Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 5 mai 2013

Catch 22 - Mike Nichols (1970)


Le Capitaine Yossarian, un bombardier B-25 de l'armée aérienne des États-Unis, se trouve sur l'île de Pianosa pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec d'autres membres de son escadron, Yossarian s'engage dans de dangereuses missions de vol, et après avoir vu ses compagnons mourir, il cherche un moyen d'en réchapper.

Adapté du cultissime roman éponyme de Joseph Heller, Catch 22 s'inscrivait avec le MASH de Robert Altman sorti la même année dans la vague des films de guerre antimilitariste usant de leur contexte historique (Guerre de Corée chez Altman et Deuxième Guerre Mondiale pour Nichols) pour dénoncer indirectement la Guerre du Vietnam. Les deux films n'auront pas exactement le même succès, l'outsider MASH (budget dérisoire, casting encore inconnu et tourné hors des regards des exécutifs de la Fox focalisé sur Patton produit simultanément) l'emportant aisément sur la superproduction qu'est Catch 22 portée par le prestige d'un Mike Nichols qui sortait des succès de Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966) et Le Lauréat (1967).

Les raisons sont assez évidentes. MASH faisait fonctionner sa satire par un humour potache dans une célébration du collectif où ce groupe de médecin se réfugiant de l'horreur par la blague offrait un reflet des communautés hippies pacifistes alors en vogue. Catch 22 est bien moins facile d'accès et à l'inverse prône le libre arbitre et la force de l'individu à travers l'odyssée cauchemardesque de son héros Yossarian (Alan Arkin).

Yossarian est un bombardier que la multiplicité et dangerosité des missions a placé dans une grande situation d'angoisse et d'anxiété. Pour échapper à son prochain vol périlleux, Yossarian a décidé de se faire passer pour fou et inapte mais va se trouver face à un obstacle de taille : le catch 22. C'est un article militaire contrant ce type de demande puisque signifiant que si l'un pilote se déclare fou pour ne pas voler, c'est qu'il est conscient de sa folie et donc ne peut être fou.

Le film inscrira l'expression dans le langage courant anglo-saxon pour expliquer une situation où l'on est perdant quel que soit la voie empruntée. On comprendra mieux le rejet de la demande à travers la description de la base militaire. Dans MASH, la folie douce et l'excentricité sont des protections face à l'apocalypse ambiante, dans Catch 22 au contraire c'est un virus contagieux gagnant l'ensemble de soldats au bout du rouleau nerveusement.

Nichols montre graduellement cette folie environnante qui passe d'une ambiance splapstick cartoonesque et décalée au véritable cauchemar surréaliste. On aura ainsi les visions de la corruption des officiers entre veulerie (Jon Voight génial en magouilleur s'enrichissant avec les surplus de l'armée), ambition mal placée (le duo Martin Balsam/ Buck Henry prêt à toute les bassesses pour assurer la visibilité de leur unité) et incompétence pure et simple (le Major nommé à ce grade car son nom de famille est... Major !).

Les répercussions sur les pilotes sont bien sûr spectaculaires, les pathologies et névroses les plus variées s'illustrant dans des séquences délirantes : dialogues nonsensiques, gags Tex Avery (le malheureux finissant découpé par une pale d'avion, les soldats langues pendues face à l'assistante sexy du général) où lorgnant sur Tati (toujours bien surveiller ce qui se déroule en arrière-plan) et personnages grotesques porté par un casting d'exception. Orson Welles fait un caméo mémorable en général vulgaire, Art Garfunkel trouve son premier rôle cinéma (et retrouvera Nichols l'année suivante dans Ce plaisir qu'on dit charnel) en doux rêveur amoureux d'une prostituée italienne, Anthony Perkins déphasé et naïf comme souvent et même un touchant Marcel Dalio en vieillard clairvoyant.

Alan Arkin constamment au bord de la crise nerveuse semble bien normal pareillement entouré et malgré tous ses efforts dont une remise de médaille nu comme un ver. Nichols illustre par l'absurde le plus total la rigidité militaire qui est finalement la porte ouverte à toutes les dérives tant que le protocole est respecté. Après nous en avoir fait rire, le réalisateur pousse la chose dans une noirceur et un pur cauchemar halluciné durant la dernière demi-heure.

La narration et construction même du film va dans ce sens avec l'intrigue se déroulant comme un long trip dans les souvenirs de Yossarian truffé de virages inattendus et de répétitions étranges. L'excentricité devient réellement menaçante, la bizarrerie vire à la violence et la satire bascule dans l'horreur kafkaïenne (le business de Voight transformé en capitalisme tentaculaire omniscient). On ne peut exister dans ce système sans en jouer le jeu ou sombrer soi-même dans la folie et la seule solution est la fuite comme nous le montre l'échappée finale de Yossarian. En homme libre. Grand film !

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

dimanche 2 octobre 2011

Ce plaisir qu'on dit charnel - Carnal Knowledge, Mike Nichols (1971)


L'itinéraire sentimental, psychologique et sexuel de deux hommes : de l'adolescence à l'âge mûr, Jonathan et Sandy face à la femme, aux femmes, à la féminité.

Mike Nichols résume brillamment le propos de son film quasiment dès la scène d'ouverture. Tandis que défile le générique sur fond noir, on suit en voix off le dialogue trivial des deux héros sur la gent féminine et de leur définition de la femme idéale. Leurs attentes sont immenses et contradictoires à la fois puisque pour eux la femme doit être sensuelle sans être vulgaire, bien faite mais pas trop, entreprenante au lit mais vierge au départ...

Une mentalité quelque peu rétrograde qui s'explique par le jeune âge des héros Sandy (Art Garfunkel lancé au cinéma par Nichols dans Catch 22) et Jonathan (Jack Nicholson) et du contexte des années 50 où la figure masculine toute puissante peut pour la dernière fois imposer ses désidératas aux femmes. Le film de Nichols se fait donc l'illustration de leur parcours et de leurs désillusions, des années 50 aux années 70 dans un monde changeant tandis qu'eux reste coincés dans leurs certitudes.

Les trois parties du film répètent un même schéma où les mutations de la société accentuent un peu plus à chaque transition le fossé entre les attentes de nos héros et leurs univers. Le début dans les années 50 voit donc se former un triangle amoureux secret entre notre duo encore étudiant et la jolie Susan (Candice Bergen). Le timide Sandy s'avère faussement innocent et romantique, influençable et superficiel (la manière dont il suit toute les affirmations de Susan lors de leur première conversation) dans sa relation avec Susan où il suit toutes les directives machistes de son ami Jonathan. A l'inverse ce dernier sous ses airs de séducteurs insensible va s'avérer le plus sincère des deux mais ira au-devant d'une terrible déconvenue. Candice Bergen, fausse oie blanche mène finalement les deux hommes par le bout du nez...

La deuxième partie à l'âge adulte s'avère plus virulente encore. Sandy désormais marié s'avère toujours aussi creux et débite des banalités sur son équilibre en couple avant d'exprimer bientôt son insatisfaction et se réfugier dans une autre relation castratrice. C'est cependant le couple autodestructeurs entre Jack Nicholson et la belle Ann-Margret qui passionne, les scènes amoureuses torrides illustrant la libération sexuelle des 60's où tout réel rapprochement sentimental semble impossible. Ann-Margret est très touchante, partagée entre la candeur d'antan et une sensualité assumée moderne mais qui va se trouver brisée par un Jack Nicholson odieux et incapable de s'engager.

L'épilogue désabusé montre les héros à l'âge mûr définitivement engoncés dans leur caricature. Rendu encore plus cynique et désabusé avec l'âge (avec une mémorable séquence de diapos où il commente toute ses conquêtes) Nicholson s'assure définitivement d'éviter tout engagement en ayant des relations tarifée tandis que Garfunkel va désormais chercher artificiellement la flamme auprès de très jeunes femmes... Mike Nichols montre une nouvelle fois après Le Lauréat et Catch 22 dans un registre différent un regard acéré sur ses contemporains. Les nouvelles idéologies libérées comme les tempéraments les plus archaïques en prennent ici pour leur grade dans une œuvre intelligente, inventive et élégamment filmée. Un Nichols plutôt sous-estimé semble-t-il.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

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