Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 8 mars 2012

Performance - Nicolas Roeg et Donald Cammel (1970)


Chas est un truand recherché par le milieu après avoir commis un meurtre. Il trouve refuge dans la demeure d'une rock star décadente, Turner, auprès de qui il se fait passer pour un artiste devant l'accompagner lors de sa prochaine tournée.

Si Performance est le premier film « officiel » de Nicolas Roeg, on aura eu le loisir d’assister à la naissance du cinéaste de manière indirecte dans des œuvres signées par d’autres. Roeg débute en effet sa carrière en tant que directeur photo et rétrospectivement sa patte semble manifeste dans diverses productions où il aura officié avant de se lancer. Il vampirise ainsi certains films où des motifs visuels et narratifs récurrents de sa future filmographie s’affirment dans le regard d’autres réalisateurs qui ne rééditeront jamais les expérimentations d’alors. C’est dire la force du regard de Roeg, puisque ce sont des artistes majeurs qui se verront ainsi parasités. Le drame historique rural Loin de la foule déchaînée (John Schlesinger, 1967) était ainsi traversé de fulgurances typiques de Roeg, notamment une scène de séduction psychédélique où Terence Stamp séduisait Julie Christie par une démonstration d’escrime, dont le montage saccadé adoptait le point de vue troublé et amoureux de cette dernière. On peut également citer le Fahrenheit 451 de Truffaut dont on sait qu’il rencontra les plus grandes difficultés durant le tournage en Angleterre hors de son élément et dans une langue qu’il ne maîtrisait pas. Dès lors, on peut s’interroger sur la réelle parenté du film quand surgissent les images accélérées durant les missions des pompiers, les scènes d’amour entre Montag et son épouse qu’on retrouvera telles quelles dans un des plus étranges instants de Ne vous retournez pas.

La démonstration s’avère encore plus frappante lorsque Roeg se confronte à un cinéaste moins talentueux comme Richard Lester sur le mélodrame Petulia (1968) dont on a tout simplement l’impression qu'il s'agit d'un film de Roeg avant l’heure. On y trouve un montage expérimental par association d’idées, incrustant de courts inserts surprenants, un jeu sur la répétition et la temporalité. Lester, cinéaste associé au Swinging London (ses différents films sur les Beatles) et à un visuel pop, use ordinairement et grossièrement de ce type d’effets et ses films si modernes à l’époque ont horriblement vieilli aujourd’hui. Pourtant dans Petulia, la subtilité et l’inventivité maitrisée que ne retrouvera plus Lester laissent encore deviner que Roeg eut une emprise bien plus grande qu’un simple directeur photo sur le film. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Petulia sera son dernier film à cette fonction avant de passer pour de bon derrière la caméra.

Pour sa première réalisation, c’est à nouveau le projet d’un autre que Roeg va insidieusement investir. En effet, le film signe à l’époque les grands débuts de Donald Cammel, peintre vedette et coqueluche du Swinging London. Tout le projet semble entouré d’une certaine « hype » car outre Trammel à la réalisation, le casting intégrera bientôt des icônes du moment avec Anita Pallenberg (actrice, mannequin et surtout petite amie de Keith Richards) et Mick Jagger dans son premier rôle au cinéma, la rumeur leur attribuant d’ailleurs une liaison durant le tournage. Donald Cammel bien conscient de ses limites techniques, fait donc appel à Nicolas Roeg pour l’assister. Il fera bien plus que cela en concevant notamment tout l’univers visuel du film et enrichissant l’atmosphère très sex, drugs and rock’n’roll au cœur du script de Cammel. L’histoire offre d’ailleurs un étonnant mimétisme au processus de création de Performance puisqu'il narre l’emprise d‘une personnalité sur une autre.

Le film débute comme un récit de gangster classique agrémenté de quelques excentricités visuelles qui annoncent la suite (le montage alterné étrange lors de la plaidoirie au tribunal) mais néanmoins dans la veine attendue du cinéma pop psyché de l’époque, dont on sent d’ailleurs les concessions d’un Roeg pas maître à bord. Alors que tous ses autres films sauront dynamiter le cinéma classique en y incluant des éléments expérimentaux, ici ce sont ces derniers qui dominent. Performance souffre donc d’une narration parfois en roue libre et d’un rythme souvent laborieux, notamment lorsqu’il donne dans la provocation gratuite. L’intérêt repose donc sur une ambiance unique en son genre et des thèmes qui annoncent en tout point la filmographie à venir de Roeg.

Chas (James Fox) homme de main de la pègre londonienne, se met ses patrons à dos et se retrouve traqué. Il se refugie dans une étrange demeure hippie dont les habitants, entre orgies diverses et délires opiacés vivent une existence tout en excès. Parmi eux, Turner (Mick Jagger), rock star déchue et paranoïaque, et sa compagne Pherber (Anita Pallenberg) forment un couple décadent et manipulateur. Progressivement, un fascinant mimétisme et rapprochement s’opèrent entre les truands et ses hôtes étranges. Le scénario de Cammel reste dans le flou quant au lien se nouant entre Chas et Turner auquel se mêle un ménage à trois avec Anita Pallenberg. La première idée serait celle d’une attirance homosexuelle (une empoignade violente et tendancieuse en début de film y laisse songer) dans l’opposition parfaite des deux personnages.

L’androgyne Turner est troublé par la virilité imposante de Chas tandis que ce dernier trouve une forme de désinhibition dans ces lieux aux antipodes des rapports de force du milieu criminel. Roeg use de son arme favorite du montage pour créer la confusion, que ce soit pour appuyer les penchants indéterminés de Turner (les scènes d’amour avec Pallenberg qui le confondent souvent avec une autre locataire lesbienne au look garçonne jouée par Michele Breton) ou la différence de plus en plus indistincte avec Chas. On pourra trouver les effets quelque peu appuyés pour signifier cette schizophrénie (les fondus enchaînés du visage de Turner sur celui de Chas et inversement), mais l’atmosphère est réellement oppressante et hypnotique, faisant de la demeure un personnage à part entière. Sous l’apparat psychédélique finalement peu original, on distingue la patte de Roeg dans le fond même d’une histoire qu’il n’a pas écrite mais dont il a su mettre en valeur les éléments qui l’intéressent. Le rapport entre Chas et Turner annonce ainsi celui entre le jeune aborigène et les enfants de Walkabout : la fascination de l’étranger, le mimétisme se créant par le cadre commun superficiel et urbain (l’appartement de Performance) ou naturel (le bush australien de Walkabout). Mais surtout, dans les deux œuvres, ce possible rapprochement entre deux univers opposés va voler en éclats, car reposant sur une illusion. Dans Walkabout l’isolement loin de la civilisation renforce le lien entre les jeunes citadins et l’aborigène, mais dès les premiers signes de celle-ci, le lien se rompra dans l’incompréhension.

Avec Performance, c’est une hallucination de Chas après la prise de drogue qui unit définitivement tout le monde mais l’arrivée de ses anciens acolytes brisera tout cela. La séparation se fera dans le sang et la mort mais quelque chose a demeuré de l’expérience. Là se situera la différence entre les deux films puisque la douce nostalgie dominera dans le film de 1970 alors que Performance s’offre une chute bien plus trouble. Emmené en voiture par les malfrats pour un sort peu enviable, Chas jette un regard à la fenêtre de la voiture où l'on a la surprise de découvrir le visage de Turner mort quelques minutes plus tôt. Le jeu de miroir permanent trouve ainsi un aboutissement de génie avec cette dernière image. La Warner, productrice du film, se montrera horrifiée du résultat en découvrant les images, elle qui pensait produire un équivalent aux films rock des Beatles façon Help ou A Hard Day’s Night. De cette idée de départ ne demeure que la cultissime séquence « Memo from Turner » où Jagger prend la pose et chante, Roeg et Cammel y inventant tout simplement tous les futurs codes du vidéoclip. Tourné en 1968, Performance restera dans les tiroirs de la Warner jusqu'en 1970, sortant parallèlement au vrai premier film de Roeg, Walkabout. Les parallèles évidents prouveront que l’on avait bien là affaire à un auteur. Malgré ses scories, Performance est donc le manifeste brillant et bancal d’un génie en devenir.

Sorti en dvd zone 1 français chez Warner et en zone 2 anglais chez le même éditeur également, les deux éditions comportent des sous-titres français



Extrait de la mythique séquence Memo from Turner

jeudi 9 juin 2011

Eureka - Nicolas Roeg (1983)

Au Canada, en 1925, Jack McCann, perturbé par le désespoir et entouré par la mort, devient subitement un homme riche en découvrant un filon d'or. 20 ans plus tard, désabusé et installé sur une île jamaïcaine, il vit reclus avec sa femme alcoolique, sa fille mariée à un homme qu'il déteste, et son associé qui essaie à son insu, via la mafia, de construire un casino.

Cinquième film de Nicolas Roeg, Eureka apportait une nouvelle preuve de sa singularité avec cette histoire simple et profonde mais à nouveau narrée de manière anticonformiste. Le film adapte le livre Who Killed Sir Harry Oakes? de Marshall Houts inspiré d'un des crimes les plus mystérieux (et irrésolu) qui soit avec la mort du milliardaire Harold Oakes. Celui-ci était un aventurier chercheur d'or qui fit fortune en 1912 avec la découverte d'une mine d'or dont il réussit à la force du poignet à conserver le contrôle et faire fructifier. Bien des années plus tard, milliardaire et réfugié aux Bahamas pour échapper au fisc il est assassiné de la manière la plus barbare qui soit, brûlé vif et décapité. Son beau-fils sera accusé, jugé puis acquitté, faisant du meurtre d’Oakes une des plus grandes énigmes criminelles de son temps.

Nicolas Roeg suit très fidèlement la tournure des évènements telle qu'on la connaît mais comme toujours avec lui le résultat final ne ressemble à rien de connu. Le film s'ouvre dans un pur enfer blanc enneigé où Jack McCann (Gene Hackman) oppose sa volonté de fer à la fureur des éléments avec un objectif inébranlable : trouver un filon d'or. Roeg instaure une pure atmosphère fantastique et cauchemardesque où McCann doit abandonner toute humanité pour survivre, renoncer à l'amour et l'amitié pour achever sa quête.

Les visions dantesques s'enchaînent avec un traumatisant et très graphique suicide, des loups qui comme effrayé par la détermination de Jack renoncent à le dévorer et bien évidemment la découverte de la fameuse mine. Là, Roeg déploie une symphonie visuelle, un tourbillon sensoriel par son sens du montage où Jack devient soudain le centre de l'univers, tout puissant et comblé. On ne le sait pas encore mais le climax du film vient déjà de se dérouler avec ce qui sera le moment le plus exaltant de l'existence de Jack.

Nous le retrouvons ainsi bien plus tard, vieil homme riche et repu vivant dans l'opulence de son île Eureka. Cette volonté et cette hargne qui l'ont maintenu en vie dans les neiges hostiles se sont estompées et il semble avoir perdu toute raison de vivre. Pourtant autour de lui avance la jeune génération, toute aussi exaltée qu'il ne le fut jadis dans sa quête de réussite. cela se manifeste par un homme d'affaires mafieux incarné par Joe Pesci souhaitant lui racheter un terrain pour construire un casino, voire même sa propre fille (Theresa Russel) qui le défie dans la passion qu'elle voue à un homme qu'il méprise (Rutger Hauer). Roeg élève magnifiquement son récit au-delà du crime sordide servant de postulat au départ pour une réflexion sur l'ambition, le sens de la vie.

Le rythme se fait boiteux à l'image de l'existence de cet homme qui s'est arrêté et Roeg délivre à nouveau des moments extrêmes et expérimentaux dont il le secret pour illustrer ses thèmes. On retiendra un étouffant et hystérique rituel vaudou et surtout l'incroyable séquence d'assassinat de Jack qui même en partie censurée par le studio est aussi insoutenable que fascinante. L'apparition furtive d'une boule à neige fait le lien avec Citizen Kane (là encore un faux biopic qui partait complètement ailleurs) et fait le lien avec le souvenir le plus joyeux de leur personnage principal.

Gene Hackman, intense ou totalement éteint est absolument incroyable et le film ne retrouve plus cette hauteur une fois son personnage disparu. Le procès, les atermoiements du couple Rutger Hauer/Theresa Russell, tout cela s'avère bien moins passionnant et surligne ce qu'on avait saisi sans explications (Jack a organisé son propre suicide) même si de beaux moments demeurent comme ce dialogue suspendu et hors du temps dans le tribunal.

La conclusion semble suggérer que seul ceux n'ayant pas encore réalisés leur rêve ou déterminé sa nature sont destinés à vibrer encore (le personnage le plus instable s'envolant vers d'autres cieux) les autres n'ayant plus que la solitude. Sans atteindre la magie de Walkabout ou le malaise de Ne vous retournez pas encore une grande réussite pour Nicolas Roeg.

Sorti en dvd zone 2 françaischez Potemkine


jeudi 24 février 2011

Walkabout - Nicolas Roeg (1971)


Deux jeunes frère et sœur occidentaux se retrouvent abandonnés dans le bush après le suicide de leur père. Survivant tant bien que mal dans le désert hostile, ils rencontrent un jeune aborigène en plein « walkabout », cette errance initiatique rituelle.

Pour son deuxième film après l'expérimental Performance, Nicolas Roeg réalisait peut être son chef d'oeuvre avec cet immense Walkabout. Adapté d'un roman de James Van Marshall, le film part d'un postulat simple et exprime des thèmes d'une grande profondeur dans une gamme de sentiment complexe et contradictoires par la seule puissance formelle de son réalisateur divinement inspiré.

Après une courte introduction urbaine, nous somme donc immédiatement plongé dans le bush australien avec nos deux jeunes héros rapidement livrés à eux même après la disparition tragique de leur père. La méthode Roeg frappe d'entrée avec ses échanges creux entre le père et ses enfants, le malaise ambiant qui va conduire au drame se ressentant dans les non dits, les regards fuyant puis part le brutal rebondissement filmé avec étrangeté dans un montage déroutant.

La soeur (Jenny Agutter) et le frère (Luc Roeg le jeune fils de Nicolas Roeg) dont on ne connaîtra jamais les prénoms entament alors une longue errance dans le gigantesque bush australien qui leur est en tout point hostile tant leur éducation citadine les à peu préparée à pareille épreuve. Soleil de plomb, sécheresse, panorama à la l'horizon infinie en forme de prison à ciel ouvert rien ne semble être épargné aux malheureux d'autant que Roeg filme le bush comme s'ils se trouvaient sur une autre planète. Le score hypnotique de John Barry accompagne donc une symphonie de sensations exprimée par le montage (avec de nombreux inserts sur les animaux les plus étranges qui soit accompagnant la marche des personnages), la photographie donnant des teintes surnaturelles aux décors naturels et au ciel et la réalisation de Roeg qui confère autant de beauté que de menace à ce cadre hors normes qu'on a jamais vu ainsi depuis et ni même avant.

Le salut arrive donc d'un jeune aborigène (David Gulpill) en plein walkabout, ce rite de passage tribal où les jeunes doivent entreprendre une errance dans l'étendue sauvage en communion avec la nature et en quête d'eux même pour en revenir transfiguré et adulte. Le film se soustrait alors à toute les règles de narration classiques pour totalement envouter dans son illustration du rapprochement entre les deux civilisations avec un sentiment de quiétude et de fraternité.

Le jeune frère si chétif au départ devient donc endurant au contact de cet aborigène lui enseignant la manière de se mouvoir, nourrir et se protéger dans cette contrée avec un mimétisme et une complicité palpable entre eux (le jeune garçon finit par être constamment torse nu puis arbore les peintures rituelles de son ami, l'aborigène qui se lève un matin et allume le poste de radio le plus naturellement du monde). Il en va de même avec Jennifer Agutter qui perd peu à peu ses inhibitions (voir cette longue nage nue dans une crique) tandis que l'aborigène se laisse gagner lentement par un certain désir pour elle, tout deux étant magnifié par Roeg dont la caméra est avide du contact de leur corps jeune et souple.

Le sujet pourrait d'ailleurs laisser croire à une mise en scène naturaliste et dépouillée, il n'en est rien. Roeg use de tout les artifices à disposition hérités de son passé de monteur et directeur photo pour rendre l'expérience constamment surprenante et sensitive. On trouve ainsi un montage en forme d'associations d'idées lorsque David Gulpill achève la bête qu'il chassait avec des inserts d'un charcutier reproduisant son geste comme pour signifier sa teneur universelle pour l'homme amener à se restaurer.

A un autre moment lorsque le jeune garçon décidera de narrer un conte de sa connaissance à l'aborigène (qui n'y comprend mot) à nouveau de brève image de page qui se tournent viendront accompagner la séquence. Le film avait à peine 14 pages de script et laissait libre court au évènements, caprices de la natures et improvisation de l'équipe et cette liberté se ressent dans l'immense respiration que constitue l'ensemble.

Ce bonheur n'est pourtant qu'éphémère et les différences vont finalement causer un fossé insurmontable. Dans le livre, l'aborigène mourrait en ayant contracté au contact des blancs une maladie inconnue de son organisme. Roeg va donner un tour plus poétique à ce mal en faisant de l'incompréhension mutuelle et l'influence des blancs les instruments de la chute de l'insouciant aborigène. Après nous avoir montré la communion de l'homme avec son environnement dans les magnifiques scènes de chasse, on assiste à un massacre gratuit et pour la forme de diverses bêtes par un groupe de chasseur.

Alors que l'aborigène se fondait dans la nature et ne troublait pas le cours naturel de la vie (tuer pour se nourrir) l'envers de cette séquence montre des hommes tuant pour le plaisir et laissant les carcasses au vautours. Roeg par un jeu sur la vitesse de l'image et un montage saccadé montre l'aspect intrusif et nocif de leur acte en brisant la tonalité contemplative en cours jusque là. L'autre point constitue la romance avortée entre Jennifer Agutter et l'aborigène où l'ambiguïté est de mise entre un vrai rejet et une incompréhension puisqu'une danse rituelle d'amour sera perçue comme une menace.

La conclusion fait écho à l'ouverture et notre héroïne revenu à une urbanité plus conforme semble exprimer le regret de cette aventure et du sentiment de liberté d'alors, son regard se fondant dans le souvenir d'une après midi de baignade. Le poème A Shropshire accompagnant les dernières images en voix off renforce l'émotion des images en surlignant merveilleusement leur mélancolie.


Into my heart an air that kills
From yon far country blows:
What are those blue remembered hills,
What spires, what farms are those?

That is the land of lost content,
I see it shining plain,
The happy highways where I went
And cannot come again.



Un des joyaux du cinéma anglais, ce qu'on appelle un chef d'oeuvre.

Sorti en dvd zone 2 français dans chez Potemkine la collection Agnès B et pour les plus fortuné et anglophone il existe une magnifique édition Critérion en zone 1


mardi 8 février 2011

Ne vous retournez pas - Don't Look Now, Nicolas Roeg (1973)


Laura et John Baxter perdent leur fillette qui se noie accidentellement. Plus tard, le couple séjourne à Venise pour des raisons professionnelles. Des visions et des rencontres étranges ravivent chez le couple le souvenir de leur petite fille disparue.

Directeur photo brillant durant les 60's pour David Lean, François Truffaut, Richar Lester ou John Schlensinger (dans respectivement Docteur Jivago, Fahrenheit 451, Petulia ou Loin de la foule déchaînée les trois lui permettant de côtoyer Julie Christie avant ce film) l'anglais Nicolas Roeg possède une des filmographies les plus singulière qui soit. Après l'expérimental Performance et le naturaliste Walkabout, Don't Look now est son troisième film et sûrement le plus culte avec le suivant L'Homme qui venait d'ailleurs avec David Bowie.

Adaptation d'une nouvelle de Daphné Du Maurier, c'est sans doute un des longs-métrage les plus étranges des 70's. Le film s'ouvre sur un drame terrible où le couple formé par Julie Christie et Donald Sutherland perdent leurs fille dans une noyade accidentelle. Dès cette première séquence, le ton s'avère déroutant avec un montage jouant le mimétisme entre les gestes quotidien des parents dans la maison et ceux de la fillette allant vers son fatidique destin. D'emblée cette dilatation inédite du temps qui aura cours tout au long du film se manifeste en distillant des petits indices de l'incident tragique et plaçant déjà une facette prémonitoire mais inéluctable néanmoins face aux évènements à venir.

On retrouve notre couple encore fragilisé par la perte quelques mois plus tard à Venise, où Sutherland est chargé de restaurer une église. Là Roeg distille une atmosphère singulière et dérangeante où différente rencontres et évènements les ramènent constamment au souvenir de leur fillette disparue. Cela se manifeste tout d'abord par les visions d'une médium aveugle (Hilary Mason) qui les trouble en devinant leur deuil récent et la présence de leur fille toujours parmi eux, mais aussi de funestes présages à venir en sommant Sutherland de quitter Venise au plus vite. Les apparitions nocturnes inattendues d'une silhouette enfantine arborant le manteau rouge de leur fille n'est pas des plus rassurante. Roeg ose une lenteur incroyable dans sa narration qui plonge dans une torpeur et un ennui volontaire qui transforme le film en expérience sensorielle cauchemardesque aux confins du fantastique, sans obéir au enchaînements typique attendus du genre et laissant jusqu'au bout l'expectative.

On a rarement vu Venise filmée ainsi, la photo grise et vaporeuse de Anthony B. Richmond (et de Roeg lui même en partie) prolongeant cette sensation de songe dérangeant. On peut largement supposer que Brian De Palma connaissait ce film au moment de faire son Obsession tant les ambiances sont voisines notamment les scènes dans les églises et leurs vitraux inquiétant, la façon dont les inserts de tableaux délivrent des indices après coup (et aussi la présence de Pino Donaggio futur compositeur attitré De Palma qui signe là son premier score de cinéma) Florence doté de la même aura inédite.

Roeg croise une tonalité très naturaliste avec une stylisation très expérimentale par son utilisation du son, le montage sensoriel qu'on ressentait déjà dans Petulia (évoqué en janvier sur le blog) mais poussé dans ses derniers retranchements ici. L'attention maintenue constamment tient grandement aux prestations mémorable de Julie Christie et Donald Sutherland, couple fusionnel et aimant dans l'épreuve qu'il traverse (dont une scène de sexe assez décomplexée qui restera dans les mémoires) et assez à contre emploi par rapport à leur image de l'époque (icône romantique glamour pour Christie, clown farfelu pour Sutherland même si Klute est déjà passé par là deux ans plus tôt.

Une véritable expérience filmique donc qui nécessite plusieurs visions pour en saisir toute les nuances, notamment lorsqu'arrive le terrible final où le titre en forme d'avertissement trouve son explication dans une scène stupéfiante qui annonce d'ailleurs un genre phare du cinéma italien, le giallo. Les symboles avant coureurs de l'horreur à venir reviennent alors à l'esprit et incite à une revoyure immédiate aussi glaçante soit l'expérience.

Sorti en dvd zone 2 français au début des années 2000 mais l'édition est aujourd'hui très onéreuse car difficilement trouvable donc opter pour le zone 1 Paramount doté de sous titres anglais et d'une vf.