Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 11 juillet 2012

Fleur d'oseille - Georges Lautner (1967)


Tandis que Pierrot-La-Veine, après un fructueux hold-up, se faisait abattre par la police, sa «femme», Catherine, mettait au monde un superbe garçon. Dans la maison de repos où elle apprend, sans enthousiasme, son métier de mère, la jolie veuve reçoit bientôt des visites empressées : le commissaire, d'abord, qui tente de savoir d'elle où Pierrot a 'planqué' les dollars volés puis celle des bandes rivales... Catherine est muette ; elle ne sait rien...

Pas le brillant ni le plus connu des films de la collaboration Mireille Darc/Georges Lautner, Fleur d’Oseille n’en demeure pas moins un spectacle réjouissant. Adapté du roman Langes Radieux de Jean Amila, le script déroule sur un mode mineur les caractéristiques de l’auteur qui aimait mêler à ses efficaces récits policier certaines de ses pensées politiques et sociales (notamment antimilitaristes et anarchiste). Ce double niveau se manifeste ici immédiatement dans la tonalité sombre du début du film, entre la traque d'ouverture où un gangster se fait tuer dans une gare et en parallèle l'accouchement de Mireille Darc.

Elle va se trouver rapidement esseulée et menacée par la police et une horde de gangster car veuve de l’auteur d’un hold-up dont le butin n’a jamais été retrouvé. Le film fait preuve d'un certain réalisme social en nous montrant ces foyers pour fille mère sordide (René Saint Cyr maman de Lautner jouant la directrice) où Mireille Darc promène une allure résignée.

Comme souvent avec Lautner, une étonnante rupture se fait à mi-parcours, le polar urbain et très sérieux annoncé bifurquant lorsque la traque du magot amène le récit à la campagne. Le ton se fait plus léger et tranquille avec une Mireille Darc rayonnante découvrant les joies de la maternité au grand air tout en cherchant l'argent, tandis que le personnage de Paul Prebost amène son lot de gags outrancier, dont une première apparition gratinée.

Mireille Darc dans un de ses rôles les mieux écrit chez Lautner est épatante en femme perdue entre son attrait pour la grande vie et son nouveau rôle de mère. C’est en résolvant ce dilemme et assumant ses responsabilités qu’elle saura répondre aux dangers qui l’entourent. Les seconds rôles excellents notamment Henri Garcin avec un beau personnage de gangster loyal et André Pousse sans être aussi inquiétant que dans Le Pacha campe un imposant parrain.

La dernière partie façon Fort Alamo avec siège de la maison de campagne étonne par son côté western rural assumé, Lautner mettant bien en valeur la topographie du décor durant les très efficaces gunfights. La conclusion mémorable résume idéalement les enjeux de l’ensemble à savoir le cheminement de Mireille Darc vers son rôle de mère qu’elle assume enfin.

Abandonnant enfin son rôle de victime, elle devient offensive à son tour le temps de cette scène grandiose la voyant débouler fusil à la main d'un air décidé pour trucider les gangsters ayant enlevé son bébé. Lautner nous fait jubiler à travers la puissance évocatrice de cette séquence tout en faisant naître une réelle émotion quant à la finalité de ce moment. Une reprise en main aux vertus féministe parfaitement résumée par ce dialogue savoureux signé Michel Audiard :

Les jules sont tous convaincus de leur supériorité. Ils nous voient toutes au garde à vous. Le pire demi-sel, le plus tocard des traîne-lattes se prend pour Scarface. Rouler des mécaniques, c'est la maladie des hommes.
 
Un peu oublié, un Lautner qui vaut largement le détour donc.
Sorti en dvd zone 2 chez Gaumont

mardi 22 novembre 2011

Ne nous fâchons pas - Georges Lautner (1965)

Antoine Beretto est un malfrat qui a élu domicile sur la Côte d'Azur après s'être retiré des affaires. Deux amis viennent lui rendre visite et les ennuis commencent...

Ne nous fâchons pas venait conclure la trilogie comico policière de Lautner (Les Tontons Flingueurs, Les Barbouzes) et marquait la fin d'un cycle, Lino Ventura ayant décidé, après les excès de ce film, de revenir à des univers plus sérieux. Lautner reviendra bien à la comédie policière déjantée avec Laisse aller c’est une valse, mais celui ci sera plus imprégné de la forte personnalité « franchouillarde » de Jean Yanne et ne distillera pas le sentiment d’aboutissement de Ne nous fâchons pas.

Les situations entrevues dans Les Barbouzes et Les Tontons sont ici poussées dans leurs derniers retranchements grotesques. Une nouvelle fois, l’ouverture semble s’inscrire dans le policier classique, où un Lino Ventura voulant se faire rembourser une dette par Jean Lefebvre se retrouve confronté à un redoutable gangster anglais. Après cette mise en place parfaite, le film part totalement en roue libre avec un Lautner multipliant les situations les plus absurdes et les gags surréalistes. Le final vengeur, où la bande de Ventura multiplie les attentats farfelus contre l'Anglais, est assez inoubliable, les dialogues d’Audiard s'intégrant toujours aussi bien. Difficile en effet de garder son sérieux lors d’une séquence en voiture où Constantin, proposant de prendre le volant à Ventura qui vient de pulvériser un décor et multiplier les tonneaux , voit ce dernier lui répondre « Je peux pas quand je conduis pas j'ai peur ».

La vague notion de réalisme et d’inscription dans un genre est ici totalement annihilée par un sentiment de liberté et de folie tous azimuts. Le film échappe finalement à sa nationalité pour lorgner vers les comédies et parodies psyché anglo- saxonnes qui inondaient les écrans, comme la série des Matt Helm, Notre Homme Flint, Modesty Blaise ou encore la première version de Casino Royale. Les ennemis anglais permettent d’ailleurs à Lautner d'aborder cet humour typique et d’orienter le film vers une pure ambiance « Swinging London », les hommes de main du méchant arborant de parfaits look de mods et roulant en mobylette sur une bande son rock psyché des plus réussie. À l’apogée du mouvement, autant musical que vestimentaire, Lautner prouve qu'en France aussi, on pouvait réaliser de grandes œuvres pop. Cette influence moderne se manifestera de nouveau dans Le Pacha , avec la bande son de Gainsbourg et un Jean Gabin s’aventurant dans des boites de nuit hippies.

Le casting parvient néanmoins à s’imposer malgré la furie de l’ensemble, Ventura, en gros sanguin faisant des efforts pour se contrôler (le titre y fait d'ailleurs référence) est parfait, tout comme le génial Michel Constantin (que l’on retrouvera à de nombreuses reprises chez Lautner) et Mireille Darc, bien aidés par un Audiard livrant quelques-unes de ses plus belles saillies :

« Dans ces poids-là, j'peux vous l'embaumer façon Cléopatre, le chef-d’oeuvre égyptien, inaltérable!
- Mais on vous demande pas de conserver, on vous demande de détruire!
- Ahh! Euuuh... j'vous proposerais bien le puzzle "le congolais" : 32 morceaux plus la tête. Ou alors le cubilot de Vulcain : 10 tonnes de fonte, quinze-cents degrés, et vot' petit jeune homme se retrouve en plaque d'égout ou en grille de square.
- Non, NON! Ni en poignée de porte, ni en lampadaire, c'que j'veux c'est plus le voir, là!
- Mon ami tient un commerce
. »

Pas aussi maîtrisé que Les Tontons Flingueurs, moins cohérent que Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas est pourtant le plus fascinant des trois films, installant la France dans l’esprit d’une époque, tout en gardant son identité propre. Peu s’y sont risqués depuis, dans le cinéma hexagonal, et aucun avec le génie de Lautner.

Sorti en dvd chez Gaumont


mardi 8 novembre 2011

Les Barbouzes - Georges Lautner 1964)

Le film commence par la mort d'un marchand d'armes, Benar Shah, et son enterrement qui réunit, autour de sa veuve Amaranthe, un quatuor de barbouzes. Il y a son faux cousin français Francis Lagneau, son faux psychanalyste allemand Hans Müller, son faux frère de lait soviétique Boris Vassilieff et son faux confesseur suisse Eusebio Cafarelli. Tous sont là pour récupérer les secrets et l'héritage de l'industriel (des brevets sur des armes atomiques), mandatés par leurs gouvernements respectifs. Il faut aussi compter avec les dollars de l'Américain O'Brien et la présence de nombreux Chinois dans les passages secrets du château. Le Français dispose d’une autre arme pour arriver à ses fins : la séduction.

Un an après Les Tontons Flingueurs, la même équipe remettait le couvert, et c'est cette fois le film d'espionnage qui passe à la moulinette farceuse de Lautner. Si Les Tontons Flingueurs gardait une patine un peu plus classique en respectant sa trame de film policier malgré le délire ambiant, il en va tout autrement ici avec un scénario en roue libre et non dénué de baisse de régime. Cela est largement rattrapé par le foisonnement d'idées, de rebondissements et de ruptures de tons tous azimuts. La scène d'ouverture, avec son escalade de coups fourrés entre agents dans le train annonce l'esprit : tout est possible.

La voix off farceuse, le texte faussement sérieux vantant les mérites du métier de barbouzes et la présentation loufoque des différents agents secrets, c'est quasiment la Rubrique à brac de Gotlib mise en image, et on se dit que le OSS 117 de Jean Dujardin doit bien plus au film de Lautner qu'aux romans ou films sortis à la même époque (Ventura arrogant et goguenard, le patriotisme second degré assumé, la photo du Général De Gaulle).

Se reposant beaucoup moins sur les dialogues d'Audiard, Lautner fait preuve de bien plus de maîtrise que sur Les Tontons et l'humour essentiellement visuel fait mouche à chaque fois : les pièges que se tendent les espions sont à mourir de rire (la chasse d'eau piégée de Lino Ventura), les moments totalement décalés hilarant (Mireille Darc qui se maquille comme si de rien n'était, en pleine baston dantesque) et l'invasion du château par les chinois (déjà une grande peur à l'époque) grandiose.

Hormis Gotlib déjà cité, l’influence de la bd franco-belge est manifeste, et l’hystérie qui traverse l’ensemble évoque les planches les plus azimutées de Franquin, notamment l’album de Spirou et Fantasio QRN sur Bretzelburg, à l’intrigue d’espionnage tout aussi rocambolesque. Lautner, très en phase avec son époque au vu des éléments qu’il intègre dans ces films (ce que Ne nous fâchons pas confirmera), a très certainement plus que jeté un œil à ces œuvres, tant le parallèle semble évident.

On retrouve aussi, en plus amplifié et maîtrisé, plusieurs des aspects développés dans Les Tontons Flingueurs, ce grain de folie « bd » en plus, avec les cadrages alambiqués, les contre-plongées surprenantes très bd dans l'esprit, les purs moments expressionnistes et outrés à la Orson Welles...

Une nouvelle fois, le casting est exceptionnel en tout point. Lino Ventura (seul à être un tantinet sérieux et stoïque) est parfait en espion dur à cuire et touchant en séducteur maladroit, mais c’est surtout Francis Blanche, espion russe en roue libre, qui fait des étincelles aux côtés de Bernard Blier, diablement roublard en faux prêtre. Plongée au milieu du chaos, Mireille Darc montre des capacités de timing comique phénoménales, qui ne feront que s'améliorer dans ses films suivants.

Sorti en dvd chez Gaumont

Bande-annonce génialissime

mardi 9 août 2011

La Valise - Georges Lautner (1973)

Enfermé dans une valise diplomatique, un membre des services secrets israeliens (Jean Pierre Marielle) doit quitter un pays du moyen-orient. Les services secrets français décident de l'aider en lui envoyant le Capitaine Augier (Michel Constantin) en renfort. Il souhaite cependant auparavant revoir son amante Françoise (Mireille Darc) dont les deux hommes vont se disputer les faveurs au termes d'une séries de péripéties.
Sorti au plus fort du conflit israélo-palestinien en 1973, La Valise est un film tout à fait surprenant et risqué, anticipant Les aventures de Rabbi Jacob d'Oury pour son mélange de comédie populaire et de fond politique grave, ainsi que son message de paix. La relative naïveté avec laquelle Lautner s’empara du sujet sans mesurer les conséquences est pour beaucoup dans la réussite de l’entreprise, entre mélancolie et drôlerie.

Difficile d'imaginer aujourd'hui une comédie mise en route autour d'un tel sujet. Si Lautner n'abandonne pas sa loufoquerie légendaire (la parodie de western spaghetti en arabe en ouverture), le film étonne par le ton romantique et désenchanté qu'il dégage. Le trio principal, aux registres nuancés, aborde avec talent tous les virages thématiques du récit. Jean-Pierre Marielle, par son jeu complexe, parvient à donner à son personnage une lumière tout à la fois amoureuse et burlesque, tout en représentant une certaine forme de classe et distinction le rendant parfaitement complémentaire avec Michel Constantin.

Ce dernier est son opposé en tout point, espion franchouillard mal fagoté, fraudant ses notes de frais, gentiment raciste sur les bords et ahuri avec les femmes. C’est cette simplicité et la sympathie dégagées par le jeu de Constantin qui le rendent si attachant. Face à eux, Mireille Darc explose dans un rôle bien éloigné de la jolie ingénue des débuts, s’affirmant définitivement comme la Femme fatale française des 70’s. Une nouvelle fois, Lautner soigne les apparitions de sa muse, plus incendiaires que jamais.

La première rencontre avec Marielle en robe de soirée dans le bar de l’hôtel est un grand moment, tout comme le fameux full frontal de Françoise vue à travers le reflet d’une vitre. Le scénario de Veber, expert en quiproquos, joue habilement de la situation précaire de Marielle, à coup de gros gags le voyant sacrément malmené dans sa valise, l'alternance colère/ élan de tristesse forcé s'avérant des plus amusant. Son triangle amoureux fonctionnant parfaitement dans ses différences, Lautner peut du coup orienter le film dans une direction plus aventureuse.

Tout au long de ce qui est un fort élégant film d’aventure (beau travail de Maurice Fellous une nouvelle fois, lors des scènes dans le désert) on retrouve en filigrane des thèmes abordés dans La grande sauterelle (pour le professionnel détourné de son objectif par LA femme) et Les Barbouzes (pour la lassitude de l’agent aspirant à une vie plus tranquille). Malgré leur rivalité, le duo Marielle/Constantin se rejoint dans cette usure qui donne tout son cachet à l’œuvre. Le personnage du Commandant égyptien (joué par Amidou) se greffant un peu grossièrement au trio sur la fin permet donc de délivrer un message de paix naïf mais sincère et appuie la tonalité plus mélancolique de la deuxième partie du film. Les conflits divers ne semblent plus avoir d’importance quand il faut gagner le cœur de Mireille Darc et le scénario révèle l’éveil de ces hommes redécouvrant soudainement ce qui est finalement l’essentiel.

Ce traitement tout en finesse se voit transcendé lors des meilleurs moments par la belle musique de Philippe Sarde et son entêtante valse au piano faisant office de thème principal. Une des scènes les plus marquantes étant sans doute cette séquence sur la plage où les héros se disputent une énième fois les faveurs de Mireille Darc, le piano créant une distance par rapport à leurs agitations, tandis que Lautner alterne les champs/ contre-champs entre le regard amusé de Françoise sur ses prétendants et les mines ahuries de ces derniers. La jolie fin ouverte relançant le cycle de la séduction est également une des plus belles de l’œuvre de Lautner.

Le contexte politique entraîna une petite polémique à la sortie du film, Lautner se voyant notamment pris à parti par des amis juifs. Plus de trente ans plus tard, rien n’a changé ou presque, et l’on se doit donc d’apprécier d’autant plus le message du film, tout en saluant son audace.

Disponible en dvd chez Gaumont

Extrait

samedi 16 juillet 2011

Galia - Georges Lautner (1966)


A Paris, Galia sauve Nicole, qui veut se jeter dans la Seine car son mari la néglige. Galia lui conseille de disparaître pendant quelques jours afin d'inquiéter cet homme et accepte de le suivre pour voir ses réactions. Mais elle tombe amoureuse de lui et malgré les avertissements de Nicole, accepte de passer le week-end avec lui.

Galia semble être un film quelque peu oublié dans les fleurons de la collaboration entre Mireille Darc et Georges Lautner et pourtant ce drame troublant est probablement un des plus singulier et réussi. Si Lautner et Mireille Darc avait déjà travaillé ensemble trois fois auparavant (Des Pissenlits par la racine, Les Barbouzes et le génial film à sketch Les Bons Vivants) l'actrice y abordait toujours (et avec brio) le même emploi de jeune séductrice sensuelle et faussement ingénue. Galia marque donc une vraie avancée car elle trouve là son premier très grand rôle dramatique en jetant un voile sombre sur le personnage insouciant qu'elle s'est créé dans les précédents films.

Le film (adapté d'un roman de Vahé Katcha qui coécrit avec Lautner le scénario) nous narre donc l'étrange destin de Galia (Mireille Darc), une jeune fille bien de son temps. En quête d'aventure et de frisson,, elle quitte sa trop étroite province d'Etretat pour la capitale où elle mène une existence trépidante et multiplie les conquêtes masculines d'un soir. Pourtant elle ne peut s'empêcher de ressentir la vacuité et la solitude qu'entraînent ce quotidien faussement exaltant. Lautner orchestre une mise en scène élégante, percutante et très moderne pour accompagner l'état d'esprit de son héroïne en ouverture. Le montage inventif est dans l'esprit psyché pop de l'époque et fait se bousculer les lieux et les visages, la caméra accompagne la silhouette radieuse de Mireille Darc dont la narration détachée en voix off fait parfaitement corps avec les images pour exprimer l'esprit libre de Galia.

Ces fulgurances visuelles (qui annoncent grandement celles plus extravagantes de La Grande Sauterelle) seront plus parcimonieuses par la suite lorsque le drame va s'installer. Celui ci arrive par la rencontre de Galia avec Nicole (Françoise Prévost), une femme qu'elle sauve de la noyade dans la Seine où elle tentait de se suicider. La cause, un mari infidèle, et la malicieuse Galia décide d'aider sa nouvelle amie en côtoyant le goujat afin d'évaluer sa réaction face à la supposée disparition de son épouse. Seulement elle va être prise à son propre jeu en tombant folle amoureuse de lui.

Malgré quelques longueurs dans son dernier tiers, Galia passionne alors de bout en bout en estompant sa légèreté de ton pour un drame lourd et intense, à l'image de la transformation de son héroïne. Si Galia paraissait si pétillante et détachée face aux hommes, c'est qu'elle n'avait jamais réellement aimée. Mireille Darc offre une prestation mémorable avec cette jeune fille qui paradoxalement se découvre femme (l'allure relativement garçonne et androgyne du début laisse place progressivement à une féminité de plus en plus prononcée) au contact du pire homme possible, et se désagrège littéralement au fil du récit, consumée par sa passion.

Lautner crée un décalage constant entre la bonne mesure détachée que cherche à dégager Galia et le réel trouble qui la gagne, la voix off moqueuse contrastant avec son attitude (et inversement) et nous faisant comprendre que le mauvais tour se transforme en vrai romance. Venantino Venantini fait un peu peur le temps d'une première apparition où il incarne tout les clichés du macho séducteur et rouleur de mécanique italien.

On comprendra plus tard que c'était par le prisme du regard de Galia qu'il était représenté ainsi puisque lorsqu'elle lui cède finalement (superbe séquence de weekend à Venise) on devine alors le terrible prédateur qu'il cache. Son personnage est réellement odieux, égoïste et satisfait de lui-même mais se cache si peu de ce qu'il est et impose une telle séduction animale qu'on comprend sans peine le trouble de Galia plus habituée à faire courir les jeunes hommes. Les accords de Bach s'alternant avec l'envoutant et majestueux score de Michel Magne exprime bien cette dualité entre doux romantisme qui s'oublie et douleur cynique du présent.

Plusieurs éléments fascinent tel le jeu de miroir entre Françoise Prévost et Mireille Darc, la première voyant dans les comportements de plus en plus perturbés de la seconde les affres par lesquels elle est passée mais ne pouvant l'empêcher d'y succomber. La complicité en les deux femmes laissent place à la dissimulation, la méfiance et la jalousie et la dernière partie n'est pas loin de basculer dans le thriller passionnel.

Le film prend un tour onirique et cauchemardesque face aux tourments de Galia, comme pour la punir de sa liberté du début (et Galia créa une réelle polémique pour la sexualité sans tabou de son héroïne), tel cette sordide scène où Mireille Darc débarque chez Venantini pour le trouver en pleine orgie enfumée ou plus tard une séquence de rêve oppressante et psychédélique (c'est plastiquement un des Lautner les plus aboutis, notamment le noir et blanc aux nuances subtiles de Maurice Fellous). En dépit d'une dernière partie moins maîtrisée, la conclusion implacable et dramatique est réellement marquante, ramenant Galia à sa solitude mais où la quiétude du début a laissée place à une angoisse sourde.


Sorti en dvd chez Gaumont

Extrait

mercredi 13 juillet 2011

Du Rififi à Paname - Denys de La Patellière (1966)


Paulo les Diams, son ami Walter, Jack de Londres et un Munichois pratiquent allègrement le trafic d'or. Un jour une bande rivale, celle de Mario, les attaque. Les correspondants de Londres et de Munich disparaissent. Paulo est sauvé par un faux journaliste mais vrai policier américain, qui se trouve promu garde du corps du gangster.

Sans égaler les polars à succès de Gabin des 60's comme Le Clan des Siciliens, Le Pacha ou Mélodie en sous-sol, ce plus oublié film de Denys De La Patellière s'avère fort bien mené. Comme souvent avec les réussites policière françaises de l'époque, l'histoire est adaptée d'un roman d'Auguste Le Breton (des petites choses comme Du rififi chez les hommes, Razzia sur la chnouf, Le Clan des Siciliens) et la trame habilement construite constitue vraiment le point fort du film.

La longue introduction nous présente donc les forces en présences de ce qui sera un film de gangster pur et dur. D'un côté "Paulo les Diams" (Jean Gabin) et son associé Walter l'antiquaire (Gert Froebe) menant un lucratif trafic d'or entre la France, l'Angleterre et le Japon (ce qui nous vaut courte mais élégante séquence japonaise à Tokyo). De l'autre un mystérieux ennemi tentant de décimer leur business et qui s'avéra être la mafia et au milieu de tout cela navigue la police avec un flic américain infiltré qui va réussir à faire partie de la garde rapprochée de Gabin.

Les indices se révèlent donc progressivement lors d'assassinat inattendus par l'organisation rivale tandis que parallèlement sont développés les différents personnages de chaque camp. Gabin fait son numéro habituel de dur à cuir gouailleur et impose son charisme coutumier sans forcer(très bon Marc Bozzuffi également dans un rôle ingrat d'homme de main), le personnage plus tragique de Gert Froebe est le plus intéressant dans la mélancolie qu'il fait passer puisque son épouse (la belle Nadja Tiller) est une ancienne amante de Gabin dont il sait qu'elle ne l'a pas oublié. Il est d'ailleurs dommage que le film ne développe pas plus sa facette (le livre doit sans douté être plus détaillé là dessus) le film y aurait gagné en force dramatique. Le falot Claudio Brook incarne lui le policier infiltré tandis que chez les méchants c'est un festival de trognes entre un tout jeune Claude Brasseur en homme de main et même George Raft en personne en ponte de la Mafia. Mireille Darc fait également une apparition remarquée en jeune entraîneuse écervelée.

Si la mise en place est parfaite, le film peine un peu par la suite à imposer un rythme percutant l'intrigue tourne un peu en rond par instants avec la laborieuse enquête de Claudio Brooke (et les apartés presque comique avec le Commissaire l'encadrant joué par Daniel Ceccaldi) qui peine à intéresser quand on attend surtout le règlement de compte entre Gabin et ses adversaires. On se raccroche donc au charisme des principaux interprètes et aux dialogues percutant qui sans être aussi fleuri que du Audiard font leur petit effet et quelques écarts de violence étonnant. Bien qu'un peu abrupt, le final vengeur est cependant très réussi et achève de rendre cette production tout à fait recommandable.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal dans la collection Gabin.

Extrait

jeudi 7 juillet 2011

La Grande Sauterelle - Georges Lautner (1967)


Réfugié à Beyrouth pour échapper à Marco (Georges Geret), Carl (Hardy Krueger), un voleur de charme, retrouve un ancien ami avec qui il fait le projet de kidnapper un milliardaire à la sortie du casino, le soir où il aura gagné beaucoup. Puis il fait la connaissance de Salène (Mireille Darc), une jeune fille très bien, dont il ne peut pas ne pas tomber amoureux.

Georges Lautner fut souvent associé à un certain type de cinéma viril à l’univers typiquement masculin, ses distributions chargées en fortes personnalités (Lino Ventura, Jean Paul Belmondo, Bernard Blier, Michel Constantin) et l’aura jamais démentie de ses films de gangsters confirmant cette idée. Et pourtant, paradoxalement, la relation artistique et amicale la plus étroite de sa carrière, le réalisateur la doit à l’actrice Mireille Darc. Côte à côte, du début des 60’s au milieu 70’s, ils auront évolué chacun dans leurs registres, lui diversifiant son style et ses thèmes et elle gagnant peu à peu ses galons de star.

Après un diplôme d’art dramatique obtenu à l’université de Toulon en 1959, le premier rôle au cinéma de Mireille Darc, la comédie Pouic Pouic (où elle joue la fille de Louis De Funès) annonce les contours d’une carrière étonnante. Son physique avantageux semblait la destiner à rejoindre tôt ou tard les icônes féminines du cinéma français de l’époque, les inaccessibles Brigitte Bardot et Catherine Deneuve. Si elle saura tout autant jouer de son aura glamour que les deux belles précitées, elle se démarque cependant par sa faculté à se prêter le plus naturellement du monde à la franche gaudriole du cinéma loufoque de Lautner (quelle actrice française aurait osé la scène d’amour extravagante de Laisse aller c’est une valse ?). Leur premier film ensemble, Des pissenlits par la racine, la voit jouer une fausse ingénue menant par le bout du nez un joyeux casting de fous furieux (Louis De Funès, Maurice Biraud, Darry Cowl, Francis Blanche) aux trousses d’un ticket de tiercé gagnant caché dans la poche d’un cadavre. La collaboration est lancée et c’est en veuve sexy qu’on la retrouve dans . Les Barbouzes, délirante variante espionnage des Tontons Flingueurs où elle fait montre d’un second degré et d’un timing comique peu commun.

Le film à sketch Les Bons Vivants où elle transforme en maison close à son insu la demeure du pauvre Louis De Funès use à nouveau de cette image légère et sexy tandis que Fleur d’oseille lui permet d’aborder un registre plus dramatique en jeune mère traquée par des gangsters. Lautner lui offrira d’ailleurs des rôles plus adultes et aux registres plus nuancés dans les années 70, le formidable thriller Les Seins de Glace où elle campe une déséquilibrée mentale et La Valise où elle est la graine de discorde entre les deux espions joué par Michel Constantin et Jean Pierre Marielle. La Grande Sauterelle se situe à mi-chemin entre ces deux périodes et témoigne de l’importance prise par l’actrice dans le cinéma de Lautner. Véritable ode au charme et à la beauté de Mireille Darc, le film est un des plus atypiques et attachant de son auteur.

S’ouvrant sur les bons mots de Michel Audiard prononcés par le redoutable tueur incarné par Georges Geret et d’un règlement de compte spectaculaire, tout le début laisse à penser que l’on est dans la comédie policière typique dans laquelle Lautner est passé maître. La fuite du héros à Beyrouth apporte une touche exotique et dépaysante tandis qu’on bascule dans le caper movie au mode opératoire assez original dans le genre, et un univers de casino toujours aussi cinématographique.

Le film suit ainsi son cours, vampirisé au fur et à mesure par la présence de Mireille Darc, jolie fille que Hardy Kruger reluque indifféremment avant que diverses rencontres dues au hasard les poussent progressivement l'un vers l'autre. Lautner soigne tout particulièrement les apparitions de Mireille Darc, orchestrant progressivement son emprise sur le film par le montage et les cadrages. Jolie silhouette perdue dans un coin de décor, puis c’est un regard charmeur, un sourire ou une petite phrase narquoise qui nous la dévoile progressivement, sa présence gagnant en mystère au fur et à mesure que l’intérêt de Carl grandi pour elle.

Le récit s’éloigne peu à peu de sa trajectoire pour finalement totalement bousculer nos attentes lors d’un très long aparté romantique hors du temps, véritable respiration dans la narration où le couple se livre à cœur ouvert. Le personnage de Carl tendu et constamment aux aguets jusque là se dévoile, tout en doute et en fragilité tandis qu’il est impossible de ne pas succomber la Grande Sauterelle (le surnom lui restera) libre et insouciante incarnée par Mireille Darc.

Plus la jolie délurée des premières collaborations avec Lautner et pas encore le sex symbol incendiaire des 70's, juste un personnage de fille toute simple ayant soif d'aventures et de découvertes. Un vrai sentiment de liberté se ressent dans la narration et la mise en image, Lautner multipliant les expérimentations sonores et visuelles : le dialogue du couple à la voix off décalée, une scène d'amour avec un vrai/faux concert classique en montage alterné, ou encore une Mireille Darc saisie sous toutes les coutures dans un montage étonnant et s’autorisant les faux raccords les plus audacieux.

Après cet instant de grâce où le film semble s’être oublié, l’histoire reprend les rives du polar mais le cœur n'y est plus. Lautner adopte sentiment de son héros dans sa mise en scène en rendant distant et peu impliquant tout les échanges entre gangsters et le casse prévu parait dérisoire face à la perspective du héros (et du spectateur) de retrouver Mireille Darc (dont on ne saura jamais le prénom jusqu'à la toute fin). Hardy Krueger dont le casting découle de la coproduction allemande s'avère des plus convaincant, une forte ressemblance avec Steve McQueen mais avec un côté plus humain et fragile qui fonctionne autant dans le côté policier du début du film que dans la veine romantique qui suit.

Sans doute un des films les plus plastiquement réussis de Lautner, où l’ambiance du Beyrouth des années 60 est remarquablement captée, autant dans son aspect hétéroclite et bouillonnant que dans son histoire notamment toutes les quelques vues somptueuses de la côte libanaise, les magnifiques ruines antiques où s’épanouissent les amoureux. La photo superbe de Maurice Fellous (collaborateur fidèle de Lautner) en fait définitivement un des films les visuellement agréable du réalisateur. Mireille Darc filmée sous tous les angles (jusqu'à l'excès) irradie l'écran, Francis Blanche en bourlingueur mythomane est très attachant, tout comme Maurice Biraud, attachant en gangster poissard. On retrouve également d’autres habitués de Lautner dans des rôles plus discret comme Venantino Venantini en milliardaire oisif.

Sous la légèreté et l’évanescence apparente, une vraie mélancolie se dégage du film culminant dans les destins contrastés des personnages à la fin du film, l’avenir radieux pour les héros et coup du destin amer pour Maurice Biraud. Pas le film plus reconnu de Lautner (problème récurrent de son œuvre Les Tontons Flingueurs étant l’arbre qui cache la forêt) mais sans doute un des plus chéri par les aficionados du cinéaste.

Sorti en dvd zone 2 chez Gaumont

Un joli entretien entre Mireille Darc et Georges Lautner sur leur collaboration

vendredi 11 février 2011

Mort d'un pourri - Georges Lautner (1977)


Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye, Xavier Maréchal rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour récupérer ces documents.

Un thriller politique des plus prenant pour Lautner qui retrouvait ici Delon après l'excellent Les Seins de Glace. Le film adapte un roman de Jean Laborde que Lautner avait déjà transposé avec Le Pacha et on lui doit d'autres petits classiques du polar à la française des 70's comme Adieu Poulet. Le grand atout du film, c'est le scénario particulièrement corrosif de Michel Audiard qui s'inspirant des scandales politiques de l'époque comme L'affaire Boulin dresse un portrait particulièrement virulent et pessimiste des hautes sphères de la politique française.

Le personnage de Delon (ici producteur également) , entré en possession d'un document mouillant toute la classe politique se voit ainsi tour à tour menacé, corrompu et épié par les intéressés mais également abordés par l'opposition qui ne vaut guère mieux, Lautner renvoyant tout ce beau monde dos à dos. Une ambiance lourde et désespéré se dégage tout au long du film renforcé par la photo grisâtre de Henri Decaë (étonnant le fidèle Maurice Fellous n'est pas de la partie) et le score dépressif et jazzy de Philippe Sarde. Tout juste reprochera t on quelques longueurs tout de même, mais le courage de la position et l'interprétation impeccable emporte l'adhésion.

Loin de ses rôles de héros, Delon campe un type normal à la droiture morale inflexible et à l'amitié indéfectible tandis que et le casting offre une joyeuse galerie de trognes pour les méchants avec un Klaus Kinski glaçant (et qui a droit à un mémorable monologue glaçant de cynisme) , Julien Guiomar détestable et menaçant et un beau twist final révélant de manière inattendue le plus corrompu de tous. Seule Ornella Muti n'est pas très convaincante, d'autant plus rageant que l'habituée Mireille Darc en quasi rôle de potiche aurait été bien meilleure dans le rôle. Les fantaisies de ses comédies policières ne sont pas de mise ici et Lautner s'efface derrière son récit avec une réalisation sobre (et pas dénuée de faute de goût comme la mort du méchant dans la gare en arrêt sur image) mais qui réserve quelques bon moment comme le surprenant traquenard que subi Delon sur une route de campagne entouré de deux semi remorque. Très bon donc et fort courageux pour l'époque où il fut entrepris.

Sorti en dvd zone 2 chez Fox Pathé Europa

Extrait avec la glaçante tirade de Klaus Kinski tristement d'actualité encore aujourd'hui.