Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 25 juin 2015

Coup de tête - Jean-Jacques Annaud (1979)

François Perrin est ailier droit dans l'équipe de football de la petite ville de Trincamp. Seulement il a un sale caractère. Le président du club est également le patron de l'usine où il travaille. Apres un coup de gueule, il est renvoyé du terrain et perd son emploi à l'usine. Et pour corser le tout, il est accusé d'un viol qu'il n'a pas commis. Mais l'équipe doit jouer en coupe de France et ne peut absolument pas se passer de Perrin.

La reconnaissance critique s’était conjuguée à des entrées plus que confidentielles pour Jean-Jacques Annaud avec son premier film, La Victoire en chantant (1976). Malgré son échec en salle le film sera récompensé de l’Oscar du meilleur film étranger et ouvrira la porte des studios américains à Jean-Jacques Annaud qui reçoit alors de nombreuses propositions. Le réalisateur ne se sent cependant pas prêt à franchir le pas et décide de réaliser son second film en France, à une échelle modeste. L’idée de Coup de tête lui vient quand il suivra le parcours du club alors régional de l'En Avant de Guingamp en Coupe de France en 1973, décliné en Trincamp au sein du film. Il souhaite signer une satire grinçante inspirée du mauvais esprit des comédies italiennes. Coup de tête se situe un peu à part dans la filmographie d’Annaud, son seul film au sujet et cadre contemporain et sans doute le plus verbeux quand les classiques à venir fonctionneront surtout pas l’image, parfois muet (La Guerre du feu (1981), L’Ours (1988)) ou en tout cas fort silencieux (Le Nom de la Rose (1986) amputé des joutes verbales du livre d’Umberto Eco, L’Amant (1992) et son ivresse des sens).

L’apport de Francis Veber au scénario sera donc décisif, apportant son sens du dialogue incisif et sa drôlerie. L’alliance avec Annaud est ainsi idéalement complémentaire, l’humour plus lunaire et boulevardier de Veber s’ancrant dans une vraie réalité par le perfectionnisme et le réalisme recherché par Annaud. Les deux écumeront ainsi les stades pour s’imprégner de l’atmosphère des vestiaires de football, Annaud engageant l’encore inconnu Guy Roux comme conseiller technique et les joueurs d’Auxerre de l’époque contribuant aux scènes de match.

François Perrin (Patrick Dewaere) est un modeste ouvrier jouant dans l’équipe de football locale de Trincamp. Son univers s’écroule le jour où il a le malheur de blesser Berthier (Patrick Floersheim), le joueur vedette. Il va être mis à la fois au ban de l’équipe et de l’usine, les intérêts sportifs et économiques se confondant en la personne de Sivardière (Jean Bouise) patron du club et de la plus grosse entreprise de la région. Les succès du club sont autant de moyens de détourner ses employés d’une quelconque rébellion en bon opium du peuple. Perrin va ainsi lentement dégringoler les échelons sociaux et surtout être méprisé et repoussé par la population. La situation est poussée à l’absurde sordide lorsque la Berthier commet un viol sur une jeune femme (France Dougnac) mais, les seizièmes de final de la Coupe de France approchant les notables vont s’entendre pour faire accuser à tort Perrin.

Le film constitue un sacré brûlot renvoyant tout le monde dos à dos. La corruption des notables se servant du sport comme opium du peuple, ce dernier symbole de beauferie crasse et retournant sa veste idolâtre pour la star du jour et là aussi le vedettariat et l’adulation rendant les sportifs imbus d’eux-mêmes et tous permis. L’ensemble pourrait être assez sordide mais par la grâce de l’écriture mordante et de l’interprétation truculente, on s’amuse de bout en bout de ce triste constat. 

Le tableau des « affreux » est à la fois odieux et tordant de franchouillardise stupide avec un Jean Bouise grandiose en président cynique (qui sera récompensé d’un César), bien secondé par un casting représentant l’autorité (Gérard Hernandez) et  l’ensemble des notables corrompus avec un Michel Aumont grandiose de veulerie à l’instar de Paul Le Person. Patrick Dewaere éclaire l’ensemble de son énergie, d’une certaine forme d’innocence ancrée dans le réel à travers d’hilarants dérapages qui le rendent attachant (les visites avinées à Marie).

On ressent comme souvent cette profonde vulnérabilité et pureté qui le différencie de ceux qui le persécute, le script lui offrant des occasions de prendre sa revanche avec une brutalité qui lui est étrangère et qu’il n’osera pas adopter. Il se placera au-dessus de la mêlée en retournant le piège contre ses ennemis : retourner cette adulation contre eux et se rendre intouchable. L’ironie de certaines scènes atteint des sommets tel ce moment où la prison refusera le retour au bercail de Perrin pour ne pas attiser la colère des supporters et bien sûr le dîner voyant Perrin dire ses quatre vérités chargées de menaces à chacun. 

L’humiliation est complète lors de la séquence finale où la peur et la culpabilité rendent plus tremblant les oppresseurs que la vengeance de Perrin qui pourra les toiser la tête haute. Brillant, alerte (le football rarement bien servi au cinéma offre des séquences fort convaincantes même si son illustration n’est pas le point central du film) et hilarant. Le film remportera un succès modeste en salle (notamment dû à un Dewaere en guerre contre la télévision et refusant d’y faire de la promotion) mais atteindra le statut de film culte au fil des rediffusions télé et constitue désormais un classique de la comédie française.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Gaumont 

dimanche 22 avril 2012

Un dimanche à la campagne - Bertrand Tavernier (1984)


Eté 1912. Depuis la mort de sa femme, M. Ladmiral, un vieux peintre sans génie, vit seul avec Mercédès, sa domestique. La routine de ses vieux jours est ponctuée par les visites dominicales d'Edouard, son fils, un garçon rangé, épris d'ordre et de bienséance, qu'accompagnent invariablement son épouse, Marie-Thérèse et leurs trois enfants, Emile, Lucien et Mireille. Mais un dimanche, sans crier gare, Irène, sa fille, une jeune femme joviale et anticonformiste, vient bousculer ce paisible rituel...

Bertrand Tavernier réalisait une de ses œuvres les plus réussies et plébiscitées avec Un dimanche à la campagne dont la spontanéité découle également des circonstances de sa production. Ne parvenant pas à monter un projet onéreux de Tavernier avec Nathalie Baye nécessitant un tournage à l'étranger, le producteur Alain Sarde lui demande de s'atteler à une œuvre plus modeste. Tavernier ne semble guère inspiré lors de l'entrevue quand Sarde remarque parmi ses affaires un exemplaire du court roman de Pierre Bost Monsieur Ladmiral va bientôt mourir. Le producteur dépité lui suggère d'adapter le roman, Tavernier lui rétorque qu'il est sans doute trop court pour faire un film mais s'attèlera néanmoins au script. Finalement très inspiré, il en tirera suffisamment de matière pour lancer la production modeste et bien aidée par l'unité de temps et de lieu de l'intrigue.

Le film est placé sous le signe de la nonchalance et de l'habitude. Le vieux peintre M. Ladmiral (Louis Ducreux) accueil comme tant d'autres dimanche son fils et sa famille passer la journée avec lui à la campagne. Le rituel suit son court, les échanges sont amicaux, quelconques et attendus et chacun fait preuve d'une bienveillance infantile envers le vieil homme. Les personnalités ternes du fils Edouard (Michel Aumont) et de son épouse Marie-Thérèse se révèle dans les dialogues où la voix off littéraire à la Truffaut de Tavernier lui-même.

Dans cette atmosphère ronronnante, la langueur du début d'après-midi semble déjà signifier la fin de la journée quand un ouragan débarque. Irène (Sabine Azéma), exubérante et énergique fille cadette de Ladmiral vient bousculer tout cela. Tavernier déploie alors une gamme de sentiments touchants dans cette atmosphère joyeuse et feutrée où la saveur du moment accompagne aussi les interrogations de chacun. Irène éclatante de joie de vivre dissimule sous les rires ce qu'on devine être un dépit amoureux, Ladmiral voit lui sa fille préférée lui échapper de plus en plus tandis qu'Edouard le fils modèle souffre en silence de cette préférence affiché.

Tous les comédiens sont parfaits notamment Sabine Azéma qui rayonne et séduit devant la caméra de Tavernier (qui avait hésité à l'engager à cause d'un rôle plus introverti qui avait précédé chez Resnais) pour un de ses plus beaux rôles, Louis Ducreux apporte quant à lui cette fragilité et ce décalage (sa petit fille coincée dans un arbre il ne se préoccupe que de la préparation du thé) qui sied si bien à Ladmiral à travers ce regard aimant et mélancolique. Pas de conflits ni de grand rebondissements dramatiques, tout passera par des échanges sensibles (le dialogue père/fille au bal où le conformisme du premier est remis en cause par la modernité de la seconde) ou les regards, geste à la dérobées bien plus révélateurs.

Tout cela est capturé avec une recherche esthétique raffinée d'un Tavernier s'inspirant des impressionnistes dans de superbes compositions de plans où la photo de Bruno de Keyzer fait merveille. Cette tonalité éveille autant la nostalgie des souvenirs d'enfance que la mélancolie du temps qui passe dans une belle harmonie. Joli moment qui offrira un de ses grands succès à Tavernier notamment aux Etats-Unis.

Sorti en dvd chez Studio Canal

Extrait

vendredi 11 février 2011

Mort d'un pourri - Georges Lautner (1977)


Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye, Xavier Maréchal rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour récupérer ces documents.

Un thriller politique des plus prenant pour Lautner qui retrouvait ici Delon après l'excellent Les Seins de Glace. Le film adapte un roman de Jean Laborde que Lautner avait déjà transposé avec Le Pacha et on lui doit d'autres petits classiques du polar à la française des 70's comme Adieu Poulet. Le grand atout du film, c'est le scénario particulièrement corrosif de Michel Audiard qui s'inspirant des scandales politiques de l'époque comme L'affaire Boulin dresse un portrait particulièrement virulent et pessimiste des hautes sphères de la politique française.

Le personnage de Delon (ici producteur également) , entré en possession d'un document mouillant toute la classe politique se voit ainsi tour à tour menacé, corrompu et épié par les intéressés mais également abordés par l'opposition qui ne vaut guère mieux, Lautner renvoyant tout ce beau monde dos à dos. Une ambiance lourde et désespéré se dégage tout au long du film renforcé par la photo grisâtre de Henri Decaë (étonnant le fidèle Maurice Fellous n'est pas de la partie) et le score dépressif et jazzy de Philippe Sarde. Tout juste reprochera t on quelques longueurs tout de même, mais le courage de la position et l'interprétation impeccable emporte l'adhésion.

Loin de ses rôles de héros, Delon campe un type normal à la droiture morale inflexible et à l'amitié indéfectible tandis que et le casting offre une joyeuse galerie de trognes pour les méchants avec un Klaus Kinski glaçant (et qui a droit à un mémorable monologue glaçant de cynisme) , Julien Guiomar détestable et menaçant et un beau twist final révélant de manière inattendue le plus corrompu de tous. Seule Ornella Muti n'est pas très convaincante, d'autant plus rageant que l'habituée Mireille Darc en quasi rôle de potiche aurait été bien meilleure dans le rôle. Les fantaisies de ses comédies policières ne sont pas de mise ici et Lautner s'efface derrière son récit avec une réalisation sobre (et pas dénuée de faute de goût comme la mort du méchant dans la gare en arrêt sur image) mais qui réserve quelques bon moment comme le surprenant traquenard que subi Delon sur une route de campagne entouré de deux semi remorque. Très bon donc et fort courageux pour l'époque où il fut entrepris.

Sorti en dvd zone 2 chez Fox Pathé Europa

Extrait avec la glaçante tirade de Klaus Kinski tristement d'actualité encore aujourd'hui.