Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 12 juin 2016

Les Grands Ducs - Patrice Leconte (1996)

Trois vieux comédiens has been et fauchés qui cachetonnent pour survivre. Ils vont reprendre au pied levé trois petits rôles d'une comédie de boulevard, la veille du départ d'une tournée théâtrale.

Patrice Leconte signe un des plus belles odes au métier d'acteur avec ces Grands Ducs aussi hilarant que touchant. Le film s'affirme comme un pendant plus burlesque du superbe Salut l'artiste (1973) d'Yves Robert. Dans les deux films le métier d'acteur y est dépeint sous son jour le moins reluisant, la passion et l'abnégation de ces éternelles petites mains condamné aux rôles de complément et à la figuration n'en semblant que plus belle. Si Yves Robert laissait planer une mélancolie douce sous l'amusement, Patrice Leconte opte pour la franche comédie.

La comédie est le lieu où s'oublie la vieillesse et l'inaptitude à la vie pour le trio has been que forment le séducteur Eddie Carpentier (Jean Rochefort), le lunaire Victor Vialat (Philippe Noiret) et l'imprévisible George Cox (Jean-Pierre Marielle). Les deux premiers sont conscients de ce besoin vital du jeu dans leurs vie et continue de courir le maigre cachet quand George Cox moins en demande prolonge pourtant dans son quotidien les attitudes théâtrales outrées offrant d'hilarants contrepoint (la première apparition où il menace un voisin avec un marteau). Lorsque par chance se profilent trois rôles correspondant à leurs âges dans une comédie de boulevard, Eddie et Victor prennent le risque d'impliquer l'explosif Cox.

Le film force le trait de manière tour à tour tendre et cinglante sur tous les aléas de la tournée théâtrale. La négociation du cachet qui se poursuit au chantage dans la coulisse alors que la représentation est lancée, les affres du trac de la première poussée jusqu'à la crise d'angoisse pour Victor ou encore la star de la troupe (Catherine Jacob) se comportant en diva maniérée en toute occasion. La scène semble être le seul lieu capable non pas de canaliser, mais de laisser se déployer la folie douce de l'acteur par essence plus grand que nature. Ceux qui n'ont pas cet exutoire ont l'âme rongée par des préoccupations plus terre à terre avec le producteur véreux incarné par Michel Blanc, pour qui saborder la pièce est plus rentable que son succès. Patrice Leconte déploie un rythme éreintant à l'image qui offre en accéléré le processus d'engagement, d'apprentissage et d'appropriation d'un texte et d'une scène par une troupe d'acteur.

La première chaotique laisse voir le spectacle dans le détail avant qu'un montage habile laisse voir le brouillon s'affiner au fil des représentations. L'humour tient avec équilibre sur le verbe et les excès visuel grâce au déploiement des trois acteurs. Les attitudes de vieux beaux et la lâcheté silencieuse de Jean Rochefort (si bien exploité dans Courage fuyons (1979) déjà) font merveille, tout comme le mélange de truculence et de douce mélancolie que dégage Philippe Noiret. Les vrais gros fous rires viendront cependant d'un Jean-Pierre Marielle monté sur ressort, tout est matière à des rages inattendues où la voix grave et la gestuelle survoltée de l'acteur tétanisent ses interlocuteurs.

L'amour du métier déteint pourtant toujours chez ce cabot capable de secouer son désinvolte metteur en scène pour une indication de jeu, d'oublier toutes ses revendications lorsqu'il est mis au défis et surtout de se laisser emporter par ses propres improvisation lors de la scène totalement folle du train. Et soudain quand tous se calment, le moment le plus sensible nous cueille magnifique quand nos héros devront rassurer une débutante (Clotilde Coureau) qui doute. Face aux trois monstres, le reste du casting fait ce qu'il peut mais Catherine Jacob et Michel Blanc reste dans le cliché de leur personnage sans amener l'humanité ressentie avec Rochefort, Noiret et Marielle. Patrice Leconte leurs offre cependant les gags les plus physiques du film avec des situations à la Bip Bip et Coyote rondement menées. Le beau final offre une éclatante revanche aux has-been et exprime tout l'amour qu'a Patrice Leconte pour ses personnages dans ce qui reste un de ses meilleurs films.

Sorti en dvd zone 2 français chez Aventi 


samedi 8 février 2014

La Gueule de l'autre - Pierre Tchernia (1979)

Lors de sa campagne électorale, un homme politique prend peur à l'annonce d'un tueur évadé qui en veut à sa personne. Il engage un sosie, acteur raté, qui n'est autre que son cousin.

La Gueule de l'autre est le troisième film de Pierre Tchernia après les cultissime Le Viager (1971) et Les Gaspards (1974). Il perd sur ce nouveau film un partenaire majeur de ses premières réussites à savoir René Goscinny dont la fantaisie et les idées loufoques manquent un peu ici. L'esprit caustique de Tchernia est par contre intact avec cette histoire mettant joyeusement en boite les mœurs et la corruption politique. Michel Serrault (acteur fétiche de Tchernia) tiens ici le double rôle de Martial Perrin, chef politique en vue et engagé dans une élection imminente et celui de son cousin Gilbert Brossard, acteur raté et sosie ayant toujours vécu dans son ombre. Egocentrique, arrogant et détestable dans la peau du politicien aux dents longues, Serrault retrouve tout l'esprit lunaire et la drôlerie du vieillard du Viager lorsqu'il incarne le maladroit Gilbert Brossard et Tchernia reprend d'ailleurs ici ce même thème du naïf faisant la nique aux esprits malavisés qui l'entoure par sa seule innocence.

L'inévitable échange interviendra lorsque Perrin fuyant un tueur lié à un passé louche l'ayant vu s'enrichir à Djibouti envoie son cousin en représentation à sa place pour faire une cible idéale. Le scénario de Jean Poiret évite le piège trop facile de la fable à la Capra où le politicien d'opérette se découvrirait une vocation humaniste (le seul moment allant dans ce sens étant une hilarante séquence de débat télévisé où Broussard ridiculise son adversaire par sa seule connaissance des prix de produits au supermarché) et préfère promener son héros ahuri dans une corruption ambiante savoureuse.

Serrault se délecte à révéler la lâcheté ordinaire de Perrin (se cachant du sniper potentiel derrière ses militants en plein meeting) et le récit est truffé de moment montrant un envers moins lisse et respectable jusque dans le quotidien ordinaire des pontes avec notamment une Andréa Parisy en épouse bourgeoise adepte du SM.

Les quiproquos et interversion sont nombreux et inventifs, quelques gags absolument irrésistible (Broussard mimant un discours préenregistré) et les seconds rôles venus faire une apparition clin d'œil multiples (Dominique Lavanant, Michel Blanc, Roger Carel...) mais il manque tout de même le sens du rythme et le petit grain de folie qui faisait le charme des premiers films et les rendaient intemporels. Là on est plus dans une tradition franchouillarde (les précédents jonglant entre cette facette et un côté plus universels) bien menée (Poiret en plus du scénario est excellent en conseiller plein de ressources) que rehaussée par Pierre Tchernia et Michel Serrault. Sympathique tout de même.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

Extrait

lundi 28 novembre 2011

Uranus - Claude Berri (1990)

L'histoire se déroule dans une petite ville française, bombardée, précisément au moment où la guerre se termine. La guerre, tout le monde l'a vécue mais pas de la même manière. Et les règlements de compte sont toujours d'actualité même si les chasseurs d'hier sont devenus des proies et réciproquement. C'est la valse des contraires dans laquelle le Français moyen y perd son latin : collabos ou résistants, communistes ou pétainistes, profiteurs ou exploités, traîtres ou patriotes, honnêtes ou magouilleurs, marché noir d'avant ou du moment... avec toutes les nuances imaginables...


Uranus est la deuxième incursion de Claude Berri dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Situé au croisement du type de productions qui auront jalonné la carrière du réalisateur – petit film intimiste et grosse production - Uranus n’est en effet pas aussi personnel et poignant que Le Vieil Homme et l’enfant (son beau premier film de 1966) mais moins engoncé dans sa logistique de fresque historique que Lucie Aubrac sorti en 1996. Les années précédentes, plusieurs œuvres s’appliquèrent à écorner l'image d'Epinal d’une France toute résistante telles que M. Klein de Losey (976), Lacombe Lucien (1974) de Louis Malle ou le documentaire Le Chagrin et la pitié de Marcel Ophüls. L’aura héroïque de la Résistance, indispensable pour souder une nation passée par cinq ans d’occupation était alors indispensable et s’était propagée dans des films presque révisionnistes (spécialement lors de l’immédiat après guerre) même si L’Armée des ombres de Jean Pierre Melville était bien plus subtil et intéressant. Uranus a ceci de particulier qu’il s’attaque spécifiquement à la période plus controversée encore de l’épuration, pratiquement pas traitée au cinéma. Aidé de la plume acérée de Marcel Aymé, Claude Berri va s’appliquer à dépeindre ce moment étrange que vivait la France. 


Parmi les écrivains français majeurs de la première moitié du XXe siècle, Marcel Aymé est coutumier des adaptations cinématographiques de ses œuvres. Le Passe-Muraille, La Jument verte, La Traversée de Paris entre autres, constituèrent autant de jolies réussites que de vrais classiques du cinéma français. La Traversée de Paris justement (nouvelle issue du recueil Le Vin de Paris), exprimait la facette ambiguë de l’auteur à travers son héros (joué par Gabin dans la version cinéma) qui profitait des avantages offerts par l’Occupation allemande tout en dénonçant certains comportements révoltants de ses concitoyens. Aymé se faisait presque le reflet de ce personnage, ayant lui-même eu une attitude discutable et déconcertante à cette période. Après avoir tourné en dérision le régime nazi dans ses textes d’avant guerre, durant l’Occupation, il fournit plusieurs de ses écrits (néanmoins dénués de messages politiques) à des journaux collaborationnistes, tout en fréquentant le réalisateur marxiste Louis Daquin et il travailla même un temps sur un projet au sein de la Continentale Films (société de production financée par les allemands durant l’Occupation dont Tavernier narre les aléas dans son excellent Laisser passer).
 Un parcours inclassable qui symbolise parfaitement ce qu'Aymé chercha à traduire dans ses écrits : l’instinct de survie de l’humain prêt à accepter tous les compromis pour ne pas disparaître. Ce qui différenciera les bons des mauvais, c’est le degré de renoncement à ses valeurs, entre la vraie cruauté, le vil profit ou l’indifférence polie. Marcel Aymé ne se place pas au-dessus du lot, loin de là, refusant même la légion d’honneur qui lui est proposée en 1949 du fait de ses antécédents (même si c’est surtout son amitié avec Céline (entre autres) qui lui vaudra d’être légèrement inquiété). Cette lucidité se traduira dans ses œuvres les plus virulentes dont Uranus paru en 1948. Ce roman est le troisième volet d’une trilogie sur la société française, précédé par Travelingue en 1941 sur la période du Front Populaire et Le Chemin des écoliers en 1946 sur l’Occupation. Fustigeant autant les collaborationnistes que les revanchards de l’épuration, Uranus abordait sans fard cette période plus révoltante encore que l’Occupation. Sondant les tréfonds de l’âme humaine comme personne, Aymé devait évidemment avoir quelques problèmes et l’adaptation envisagée dès le succès de La Traversée de Paris ne vit le jour que bien plus tard, quand les rancœurs s’étaient apaisées, sous la houlette de Claude Berri.

Très fidèle au roman, le film de Claude Berri dépeint donc les tensions régnant dans un petit village français au lendemain de la Libération. Suspicion de tous les instants, dénonciations arbitraires baignent le quotidien d’un groupe de personnages formant un microcosme idéal des différents types de personnalités s'étant révélés durant l’Occupation. Les honnêtes gens se sentant coupables de leur apathie quand tout allait mal (Jean Pierre Marielle tout en subtilité), le brave type ayant vaguement traficoté pour arrondir les fins de mois (Gérard Depardieu excellent en bon vivant adepte de la poésie) et les vraies ordures s'étant enrichies au détriment des autres et ayant encore le bras long (surprenant et abject Michel Galabru). Les conflits idéologiques d’alors sont également très bien retranscrits à travers la description des communistes. On y retrouve les acharnés appliquant la doctrine et semant la terreur fort de leur passif de résistants, et également ceux dépassés mais souhaitant réellement changer le pays en prenant le pouvoir. Fabrice Luchini en petit bourgeois étalant sa rhétorique sans nuance ni compassion est brillant, face à lui un Michel Blanc plus mesuré mais tout aussi convaincant.


L’image donnée de cette France encore traumatisée n’est pas bien belle, Berri parvenant par intermittence à disséminer l’ambiguïté des écrits de Marcel Aymé. Ainsi l’ancien collaborateur Maxime Loin (joué par Gérard Desarthe) s’avère mesuré et lucide, ne regrettant pas ses choix et ses erreurs tandis qu’à l’opposé, le communiste incarné par Paul Prévost fait preuve d’une attitude révoltante, calomniant à tout va et abusant de sa légitimité. Les forces de l’ordre aux petits soins des puissants ne valent guère mieux.

En dépit de ses diverses qualités et son audace, l'oeuvre de Berri souffre de la comparaison inévitable avec l’autre grand film tiré de Marcel Aymé sur la période, La Traversée de Paris. Le ton grinçant, drôle et pathétique de ce dernier s’estompe sous la patine trop manichéenne et didactique du scénario écrit par Berri et Arlette Langmann. Là où les dialogues du classique de 1956 claquaient comme des fouets car idéalement insérés aux différentes situations rencontrées, ceux d'Uranus (pourtant très fidèles) lourdement amenés cèdent au monologue démonstratif et sentencieux.

Chose vraiment regrettable au vu des prestations époustouflantes d'un casting de luxe, notamment Philippe Noiret résigné et poignant lorsqu’il explique son détachement des choses de la vie suite aux pertes douloureuses qu’il a subies. Néanmoins l’essentiel est préservé, telle cette conclusion cinglante et ironique où, en voulant épargner une exécution sommaire à un personnage coupable, Marielle provoque bien malgré lui la mort d’un innocent.

Disponible en dvd chez Pathé