Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 3 décembre 2019

The Soong Sisters - Song jia huang chao, Clara Cheung (1997)

On y dépeint la vie de trois sœurs au destin hors du commun, filles de Charles Song, missionnaire méthodiste devenu un riche entrepreneur et l'ami de Sun Yat-sen. La plus âgée, Ai-ling, va épouser l'un des hommes les plus riches de Chine, le banquier Kong Xiangxi. La seconde, Ching-ling, épouse le révolutionnaire Sun Yat-sen, premier président de Chine, et poursuivra son œuvre après sa mort. La plus jeune, May-ling, épousera Tchang Kaï-chek, le généralissime et leader nationaliste.

The Soong Sisters est une fresque historique qui s'attache au destin des soeurs Soong, trois femmes chinoises au destin hors du commun puisqu'elles épousèrent chacune des figures historiques majeures de la Chine du XXe siècle et eurent une importance significatives dans leurs agissements. Le film en 1997, année de la rétrocession de Hong Kong à la Chine et, sans atteindre la censure (ou l'autocensure) qu'impose l'actuel pouvoir chinois sur la production de Hong Kong, le film se montre à la fois critique et déférent sur plusieurs points et altérations historiques. La volonté d'entamer de manière sereine la coexistence avec la Chine explique cela, notamment à travers une partie du tournage qui se fera à Pékin, et 14 minutes qui finiront coupées au montage.

Le film démarre comme un conte de fée à travers une ritournelle connue de la Chine populaire.

Il était une fois trois soeurs, L'une aimait l'argent, la deuxième la Chine, et la troisième le pouvoir.

Ces contours grossiers dessinent le caractère des trois sœurs même s'ils seront plus nuancés durant le film. Une scène l'explicite d'ailleurs fort bien par l'image dès les premiers instants. Imprégnés dès l'enfance par leur père sur les préceptes de la révolution, les soeurs sont contraintes de brûler leurs jouets occidentaux lors d'une grande purge. Chacune agira selon la caractérisation que la comptine fait d'elle, Ching-ling (celle qui aime son pays) jette sa poupée sans hésitation, Ai-ling (celle aimant l'argent) fait mine de d'agir de même mais dissimule un jouet et Mai-ling (celle voulant le pouvoir) obéit la mort dans l'âme. La première partie s'attarde sur la conviction révolutionnaire de leur père Charles Soong (Jiang Wen) rêvant d'une Chine libre et moderne et qui inculque une culture occidentale à ses filles et les envoie étudier aux Etats-Unis. Ching-ling (Maggie Cheung) va devenir la secrétaire puis l'épouse Sun Yat-sen (Winston Chao) révolutionnaire, père de la Chine moderne et futur premier président du pays.

Le scénario endosse une veine romanesque pour poser son discours, l'amour mêlant à l'amour de la nation dans le choix amoureux de Ching-ling qui défie alors son père (retrouvant des réflexes patriarcaux loin de ses idées modernes) qui s'oppose à cette union. La réalisatrice Clara Cheung magnifie totalement Maggie Cheung, basculant de cette esthétique de conte initiale (la scène où elle fuit le domicile familiale dans une lumière bleutée et féérique) à la figure iconique à travers quelques péripéties grandioses (comme lorsque Ching-ling traversera les lignes ennemies pour retrouver à bout de forces son époux, ou quand elle testera le premier avion de fabrication chinoise). Son identité de femme s'estompe donc progressivement pour devenir d'abord la fidèle compagne du grand homme, puis la gardienne de son héritage politique après sa mort prématurée.

Le romanesque s'entremêle à nouveau à la grande Histoire pour May-ling (Vivian Wu) va épouser Tchang Kaï-chek (Wu Hsing-kuo), militaire chef de file des nationalistes du Kuomintang qui deviendra président après Sun Yat-sen. C'est une figure impulsive et autoritaire que May-ling épouse par pure ambition, sur les conseils de sa soeurs aînée Ai-ling (Michelle Yeoh) qui y anticipe l'influence et le profit financier à en tirer, elle qui s'est mariée à un riche homme d'affaire. Tout en se montrant très didactique sur les soubresauts de les l'histoire de la Chine à cette période, le film ne nous égare jamais en revenant constamment à sa dimension familiale. La guerre civile entre communiste et nationaliste est ainsi également un déchirement intime entre Ching-ling voyant bafoué l'héritage de Sun Yat-sen et May-ling dont l'époux écrase l'opposition.

La caractérisation négative de Tchang Kaï-chek opposée aux figures communistes plus nobles et anonyme semble être un raccourci et une concession mais la veine intimiste parvient à surmonter ces écueils. Clara Cheung croise à merveille les moments d'agitations sociaux-politiques qui se joue à la fois dans la rue, l'alcôve des bureaux politiques et donc dans le cadre familial sorti de sa neutralité. Le récit retombe sur ses pattes dans l'unité qui se fera au sein de la nation face à l'envahisseur japonais qui profite de ces tumultes internes.

L'interprétation est grandiose, notamment une Maggie Cheung qui endosse pleinement l'aura et l'autorité de son personnage tout en maintenant une vraie vulnérabilité. Michelle Yeoh parait faussement plus effacée mais fait figure d'éminence grise ambitieuse à l'image des intérêts financier de son personnage, et Viviane Wu impressionne en gagnant en une scène magistrale ses galons d’héroïne nationale. Le scénario avec le choix de ces trois stars appuie ses élans féministes puisque dans la réalité les soeurs Soong avaient des frères qui eurent un rôle majeur aussi dans les évènements mais qui sont totalement absent du film (tout comme d'autres figures historiques comme Mao Zedong).

Le budget pharaonique est bien visible à l'écran à travers une reconstitution soignée, des scènes de batailles spectaculaires et surtout la ferveur de ses séquences nationalistes. L'atterrissage d'un avion offre donc un moment épique qui associe l'union nationale, l'unité familiale et le pouvoir de l'argent (les possesseurs de voiture ayant été grassement payés par Ai-ling pour éclairer une piste de fortune et faire atterrir l'avion où se trouve sa sœur). Belle épopée donc malgré quelques raccourcis (qui seraient sans doute lus grossier aujourd'hui avec la plus grande mainmise chinoise ou en tout cas l'autocensure dans la production hongkongaise) portée par trois magnifiques actrices.

Disponible en dvd hongkongais 

samedi 2 août 2014

Le Sens du Devoir 2 - Yes, Madam / In The Line Of Duty 2, Corey Yuen (1985)


Un espion britannique est abattu afin de récupérer un microfilm. Suite à un imbroglio avec une bande d'escrocs du dimanche, ce dernier est perdu. Des tueurs vont alors tout faire pour le retrouver, en affrontant le tandem policier de choc que sont Cynthia Rothrock et Michelle Yeoh.

Yes, Madam est le deuxième volet de la saga d’action Le Sens du Devoir après un Royal Warriors (1986) bien qu’il soit chronologiquement tourné avant. La distribution internationale ayant décidé d’en faire une série à partir du troisième épisode les deux premiers films furent donc associés à un ensemble, chose facilité par les particularités de la production hongkongaise où les stars jouent des personnages portant leur propre prénom. Du coup Michelle Yeoh jouant un flic dans les deux films, facile d’en faire artificiellement une suite d’autant que le cocktail de fusillades et d’action extravagante est tout autant respecté dans Le Sens du Devoir 2.

Cette fois l’intrigue est un chassé-croisé entre Michelle Yeoh et un trio d’escroc à la petite semaine, ces derniers ayant dérobé par inadvertance un microfilm appartenant à un parrain de la mafia. Si Royal Warriors était très succinctement parsemé de moment de comédie et s’avérait avant tout un polar hard-boiled très sombre, Yes Madam donne dans un mélange des genres assez anarchique et typique de la série B hongkongaise. Toutes les scènes mettant en scène le trio de voleur maladroit (dont le plus roublard des trois est joué de façon assez déjanté par Tsui Hark en roue libre) donnent donc dans la comédie cantonaise la plus grasse ce qui pourra faire fuir les plus allergiques au genre. Les trois personnages sont cependant très attachants et c’est dans ces moments farfelus qu’ils se construisent même si la lourdeur de l’humour peut franchement lasser et que leur omniprésence met un peu trop Michelle Yeoh de côté.

 Le quota d’action s’avère cependant si nerveux et virtuose que l’on pardonne un peu ces errements comiques. Parallèlement aux facéties de nos trois pieds nickelés, Michelle Yeoh mène donc l’enquête associée à un flic de Scotland Yard joué par Cynthia Rothrock. Celle-ci est une championne d’arts martiaux multi récompensée dans de nombreuses disciplines et qui vint faire carrière dans les années 80 dans la production de Hong Kong et qui trouve son premier rôle dan Yes, Madam. Elle forme un duo de choc avec Michelle Yeoh, les deux rivalisant d’attitude bad ass exacerbée. 

Michelle Yeoh fait sensation lors d’une scène d’ouverture où elle déjoue un gang de braqueur dans un festival de tôle froissée et de coup de feu, multipliant les poses héroïque dont un final qui rejoue même la mythique scène de monologue du Magnum 357 de Dirty Harry (avec une issue plus sanglante). Elle est pourtant la plus flegmatique et réfléchie des deux quand Cynthia Rothrock incarne un véritable bulldozer qui tire/cogne avant de discuter, à l’image d’une mémorable première apparition où un malfrat  inconscient tente de la prendre en otage et s’en voit sévèrement puni. On pense aussi à une scène d’interrogatoire des plus musclée.

Royal Warriors était un vrai bon film rondement mené et prenant quand ici malheureusement on est vraiment dans la grosse série B ou l’on attend impatiemment la prochaine scène de castagne sans trop s’intéresser à l’histoire (plus à cause du ton que de la trame qui se tient assez bien). L’amateur d’adrénaline sera néanmoins plus que récompensé avec un morceau de bravoure final dantesque où Michelle Yeoh et Cynthia Rothrock investissent la demeure du méchant pour un combat à deux contre cinquante truffées de cascade périlleuse et de coups qui font mal, le chorégraphe réalisateur Corey Yuen s’y entendant pour mettre en valeur les capacités dévastatrices de ses héroïnes. 

Un épisode moins essentiel  donc sorti de la baston agrémenté en plus une conclusion étonnamment sombre comparé au reste et preuve du manque de continuité de l’ensemble. Michelle Yeoh bientôt mariée délaissera momentanément les plateaux et laissera sa place sur la série à Cynthia Khan dans le troisième volet.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

jeudi 31 juillet 2014

Le Sens du Devoir - Royal Warriors ou Wong ga jin si, David Chung (1986)

De retour de vacances, l'inspecteur Michelle Yip parvient à empêcher un détournement d'avion par deux criminels Hong-kongais. Elle est aidée par un ancien policier japonais et un agent de sécurité. Arrivés à Hong-Kong, les trois héros sont fêtés comme il se doit, mais deux amis des terroristes décédés veulent les venger coûte que coûte.

Avec son mémorable Police Story (1985), Jackie Chan avait réussi un détonant mélange entre polar d’action survolté, arts martiaux et comédie. Le film modernisait le film de kung fu en l’inscrivant dans un genre et environnement urbain contemporain et créait une sorte d’alternative au polar héroïque tel qu’allait le définir Le Syndicat du Crime (1986) de John Woo. Jackie Chan n’allait réellement y revenir qu’avec Police Story 2 (1988) et surtout dans les années 90 (l’excellent Crime Story (1993), Police Story 3 et 4 (1992, 1996)) mais la vague était lancée et ne demandait qu’à adopter une nouvelle star. Ce serait la belle Michelle Yeoh qui s’affirmerait comme l’égal féminin casse-cou de Jackie Chan. Michelle Yeoh n’a à l’origine aucune compétence martiale mais une formation de danse classique stoppée par une blessure au dos. Sa beauté lui vaudra de nombreux prix dont celui de Miss Malaisie qui l’orientera vers une carrière cinéma. 

Repérée par le producteur Dickson Poon (qui deviendra son époux) à Hong Kong, cette sportive accomplie se passionne pour le milieu des cascadeurs de Hong Kong et va suivre une formation acharnée dans les meilleures écoles de kung fu de la péninsule. Clairement pas décidée à jouer les potiches et les demoiselles en détresse, elle décroche son premier rôle dans Le Flic de Hong Kong 2 (1985) où elle côtoie les autres « lucky star » Jackie Chan, Yuen Biao et Sammo Hung (également réalisateur) qui l’adoubent. Elle est donc prête à voler de ses propres ailes avec Royal Warriors (renommé In Line of Duty à l’international) où elle partage néanmoins la vedette avec le japonais Hiroyuki Sanada et Michael Wong, autre star montante de Hong Kong.

Le scénario est aussi simple qu’efficace. L’inspecteur Michelle Yip (Michelle Yeoh) de retour de vacances au Japon empêche un détournement d’avion destiné à faire évader un criminel extradé, aidé d’un policier japonais (Hiroyuki Sanada) et d’un agent de sécurité (Michael Wong). Célébré, pour leur exploit, les trois héros déchantent vite quand les anciens frères d’armes du criminel décident de le venger et bientôt les morts s’accumulent autour d’eux. On est loin du simple décalque de Police Story, la « charte » familiale de Jackie Chan étant balayée dès l’ouverture en avion avec son festival de balles perdues, de débordements sanglants et de victimes collatérales parmi les figurants. 

On est devant un vrai polar hard-boiled brutal où les incursions d’humour sont constamment désamorcées par un évènement tragique, le plus marquant étant la famille d’Hiroyuki Sanada victime d’un attentat. Les trois personnages sont caractérisés avec justesse (la mélancolie d’Hiroyuki Sanada tournant à la folie vengeresse, les fanfaronnades de Michael Wong et l’empathie, la fougue et la compréhension de Michelle Yeoh) et leur évolution intéressante, mais l’on a réellement d’yeux que pour Michelle Yeoh qui gagne là ses galons de star. 

L’actrice a retenu la leçon de Jackie Chan et tout comme lui évite de la jouer Bruce Lee au féminin, un être invincible et distant suscitant peu d’empathie pour au contraire accentuer a facette de hargne et de dépassement. Elle n’est ni l’égal ni au-dessus des adversaires masculins qu’elle affronte et (toujours à la manière de Jackie Chan) prends son lot de coups lors des joutes martiales mais sa rage la rende finalement bien plus redoutable que ses acolytes. 

L’actrice donne de sa personne et fait admirer ses capacités physiques dans des morceaux de bravoures virtuoses comme l’ouverture en avion, la course poursuite où elle affronte un adversaire conduisant un bulldozer. L’incroyable carnage dans la séquence du nightclub montre bien la fusion qu’opère le film entre kung fu pian et polar avec un établissement littéralement rasé, autant par les coups que par la pluie de balles tirées.

Cette simple histoire de vengeance aurait pu être très répétitive mais le script à l’intelligence de varier les compétences des adversaires. Tout d’abord, ceux-ci ne sont que trois donc les traditionnels combats à un contre dix façon chair à canon sont évacué pour un nombre d’ennemis plus restreint mais vraiment redoutable. L’ouverture en avion sert à présenter leur nature impitoyable, l’attentat et la scène du nightclub leur compétences meurtrières, les deux scènes mettant justement en valeur les aptitudes martiales de Michelle Yeoh (Hiroyuki Sanada étant très impressionnant aussi). Le ton change radicalement avec le dernier acolyte joué par Yin Bai, pas un combattant de premier ordre mais d’une intelligence et d’un sadisme qui vont vraiment mettre à mal nos héros. 

Le ton se fait d’un coup réellement sombre et désespéré et Michelle Yeoh peut se délester définitivement de la réserve de son personnage pour devenir un ange de la vengeance tout de noir vêtu dans la dernière scène. Pyrotechnie (l’explosion de décor finale), prise de risque bluffante (l’affrontement à la tronçonneuse) et coups qui font mal constituent l’excellent morceau de bravoure final où Michelle Yeoh s’avère plus iconique que jamais. Une belle réussite marquée par son époque (les tenues et brushing 80’s, la bande son assez ringarde mais l’amateur de cinéma de Hong Kong est habitué) mais diablement efficace. La carrière de Michelle Yeoh était lancée et elle remettrait bientôt le couvert dans la suite  Le Sens du devoir 2/ Yes Madam dans une série qui compterait sept épisodes.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan et la saga entière est également disponible en coffret



mercredi 21 mai 2014

Sunshine - Danny Boyle (2007)


En cette année 2057, le soleil se meurt, entraînant dans son déclin l'extinction de l'espèce humaine. Le vaisseau spatial ICARUS II avec à son bord un équipage de 7 hommes et femmes dirigé par le Capitaine Kaneda est le dernier espoir de l'humanité. Leur mission : faire exploser un engin nucléaire à la surface du soleil pour relancer l'activité solaire. Mais à l'approche du soleil, privés de tout contact radio avec la Terre, les astronautes perçoivent un signal de détresse en provenance d'ICARUS I, disparu sept ans auparavant.

Certains des meilleurs films de Danny Boyle traitent souvent d'un groupe de personnages en quête d'un ailleurs idéalisé qui donnera un tour plus attractif et vrais à leurs vies. Cet ailleurs peut prendre les atours les plus triviaux avec l'appât du gain de Petits meurtres entre amis (1994), les paradis artificiels de Trainspotting (1996) ou l'idéal hippie de façade dans La Plage (2000). Dans les premiers films du réalisateur, les héros sont presque toujours condamnés à se perdre (hormis la comédie romantique Une vie moins ordinaire (1997) tandis que dans les années 2000 le voyage spirituel se fera de plus en plus positif et lumineux : l'espoir surgit au final du monde apocalyptique de 28 Jours plus tard (2002), l'argent est au service des autres dans le bancal Millions (2004) et on a un vrai conte moderne avec Slumdog Millionaire (2008). Sunshine entremêle toutes ces facettes à travers l'excellent scénario d'Alex Garland.

Dans chacun des précédents films les héros se brûlaient les ailes en approchant leur rêve et Sunshine prend littéralement le principe au pied de la lettre. Dans un futur proche où le soleil se meurt et menace l'humanité d'extinction, une mission spatiale de la dernière chance est envoyée afin d'y déposer une bombe nucléaire dont la déflagration réanimera l'astre. Quelques années plus tôt une première mission avait disparu mystérieusement. On retrouve le brio du Ridley Scott de Alien (1979) dans la façon qu'a Boyle de caractériser de façon limpide l'ensemble de l'équipage cosmopolite à travers leurs fonctions à bord. Le réfléchi et introverti Capa (Cillian Murphy) en charge de la bombe, le taiseux et charismatique capitaine Kaneda (Hiroyuki Sanada), la plus sensible Corazon s'occupant de la serre à oxygène ou le plus valeureux et fougueux Mace (excellent Chris Evans).

La découverte inattendue d'Icarus 1 vaisseau de la première mission puis différentes défaillances techniques vont mettre à mal la mission et exacerber les tensions au sein de l'équipage. La première scène du film voit le personnage de Searle (Cliff Curtis) affronter, fasciné et jusqu'à l'aveuglement l'éclat de ce soleil si proche. L'astre se présentera tout au long du récit comme un symbole de vie et de mort, dans les deux cas un objet de fascination dont on ne peut détourner le regard.

En se noyant dans sa lumière immaculée les protagonistes s'y confrontent à leurs espoirs et peurs, notamment le cauchemar réccurent de chacun se voyant tomber à sa surface. Capable de calciner cruellement et dans une vraie poésie certains personnages, le soleil peut également les maintenir en vie tout en consumant leur âme, en altérant leur raison. Tous les héros se retrouveront ainsi dépassé par la situation et leurs émotions dans une réflexion pas si éloignée du Narcisse Noir (1947) de Powell/Pressburger (qui pour info est le grand père du producteur historique de Boyle, Andrew Macdonald) où face à la beauté ultime, on ne peut que fuir ou perdre la raison (Powell et Pressburger étant une influence assumée de Boyle notamment Une Vie moins ordinaire qui doit tout à Une question de vie ou de mort (1946).

Boyle y ajoute une dimension religieuse ou la mission s'avère être une sorte de défi à Dieu ayant décidé de la fin de l'humanité, plongeant l'équipage dans la confusion à l'image d'une tour de Babel. Se rapprocher aussi près du soleil c'est une manière de tutoyer le créateur et évidemment la facette mythologique est omniprésente aussi avec le nom du vaisseau, Icarus.

Boyle allie rigueur et spectaculaire, chaos et contemplatif dans un tout cohérent qui captive par sa sobriété dans la première partie et envoute dans la seconde un mysticisme de plus en plus marqué. Les effets spéciaux sont superbes et le design du vaisseau très réussi, Boyle là aussi en plein dans l'école SF 70's donnant un tour fonctionnel et jamais clinquant aux outils en place. La musique planante d'Underworld et John Murphy ajoute à ce côté fascinant où le réalisateur tisse certaines images somptueuses comme la disparition de Kaneda (tandis que Searle le supplie de lui raconter ce qu'il voit en ces derniers instants).

La dernière partie est un peu plus bancale avec l'instauration d'une menace inattendue amenant une mise en scène plus frénétique et gorgée de tics agaçant (et évoque des influences moins nobles comme le Event Horizon (1997), de Paul W. Anderson) même si sur le fond cela est parfaitement logique aux thématiques progressivement mises en place. La montée en puissance conserve cependant toute son émotion (même si là aussi on cède à quelques incohérences alors que tout ce tenait plutôt bien jusque-là, le physicien anglais Brian Cox apportant conseils et précisions sur les aspects scientifiques du film durant le tournage), avec des dernières images où les rayons du soleil se font à la fois destructeurs dans une ultime orgie de flamme mais aussi rédempteur avec cette somptueuse aube terrestre, celle d'un nouveau départ pour l'humanité. On n'est pas passé loin du vrai classique SF mais en tout cas Sunshine est une des plus belles réussites du genre dans les années 2000.


Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

mercredi 25 avril 2012

True Legend - Su Qi-Er, Yuen Woo Ping (2010)



Général réputé de la dynastie Qing, Su Chan met fin à sa carrière militaire pour réaliser son rêve : fonder une famille et sa propre école d'arts martiaux. Mais sa paisible existence est réduite à néant quand Yuan Lie, son frère adoptif qui cherche depuis toujours à venger son père naturel, exécute le père de Su Chan provoquant ce dernier en duel. Grâce à sa maîtrise des cinq venins mortels et à une armure le rendant quasiment invulnérable, Yuan Lie triomphe de Su Chan et enlève son fils Feng.

Lieu d’ébullition créative à l’influence énorme pour le cinéma mondial dans les années 80/90, la péninsule de Hong Kong s’est vue quelque peu éclipsée par la Corée du Sud durant les années 2000. Sans retrouver les hauteurs de son âge d’or, la production locale n’a pourtant pas démérité notamment grâce aux polars d’un Johnny To ou d’un Derek Yee, même si on peut déplorer que les boursouflées et moribondes coproductions avec la Chine signées Zhang Yimou (les mauvais Hero, Secret des Poignards volants et La Cité interdite) aient eu la primeur d’une sortie en salle. Ces dernières années, ce cinéma retrouve un vrai souffle qualitatif et il semble bien que cela soit dû au regain de forme de ses grands anciens. John Woo nous a offert une époustouflante œuvre guerrière et épique avec Les Trois Royaumes et Tsui Hark a démontré une inventivité et une fougue intactes récemment dans l’excellent Detective Dee.

Dans une moindre mesure, on peut donc largement intégrer Yuen Woo Ping dans le lot avec ce True Legend. Yuen Woo Ping est surtout connu en occident pour ses contributions en tant que chorégraphe et fut fort sollicité au début des années 2000. Les frères Watchowski firent appel à lui pour le premier Matrix (et ses suites) et le succès et l’influence du film (ainsi que de Tigre et Dragons) sur le cinéma hollywoodien d’alors en firent une figure incontournable du cinéma d’action puisqu’on lui doit également les affrontements des Kill Bill de Tarantino ou Danny the Dog.

Loin de n’être qu’un chorégraphe l’homme est aussi réalisateur et c’est d’ailleurs dans ses travaux hongkongais qu’il faut chercher ses plus grandes réussites. On lui doit les combats virtuoses des Il était une fois en Chine de Tsui Hark et lorsqu’il est derrière la caméra, le spectacle relève de la folie pure. Entre humour débile assumé (il aida à lancer Jackie Chan avec Le Chinois se déchaîne), manichéisme primaire et chorégraphies délirantes éloignées de toute réalité, la plutôt mince carrière de réalisateur de Yuen Woo Ping propose son lot d’ovnis comme Tai chi Master ou Miracle Fighter.

C’est un peu de tous ces éléments qui imprègnent ce True Legend, à la limite du pastiche et qui nous replonge au début des années 80. On retrouve deux héros s’affrontant sur fond de rivalités martiales, fraternelles mais aussi amoureuses (le méchant Yuan semblant avoir une attirance quelque peu incestueuse pour sa sœur) dans un récit alignant les archétypes du genre. Trahisons, vengeance et revanche sur fond d’entraînement douloureux rythment donc le film sur un scénario prévisible mais à la naïveté et premier degré agréables.

Yuen Woo Ping évite la routine grâce à son inventivité coutumière lors des séquences de combats. Le méchant dope ainsi ses aptitudes par un usage surprenant de magie noire et notre héros brisé s’entraîne avec un maître qu’on soupçonne d’être issu de son imagination pour un usage inattendu de la schizophrénie dans un film martial. Malgré l’usage un peu abusif du numérique, le savoir-faire de Yuen Woo Ping n’est plus à démontrer et l’ensemble est assez jubilatoire notamment lors de l’utilisation de la légendaire boxe de l’homme ivre.

Seul souci, une dernière demi-heure qui s’ajoute lourdement à l’ensemble alors que la trame principale était pourtant achevée. Là le héros et son jeune fils défient en Russie des combattants européens cruels et méprisants (menés par un David Carradine venu cachetonner peu avant sa mort) de la boxe chinoise. Un élan xénophobe bien appuyé et assez étrange, clin d'oeil aux productions nationalistes où les ennemis européens sont souvent montrés comme brutaux et stupides.

L’outrance et le second degré sous-jacent désamorcent ainsi le fond douteux car il est plus question ici d'un hommage à une certaine époque du cinéma de Hong Kong (ce que les nombreux caméos tendent à prouver, on croise ainsi brièvement Jay Chou, Gordon Liu ou Michelle Yeoh. Le héros est lui joué par Chiu Man Cheuk, légendaire héros de The Blade et Green Snake). Malgré cette dernière partie dont on serait passé, True Legend offre un agréable spectacle, qui réveillera quelques souvenirs donc.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal