Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 3 mai 2014

Out of Africa - Sydney Pollack (1985)

Karen Christence Dinesen (Meryl Streep), une jeune aristocrate danoise, rejoint le Kenya - à l'époque, colonie britannique - pour épouser le frère de l'amant qui n'a pas voulu d'elle. Par ce mariage, elle devient la baronne Karen Blixen. Elle en vient vite à éprouver un amour profond pour l'Afrique, alors que l'Europe entre dans la Première Guerre mondiale. Elle s'acharne à faire pousser des caféiers sur les terres nues et désolées de sa ferme, dans l'espoir de protéger la tribu africaine qui y vit. Délaissée par son mari volage, Karen s'éprend violemment d'un chasseur, Denys Finch Hatton (Robert Redford), aussi libre et farouche que les fauves qu'il poursuit.

Sidney Pollack réalisait une de ces œuvres les plus célébrées avec ce Out of Africa. Le film est une évocation de la vie de Karen Blixen, jeune danoise ayant vécu et s'étant épanouie durant 17 ans au Kenya et qui fut contrainte de rentrer au Danemark quand elle fut contrainte de vendre la ferme qu'elle y dirigeait. Elle mit de long mois à surmonter ce départ de ce qui avait fini par devenir sa vraie contrée, sombra dans la dépression et fit plusieurs tentatives de suicide. Elle trouva alors refuge dans l'écriture, affrontant ses démons dans le recueil de nouvelles Sept contes gothiques puis en évoquant enfin sa vie au Kenya dans La Ferme Africaine paru en 1937.

C'est cet ouvrage qui lui vaudra le succès et intéressera très tôt Hollywood puisque Greta Garbo puis Audrey Hepburn seront envisagée pour incarner Karen Blixen avant que bien plus tard Meryl Streep endosse le rôle. Sidney Pollack adapte ici La Ferme Africaine mais aussi les deux biographies The Life of a Storyteller de Judith Thurman et Silence Will Speak d'Errol Trzebinski. Le film oscillera ainsi constamment entre la vision idéalisée et romanesque issue des écrits de Karen Blixen et un certain réalisme et vérité sur les évènements amenés par ses biographes.

I had a farm in Africa at the foot of the Ngong Hills... Le voile d'un souvenir béni se dévoile dès cette phrase d'ouverture en voix-off. La silhouette d'un chasseur dans un soleil couchant rougeoyant, un avion survolant des plaines paradisiaques, un kaléidoscope d'images évoque les paysages regrettés et amours perdus sous-entendus par cette tirade. Pollack ramène cette nostalgie au présent en représentant l'évasion et la libération que représenta cette Afrique pour Karen Blixen (Meryl Streep). Déçue dans la passion qu'elle vouait à Hans Blixen et entravée dans une existence aristocratique peu conforme à ses aspirations, Karen va résoudre ces deux problématiques d'un coup. Par le mariage avec le Baron Bror Blixen (Klaus Maria Brandauer), son meilleur ami et frère jumeau de son amant elle gagne la liberté dans cette société conservatrice dont elle n'a rien à attendre et va pouvoir gagner avec lui l'Afrique et le Kenya, terre de toutes les promesses.

Pollack exprime cet immense espoir par la séquence d'arrivée en Afrique par le train et la magnificence du cadre est exprimée par les vues aériennes majestueuses où le train se perd dans les vastes landes traversée. C'est pourtant l'intime qui prévaut avec ces plans sur la silhouette de Meryl Streep ç l'arrière du wagon observant le paysage, tandis que la musique de John Barry joue autant sur la beauté contemplative dans ses envolées (le thème principal reste inoubliable) que d'une certaine dimension de tristesse et de regret pour exprimer la perte de ses lieux. Comme pour annoncer la suite, cette éblouissement s'accompagne ensuite de la brève rencontre avec Denys Finch Hatton (Robert Redford) son futur grand amour.

Sidney Pollack a constamment une double vision de cette Afrique. C'est d'abord et encore une terre sauvage et indomptée où l'on peut venir assouvir sa soif d'aventures et de liberté. Tous les personnages semblent avoir voulu y fuir les contraintes de la civilisation et de ses codes rigides pour s'épanouir dans une vie de chasse et d'exploration au grand air (Denys et Bror), pour aller à la découverte de l'autre et s'enrichir mutuellement (Karen). Seulement ces aspirations semblent incompatibles avec une vie à deux, cette soif de liberté en devenant même l'obstacle principal. Karen et Bror avec leur mariage en forme d'arrangement en commun n'y résistant pas, le caractère indépendant et la force de Karen écrasant littéralement son époux obligé de fuir la ferme. Plus tard les amours entre Karen et Denys ne pourront qu'être épisodiques et sans socle réel pour les mêmes raisons, Denys fuyant la prison d'une vie domestique que Karen appelle.

La prestation de chacun des acteurs va dans ce sens. Meryl Streep (qui n'a sans doute jamais été plus belle à l'écran) est un parfait mélange de douceur et de détermination, à la fois charnelle et indomptable. Robert Redford est quant à lui finalement très en retrait, présence effacée et idéalisée constituant une sorte de fil rouge apaisant au récit au fil de ses réapparitions mais dont toutes les failles apparaissent lorsque ce glissement s'interrompt pour le placer face à un vrai engagement possible. C'est un personnage vecteur d'émotions fugaces et passionnées, dont la présence est synonyme d'éclats romanesques qui ne pourront constituer qu'un magnifique souvenir mais pas une vie à deux.

S'il symbolise les souvenirs amoureux fantasmés de Karen Blixen, cette dernière représente un côté plus humain, terrien et palpable qui nous fait découvrir l'Afrique dans son quotidien avec sa relation aux autochtones, son implication dans leur vie et sa volonté d'améliorer leur quotidien. L'amitié sobre et intense avec le serviteur Farrah (Malick Bowens) ou la reconnaissance du jeune Kamanthe qu'elle soigne et reconverti cuisinier en sont l'illustration la plus concrète, mais Pollack multiplie les moments anodins où cette proximité se ressent tel les plus jeunes Kikuyu piochant régulièrement et librement dans ses poches pour y chercher du sucre qu'elle garde pour eux.

Si la passion ne peut s'assouvir sur le long terme dans ses terres kenyanes, Pollack fonctionnera constamment sur l'éphémère et le simple plaisir du moment pour laisser s'épanouir ses personnages. Cela s'exprimera par la communion intellectuelle (moment feutré absolument parfait où Karen captive Denys par son art de conteuse en début de film), spirituelle (Karen et Denys savourant ensemble l'époustouflant panorama qu'ils survolent en avion en se tenant la main) et bien sûr charnelle avec une première étreinte qui met longtemps à se dessiner puis une seconde plus fougueuse où le thème plus tourmenté de Barry (loin de la ponctuation romantique attendue) exprime de nouveau cette aspect fugace dont il faut profiter dans l'urgence. John Barry signe un de ses scores les plus fameux et flamboyant (récompensé par un Oscar) qui possède un rôle narratif et thématique plus subtil qu'il n'y parait. L'exemple le plus frappant est lorsque Karen décide d'entamer une longue traverser pour apporter des provisions à Bror bloqué avec sa garnison.

La musique prend ses accents les plus inquiétants lorsque tout va bien au début du périple avec une Karen confiante et à l'inverse se fera la plus héroïque et galvanisante lorsque Karen arrive à bon port totalement défaite et épuisée sous les yeux d'hommes circonspects. En orientant le compositeur vers cette construction mélodique, Pollack nous signifie parfaitement que seul le voyage, les expériences et le souvenir qu'elles nous laissent son importantes. Le seul défaut est que par ce choix Pollack instaure une ambiance feutrée, sans vrais enjeux dramatiques puisque tout semble joué.

 Logique mais frustrant et finalement l'émotion atteint son comble lorsque les personnages sont inéluctablement séparés lors du final (on peut en dire autant du peu que l'on aura vu de la romance de Berkeley (Michael Kitchen) avec une belle indigène d'ailleurs jouée par Imam Bowie) alors qu'elle n'aura jamais atteint ces hauteurs dans leurs scène communes aussi belles soit elles. La beauté du continent noir signifiera ainsi jusqu'au bout se raccrocher à l'inaccessible, l'amour déçu se confondant avec le départ forcé lors du poignant final, le tout ne pouvant revivre que par la mémoire et les ouvrages de Karen Blixen.

Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Universal, pour le blu ray attention privilégiez l'édition américaine multi régions c'est la seule ou le film a été réellement restaurée toutes les autres éditions sont médiocres


dimanche 21 juillet 2013

Fantastic Mr Fox - Wes Anderson (2009)


Madame et monsieur Renard volent ensemble tout ce qu'ils peuvent ; plus tard, ils mènent une vie de famille idyllique avec leur fils, Ash. Après douze ans de vie familiale paisible, l'existence bucolique est trop pesante pour les instincts animaux de Foxy. Un jour, leur neveu Kristofferson vient en visite. Très rapidement, il revient à son ancienne vie de voleur et, ce faisant, met en péril non seulement sa famille bien-aimée, mais aussi la communauté animale tout entière. Coincés sous la terre, sans assez de nourriture pour tout le monde, les animaux commencent à se rassembler pour lutter contre Boggis, Bunce et Bean, trois fermiers déterminés à saisir l'audacieux monsieur Renard à tout prix.

Wes Anderson avait pour la première fois légèrement déçu avec son film précédent À bord du Darjeeling Limited (2007) dont le meilleur atout restait finalement son mémorable court-métrage prologue Hôtel Chevalier. L'équilibre délicat entre drame et légèreté, le sens du rythme et la rigueur narrative du réalisateur s'était quelque peu perdu dans la langueur indienne malgré des personnages attachants et quelques moments réussis.

L'adaptation du classique de Roald Dahl Fantastique Maître Renard allait donner à Anderson l'occasion de retrouver cette maîtrise, notamment par le fait de s'attaquer pour la première fois à l'animation et plus précisément la stop-motion. Anderson devait au départ le co réaliser avec Henry Selick, maître de la technique (et ayant déjà adapté Roald Dahl avec James et la Pêche Géante (1996)) mais ce dernier partira finalement signer seul le formidable Coraline (2009) et trouver enfin la reconnaissance dont il fut un peu spolié par Burton avec son tout aussi mémorable L'Étrange Noël de Monsieur Jack (1993).

Désormais seul aux commandes, Wes Anderson cherchant à s'imprégner de l'esprit de Roald Dahl s'installe dans sa propriété de de Gipsy House dans le Buckinghamshire où il rédigea la plupart de ses ouvrages. Anderson s'inspirera grandement de cet environnement rural pour l'esthétique du film (le fameux arbre où vit Mr Fox et sa famille existant vraiment entre autre), la direction artistique oscillant entre les vrais intérieurs cosys de Roald Dahl et les dessins Donald Chaffin pour la première édition du livre. Avec sa maniaquerie légendaire, Anderson répertoriera ainsi tous les objets et bibelots divers qui souhaitera voir reproduit dans le film, affirmant ainsi sa volonté de faire du malicieux Mr Fox un double animé de Roald Dahl.

Wes Anderson tout en ajoutant divers détails et motifs typiques de son style respecte idéalement le roman de Roald Dahl (seul le sauvetage et la poursuite finale sont en plus, l'épilogue étant légèrement différent mais dans le même esprit) tout en se focalisant sur des thématiques qui en font une sorte de condensé parfait de son œuvre jusque-là avant le virage qu'amorcera le suivant et excellent Moonrise Kingdom (2012).

On retrouve donc ici avec Mr Fox (George Clooney) un adulte irresponsable dont les écarts place sa famille dans le doute (le Gene Hackman de La Famille Tennenbaum bien sûr), un fils en plein questionnement existentiel (presque tous les personnages d'Anderson en quête de père ou de substitut) et une grande aventure décalée et ludique qui va permettre de résoudre les conflits dans l'action (La Vie Aquatique, À bord du Darjeeling Limited). Mr Fox au moment de la naissance de leurs fils a promis à son épouse (Meryl Streep) de cesser sa stimulante quête de danger et de chapardages pour mener désormais une vie de famille paisible.

Notre renard se morfond désormais dans ce quotidien sans saveur au point de délaisser son fils Ash (Jason Schwartzman) rêvant de lui ressembler malgré son physique malingre. L'occasion de retrouver l'exaltation d'antan lui est donnée lorsqu'il emménage dans un arbre situé face aux propriétés des redoutables Boggis, Bunce et Bean respectivement éleveur de poule, oies et fabricant de cidre dont il raffole et auxquels il va jouer un mauvais tour dont il a le secret. Seulement Mr Fox a oublié qu'il n'était plus seul désormais et ses actes vont porter préjudice à sa famille et aux animaux de la région lors de la terrible traque que vont mener Boggis, Bunce et Bean. L'occasion de résoudre les conflits et non-dits, se remettre en question et bien sûr de déployer son irrésistible malice.

Anderson trouve l'équilibre idéal entre humour, aventure picaresque et émotion avec une inventivité constante. George Clooney trouve quasiment son meilleur rôle avec cet attachant Mr Fox, "fantastique" et vulnérable à la fois, risible (la tirade bravache avant l'inondation de cidre) mais conservant charisme et bagout en toute circonstance. Entre douceur et détermination, Meryl Streep confère son timbre distingué et chaleureux à Mrs Fox pour former un couple complémentaire et séduisant.

Les personnages lunaires typique du réalisateur trouve une de leur incarnation les plus géniales avec le décalé Kristofferson (le phrasé calme et traînant d'Eric Chase Anderson frère de Wes y est pour beaucoup) s'opposant au plus nerveux Ash que double avec une géniale infantilité Jason Schwartzman.

Ce casting voix très américain pourrait paraître déplacé pour un livre si anglais mais cela fonctionne, Michael Gambon en caution locale étant absolument grandiose de cruauté en Franklin Bean et les animateurs saisissent bien l'expressivité de la distribution (le fameux claquement de bouche de Clooney génial !). L'ensemble est d'une fluidité exemplaire tout en conservant le côté bricolé et terrien voulu par Anderson qui exclut toutes les couleurs trop vive de sa gamme chromatique et laisse dominer une ambiance automnale brunâtre mettant bien en valeur le pelage des différents animaux et une facette crépusculaire intermittente.

Cette recherche visuelle donne une patine unique au film dans le paysage actuel de l'animation, faisant cohabiter émerveillement et ordinaire rustique parfois dans une même scène (l'arrivée dans la cave à cidre) et sous les courses poursuites trépidante délivrer de purs moments d'émotion suspendue.

Mr Fox se morfondant sous une cascade réconforté par son épouse, la mort poignante de l'infâme Rat (Willem Dafoe génial) ou l'apparition finale d'un loup sont ainsi d'une beauté saisissante que le score d'Alexandre Desplat (sans parler des utilisation judicieuse de titres des Beach Boys, Rolling Stones ou la réutilisation du score de George Delerue des Deux anglaises et le continent) aussi sautillant que mélancolique illustre avec brio.

Anderson délivre carrément son film le plus enlevé et rythmé, pas loin du western en campagne anglaise (Desplat rendant plus d'une fois hommage à Morricone dans son score) où là aussi la stylisation est progressivement dominé par le souffle de la grande aventure. Le montage saccadé et hilarant des premiers vols de Mr Fox laissent place à de vrais moments d'action palpitant dans la dernière partie plus impliquante émotionnellement, les péripéties se font plus amples et variées à l'image d'un Mr Fox ayant appris à se préoccuper et collaborer avec les autres.

On tremble ainsi lors du duel entre Rat et notre héros et le final offre une situation de siège désespérée typique du western résolue avec brio et bouclant le cheminement de cette relation père/fils complexe. Un joyau de l'animation et tout simplement un grand film, la plus grande réussite d'Anderson avec La Famille Tenenbaum et avant la réinvention brillante de Moonrise Kingdom où à l'inverse les enfants joueraient cette fois aux adultes.


Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

jeudi 19 juillet 2012

Le Choix de Sophie - Sophie's Choice, Alan J. Pakula (1982)


L'action se déroule peu de temps après la Seconde Guerre mondiale. Stingo, un jeune écrivain du Sud des États-Unis, arrive à Brooklyn et sympathise avec un couple : Sophie (Meryl Streep), une jolie immigrante polonaise (ayant beaucoup souffert pendant la guerre) et Nathan, un juif au comportement imprévisible et violent laissant deviner une personne souffrant d'un trouble mental. Une relation complexe se développe entre les trois personnages.

Alan J. Pakula réalise avec Sophie's Choice ce qui est sans doute un des plus beaux et intense des mélodrames modernes. Au départ on trouve le roman éponyme de William Styron paru en 1979. Dans cet ouvrage complexe et éprouvant Styron mêlait une réflexion passionnante sur l'Holocauste, le poids du passé et de la culpabilité au romanesque avec ce portrait de femme au destin tragique. Alan J. Pakula lui rend magistralement justice avec cette adaptation ayant atteint à son tour le statut de classique et qui vaudra à Meryl Streep son second Oscar après Kramer contre Kramer.

L'intrigue croise trois destins à New York au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Stingo (Peter McNicol) jeune aspirant écrivain venu du Sud va donc se lier d'amitié avec le volcanique couple formé par Sophie (Meryl Streep) et Nathan (Kevin Kline dans son premier rôle au cinéma) tous installés dans la même résidence. Ils se lient bientôt d'amitié et deviennent inséparables, Pakula capturant avec élégance leur fougue juvénile et leur pérégrinations dans ce New York rétro idéalisé. Pourtant la première rencontre où Stingo assiste à une terrible dispute entre Sophie et Nathan préfigure un tableau moins idyllique qui va rapidement se craqueler.

L'union mais aussi les motifs du conflit permanent de Sophie et Nathan est issu de leur passé. Sophie, émigrante polonaise est une survivante des camps de concentration où bien que non juive elle fut prisonnière à cause de l'engagement de son père contre l'envahisseur nazi. Fraîchement débarqué aux Etats-Unis et souffreteuse elle fut remise sur pied par Nathan tombé sous le charme. Ce dernier entretient une empathie et un rejet au passé douloureux au passé de Sophie en tant que juif, plaignant et reprochant cette souffrance qu'elle a connu sans la "mériter". Cette obsession se nourrit par la documentation qu'il tient sur l'holocauste et la terrible violence verbale qu'il aura parfois pour Sophie. Stingo joue lui le rôle d'observateur des déchirements du couple, secrètement amoureux de Sophie et révolté par l'attitude de Nathan.

Pakula adopte une construction narrative complexe dont l'intelligence ne se révèlera qu'en fin de film. Tandis que le présent se disloque peu à peu, les fêlures du passé resurgissent progressivement. Les flashbacks s'entrecroisent donc avec le présent et par un jeu de miroir chaque retour au passé évoqué visuellement aura été raconté précédemment via le dialogue tel les premiers pas de Sophie aux USA et la jolie rencontre avec Nathan que le couple évoque à Nathan en début de film.

A l'inverse, tout le passé qui n'aura été abordé que par la parole dissimulera un secret qui remettra en cause la vision des personnages : le métier de biologiste de Nathan, l'existence de Sophie en Pologne et surtout son terrible séjour en camp de concentration. Si on devine une vérité différente derrière le comportement instable de Nathan (Kevin Kline fabuleux d'intensité), Meryl Streep est magnifique de fragilité et d'ambiguïté.

L'actrice a adopté l'accent et le phrasé incertain de cette émigrante polonaise à la perfection et arbore des airs effrayés et soumis permanent dans sa gestuelle gauche et son regard où se lisent les secrets pénibles enfouis. Peter McNicol innocent et pur (avec l'analogie marquée qui le laisse vierge jusqu'à l'étreinte finale) servira de révélateur de plus en plus impliqués aux horribles souvenirs de Sophie avec nombres de moments bouleversant tel cette scène où elle explique sa déportation pour avoir acheté du jambon en contrebande pour sa mère malade. Meryl Streep est absolument renversante dans ce long moment dialogué où elle rapporte les faits sans pathos et une sobriété désarmante.

Pakula recentre d'ailleurs judicieusement tous les thèmes complexes du livre à son héroïne et donc à la performance de son actrice. William Styron faisait ainsi une analogie entre l'holocauste et le passé esclavagiste de la famille de Stingo (l'entourant comme les autres personnages d'une double facette qui disparait dans le film) dont le livre était consacré à Nat Turner, esclave rebelle du XIXe. Dans le film son livre est désormais consacré au deuil de sa mère et toute les allusions au Sud se fond sous forme de blagues douteuses de Nathan (la première scène où Kline raille l'accent sudiste de Stingo est d'ailleurs très drôle).

Cette construction amène un crescendo dramatique intense où les dernières couches du secret de Sophie sont soulevées. Les temporalités s'entremêlent dans les visions glauques des camps de concentrations, du visage figé par la douleur du souvenir de Sophie dans le présent et de la signification de son "choix". Tout devient limpide et notamment son attitude sacrificielle à rester auprès d'un homme aimant mais qui la malmène au détriment du doux Stingo.

Elle a connu des monstres bien pire et qui l'ont contraint à l'impensable. Dès lors la conclusion n'en est que plus logique, l'existence est devenue impossible pour ceux rongé par leur démons et leur culpabilité. Ne restera que le souvenir et la nostalgie pour Stingo à travers cette voix-off finale qui ne veut garder que le meilleur, l'amitié sincère de ces temps agités.

Sortie en dvd zone 2 français chez Universal


lundi 9 juillet 2012

Manhattan - Woody Allen (1979)


Scénariste de télévision, Isaac Davis (Woody Allen) est un homme désabusé et angoissé. À 42 ans, sa vie professionnelle le laisse insatisfait. Aussi, passe-t-il le plus clair de son temps à écrire et réécrire son roman. Sa vie privée est plus que chaotique. Sa deuxième épouse (Meryl Streep) qui l’a quitté pour une autre femme, est sur le point de publier son autobiographie où Isaac tient une bonne place. Il fréquente aussi Tracy, une jeune fille de 17 ans (Mariel Hemingway) avec laquelle il ne se voit aucun avenir. La situation se complique lorsque Yale (Michael Murphy), son meilleur ami, lui présente sa maîtresse, Mary (Diane Keaton) dont Isaac ne tarde pas à tomber amoureux.
Arrivé à la réalisation presque par accident et surtout par dépit de voir ses scripts malmenés par les producteurs (Quoi de neuf, Pussycat ? (1965) aura été une expérience douloureuse), Woody Allen se sera contenté tout au longs de ses premiers films de transposer de manières inégale et potache ce qui avait fait son succès d'amuseur sur scène et à la télévision. Annie Hall (1977) allait amener une spectaculaire évolution et ouvrir de nouvelles perspective au réalisateur en inscrivant le récit dans un cadre plus réaliste, en traitant de thèmes quotidien et en troquant les gags pour un ton doux-amer amusé et mélancolique. Délicat récit de la rencontre, de l'union et de la séparation d'un couple, Annie Hall dévoilait une finesse et une légèreté touchante tout en proposant une forme plus aboutie (c'est le début de la fructueuse collaboration avec le directeur photo Gordon Willis). Succès commercial et grand vainqueur aux Oscars (il remportera ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleure actrice pour Diane Keaton), Annie Hall ouvre une nouvelle voie à Allen qui va avec Manhattan creuser le même sillon de manière plus aboutie encore.

Manhattan dépeint les chassés-croisés amoureux de quadras intellectuel new-yorkais en pleine crise existentielle. Isaac (Woody Allen) est insatisfait de son rôle d'humoriste de télévision et aspire à devenir écrivain mais son livre n'avance pas. Côté cœur, il n'assume la romance qu'il vit avec la jeune Tracy (Mariel Hemingway) seulement âgée de 17 ans et voit ses sentiments pencher vers la très névrosée Mary (Diane Keaton), maîtresse de son meilleur ami Yale (Michael Murphy) lui-même en plein doute sur son mariage. Les relations se nouent et se dénouent au gré d'une narration nonchalante ancrée dans un quotidien fait de sorties au restaurant, au musée, dans les parcs où les ruelles de ce New York personnage à part entière du récit. La scène d'ouverture voix Allen s'emmêler les pinceaux en cherchant à dépeindre son sentiment sur la ville dans le premier chapitre de son roman où elle sera tour à tour chaleureuse, étouffante ou poétique.

Elle sera surtout liée à son humeur du moment où le plus simple s'oppose au plus sophistiqué, la vision de Manhattan étant pliée à celle des deux relations amoureuses dans lesquelles navigue Isaac. La belle, innocente et aimante Tracy (Mariel Hemingway absolument craquante de candeur) se plonge donc dans l'univers d'Isaac de la manière la plus simple (tous les passages dans l'appartement miteux d'Allen, les scènes de lit où ils regardent de vieux films) quand avec la plus torturée et intellectuelle Mary on aspire au grandiose, à la romance la plus éclatante.

Ce n'est donc pas étonnant que les deux moments les plus époustouflant visuellement se déroule avec Diane Keaton lors de l'après-midi au planétarium (où le couple joue autant avec les ombres du lieu qu'avec leur sentiments naissant qu'ils n'osent s'avouer) et surtout ce divin moment où ils assistent assis sur un banc au lever du jour tout en discutant, image à jamais associée au film. Allen se garde bien de choisir entre ces deux visions et si l'une des deux romance sera malheureuse New York est aussi belle dans la majesté de ces grands monuments que dans l'intimité de ces quartiers plus populaire.

C'est réellement un des films les plus aboutis d'Allen visuellement, avec ce cinémascope qui amplifie cette poésie urbaine, cette caméra qui accompagne élégamment les déambulations des personnages et le noir et blanc somptueux de Gordon Willis figeant de la plus belle des manières cette ode à la ville. Face à toute cette recherche esthétique et atmosphérique, Woody Allen n'en oublie pas pour autant sa causticité qui se manifestera notamment dans les échanges avec son ex-femme lesbienne joué par une Meryl Streep glaciale et quelques répliques savoureuses dont il a le secret (ah lorsqu'il décerne à Diane Keaton le prix Zelda Fitzgerald de la maturité émotionnelle).

L'instant le plus poignant sera d'ailleurs le plus sobre lors de la très belle conclusion où Isaac rattrape Tracy avant son départ. Là un simple champ contre champ et un jeu de regard, un geste simple (Isaac qui remet en place une mèche de Tracy) et un échange tendre et maladroit font passer mieux que toute les vues de monuments grandioses les sentiments qui unissent encore ces deux-là.

Et c'est sur une belle fin ouverte que les accords du Rhapsody in Blue de Gershwin nous font traverser une dernière fois la cité illuminée dans ce qui est un des chefs d'œuvre de Woody Allen .

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM


mercredi 6 juillet 2011

La Maîtresse du lieutenant français - The French Lieutenant's Woman, Karel Reisz (1981)


Dans le port anglais de Lyme, Charles Smithson, rentier et collectionneur de fossiles marins, fait la connaissance de Sarah Woodruff, une jeune préceptrice solitaire et mélancolique. Cette rencontre va faire renaître à la vie celle qui fut jadis abandonnée par un lieutenant francais.

Contrairement à cette trop répandue idée reçue, les meilleures adaptations sont rarement celle fidèles à la virgule près à l'oeuvre originale mais bien celles qui parviennent aussi et surtout à en capturer l'esprit et l'essence profonde. The French Lieutenant's Woman en montre un exemple assez magistral par la grâce d'un travail collectif brillant magnifiant l'écrit. Au départ nous avons donc un roman singulier signé John Fowles, Sarah et le Lieutenant français paru en 1969. L'auteur mêlait grande histoire d'amour romanesque dans le style le plus flamboyant du genre, description cruelle et tragique des entraves sociales et morales du XIXe (où plane l'ombre de Thomas Hardy modèle avoué de Fowles) et exercice de style narratif où Fowles commente les évènements et interpelle à plusieurs reprise le lecteur jusqu'à cette chute insensée où il lui laisse le choix parmi trois fins différentes, de la plus romantique à la plus sombre.

Si le livre a un vrai potentiel filmique, transposer les audaces de John Fowles relève du casse-tête. Plusieurs réalisateurs baisseront les bras face au défi de l'entreprise et ainsi Milos Forman, Fred Zinneman ou encore Sidney Lumet seront envisagés pour diriger une adaptation. Au casting seront évoqués Robert Redford et Richard Chamberlain en Smithson et pour Sarah, Gemma jones, Francesca Annis et Helen Mirren cette dernière ayant la préférence de Fowles. Tout se résout avec l'arrivée de Harold Pinter qui de son propre aveux signe là un de ses meilleurs script, en étroite collaboration avec John Fowles et Karel Reisz. Tout trois confèrent une tonalité plus cinématographique à l'histoire et par des trahisons osées rendent finalement un superbe hommage au livre et à ses expérimentations.

La scène d'ouverture donne le ton, nous sommes en plein tournage de film en extérieur où Meryl Streep prend ses marques. Le réalisateur crie "action", la caméra s'élève, les éléments contemporain s'estompent et nous suivons alors notre héroïne tout de noir vêtue s'avancer sous les flots vers la jetée dans l'attente de son amant disparu. Le film prend ainsi le parti d'une double narration, l'une classique et adaptant fidèlement le livre tandis que l'autre nous plonge dans l''histoire d'amour entre les deux acteurs principaux prolongeant l'interdit de leur relation à l'écran par une liaison sur le plateau. L'idée est brillante et efface tout ce qui aurait pu paraître lourd dans une adaptation plus littérale.

L'ironie des commentaires de Fowles qui aurait nécessité grand usage d'une voix off créant irrémédiablement une distance avec le spectateur naît maintenant du décalage entre les époques. Le plus bel exemple est la discussion amusée des deux acteurs se documentant sur la pratique élevée de la prostitution à Londres au XIXe, ce qui apporte un degré d'information supplémentaire lors de la scène autrement plus tragique dans la partie d'époque où Meryl Streep évoque ce sort peu enviable qui l'attend si elle se rend à Londres sans la moindre ressources.


Cette mise en abyme crée également des passerelles inattendues et des sentiments contradictoire lorsqu'on passe de l'un à l'autre des récit. La partie classique s'orne du plus bel écrin romantique (flamboyante scène de coup foudre) bien que feutrée avec la magnifique photo de Freddie Francis, la reconstitution est magnifique et Karel Reisz aligne les compositions de plans les plus somptueuses. Rien de cette recherche picturale dans l'autre partie plus simple et terre à terre dans sa mise en scène volontairement sans éclat. Ce choix se fait à l'image de la teneur des émotions exprimées dans chacune des direction.

Constamment épiés et jugés dans la société Victorienne inquisitrice du XIXe, Sarah et Charles sont brûlant d'amour et de désir par la grâce d'un simple geste, regard ou parole quand dans des situations plus intimes les acteurs sembles avoir un véritable fossé entre eux (Meryl Streep qui chuchote David dans son sommeil...).

La distance se crée donc par ce décalage, la première étreinte d'une incroyable intensité du passé répondant à la langueur détachée du présent, la grande romance tragique impossible se substituant une coucherie finalement banale entre adulte consentant. Jeremy Irons et Meryl Streep (qui n'a jamais été aussi belle) sont fabuleux dans ce double registre, elle figure sacrificielle touchante puis froide et égoïste, lui tout en hésitation et en retenue puis manifestant grossièrement son désir.

La boucle est bouclée avec cette sublime conclusion où les auteurs osent reprendre le principe de la fin multiple (les trois fins du livre dont une rêvée étant réduites à deux ici). Les va et vient passé/présent se font plus saccadés dans les derniers instants, le spectateur comme les personnages finissant par se perdre dans ce chassé croisé, à l'image de Jeremy Irons abandonné qui crie Sarah! lorsque Meryl Streep lui échappe, alors que c'est son prénom au sein du film qu'ils tournent.

Tout pourrait se confondre mais Reisz et Pinter font le choix d'accorder une perspective ténue de bonheur à ceux qui le méritent dans une dernière scène au montage alterné cruel et touchant à la fois. Quant au principe du film, il fera des émules quelques années plus tard avec le réussi Tournage dans un jardin anglais de Michael Winterbottom qui mêlera adaptation de Tristram Shandy de Laurence et film dans le film dans une veine plus satirique (évoqué en commentaires sur le blog dans une discussion autour du Jude de Winterbottom).


Sorti en dvd zone 2 français chez MGM