Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 24 août 2018

Extrême Préjudice - Walter Hill (1987)

Jack Benteen, membre de la Texas Ranger Division, lutte contre le trafic de drogue et l'immigration clandestine dans une petite ville texane frontalière avec le Mexique. Or le chef des trafiquants, Cash Bailey, est un ami d'enfance du Ranger et l'ancien amant de sa femme, Sarita Cisneros, d'origine mexicaine. Pour compliquer la situation, un commando de vétérans de la guerre du Viêt Nam, avec pour chef Paul Hackett, est envoyé par la CIA pour tuer Bailey...

Le premier fait d'armes de Walter Hill fut le scénario qu'il écrivit pour Guet-apens (1972) de Sam Peckinpah d'après Jim Thompson. Par la suite il ne cessera de s'inscrire dans la tradition du réalisateur franc-tireur perpétuée par Peckinpah, revisitant les genres emblématiques du cinéma américain tout en en donnant un contenu encore plus direct. Avec Extrême Préjudice, Hill paie plus explicitement encore son tribut à Peckinpah dans un film qui revisite le mythique La Horde sauvage (1969). Les scènes miroir (le scorpion, le dantesque gunfight final), certaines interactions entre les personnages (l'affrontement entre anciens amis et/ou frères d'armes) et le cadre de la frontière mexicaine figurent parmi les réminiscences les plus visible.

Cependant (hormis ses incursions dans les westerns où il est curieusement moins aventureux) lorsque Walter Hill se confronte aux archétypes du cinéma classique c'est toujours pour se les réapproprier à l'aune d'une vision personnelle. Le Bagarreur (1975) brille par une sécheresse au diapason de son héros peu loquace (les actions du personnage tout comme le déroulement limpide de l'intrigue parlent plus que les mots ou les séquences superflues), The Driver (1978) est un squelette conceptuel e film noir tandis que Les Guerriers de la nuit (1979) ou Les Rues de feu (1984) enrobent de pures trames de western d'un contexte urbain fantaisiste et pop. Cette confrontation du moderne et du classique est également au cœur d'Extrême Préjudice.

Le Texas Ranger Jack Benteen (Nick Nolte) incarne ainsi la tradition du shérif taciturne et solitaire qui va se confronter à une menace moderne avec ce commando bardé de technologie. Les morceaux de bravoure de pur western (la scène d'ouverture réminiscence de celle de Rio Bravo (1959)) et les dialogues du shérif Hank Pearson (Rip Torn) illustrent ainsi une forme de nostalgie d'un temps où la justice était simple à rendre, les problèmes moins complexes à résoudre.

Le vol de bétail ou les conflits de propriétaires terriens ont laissés place au trafic de drogue, le hold-up au centre de l'intrigue relève de motivations complexes et pas pécuniaire, le Mexique fantasme de richesses et d'aventures (La Horde sauvage encore mais aussi Vera Cruz (1954), Aldrich autre modèle franc-tireur de Hill) est perverti par l'ascension du charismatique Cash Bailey (Powers Boothe). Cette souillure du mythe est la plus évidente dans la caractérisation du commando. Hill introduit ses barbouzes de façon truculente tout en soulignant leur background dans la scène d'ouverture où les retrouvailles chaleureuse sont entrecoupées de leurs faits d'armes de mercenaires invisibles.

Le professionnalisme sans faille se conjugue ainsi à la franche camaraderie qui nous les rend sympathique dans les préparatifs de leur nébuleuse mission. Hill rejoue donc la carte de l'équipe attachante et efficace en action à la frontière mexicaine sauf qu'au pur appel de l'aventure de classiques reprenant ce postulat (en plus de Peckinpah et Aldrich on peut compléter avec Les Professionnels de Richard Brooks (1966)) les personnages servent (ou en tout cas pensent) l'Etat. Les ordres du plus ambigu chef Paul Hacket (Michael Ironside) sont suivis aveuglément "pour la patrie" malgré les doutes alors que l'appât du gain, l'exaltation du danger et l'amitié guidaient les anciens archétypes dans une destinée individuelle et collective. Walter Hill nous sert ainsi des "héros" au service de l'Amérique du Watergate, de l'interventionnisme douteux et des méthodes discutables dans la guerre contre la drogue - sujet qui occupe tous le film de Richard Brooks d'ailleurs. Il faut attendre le grand final où ils retrouvent leur libre-arbitre pour que le réalisateur leur offre un baroud d'honneur flamboyant répondant à celui de La Horde Sauvage.

Nick Nolte en impose sacrément en héros taiseux et fait habilement passer les nuances de son conflit moral à travers l'amitié déçue avec Powers Boothe. On sent la patte de John Milius (auteur de l'histoire le projet datant du début des 70's) dans les savoureux échanges entre les deux personnages, tout en amicalité menaçante et testostérone. Le duel final n'en est que plus intense. Le seul point faible du film est dans son personnage féminin Sarita (María Conchita Alonso), simple objet que se disputent les deux protagonistes. Alors certes ce n'était pas beaucoup mieux dans La Horde sauvage mais au moins Peckinpah assumait son cadre machiste (contredit dans d'autres films comme Un homme nommé Cable Hogue (1970)) et l'on ne se posait pas de question à voir la mexicaine se résumer à la prostituée et la mère de famille.

Là Walter Hill amorce un semblant de problématique de couple et de caractérisation intéressante de Sarita puis évacue le tout (en gros Nolte et Boothe sont rivaux sexuels plus qu'amoureux car Boothe a possédé Sarita le premier) pour la réduire à la potiche. Hormis ce souci, Hill signe un de ses meilleurs films notamment dans des morceaux e bravoure au découpage (la scène d'embuscade) et à l'ampleur impressionnante, un pied dans l'ancien (les ralentis à la Peckinpah en moins opératique mais John Woo arrive avec Le Syndicat du Crime (1986) et l'autre dans le moderne de l'actionner viril 80's.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal 

mercredi 14 octobre 2015

Starship Troopers - Paul Verhoeven (1997)

Au XXIVe siècle, une fédération musclée fait régner sur la Terre l'ordre et la vertu, exhortant sans relâche la jeunesse à la lutte, au devoir, à l'abnégation et au sacrifice de soi. Mais aux confins de la galaxie, une armée d'arachnides se dresse contre l'espèce humaine et ces insectes géants rasent en quelques secondes la ville de Buenos-Aires. Cinq jeunes gens, cinq volontaires à peine sortis du lycée, pleins d'ardeurs et de courage, partent en mission dans l'espace pour combattre les envahisseurs. Ils sont loin de se douter de ce qui les attend.

Basic Instinct (1991) avait beau avoir été le plus gros succès américain de Paul Verhoeven, le retour à la science-fiction spectaculaire de Starship Troopers sembla rassurer l’industrie hollywoodienne qui lui accorda des moyens colossaux. L’aura sulfureuse de son thriller érotico hitchcockien avait autant créé la controverse que son triomphe mais avec Showgirls (1996), Verhoeven était définitivement allé trop loin dans la provocation. Retrouvant l’outrance sexuelle et la veine sociale de sa période hollandaise, Verhoeven y revisitait le Eve de Mankiewicz dans le monde du strip-tease et la ville de tous les excès, Las Vegas. Après cet échec cuisant Starship Troopers semble donc un succès assuré dans le registre le plus bankable du « hollandais violent à Hollywood (après Total Recall (1990) et Robocop (1987)) mais s’avérera son film le plus provocateur.

Starship Troopers réunit une grande part de la dream team de Robocop. Paul Verhoeven bien sûr, mais aussi le scénariste Ed Neumeier  et le producteur Jon Davison qui supervisa le film au sein de la compagnie Orion. Dès 1992, Neumeier lance à Verhoeven l’idée d’un film de SF dépeignant la guerre entre des aliens arachnides et la race humaine. Un sujet proche du roman Étoiles, garde-à-vous ! de Robert Heinlein en 1959 et dont Jon Davison acquiert les droits. L’ouvrage se caractérisait par ses penchants militaires exacerbés, sa célébration de l’uniforme mais également  un anticommunisme symbolisé par la société collective et la pensée uniforme des ennemis arachnides. Verhoeven et Neumeier vont précisément s’appuyer sur ce penchant du roman pour mieux le détourner. Le film (respectant dans les grandes lignes la trame du roman avec une place plus grande accordée aux batailles) fonctionne donc comme un immense tract de propagande filmée incitant à s’engager dans l’armée après avoir assisté aux trépidantes aventures de son trio de héros. 

L’intrigue fonctionne dans une pure logique de soap opéra, le casting de jeunes premiers aux physiques parfait en étant d’ailleurs pour la plupart issu. Fraîchement sorti du lycée, Johnny Rico (Casper Van Dien) s’engage ainsi dans l’infanterie pour les beaux yeux de Carmen aspirante pilote tandis que leur ami surdoué Carl intègre lui le renseignement. La supériorité du soldat et la célébration de l’usage de la force armée définit cette société comme le démontrera une scène de classe en début de film. Le professeur (Michael Ironside) y explique le statut de citoyen supérieur du civil ayant fait ses classes et y vante les conflits résolus par la brutalité comme Hiroshima. Nos personnages n’ont que faire de ces réflexions, aspirant avant tout aux sensations fortes pour n’apprécier et comprendre la « sagesse » de cet univers au fil de leurs aventures.

On retrouve le style frondeur de Robocop ici, avec une multitude de spots publicitaires assénant et introduisant la pensée belliqueuse dans l’esprit des concitoyens. Comme souvent chez Veroheven, tout est affaire d'illusion et manipulation, que ce soit par la religion (La Chair et le sang), le rêve (Total Recall) ou le sexe (Basic Intinct). Si Robocop était le reflet du cynisme et de la superficialité capitaliste des années 80, Starship Troopers anticipe avec génie tout le martèlement religieux et guerrier de l’administration Bush afin de convaincre l’opinion américaine du bien-fondé de l’invasion irakienne. Il est d’ailleurs suggéré dans le film que la première attaque ayant provoqué cette guerre est du fait des humains, cherchant à exploiter les ressources des arachnides. Ce serait d’ailleurs le seul vrai défaut du film, le message et la distance ironique parasitant l’implication en nous laissant sans référent véritable alors que Murphy/Robocop suscitait une vraie empathie, seul vrai humain malgré sa cuirasse au sein d’une nuée de pantins cupides. 

Le film ne se suit pas non plus au second degré et constitue un vrai grand spectacle guerrier et d’aventures. Seulement le curseur est toujours poussé un peu trop loin dans la violence (l’entraînement militaire féroce faisant passer le début de Full Metal Jacket (1987) pour une colonie de vacances) et les personnages unidimensionnels. Fils de militaire, Casper Van Dien trouve le rôle de sa vie avec ce Johnny Rico aux mâchoires carrée incarné avec une candeur virile de tous les instants. Denise Richards en ambitieuse prête à tout abandonner pour sa carrière ne suscitera guère d’empathie, au contraire d’une Dina Meyer très attachante en amoureuse éconduite et le sort tragique de son personnage est le seul vrai moment d’émotion sincère tout au long du film.

La superficialité assumée et la distance du brûlot s’oublie par contre totalement lors des extraordinaires morceaux de bravoures du film. Verhoeven reprend à son compte l’imagerie des films de guerre des années 40, les arachnides acquérant une même aura abstraite et inhumaine que les japonais d’un Aventures en Birmanie (1945). Ce sont des êtres féroces et à l’intelligence primitive n’existant que pour nous tuer dans d’atroces souffrances (décapitations, déchiquètements et démembrements à pelle où Verhoeven laisse éclater son sadisme légendaire), et qu’il faut donc trucider avec une hargne tout aussi prononcée. La nature autre de l’ennemi autorise également tous les débordements, que ce soit les tortures entraperçues dans les spots télévisés ou une certaine jouissance à vider son chargeur sur un arachnide pourtant bien mort. Phil Tippet, ancien maître de la stop-motion (l’ED-209 de Robocop) s’était réinventé après l’avènement des effets numériques de Jurassic Park et crée des créatures parmi les plus terrifiantes du cinéma de science-fiction. 

Véloces, grouillantes et au bestiaire varié (la première apparition d’une sorte de cancrelat gigantesque est fabuleuse), les aliens n’en demeure pas moins de purs êtres organiques dont le script de Neumeier entoure de mystère tout en dévoilant l’organisation. La maestria filmique de Verhoeven fait le reste, alternant confusion apocalyptique (le guet-apens nocturne sur la planète Klendathu), tradition du film de guerre (la campagne exaltée en plein désert brûlant) et imagerie de western avec un étourdissant siège façon Fort Alamo. Le spectacle demeure tout aussi stupéfiant aujourd’hui, autant dans la qualité des effets que dans l’exécution qui humilie tous les dispendieux et chiches blockbusters actuels. N'oublions pas un score martial tonitruant d'un Basil Poledouris au sommet de son art.

Profitant de la confusion régnant au sein du studio Sony et de la valse des patrons d’alors, Verhoeven aura eu toute latitude pour tourner ce récit iconoclaste sans qu’aucun exécutif ni même la censure de la MPAA (si ce ne sont pas des humains aucun problème à montrer un festival de morts sauvages) ne viennent perturber sa vision. Les problèmes n’interviendront qu’à la sortie où la critique américaine passera totalement à côté du film en le qualifiant de nazi (l’apparition de Neil Patrick Harris en imperméable simili SS à la fin). Le succès sera ainsi très mitigé, autant au niveau du box-office que des récompenses techniques (une nomination aux Oscars des meilleurs effets spéciaux perdue face à un Titanic moins abouti même si impressionnant) et ôtera toute liberté de manœuvre à Verhoeven forcé de quitter les Etats-Unis après un décevant Hollow Man (2000). Grand film dont la provocation et la démesure demeurent intacts.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Sony