Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 31 août 2017

La Vieille Fille - The Old Maid, Edmund Goulding (1939)

Philadelphie, 1860. À la veille de la Guerre de Sécession, Delia Lovell a rompu ses fiançailles avec Clem Spender pour épouser le riche Joe Ralston. La cousine de Delia, Charlotte, console l’ancien fiancé. Ils se promettent le mariage à son retour de la guerre. Mais Clem meurt au combat et Charlotte se retrouve seule et enceinte. Le médecin de la famille, le docteur Lanskell, l’envoie accoucher en Arizona pour éviter le scandale. De retour à Philadelphie à la fin des conflits, Charlotte s’occupe d’une école d’orphelins de guerre dans laquelle elle peut élever sa petite Tina sans avoir à subir de questions sur sa fille illégitime. Après la mort accidentelle de son mari, Delia, sachant le secret de Charlotte, lui propose de venir vivre chez elle avec sa fille.

La Vieille Fille est un des sommets des women pictures de la fructueuse collaboration entre Bette Davis et Edmund Goulding, un de ses réalisateurs fétiches. Le film est adapté de la nouvelle éponyme d'Edith Wharton parue dans son recueil Vieux New York, mais plus précisément il s'agit en fait de la transposition de la pièce à succès qu'en tira Zoe Akins et récompensée du Prix Pulitzer en 1935. Ce sera la première fois depuis son ascension que Bette Davis partage l'affiche avec une autre star féminine, ici Miriam Hopkins. Les deux femmes s'étaient côtoyées au théâtre dans la compagnie new-yorkaise de George Cukor des années plus tôt, et c'était alors plutôt Miriam Hopkins la star et Bette Davis la jeune première montante. Une certaine rivalité en est restée et qui se répercutera sur le tournage, d'autant que Miriam Hopkins reproche à Bette Davis de s'être un peu trop inspirée de son interprétation scénique pour L'Insoumise (1938) qu'elle reprit au cinéma avec un Oscar de la meilleur actrice à la clé - Tallulah Bankhead aura d'ailleurs plus tard les mêmes griefs contre Bette Davis pour Victoire sur la nuit (1939).

Le film reprend le motif souvent utilisé dans le mélodrame hollywoodien de la maternité effacée et sacrificielle (Madame X de Lionel Barrymore (1929) et Frisco Jenny de William A. Wellman (1932) avec Ruth Chatterton, Stella Dallas de King Vidor avec Barbara Stanwyck), où la mère observe de loin sa progéniture ignorant son identité/existence. Les prémisses de cette existence recluse relève pourtant d'une audace initiale. Alors que sa cousine Delia (Miriam Hopkins) renonce par sécurité financière à Clem Spender l'homme qu'elle aime vraiment (George Brent), Charlotte (Bette Davis) amoureuse aussi risquera tout pour lui. Alors que Clem Spender est mort sur les champs de bataille de la Guerre de Sécession, Charlotte se retrouve mère de sa fille dans la pointilleuse haute société de Philadelphie. Tout le film dessine l'ambiguïté de la relation entre les deux cousines. L'affection sincère et la rivalité amoureuse pour cet homme qu'elles ont toutes deux aimées conduiront à une impasse pour Charlotte, renonçant au rôle d'épouse puis déchue de celui de mère.

Contrairement aux films précédemment évoqués, ce drame d'une vie ne se noue pas à coup de grand rebondissement tragique. Edmund Goulding donne dans l'ellipse pour tout ce qui à trait à la vie amoureuse et à la maternité éphémère de Charlotte, les secrets intimes se devinant (Charlotte plus prévenante pour la petite Tina au sein de l'orphelinat) ou se révélant à des moments clés. A l'inverse le réalisateur s'attarde longuement sur les atermoiements sentimentaux contrariés de l'indécise Delia et plus tard dépeindra longuement la relation tendre fille/mère qu'elle entretien avec Tina au grand désespoir de Charlotte. Plus que les dialogues acerbes de Tina désormais adulte envers celle qu'elle ignore être sa vraie mère, le moment le plus cruel arrive durant l'enfance de Tina. Les deux cousines bordant la fillette celle-ci souhaite un chaleureux bonne nuit maman à Delia et un timide bonne nuit tante Charlotte à celle qui lui a tout sacrifiée.

Celle qui a tout risquée par amour passera pour la vieille fille acariâtre l'âge mûr venu alors que Delia s'étant reniée par intérêt devient la confidente ouverte et compréhensive pour Tina. Edmund Goulding par ses choix narratifs façonne ainsi le destin d'une malheureuse destinée à être toujours secondaire au détriment de sa cousine dans le cœur de ceux qu'elle aime, amants ou fille. Goulding le traduit à l'image en la montrant de plus en plus en retrait, les compositions de plans, cadrage et situations la voyant observatrice résignée et extérieure des évènements. On retrouve l'attrait de Bette Davis pour la déchéance physique avec un look raide, corseté et tout en maquillage disgracieux (qui prépare le terrain pour la godiche mal fagoté qu'elle interprètera dans Une femme cherche son destin (1942).

A l'inverse Miriam Hopkins reflète par sa présence lumineuse l'affection et l'amour qu'elle suscite naturellement et conserve sa beauté même quand son personnage vieillit (d'autant que Miriam Hopkins aurait d'autant plus demandé aux maquilleurs de la rajeunir par rapport à une Bette Davis enlaidie). Goulding par sa direction d'acteur et la finesse de sa mise en image tisse ainsi une affection mêlé de calcul constant jusqu'au bout entre ses deux héroïnes jusqu'à une conclusion magnifique de sobriété où l'amour commun pour le même être ne les pousse plus à se déchirer. Une œuvre touchante qui confère une belle sobriété à un postulat habituellement plus porté sur l'emphase.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

lundi 6 octobre 2014

Sérénade à trois - Design for living, Ernst Lubitsch (1933)


Deux artistes américains de voyage en France, un peintre (Gary Cooper), un dramaturge (Fredric March), sympathisent dans un train par une dispute esthétique avec une compatriote, la sémillante Gilda Farrell (Miriam Hopkins). Celle-ci tombe amoureuse des deux hommes qui chacun le lui rendent bien. Pour parer à la situation, ils emménagent ensemble en scellant un gentlemen’s agreement : « no sex ». Seul hic, Gilda n’est pas un gentleman...

Design For Living représente le sommet et un des derniers feux de la Lubitsch touch’s première manière, l’audace du réalisateur s’exprimant de manière plus frontale ici alors que s’annonce en cette même année l’application du Code Hays qui l’obligera à plus de subtilité dans l’irrévérence. Adaptant une pièce de Noel Coward (largement remaniée par le scénariste Ben Hecht), Sérénade à trois – titre français assez divin – est une ode à la vie bohème et une célébration de l’amour libre. Comme souvent avec Lubitsch, cette liberté d’esprit se confond avec un environnement européen, l’intrigue se déroulant entre Londres et Paris. La scène d’ouverture résume brillamment le dilemme qui courra tout au long du film. Gilda Farrell (Miriam Hopkins) s’installe dans le même compartiment de train que deux gentlemen somnolents, Tom Chambers (Fredric March) et George Curtis (Gary Cooper).

Caricaturiste de métier et charmée par les traits des deux messieurs elle hésite sur celui à croquer dans son carnet pour finalement dessiner les deux puis s’assoupir à son tour, ses jambes fines s’entremêlant à celle de ses compagnons de route. L’attirance, l’hésitation et la promiscuité sont ainsi capturés en une scène magistrale sans qu’un seul mot n’ai été prononcé. Les trois finiront par nouer une solide amitié, liés par ce même élan bohème puisque George est peintre et Tommy est dramaturge même s’ils ont encore du mal à joindre les deux bouts. Evidemment un flirt s’instaure entre eux à l’insu des deux hommes, un troisième larron venant même s’immiscer avec Plunkett (Edward Everett Horton) riche publicitaire et « bienfaiteur » de Gilda. Il représente le monde réel, ses conventions et sa soumission au bien matériel comme le démontrera sa réplique culte:

Immorality may be fun, but it isn't fun enough to take the place of one hundred percent virtue and three square meals a day.

Il ne désespère pas ainsi de conquérir Gilda grâce à sa position sociale mais sera constamment éconduit. Le vrai bonheur et l’inspiration ne semblent pouvoir s’exprimer que dans ce dénuement bohème si romantique. Il surmontera ainsi la jalousie née naturellement lorsque les amours croisées de notre trio seront mises à jour. Gilda fera ainsi office de muse pour chacun des deux hommes, sachant les titiller là où il faut pour les inspirer. A l’autosatisfaction et à la préciosité pédante de Tommy, ce sera le rejet d’un revers de la main à tous ces écrits cédant à la facilité.

A l’inverse au doute et manque de confiance constant de George, ce sera des louanges constantes de ses peintures auxquelles il ne semble pas croire lui-même. Le désir charnel semble presque s’oublier dans cette émulation artistique et le conflit n’interviendra qu’avec la réussite de Tommy dont la pièce est jouée à Londres et où il doit se rendre pour un temps. S’étant jusque-là bien juré de ne pas laisser intervenir le sexe pour préserver leur amitié, George et Gilda cède au désir dans cette promiscuité inattendue, le pacte étant brisé par une autre réplique culte lancée lascivement par Miriam Hopkins.

It's true we had a gentleman's agreement, but unfortunately, I am no gentleman.

 La réussite de l’un déséquilibre ainsi la relation, la réussite sociale étant synonyme de division. Cela se vérifie d’ailleurs dans d’autres grands Lubitsch de l’époque comme Haute Pègre (1932) où notre duo d’escroc ne se disloquera que quand Herbert Marshall cédera au avances de la richissime Kay Francis. Ce déséquilibre réveillera également le manque dans une relation qui ne peut qu’exister sous cette forme immorale du ménage à trois. Le raffinement et l’attention de Tommy manquent ainsi à Gilda dans les bras de George, l’ardeur et la passion de ce dernier dans ceux de Tommy. Fredric March exprime ainsi une fragilité inattendue sous les manières de dandy tandis que Gary Cooper mêle rudesse et sensibilité avec un talent certain. 

S’il fait preuve d’une subtilité certaine – ce smoking au matin qui révèle l’adultère mieux que n’importe quelle scène longuette et explicite – c’est surtout par sa tonalité frontale que Lubitsch oppose si bien les amours interdites de ses héros avec celle plus convenue du monde réel. Le désir s’exprime brutalement et place à égalité l’homme et la femme dans son élan pulsionnel. Gilda avoue ainsi le plus naturellement du monde sa passion équivalente et complémentaire pour Tommy et George, Miriam Hopkins faisant passer avec autant de charme que de gêne un dilemme qu’on associe assez injustement à la seule libido masculine. On savourera toute la finesse de Gary Cooper lorsqu’enfin seul avec Gilda il cède à son attirance irrépressible pour la prendre dans ses bras, la dimension animale et romantique de ce désir s’exprimant dans un même élan.

L’attrait comme le conflit s’exprime ainsi avec franchise dans cette vie libertaire quand ce n’est que frustration, retenue et compromis dans la haute société. Gilda l’apprendra à ses dépend dans la prison dorée qu’elle se sera constitué en désirant une vie décente en tant qu’épouse de Plunkett. Lubitsch ne juge pas ce dernier si sévèrement (ce cocu magnifique étant un des personnages les plus mémorables de Lubitsch, le dernier adieu est très touchant) mais simplement son amour pour Gilda est incompatible avec sa profonde soumission aux conventions. Le final audacieux nous amène un délicieux et amoral statu quo, plus poussé d’ailleurs puisque ce baiser partagé à trois ramène le trio à une vie commune placée sous la forme de l’art et du sexe, sans ambiguïté.

Sorti en dvd zone 2 français chez Bac Film


mardi 6 août 2013

La Femme la plus riche du monde - The Richest girl in the world, William A. Seiter (1934)


Héritière d’une immense fortune, Dorothy Hunter est persuadée que personne ne l’aime pour elle-même et non pour son argent. Elle décide de se faire passer pour sa secrétaire Sylvia. La vraie Dorothy, attirée par le beau Tony Travers, le pousse à̀ tomber amoureux de Sylvia. Mais le stratagème de Dorothy est trop hasardeux et commence à se retourner contre elle...

Une fort agréable comédie romantique qui a la particularité de réunir le mythique couple des Chasses du comte Zaroff (1932), Fay Wray et Joel McCrea. C'est pourtant bien Myriam Hopkins qui est au centre de l'attention en riche héritière cachée du monde depuis son enfance.

Dorothy Hunter (Myriam Hopkins) orpheline très jeune a toujours été protégée des difficultés, le début du film créant même le mystère quant à son apparence puisque personne ne l'a jamais vue et que l'on découvrira qu'elle use de sa secrétaire Sylvia (Fay Wray) comme un leurre se faisant passer pour elle pour les représentations officielles. Se rendant compte que sa fortune attire ou complexe les prétendants, elle va à son tour endosser l'identité de sa secrétaire lorsqu’elle va tomber amoureuse d'Anthony Travers (Joel McCrea) afin d'éprouver ses sentiments.

On aura donc un curieux triangle amoureux, Dorothy séduisant Anthony tout en le jetant les bras de sa secrétaire jouée par une Fay Wray tout en charme et décontraction qui met bien en valeur son personnage plus en retrait. Plutôt que d'exploiter toutes les situations de vaudeville qu'offre le postulat (sachant que le personnage de Fay Wray est marié aussi et voit d'un mauvais œil son activité de doublure trop poussée), le scénario de Norman Krasna s'appuie plutôt sur les personnages et notamment en explorant l'ambivalence de Dorothy. A force de guetter la sincérité de l'autre, notre héroïne recherche une perfection et une dévotion qui exclut toute la part d'inconnu d'une romance, poussant le stratagème beaucoup trop loin.

Miriam Hopkins est épatante dans ce registre où à tout moment son jeu enjoué se voit subtilement teinté d'un nuage de doute angoissé. A l'inverse Joel McCrea compose un personnage confondant de naturel, sûr de ses réactions et sentiments malgré les manipulations de Dorothy. La manière dont se décante la situation lors de la conclusion use d'ailleurs brillamment de ce bon fond et de son caractère brut de décoffrage. Et la fin ouverte maintenant le secret initial est assez épatante, un très bon moment.

Sorti en dvd zone 2 français au éditions Montparnasse dans la collection RKO

jeudi 11 octobre 2012

Haute Pègre - Trouble in Paradise, Ernst Lubitsch (1932)


Gaston Monescu, célèbre voleur mondain, rencontre l'âme sœur en la personne Lily de Vautier, jeune et séduisante pickpocket. Ils décident d'associer leur talent pour soulager la riche et célibataire Madame Colet, dans la vie de laquelle Gaston a réussi à s'immiscer. Mais Lily veille.....

Film favori de son réalisateur, Trouble in Paradise représente déjà une forme de quintessence de la Lubitsch Touch transcendée ici par le contexte Pré Code autorisant toutes les audaces. Lubitsch comme souvent va chercher ici son inspiration dans une pièce hongroise (comme ce sera le cas pour les futurs Ange et Ninotchka par Melchior Lengyel, The shop around the corner de Nikolaus László et Le ciel peut attendre par László But-Feketé), The Honest Finder/A Becsületes Megtaláló écrite en 1931 par László Aladár. Autre habitude aussi de ses grandes comédies des années 30, l'intrigue se situe dans la haute société européenne où de la frivolité et des caractères intéressés il saura faire naître les sentiments les plus délicats.

Ce mélange singulier de cynisme et de romantisme se signale dès la mémorable scène d'ouverture à Venise décrivant la rencontre entre Herb Marshall et Myriam Hopkins. On en reste à la séduction courtoise tant que chacun porte encore son masque, baron pour lui et comtesse pour elle mais c'est véritablement lorsqu'ils se découvrent tout deux escrocs chevronnés et partagent leur virtuosité à se dépouiller l'un l'autre que l'amour naît entre eux. L'amour véritable ne semble pouvoir naître que dans l'authenticité représenté par nos deux voleurs, les codes du paraître de la haute société entravent eux l'expression de sentiments sincère.

Cette idée va être mise à rude épreuve lorsque notre duo va tenter d'arnaquer la riche et belle Madame Colet (Kay Francis) dans la vie de laquelle ils s'immiscent pour mieux la spolier. Lubitsch déploie des trésors d'audaces pour dépeindre le désir naissant entre Herb Marshall peu à peu désarçonné par le charme d'une divine et élégante Kay Francis. Regards équivoques et brûlant de désir de Madame Collet (la séparation après le premier dîner), dialogues à double sens brillants et situations inventives filmé de manière virtuose par Lubitsch rendent donc le spectacle délectable. La scène d'ouverture/fermeture des portes des chambres d'Herb Marshall et Kay Francis par son sens du montage et de l'ellipse est absolument géniale dans cette idée, le simple cliquetis d'une serrure faisant plus travailler l'imagination qu'une scène d'amour plus explicite.

Tout a été pourtant dit dès l'ouverture et la possible et réelle histoire d'amour entre le voleur et la riche héritière est vouée à l'échec. Lubitsch nous y prépare par le dialogue lorsqu’enfin tombé dans ses bras Herb Marshall découvre les velléités possessives de Madame Collet qui se sent désormais propriétaire de son employé qui lui a cédé. Lorsque les masques tomberont son statut de voleur aura moins de poids malgré son attitude noble que celle du vrai escroc de l'affaire issu du même milieu et contre lequel on ne saurait agir. Le constat est assez noir malgré la fougue de l'ensemble, seuls ceux sachant se reconnaître comme semblable peuvent s'unir en ne se cachant pas de ce qu'ils sont (notre coule de voleur) quand chez les nantis cette franchise est synonyme de rupture.

Lubitsch fait preuve d'un sens du rythme toujours aussi parfait (82 minutes mené tambour battant) et met idéalement en valeur son excellent casting. Herb Marshal en simili Arsène Lupin (inspiré d'un vrai cambrioleur hongrois virtuose Georges Manolescu dont les mémoires parus en 1907 furent adaptées dans deux films muets) virant à l'amoureux transi fait preuve d'un bagout et d'une aisance parfaite, Myriam Hopkins la plus franche et sincère de tous est très attachante et difficile de ne pas succomber à Kay Francis en aristocrate se délestant de sa frivolité pour un désir plus pressant.

On n'oubliera pas non plus l'amusant duo de prétendants éconduits formé par Charles Ruggles et le futur cocu magnifique de Sérénade à trois Edward Everett Horton en Filiba. Ce classique de Lubitsch resta longtemps invisible après son succès initial, l'instauration du rigoureux Code Hays entretemps le privant de toute ressortie jusqu'en 1968.

Sorti récemment en dvd zone 2 français et pour une édition plus fournie Criterion l'a édité il y a quelques années avec sous-titres anglais

Extrait

vendredi 9 décembre 2011

La Rumeur - The Children's Hour, William Wyler (1961)


Dans une petite ville de province, deux amies Karen Wright et Martha Dobie dirigent une institution pour jeunes filles, aidées par Lily, la tante de Martha, une ancienne actrice excentrique. Fiancée au médecin Joe Cardin, Karen a du mal à s'engager et à laisser à Martha la direction de l'école. Mary, une élève insolente et menteuse, alors qu'elle a été punie, lance la rumeur que les deux professeurs ont une relation "contre-nature". Elle commence par le raconter à sa grand-mère... 

La Rumeur fut un des tout premiers films hollywoodiens à aborder ouvertement la question de l'homosexualité. Le film offrait l’occasion à William Wyler de se montrer plus respectueux de la pièce de Lilian Hellmann qu’il avait adapté une première fois en 1936 avec Ils étaient trois. Dans cette version, Code Hays oblige, toute allusion à l’homosexualité disparaissait remplacé par un plus commun récit de triangle amoureux auquel venait se greffer la thématique de la rumeur issue de la pièce. Miriam Hopkins tenait dans ce premier essai le rôle tenu par Shirley MacLaine dans le remake et joue cette fois sa tante. Shirley MacLaine se plaindra néanmoins plus tard d’un Wyler encore trop timoré qui recula finalement en coupant nombre de séquences trop explicites au montage mais qui depuis ont été réintroduite dans le film lors de sa sortie dvd.

Le récit narre les tourments de deux directrices d'école jouées par Shirley MacLaine et Audrey Hepburn qui se voient montrées du doigt par la communauté suite aux accusations lancées par une élève voulant se venger d'une punition. Le tout début fonctionne comme les autres films de l'époque abordant le sujet, dans le nom dit et la suggestion : le personnage de MacLaine éternellement célibataire et jalouse de James Garner fiancé d’Hepburn, cette dernière si obstinément attachée à son amie qu’elle refuse les multiples demande en mariage dont elle est l’objet et ne semblant jamais totalement se laisser aller au contact de son fiancé. Sans que le mot homosexualité ne soit prononcé, Wyler distille une ambiance trouble bascule lorsque le sujet est abordé frontalement lorsque le scandale éclate enfin.

Le film devient très intéressant du point de vu des réactions de la population lorsque la rumeur se répand, avec tous les enfants retirés de l'école sans explication et les deux héroïnes traitées en paria. Cela pourrait donc être un énième récit sur le pouvoir de la calomnie mais la conclusion risquée voit carrément l'aveu de Shirley MacLaine lors d'une scène poignante où elle exprime toute la détresse et l'incompréhension qu'elle a de ressentir de tels sentiments.

Cette culpabilité est renforcée par le cadre oppressant de cette petite ville américaine puritaine. Le personnage d’Hepburn s’avère plus ambigu. Attachée à son amie mais ne partageant pas ses penchants, elle instille néanmoins le doute car malgré sa relation « normale » avec un homme une scène muette lors de la conclusion laisse à supposer qu'elle allait retrouver MacLaine suite à sa confession. Pour la réconforter ou lui avouer une attirance réciproque, la question restera entière…

Malgré l’audace du propos aucune scène trop ouvertement sensuelle ne traverse bien sûr le film et on peut néanmoins s’interroger sur la morale finale. Le courage tiens plus au fait de traiter du sujet que de le défendre, l’homosexualité étant malgré tout vue comme une malédiction et Shirley MacLaine punie pour sa « déviance » lors de la conclusion. Entre mélodrame et quasi thriller par instant, Wyler offre pourtant une œuvre marquante où le visage de la haine est aussi celui de l’innocence avec une terrifiante méchante qui n’est pourtant qu’une gamine de 10 ans (fabuleuse Karen Balkin).
Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

samedi 11 juin 2011

Un Amour désespéré - Carrie, William Wyler (1952)


Georges Hurstwood est un chef de famille respectable qui gagne très confortablement sa vie. Mais il abandonne tout pour vivre un amour désespéré...

Carrie semble né d'un des grands succès de la Paramount de l'année précédente, Une Place au soleil de George Stevens. Ce dernier était adapté du roman Une Tragédie Américaine de Théodore Dreiser où étaient magnifiquement retranscrit les grands thèmes de l'auteur sur les inégalités sociales, l'ambition et les personnages tragiques brisés par le destin. Premier livre plus méconnu de Dreiser, Sister Carrie se voyait donc à son tour transposé sur grand écran certainement grâce à la réussite artistique et au plébiscite public comme critique du film de Stevens.

Si dans Une Place au Soleil le sort s'acharnait sur le jeune ambitieux incarné par Montgomery Clift, il brisera cette fois les espoirs de l'homme mûr et rangé magnifiquement interprété par Laurence Olivier. Tombé amoureux de Carrie (Jennifer Jones) jeune femme fraîchement installée à Chicago, les obstacles s'accumulent pour empêcher leurs union. Hormis une Miriam Hopkins détestable en épouse acariâtre soucieuse des apparences, il n'y a pas de réel méchant dans Carrie. C'est tout simplement le poids moral d'une société pas prête accepter qu'un homme souhaite tout recommencer par amour, qu'une jeune femme s'abîme par nécessité et qui se pose en inquisition.

L'aspect concernant Jennifer Jones est remarquablement traité par Wyler, tout en subtilité pour contourner la censure.Lorsque à la rue et sans emploi elle est contrainte de vivre chez Eddie Albert, une transition de plusieurs semaine la fait passer en un plan de la naïve provinciale à la fille perdue par un simple dialogue anodin avec une fillette et un changement de coiffure. Le chignon et le chapeau strict laissant place à des cheveux tombant pour signale ainsi sa perte d'innocence avant que la situation ne nous le dévoile de manière effective.

C'est pourtant la lente et terrible déchéance sociale de Laurence Olivier qui émeut le plus. Olivier avait déjà collaboré avec Wyler sur Les Hauts de Hurlevent pour ses débuts Hollywoodiens et le réalisateur avait eu toute les peines du monde a lui faire perdre ses tics de théâtre mais Olivier lui en fut par la suite reconnaissant. En toute confiance il délivre donc là une de ses plus poignantes prestations avec cet homme ranimé par une fièvre amoureuse qu'il pensait éteinte et qui va tout risquer pour l'entretenir. C'est compter sans une terrible malchance et des choix malheureux, la fougue romantique des premiers instants s'estompant progressivement pour ne plus laisser qu'un quotidien morne et sans issue.

Maître de la transformation, Olivier fait passer cet homme dans la force de l'âge à véritable épave au termes de multiples coups dur et les dernières minutes du film le mettant plus bas que terre sont vraiment dures à suivre. Jennifer Jones apporte également de belles nuances à ce type de personnages qu'elle connaît bien en croisant fragilité et détermination et est à la hauteur de l'intensité d'Olivier notamment lors d'un terrible échange plein de rancoeur après une fausse couche ou des retrouvailles finales douloureuse.

Un magnifique drame superbement filmé par Wyler (ce mouvement de grue terrible en plongée sur l'hospice à la fin) et porté par une reconstitution somptueuse.

Sortie en dvd zone 2 français chez Paramount

Petit montage de fan