Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Michael Keaton. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michael Keaton. Afficher tous les articles

vendredi 12 janvier 2018

Beetlejuice - Tim Burton (1988)


Pour avoir voulu sauver un chien, Adam et Barbara Maitland passent tout de go dans l'autre monde. Peu après, occupants invisibles de leur antique demeure ils la voient envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise. Rien à redire jusqu'au jour où cette honorable famille entreprend de donner un cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara, scandalisés, décident de déloger les intrus. Mais leurs classiques fantômes et autres sortilèges ne font aucun effet. C'est alors qu'ils font appel à un "bio-exorciste" freelance connu sous le sobriquet de Beetlejuice.

Le succès inattendu de Pee-Wee Big Adventure (1985) avait soulevé l’intérêt pour Tim Burton, la Warner l’envisageant alors pour sa grande adaptation à venir de Batman. Le studio tergiverse néanmoins à confier un si gros projet à un novice. Tout en préparant le projet sans assurance d’être le choix définitif, Tim Burton scrute donc sans enthousiasme les scénarios conventionnels qu’on lui propose avant de tomber sur cette bizarrerie intitulée Beetlejuice. Le scénario initial est un vrai film d’horreur déviant (Beetlejuice incontrôlable et plus proche du violeur que du pervers rigolo du film, la scène de possession graphiquement plus agressive) que Burton va s’approprier dans sa thématique d’opposition du bizarre imprévisible et attachant avec une normalité conventionnelle et étouffante. Si Batman, le défi (1992) sera un film tout entier dévoué et fasciné par les monstres et où l’humain est absent, Beetlejuice préfigure plutôt le traitement de Edward aux mains d’argent (1990). Tim Burton impose ainsi pour la première fois son univers visuel mais en prenant soin d’avoir des personnages attachants et tiraillés dans cet entre-deux opposant un univers excentrique ténébreux et une réalité plus aseptisée mais bien plus inquiétante au final. 

Le couple formé par Adam (Alec Baldwin) et Barbara (Geena Davis) constitue donc des héros arrachés à une vie paisible pour être plongé dans le monde des morts dont ils devront apprendre les codes. A l’inverse la jeune Lydia (Winona Ryder) est bien vivante mais irrésistiblement attirée par ces ténèbres plus excitantes que son quotidien morne. Tim Burton donne donc dans la comédie et la satire pour opposer monde des morts et des vivants en s’amusant des codes du genre. L’idée d’un au-delà lourdement administratif exploitée dans Une question de vie et de mort de Powell et Pressburger (1947) et Le Ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch (1943) est ici revisitée par le prisme de l’imaginaire macabre et sarcastique de Burton. On conserve donc là pour toujours le possible piteux état dans lequel on a pu décéder (mais aussi la personnalité avec les quaterbacks de football stupides) ce qui donne une salle d’attente cauchemardesque où nos héros viendront clamer leurs droits.

L’au-delà coinçant pour l’éternité (ou plutôt 125 ans) Adam et Barbara dans leur demeure symbolise la prison éloignant du monde extérieur tous les grands personnages de Tim Burton, du manoir de Bruce Wayne dans les Batman au château d’Edward aux mains d’argent en passant par Charlie et la chocolaterie (2006). A l’inverse la solitude et l’apitoiement dans lequel se complaisent aussi les héros de Burton s’incarnent à travers Lydia, ado gothique au teint blafard et brassant des idées noires dans l’exiguïté de sa chambre. Ces personnages symbolisent à la fois le rejet et la volonté de se mêler aux autres de Burton, en particulier Winona Ryder qui est une vraie réminiscence de Vincent (1982) le premier court-métrage du réalisateur.

Beetlejuice (Michael Keaton) est lui le mauvais génie, graine de discorde et véritable entité punk signifiant le nihilisme tentant Burton pour balayer impitoyablement le conformisme hypocrite de la réalité. Cela passe d’abord par l’image où le réalisateur déborde d’inventivité pour toutes les créations associées au monde des morts que ce soit dans les décors extravagants de Bo Welch et la multiplicité des techniques d’effets spéciaux (animation image par image, prothèse, matte-painting, effets mécaniques) des différentes créatures, le tout dans un aspect bricolé rattaché au style de dessin singulier et rudimentaire de Burton mais aussi en hommage au série B de son enfance comme les productions Harry Harryhausen. En contrepoint finalement plus horrible nous aurons le décorum d’art contemporain hideux de Delia la belle-mère de Lydia (Catherine O'Hara) défigurant par ses contours informes et ses couleurs criardes le havre de paix de la maison.

Burton dénonce ainsi une modernité pédante, hypocrite et irrespectueuse (le décorateur d’intérieur snob Otho (Glenn Shadix) mais surtout d’un opportunisme glaçant. Adam et Barbara échouent à faire fuir les intrus car leur tempérament gentil ne permet pas la malveillance suffisante à créer des situations terrifiantes (l’hilarante scène de possession sur fond de Banana Boat Song de Harry Belafonte). Mais plus que cela, c’est le cynisme de ce monde moderne qui empêche tout d’abord de voir les fantômes (alors que l’adolescente Lydia encore candide les distingue) puis une fois leur présence avérée d’en avoir peur. Au contraire les adultes y voient une fructueuse affaire financière à exploiter avec les fantômes en attraction de choix.

Tim Burton ne cède cependant pas encore à la mélancolie des œuvres à venir et voit encore un espoir de cohabitation. Le drame de l’absence d’enfant est sobrement introduit au début pour Adam et Barbara, tandis que l’indifférence de ces parents est plus explicitement ressentie pour Lydia. Une famille de substitution peut donc se construire entre les vivants et les morts, Lydia en raison de supporter leur disparition pour le couple et eux en raison d’oublier ses penchants suicidaires pour Lydia. Avant cela, les deux mondes doivent sauvagement s’entrechoquer par l’entremise de la graine de discorde qu’est Beetlejuice. Michael Keaton signe une prestation extraordinaire de bouffonnerie et d’outrance, véritable pile électrique bousculant les codes de la bienséance (en ces temps plus puritain le personnage serait bien édulcoré, on peut craindre pour la suite annoncée) et relayé par des effets spéciaux délirants. 

Le leitmotiv consistant à prononcer son nom trois fois pour l’appeler fera école (Candyman (1992) de Bernard Rose dans un film d’horreur plus direct) et est habilement monté en épingle jusqu’au délire final où Burton donne dans l’horreur pour rire, le grand guignol et cabaret macabre. Le personnage emportera tellement l’adhésion lors des projection-test que Burton ajoutera ensuite le génial épilogue pour une ultime facétie de Beetlejuice. Le film sera un immense succès et la première adhésion du public à l’univers de Tim Burton. La Warner rassurée allait donc confier Batman (1989) à ce dernier pour un raz-de-marée commercial d’une toute autre ampleur. 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

 

lundi 29 juillet 2013

Batman, Le Défi - Batman Returns, Tim Burton (1992)


Abandonné à la naissance à cause de sa difformité, le surdoué et richissime héritier Oswald Cobblepot grandit dans les égouts de Gotham City parmi une troupe de saltimbanques et se fait appeler "Le Pingouin". Des années plus tard, il s'associe à l'homme d'affaires Max Shreck pour corrompre les habitants de Gotham et devenir maire. Le justicier masqué Batman, alias Bruce Wayne, tente de les arrêter. Entretemps, Selina Kyle, timide secrétaire effacée de Shreck, découvre la preuve des intentions peu louables de son patron. Ce dernier tente de l'assassiner. Selina jure d'obtenir vengeance...

Au sortir du triomphe de Batman, Tim Burton est peu enclin à s'atteler à la suite que lui réclame la Warner et préfèrera signer le plus personnel Edward aux mains d'argent (1990) à la Fox. Pour attirer son wonderboy le studio décide alors de lui laisser une entière liberté artistique pour ce second volet, ce qui convaincra Burton qui souffrit des contraintes imposées notamment par le producteur Jon Peters. Désormais également producteur, Burton va orienter ce Batman Returns dans une voie encore plus macabre et ténébreuse par la grâce du script de Daniel Waters qui s'était fait remarquer avec le teen movie en forme de comédie noire Fatal Games (1990).

Dans Batman, Burton avait confondu la folie de Batman et celle de son ennemi le Joker, chacun étant finalement le créateur de l'autre et laissant s'exprimer ses névroses dans son double costumé. Le réalisateur va plus loin encore dans Batman Returns, la monstruosité de ses ennemis offrant un reflet à la sienne pour notre héros masqué. Le Pingouin est ainsi tout comme Bruce Wayne un orphelin, son abandon initial guidant toutes ses actions et sa soif de reconnaissance tout comme la soif de justice est le leitmotiv de Batman.

Pour Selina Kyle (Michelle Pfeiffer), ce sera une quête revancharde envers le mépris des hommes qui s'incarnera dans la sulfureuse Catwoman. Les trois personnages se confondent ainsi, tour à tour héros, paria ou indéchiffrable aux yeux d'une opinion aveugle et changeante. Burton montre finalement bien plus d'empathie et de compassion pour ses freaks que pour les humains au sein desquels on trouve le vrai monstre en la personne du manipulateur Max Schrek (Christopher Walken).

Alors que Batman parvenait à conserver une touche lumineuse avec le personnage de Vicky représentant un ailleurs possible, Batman Returns est entièrement dévoué à ses créatures de la nuit et les scènes de jour sont bien rares. L'intrigue a beau se dérouler à la période de noël, c'est plutôt aux démons et merveilles d'Halloween qu'on pense ici notamment avec cette troupe de cirque malfaisante et la cour du Pingouin, Burton annonçant les atmosphères de L'Étrange Noël de monsieur Jack (1993).

Dans ces ténèbres permanentes tous les rêves et cauchemars sont possibles, Burton orchestrant quelques-unes des plus belles séquences de sa carrière avec l'abandon du Pingouin nourrisson en ouverture ou bien évidemment la saisissante renaissance de Selina Kyle en Catwoman. La secrétaire godiche devient une amazone SM toute de latex à la sexualité agressive et imprévisible (passant de l'attitude enfantine à la violence la plus décomplexée voir ce moment où elle saute à la corde comme une fillette avant de faire exploser un magasin), pour elle-même et les autres.

La schizophrénie déjà explorée dans le premier film s'étend ici à notre trio de monstres, le Pingouin reniant puis acceptant ce patronyme quand il aura admis qu'il ne serait jamais vraiment accepté, Selina Kyle étant partagée entre son attirance pour Bruce Wayne et la rage de Catwoman. De nombreux dialogues voit Batman admettre implicitement ce lien avec ses ennemis sans accepter leurs attitudes et la romance avec Selina Kyle entretient cette confusion, leurs bizarreries les attitrant l'un l'autre quand ils sont démasqués (la première apparition de Selina Kyle après sa transformation) et les échanges se confondant peu à peu entre leurs alias.

Pour Burton, les monstres sont condamnés à être rejetés et Batman Returns en offrira avec Edward aux mains d'argent la plus belle dimension tragique. Monstrueux et poignant à la fois, le Pingouin se pensant accepté découvrira qu'il a été manipulé et cherchera à résoudre son mal-être par le chaos. Eternelle victime de la fourberie des hommes, Catwoman poursuivra sa quête vengeresse jusqu'à la folie tandis que Batman vacillera de sa ligne de conduite face au sacrifice qu'il doit y laisser.

Le côté super-héroïque est nettement en retrait (Burton ne faisant pas preuve de plus d'intérêt ou de brio lorsque Batman est en action) au profit du pur film de monstres, les personnages affirmant leurs déviances le temps de séquences peu ragoutantes et bizarre (le Pingouin dévorant ses poissons cru, Catwoman gobant un oiseau) ou alors sexuellement troublantes (Catwoman affalée sur le lit du Pingouin, tout comme le léchage/baiser avec Batman).

Le score de Danny Elfman est dans cet esprit, la marche tonitruante de Batman laissant place à la comptine de noël déréglée, au thème tragique du Pingouin ou à celui diablement torturé de Catwoman, une des très grandes réussites du compositeur. La subtilité de Michael Keaton fait merveille dans ce second volet où il approfondit les failles de son héros plus vulnérable et finalement hormis le glacial Christopher Walken il n'y a pas de vrai méchant dans Batman Returns, juste des êtres anormaux en quête d'identité.

A ce petit jeu Michelle Pfeiffer offre la prestation la plus incandescente de sa carrière et est absolument inoubliable. Elle est l'âme de cette magistrale suite, soulignée par une dernière image des plus évocatrices. Burton s'affranchit totalement du comics pour tout simplement signer un grand film.

  
Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Warner

dimanche 28 juillet 2013

Batman - Tim Burton (1989)


Enfant, le milliardaire Bruce Wayne vit ses parents assassinés par un voleur. Il se jura de venger leur mort en se lançant dans une bataille à vie contre le crime organisé. Pour cela, il se crée un personnage costumé nommé Batman, et cache cette identité derrière celle d'une image de playboy. Gotham City est contrôlée par le parrain Carl Grissom. En dépit des efforts du fraîchement élu procureur de district Harvey Dent et du commissaire James Gordon, la corruption de la police demeure conséquente. Le reporter Alexander Knox et la photo-journaliste Vicki Vale commencent à enquêter sur les agissements du justicier habillé en chauve-souris, alors que ce dernier n'est aux yeux des médias et des policiers qu'une rumeur confuse propagée chez les criminels.

La réussite artistique et le triomphe commercial du magnifique Superman (1978) de Richard Donner avait rendu viable à l'époque la possibilité d'adaptation de comics dans des productions ambitieuses et c'est tout naturellement qu'il fut envisagé de transposer Batman sur grand écran dès le début des années 80. Mais entre le souvenir encore trop vivace de la série tv parodique des 60's et les atermoiements quant à la direction à adopter (reprendre mécaniquement la structure du film de Richard Donner pas adapté pour Batman, adopter une tonalité sombre et sérieuse fidèle aux comics ou reprendre la suite loufoque de la série) le projet s'enlise lentement dans l'enfer du development hell.

Ce qu'il manque au projet c'est une vraie vision, ce qui sera le cas grâce à la sortie des comics The Dark Knight Returns et The Killing Joke (signé Frank Miller et Alan Moore) dont le succès valide une vision plus sombre et torturée de l'univers de Batman et contribuera à l'embauche de Tim Burton à la réalisation.

Peu familier de l'univers des super-héros, Burton trouvera chez Miller et Moore matière à exploiter mais c'est surtout par son interprétation du personnage que Burton rendra son Batman si marquant. Pour Burton, Bruce Wayne n'est qu'un pantin, une coquille vide rongeant son frein en journée dans l'attente d'endosser le costume de Batman la nuit venue, sa vraie identité. Contrairement à la structure obligatoire désormais (et héritée du Superman de Donner en fait) pas de psychologie ou de longue introduction pour dépeindre les motivations du justicier que nous retrouvons d'emblée en action, l'agression précédant sa première apparition faisant d'ailleurs un mimétisme volontaire au trauma originel de Bruce Wayne. Burton use des codes du film d'épouvante avant un montage jouant sur la nature spectrale et fantomatique de Batman et lorsqu'il se dévoilera dans toute sa splendeur aux malfrats terrorisés, c'est à un pur instant d'épouvante gothique qu'on assistera.

Avant d'être un super-héros, Batman est une anomalie, un monstre dissimulant un être torturé et schizophrénique. Burton retarde ainsi longuement l'apparition de Bruce Wayne (Michael Keaton, parfait) démasqué, être transparent ne surnageant pas au milieu des invités de sa propre réception alors qu'il semble lui-même et maître la situation dans la batcave. De même il semble bien plus sûr de lui lorsqu'il se présente d'un rageur I'm Batman à un criminel tremblant que lorsqu'il assume à peine être Bruce Wayne. La romance compliquée avec Vicky Vale (Kim Basinger) laisse alors entrevoir ce que pourrait être une existence normale mais un autre monstre est lâché en ville en la personne du Joker (Jack Nicholson), le forçant à replonger dans les ténèbres.

L'idée discutable de lier les origines de Batman et du Joker est parfaitement vue dans cette optique, faisant de Gotham City un asile à ciel ouvert engendrant des freaks. Théâtre de la folie, Gotham City adopte ainsi une étouffante esthétique gothique par la mise en scène opératique de Burton et la photographie ténébreuse et sophistiquée de Roger Pratt servent à merveille les décors d'Anton Furst.

Les jeux d'ombres sont somptueux et les perspectives étourdissantes tout en gardant sous le budget faramineux une dimension artisanale (nous sommes dans une ère pré numérique avec trucages à l'ancienne alternant maquettes, matte painting...) dans ce qui est un splendide hommage à l'expressionnisme allemand voire même au gothique Universal (le final entre Frankenstein et Le Fantôme de l'Opéra).

Si Burton aura réussi à avoir la mainmise sur la tonalité du film et exprimer la nature profonde de son héros, le déroulement du scénario assez bancal (les 45 premières minutes étant exceptionnelles) laisse deviner tous les compromis que dû faire le jeune réalisateur dont c'était le premier gros film notamment la décision étrange de faire pénétrer Vicky Vale dans la batcave.

Jack Nicholson aussi génial d'assurance et de narcissisme (I didn't ask répond-il lorsque sa maîtresse le félicite de son allure impeccable) en gangster Jack Napier exprime une folie à la fois macabre et loufoque en Joker, totalement imprévisible mais vampirisant sans doute un peu le film. Les moments grandioses ne manque cependant pas, la découverte de son nouveau "visage" nous emmène du côté du Cabinet du Docteur Caligari et l'apparition de ce pistolet au canon gigantesque exprime à merveille le bouillonnement de cet esprit dérangé.

Le score trépidant de Danny Elfman (la marche de Batman est au moins aussi mémorable que le thème de John Williams pour Superman) exprimera mieux la dimension héroïque du Dark Knight que la mise en scène de Burton soignant les apparitions de son héros (et de ses gadgets le bat wing se fondant dans le clair de lune ou la batmobile arpentant Gotham c'est le grand frisson) mais peinant encore à le dynamiser dans l'action. Le spectacle s'avérera néanmoins inédit pour l'époque, le public faisant un triomphe au film pour une véritable batmania aux USA cet été là. Et le meilleur restait à venir avec une suite flamboyante.


Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Warner


jeudi 29 avril 2010

Hors d'atteinte - Out of Sight, Steven Soderbergh (1998)


Jack Foley (George Clooney) n'a pas son pareil pour braquer en douceur les banques. Malheureusement pour lui, il est poursuivi par la guigne. Condamné pour la troisième fois, il écope (comme la loi de l'État de Floride le permet) de 30 ans de prison. Une perspective peu reluisante. Alors qu'il a vent d'un projet d'évasions dans les rangs de prisonniers, il en profite pour se faire la malle, avec l'aide de l'un de ses anciens co-détenus Buddy (Ving Rhames). Une marshall Karen Sisco tente de s'interposer. Les deux hommes l'embarquent avec eux, Jack Foley montant dans le coffre avec elle. Coincé dans ce lieu si exigu, ils font connaissance avant de, rapidement, tomber amoureux l'un de l'autre. un jeu du chat et de la souris commence alors entre les deux héros...

Un film charnière pour tout ses principaux participants : Soderbergh y conclut la longue traversée du désert des 90's qui a suivit sa Palme d'or de 1989 (Sexe mensonges et vidéo) en réussissant enfin l'équilibre entre ses velléités expérimentales et un ton plus grand public, Clooney trouve enfin LE rôle et le film qui vont lancer sa carrière ciné depuis son départ d'Urgences et Jennifer Lopez effectue ce qui reste à ce jour sa meilleure prestation. L'intrigue policière est assez simple et efficace mais est rehaussée par une narration alambiquée faisant le va et viens entre passé et présent, dévoilant les enjeux avec une grande habileté. On suit donc Cloney en cavale préparant un coup tandis que les flashback en prison nous informe des tenants et aboutissant de celui-ci. Malgré un humour et une cool attitude constante la violence du milieu criminel est d'ailleurs loin d'être négligée.

Mais ce qui importe cependant à Soderbergh c'est l'histoire d'amour Clooney/Lopez dont le couple fait preuve d'une alchimie parfaite. Clooney en cambrioleur sexy fait preuve d'un charme, d'une présence et d'un charisme idéal tout en montrant bien la vulnérabilité de son personnage dont les repères sont ébranlés par sa rencontre avec Lopez. Cette dernière, tour à tour fragile, sensuelle et flic dure à cuire (il faut voir la scène où elle rembarre un grand black trop entreprenant) est sensationnelle et aurait vraiment dû faire une tout autre carrière après ce film (le marché du r'n'b en a décidé autrement).

Leurs scènes ensemble offre les plus beaux moments du film baigné de sensualité : la séduction dans le coffre de voiture (un long tunnel de dialogues en huis clos incroyablement bien géré où l'on sent l'improvisation), la scène du dîner avec en montage alterné et flash forward puis la scène d'amour qui suit, superbement romantique. Soderbergh par sa belle gestion de la temporalité annonce les futures expérimentations de L'Anglais (1999,) tandis que la photo de Elliot Davis aux couleurs saturées et ensoleillée à Miami et au bleu métallisé quand l'action se déroule à Detroit rappelle évidemment Traffic. La scènes d'amour avec ses arrêts sur images légèrement saccadés semble vouloir figer dans le temps les instants de libertés de cette histoire d'amour condamnée.

Le score de David Holmes est idéalement funky, cool et sexy tandis que parmi le casting de folie on retrouve quelques futurs réguliers des film produits par Soderbergh et Clooney : Don Cheadle en caïd, Ving Rhames en accolyte sympa, Steve Zahn en gros loser, Dennis Farina, Luiz Guzman et même Nancy Allen dans un petit rôle. Un polar classieux, une des meilleurs films des 90's qui se permet le luxe d'être aussi bon que l'autre adaptation plus médiatisée d'Elmore Leonard sortie la même année, le Jackie Brown de Tarantino (et pour la continuité sympa Michael Keaton reprends son rôle dans les deux). Et puis la dernière scène où Samuel L. Jackson fait un caméo mémorable en prince de l'évasion met définitivement le sourire aux lèvres au générique de fin.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal