Le Temps du massacre marque un tournant dans la filmographie de Lucio Fulci. Le futur poète morbide du cinéma d’horreur avait démarré sa carrière dans la comédie, faisant notamment office d’artisan compétent au service du duo comique Franco et Ciccio pour lesquels il signera une dizaine de films. Las de ce registre, Fulci va signer son premier western avec Le Temps du massacre, arborant ici et là quelques éléments de son cinéma à venir.
Sorti quelques mois plus tôt en cette même année 1966, Django de Sergio Corbucci avait introduit une certaine dimension gothique dans le western spaghetti, tout en faisant de Franco Nero une star. Le Temps du massacre surfe très timidement sur ces innovations et laisse par intermittences apparaître le futur Fulci. Alors qu’un Corbucci se révèle à lui-même dans le western dans Django, ou que dans un autre registre un Antonio Margheriti exporte son passif gothique dans une œuvre comme Avec Django, la mort est là (1968), Fulci est encore un cinéaste qui se cherche dans Le Temps du massacre. La dimension shakespearienne et mythologique contenue dans le script de Fernando Di Leo n’est guère exploitée formellement par Fulci, et les enjeux bien que surlignés (la parenté et l’exil mystérieux du personnage de Franco Nero) sont amenée de façon assez confuse dans la narration. Là où l’on retrouve le Fulci à venir, c’est dans l’expression frontale et sadique de la violence. Le réalisateur affirme avoir voulu traduire un théâtre de la cruauté en forme d’hommage à Antonin Artaud, et effectivement certaines séquences éprouvantes marquent durablement. La scène d’ouverture suivant un malheureux au centre d’une chasse à courre et finissant dévoré par les chiens donne le ton, et plus tard l’expression extatique, presque sous substances, du personnage maléfique Jason Scott (Nino Castelnuovo) exposent des moments assez dérangeants. Malheureusement en dehors de ces débordements, il manque une certaine dimension faisant sortir le film du tout-venant, notamment le climax vraiment très basique et peu marquant. Franco Nero est toujours aussi charismatique mais parait bien moins habité que dans Django. En définitive, pas un mauvais moment mais le meilleur reste clairement à venir pour Fulci.Sorti en dvd zone 2 français chez StudioCanal




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