourne à l'absurde génial quand les peurs de Madison s'avèrent nettement plus compréhensible. Cela sera l'occasion d'une impressionnante vision du Débarquement (même si ce grand moment est moqué à nouveau avec ce montage alterné où un soldat vomi dans son casque sa cuite de la veille pendant le grand discours galvanisant avant l'assaut), entre stock-shots d'époque et vraies séquences filmées (dont un mouvement de grue vertigineux partant de Coburn et Garner dans leur bateau pour s'élever sur la flotte en pleine mer) où les élans guerriers attendus sont détournés par un Madison plus préoccupé de survivre que de se battre.

La conclusion est d'une grande ironie puisque l'héroïsme est détourné et s'avère un mal nécessaire en tant qu'opium du peuple. Les personnalités s'inversent avec une belle tirade finale de Julie Andrews "fière" de la lâcheté de son homme qui lui se découvrent des principes en étant pris pour ce qu'il n'est pas. C'est l'individualité à travers cette lâcheté qui s'exprime, plus fort qu'un patriotisme rassembleur mais illusoire. Un propos risqué et exprimé de la plus belle des manières avec cette romance. Blake Edwards réunira d'ailleurs bien plus tard Julie Andrews et James Garner pour Victor, Victoria avec une égale réussite et irrévérence dans un autre genre.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner

lundi 23 juillet 2012

Passion Fatale - The Great Sinner, Robert Siodmak (1949)


Fédor, jeune écrivain russe, tombe amoureux d'une jeune fille, Pauline, qu'il rencontre dans un train et décide de la suivre à Wiesbaden, ville d'eau à la mode où elle va rejoindre son père. Fédor découvre que le général Ostrovski, joueur invétéré, presque ruiné, a promis sa fille Pauline en mariage au directeur du casino pour couvrir ses dettes. Fédor gagne au jeu de quoi racheter les dettes et libérer Pauline mais succombe à son tour cette passion.

The Great Sinner est une adaptation du court roman Le Joueur de Dostoïevski. Avant le film de Siodmak le projet de cette adaptation eu court dès le début des années 40 avec William Dieterle à la réalisation et Albert Basserman dans le rôle de Fédor. Il fallut cependant le rachat des droits par la MGM pour que le projet aboutisse. Gregory Peck obtint rapidement le rôle principal tandis qu'après avoir annoncé Deborah Kerr en Pauline le choix se porta finalement sur Lana Turner qui pour cause de lune de miel prolongée dû renoncer à son tour, l'ensemble de ses défections profitant à Ava Gardner alors en pleine ascension et sera parfaite (sans doute plus que n'aurait pu l'être Lana Turner).

Le Joueur était en grande partie inspiré du démon du jeu qui rongea Dostoïevski, lui-même joueur compulsif et qui le rédigea dans l'urgence en 27 jours alors qu'il était tombé au plus bas. C'est précisément l'angle choisit par l'adaptation qui entretien plus que le livre encore la proximité en son héros et l'écrivain. Le personnage de papier Alexeï Ivanovitch se nomme donc désormais Fédor (prénom de Dostoïevski), n'est plus précepteur mais écrivain, l'ouverture du film montrant le héros à bout de force terminer son manuscrit sous les soins bienveillant de Pauline fait écho à la situation de rédaction d'urgence cité plus haut.

En effet l'auteur était contraint de terminer son roman avant une certaine date sans quoi son éditeur pourrait publier n'importe lequel de ces écrits sans le rémunérer, la fin du film où Gregory Peck se trouve à la merci du directeur de casino Melvyn Douglas s'inspirant à nouveau de cet élément de la vie réelle de l'écrivain. Toute la facette du livre où Dostoïevski affirme sa haine des sociétés européennes perverties et corrompues disparait donc totalement au profit de cet axe choisit par les scénaristes et Siodmak.

L'histoire est ainsi celle d'un parcours inversé aux répercussions dramatique. D'un côté, le jeune Fédor (Gregory Peck) écrivain renommé à l'existence sans remous. De l'autre celle qui va tout faire basculer lors de leur rencontre dans le train, Pauline Ostrovsky (Ava Gardner) femme à la beauté renversante mais aussi joueuse invétérée écumant les casinos d’Europe avec son père (Walter Huston). Tombé fou amoureux d'elle, Fédor la suit dans la ville allemande où elle s'est établie.

La narration en flashback suivant les pages du livre le place donc en observateur distant de cette communauté étrange. Une remarquable séquence résume la folie du joueur avec la rencontre de Aristide Pitard (Frank Morgan), symbole de la guigne et du pathétique du joueur ne connaissant pas ses limites et qui malgré l'aide de Fédor va sombrer.

D'univers extérieur et inconnu, la table de jeu va devenir à son tour une drogue pour Fédor d'abord pour une noble cause puis par la même folie qui va le gagner à son tour. Ayant réussi par amour à faire entendre raison à Pauline sur cette vie sans but, il se confronter à la terrible dette qu'elle et son père ont contracté au redoutable directeur de casino Armand de Glasse (Melvyn Douglas) et obstacle à leur relation.

Siodmak montre donc le démon du jeu s'emparer du jeune ingénu avec une grande subtilité lors d'une longue séquence riche dans le sens du détail, entre le petit rien qui laisse croire qu'on a une chance et pousse à poursuivre le jeu, le sentiment de toute-puissance et d'omniscience quand tout vous réussit et bien sûr la poursuite de cette sensation qui vous poussera à revenir parier, encore et encore à la démoniaque roulette en quête de cette adrénaline.

Gregory Peck délivre une impressionnante prestation dans ce long chemin de croix vers la déchéance. Arborant son élégance coutumière dans les premiers instants du film, l'acteur se désagrège progressivement dans une attitude compulsive du drogué qu'il est devenu, le regard vitreux et le visage rongé par une barbe. Rien ne compte plus que le prochain pari, le monde en dehors du casino ne lui renvoie plus qu'une série de chiffre possible à tenter à la roulette comme le montre une remarquable séquence de dialogue avec Ava Gardner où l'on constate que bien qu'animé de bonnes intentions le mal à fait son œuvre.

Ava Gardner en observatrice impuissante et coupable est très touchante, sa beauté remarquablement mise en valeur par le cadre d'époque (superbe photo de George J. Folsey, reconstitution somptueuse de Cedric Gibbons et costumes à tomber d'Irene et Valles) ne suffisant pas à pas stopper la descente aux enfers de Peck. Pour la première de leur trois collaboration (avant Les neiges du Kilimandjaro et Le dernier rivage) l'alchimie entre eux est déjà marquante. Melvyn Douglas est également perfide à souhait en directeur de casino se délectant (et provoquant) les errances des plus faibles de ces clients.

Le film a un peu la main lourde sur la fin (la grand-mère accro en cinq minutes et qui meurt carrément sur la table de jeu) et traîne à se conclure en répétant inlassablement les mêmes motifs pour appuyer la chute de Peck (le passage chez l'infâme usurière jouée par Agnes Moorhead) mais aura néanmoins réussi à largement captiver tout du long.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres.

Extrait

mardi 5 juin 2012

Cœurs Insondables - My Forbidden Past, Robert Stevenson (1951)


Nouvelle-Orléans.1890. Barbara, parce qu'elle ne veut pas nuire à la réputation de sa famille, et en particulier de sa tante Hulla, refuse de partir en Amérique du Sud avec son fiancé Mark. A son retour, ce dernier s'est marié. Désormais à la tête d'une fortune dont elle a hérité. Barbara va tout faire pour reconquérir le cœur de l'homme qu'elle aime.

Mélodrame, thriller et surtout beau portrait de femme sont les ingrédients contenus dans ce My forbiden past qui offre une des meilleures prestations d'Ava Gardner. Adapté du roman de Polan Banks (ici producteur également) Carriage Entrance, le film brasse un ensemble de thématiques riches qui permet à l'actrice encore essentiellement louée pour sa présence charnelle (bien que jouant là-dessus aussi Pandora plus tard la même année allait quelque peu changer la donne) d'offrir un éventail plus riche avec cette héroïne torturée.

Le film est en fait le parcours initiatique de la belle Barbara Beaurevel (Ava Gardner), de l'innocence à la perdition pour s'achever dans la rédemption. Le récit s'ouvre sur les images élégiaques d'une romance idéalisée. Durant une somptueuse introduction muette, on assiste au doux réveil de Barbara qui ouvre lentement les yeux sur une nature paisible avant que son regard ne rencontre celui bienveillant de son aimé Mark Lucas (Robert Mitchum). Les deux traversent alors un superbe décor naturel de Louisiane dans une imagerie romantique magnifiquement figée par la photo diaphane de Harry J. Wild et la mise en scène inspirée de Robert Stevenson (dont on a déjà pu apprécier les qualités d'esthète dans sa belle version de Jane Eyre). Cette séquence d'une pureté absolue est cependant interrompue par l'arrivée d'un cavalier qui contraint les amants à se cacher pressée par Barbara. Tout l'enjeu du récit est contenu dans cet instant : l'impossibilité de Barbara à assumer qui courra tout au long de l'intrigue.

Descendante d'une grande famille déchue de La Nouvelle Orléans, elle ne peut s'afficher avec Lucas modeste médecin quand on vise pour elle un mariage richissime. Lorsque celui-ci lui demandera de fuir avec elle en Amérique du Sud, c'est bien les villes mesquineries de son cousin Paul et les entraves de sa tante (Lucile Watson) qui l'empêcheront de franchir le pas. Au retour de Lucas, tout est perdu puisqu'il est alors marié. Désormais riche héritière d'une descendance cachée et honteuse, elle va user de sa fortune pour reconquérir son homme par tous les moyens. La Nouvelle Orléans offre un arrière-plan passionnant et lié de manière fusionnelle au questionnement de l'héroïne. Son impossibilité à assumer les élans de son cœur répond aussi à celle de sa famille à dissimuler ses origines et donc de la ville à reconnaître une union interraciale indéfendable. En effet même si cela n'est jamais ouvertement exprimé, on devine que la grand-mère de Barbara était noire (Ava Gardner incarnant aussi une métisse dans Show Boat sorti la même année) à travers les non-dits et des scènes explicites comme lorsqu'elle se recueille sur sa tombe.

La belle direction artistique capture bien cette atmosphère où au luxe des demeures, costumes et attitudes fières de la noblesse de Louisiane répondent des séquences bariolées de Halloween et de folklore de la culture noire. Prise dans ses contradictions, Barbara va faire tous les mauvais choix et le film offre un nœud d'intrigue et de machinations cruelles où à l'ambiguïté d'Ava Gardner on savourera la fourberie géniale de Melvyn Douglas fort savoureux et détestable en cousin avide et séducteur. La mise en scène de Stevenson est tout entière dévouée à la beauté d'Ava Gardner qui change de tenues à chaque scène et passe par une palette variée d'héroïne romantique, de femme fatale (ce regard haineux lorsqu'elle voit Mitchum la quitter lors du bal pour son épouse) ou de repentie.

Pourtant cette Barbara ne nous est jamais réellement détestable tant elle semble guidée par ses passions quand tous les autres personnages sont enfermés dans les conventions ou l'appât du gain (troublante Janis Carter en épouse veule au décolleté vertigineux). Robert Mitchum déçoit légèrement car abusant de son charme nonchalant, on devine sa volonté de marcher sur les pas de Clark Gable en Rhett Butler mais il lui manque un peu de l'autorité de ce dernier (sa réaction un peu trop décontractée lors du rebondissement final). Le film déçoit uniquement quand intervient l'argument criminel grossièrement amené et qui débouche sur une résolution judiciaire un peu expédiée. Il y avait matière à plus de dramatisation et une montée en puissance plus forte du dilemme de Barbara, enfin prête à assumer ses manigances, ses origines et son amour pour sauver l'homme qu'elle aime. Un peu frustré sur la conclusion vu la qualité de ce qui a précédé mais reste un beau mélo porté par une Ava Gardner fabuleuse.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO