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mercredi 30 septembre 2026

Alone in the night - Yoru ga mata kuru, Takashi Ishii (1994)

 Nami apprend la mort de son mari policier, qui appartenait à la brigade des stupéfiants. Mais au lieu d'être enterré avec les honneurs, celui-ci est accusé d'être impliqué dans le crime organisé...

Alone in the night est une des œuvres les plus brillantes mettant en scène Nami, figure récurrente de la filmographie de Takashi Ishii. Ce dernier à promené Nami du format papier de ses travaux en manga au grand écran, d’abord en tant que scénariste au sein du studio Nikkatsu dans le cadre de leur Roman Porno (Angel Guts : High-School Co-Ed (1978) et Angel Guts : Red Classroom de Chusei Sone (1979), Angel Guts : Nami de Noboru Tanaka (1979) et Angel Guts : Red Porno de Toshiharu Ikeda), puis en passant à la réalisation dans un cinéma moins orienté « exploitation » et plus mature. Original Sin (1992) et A Night in Nude (1993) avaient constitué de brillantes réussites, montrant toute la profondeur dont Ishii était capable une fois délesté de ses excès. Nami n’est pas un personnage unique traversant les différents films, mais une représentation de la féminité dont la personnalité, et la manière de traverser les épreuves sordides des intrigues d’Ishii, en font une héroïne idéale entre profonde vulnérabilité, force de caractère et résilience.

Alone in the Night s’avère une passionnante réflexion autour de la corruption morale et physique. On a initialement l’impression de se trouver dans une trame de film d’exploitation assez basique, quand Nami (Yui Natsukawa) décide se venger d’Ikejima (Minori Terada), chef de clan yakuza responsable de la mort de son mari (Toshiyuki Nagashima) démasqué en tant que flic infiltré. Nami est cependant loin des héroïnes vengeresses iconiques et plus grande que nature du cinéma japonaise telle la Meiko Kaji de la saga La Femme Scorpion. C’est une jeune femme désespérée dont l’univers entier s’est effondré avec la disparition et le déshonneur de son mari. Cette dépendance s’est révélée par la tendresse de leur seule scène commune en ouverture avant le drame, et par la volonté d’en finir de Nami se tranchant symboliquement les veines avec les résidus d’os de l’incinération de son époux. Dès lors sa vengeance n’a rien de réfléchi, et obéit à une pulsion suicidaire. Muraki (Jinpachi Nezu), un membre du clan Ikejima, va tenter de freiner cet élan sans pouvoir complètement l’empêcher.

Nami semble revivre à son échelle bien plus vulnérable l’expérience de son mari disparu en s’infiltrant à son tour au sein du clan. Elle va y subir l’avilissement et la dépravation, ses tentatives d’assassinat du boss fonctionnant comme des actes manqués. Elle n’a pas suffisamment vécu les affres de cette corruption morale et physique pour franchir le pas d’être une meurtrière. Original Sin et A Night in Nude étaient des productions V-Cinema destinées au marché de la vidéo.  

Alone in the night était destiné au même circuit mais au moment de caster Nami, Takashi Ishii est subjugué par le charisme de Yui Natsukawa, parfaite pour le rôle. Cette dernière, pas impressionnée par les scènes de nudité ou les outrages très graphiques subit par son personnage, n’a qu’une exigence : que le film soit distribué en salle.  Cela va bouleverser l’économie habituelle d’Ishii et son producteur Yu Okada (le V-Cinema ne nécessitant pas d’un budget de promotion ou d’affiches) mais Ishii va utiliser la manne financière gagnée après une récompense au Festival de Sundance pour parvenir à ses fins. 

Le film est produit dans les conditions modestes du V-Cinema avec un tournage en dix jours, mais cette rallonge va en faire la réalisation la plus formellement chiadée d’Ishii à ce stade. Original Sin et A Night in Nude avaient révélés les aptitudes de mise en scène d’Ishii, mais essentiellement par le choix de ses cadres, compositions de plan et angle singulier. Alone in the night ajoute à ces qualités un véritable sens de l’atmosphère. La photo de Norimichi Kasamatsu et Yasushi Sasakibara installe une tonalité urbaine menaçante et funeste par ses teintes bleutées capturant les panoramas tokyoïtes. A d’autres moments la symbolique onirique traverse l’image, tel ce rayon « céleste » dissimulant l’intimité de Nami flottant dans un bassin, ou illuminant sa scène d’amour avec Muraki comme pour raviver un soupçon d’humanité dans ce milieu sordide.

Les intérieurs enfumés des bas-fonds sont eux capturé par une caméra subjective et mobile saisissante lorsque Muraki vient arracher Nami à une maison de passe. La longue séquence toute en ellipses et plans fixes lorsque Muraki doit sevrer Nami installe une proximité, intimité et affection progressive d’une délicatesse dont on n’aurait pas cru capable le Ishii provocateur des débuts. Tout le récit laissait croire à un mimétisme entre l’expérience éprouvante de Nami et celle de son mari infiltré, mais cette thématique de souillure morale et physique se rattachera au contraire à celle d’un autre protagoniste. 

L’instinct de vengeance, l’amour et la compréhension après avoir vécu un voyage au bout de la nuit similaire se disputent ainsi lors d’un climax intense sur les toits. L’épure du décor se disputent à l’excentricité de certains éléments de décors, comme pour signifier la confusion entre les sentiments nobles et la déchéance traversée par les personnages. Un grand drame qui voit Ishii signer un de ses meilleurs films. 

Disponible en bluray chez Carlotta 

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