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lundi 13 juillet 2026

War Requiem - Derek Jarman (1989)

Sur les bases de la pièce musicale War Requiem de Benjamin Britten, réflexion poétique autour des horreurs de la guerre.

War Requiem est un véritable poème filmique au sein duquel Derek Jarman dénonce les horreurs de la guerre. Le titre du film reprend celui de l’œuvre sur laquelle va s’appuyer Jarman dans une adaptation toute personnelle, la pièce musicale War Requiem de Benjamin Britten. Celle-ci naît également des cendres de la guerre puisqu’elle fut commandée à Britten en 1958 par le Coventry Art Comitee, dans le but d’inaugurer la nouvelle cathédrale de Coventry, l’ancienne ayant été détruite durant la Seconde Guerre Mondiale par les bombardements allemands. La pièce sera donc jouée pour la première fois en 1962 au sein de la cathédrale fraîchement construite, et va immédiatement remporter un grand succès ainsi que faire sensation par les diverses strates interprétatives qu’elle véhicule dans son sentiment sur la guerre.

La dimension mémorielle et commémorative est indissociable de War Requiem. Benjamin Britten a notamment dédié son œuvre à quatre amis proches, dont trois sont morts sur le front (Roger Burney, David Gill et Michael Halliday) et un en est revenu sans jamais s’en remettre, Piers Dunkerley qui se suicida quelques années plus tard en 1959. La reconstruction de la cathédrale de Coventry repose également sur cette intention mémorielle puisque la ruine de l’ancienne cathédrale se situe à côté de la nouvelle bâtisse. Lorsqu’il décide d’offrir une transposition filmique à l’œuvre de Britten 27 ans plus tard, Derek Jarman est dans une réflexion similaire. Il va ajouter une autre couche mémorielle s’appuyant sur les poèmes de Wilfred Owen, poète et soldat au destin tragique puisqu’il mourut sur le front le jour même de la proclamation de l’Armistice en 1918. Cet ajout contribue à lier les deux grands conflits du 20e siècle et plus globalement de faire de War Requiem un réquisitoire plus universel contre la guerre.

Jarman va user d’un arrangement de War Requiem datant de 1963 et dirigé par Benjamin Britten. Le film use de toutes les grilles de lectures, controversées pour certaine malgré le succès, associées à War Requiem, tout en y intégrant les thématiques propres à Jarman. Cela va donner un objet à la forme aussi fascinante qu’insaisissable. Il y a cette note d’intention pacifiste qui intègre par un montage d’archives différentes images de guerre, de soldats agonisants et autres défilés militaires s’entrecroisant à un semblant de fil rouge fictionnel, mais surtout d’allégorie formelles. Wildred Owen, incarné par Nathaniel Parker fait ici figure de protagoniste martyr mais aussi de narrateur, commentateur de la noirceur du monde par la citation de plusieurs de ses poèmes souvent rédigés durant les rares accalmies au front. 

War Requiem n’est pas vraiment une œuvre facile d’accès, notamment si l’on n’a pas préalablement les clés de compréhension liées à sa source, sa raison d’être et ses questionnements. Le voyage mérite cependant le détour grâce à la forme captivante qu’y appose Jarman. Il tourne durant 18 jours dans un hôpital désaffecté du Kent, et retrouve ce génie du décor entre épure, luxuriance et anachronisme dans de somptueux tableaux. La dimension queer est comme souvent bien présente et apporte une tonalité sacrilège bienvenue empêchant l’ensemble de sombrer dans une approche patrimoniale bien éloignée de l’esthétique protéiforme de Jarman. 

Les effluves de l’agressivité militante de Edward II (1991) sont en germe, d’autant qu’à ce moment là le réalisateur avait appris sa séropositivité (il succombera du sida en 1994). Les citations religieuses formelles et verbales traversent ainsi le récit comme des sentences et/ou fatalité ramenant l’humanité à son imperfection, que ce soit l’Ancien Testament avec la reprise du sacrifice d’Isaac par Abraham, ou l’association entre Wilfred Owen et Jésus-Christ. Inclassable, inventif et poignant, War Requiem est un objet offrant le plus bel écrin filmique et un monument de la musique contemporaine.

Disponible en dvd français chez Malavida

 

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