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samedi 28 mars 2026

L'Enfer des zombies - Zombi 2, Lucio Fulci (1979)

 Un bateau semblant abandonné dérive dans le port de New York. Les garde-côtes interviennent et se font agresser par une créature monstrueuse qui y gisait caché. Pensant que le voilier est celui de son père disparu, Anne se rend dans les Caraïbes, à la recherche de celui-ci. Accompagnée par un ami journaliste, elle débarque sur une île réputée maudite sur laquelle vit le docteur Ménard. Ce dernier explique que, depuis quelques temps, les morts reviennent à la vie pour dévorer les vivants.

 Avant L’Enfer des zombies, Lucio Fulci pouvait être considéré comme un artisan touche à tout surfant avec talent sur les différentes modes du cinéma d’exploitation italien. Néanmoins, ses plus grandes réussites jusqu’à lors lorgnaient vers le thriller et l’horreur, déployant un sens esthétique et une virtuosité certaine dans le drame historique Béatrice Cenci (1969) ou les gialli Le Venin de la peur (1971) et L’Emmurée vivante (1977). Ces prédispositions allaient enfin pleinement s’épanouir dans L’Enfer des zombies, le film avec lequel Fulci entre de plain-pied dans l’horreur, et entame le cycle glorieux qui allait faire sa légende. Le film est au départ une production opportuniste cherchant à surfer sur le succès du Zombie de George Romero (1978). 

Le producteur Fabrizio de Angelis met le projet sur pied très rapidement à cet effet, et engage Lucio Fulci dont il a apprécié le travail sur L’Emmurée vivante. On peut véritablement parler de rencontre avec son sujet pour Fulci, ainsi qu’un contexte d’inspiration parfait puisque les collaborateurs rencontrés sur le film vont le suivre sur toutes les grandes réussites à venir (Frayeurs (1980), L’Au-delà (1981), La Maison près du cimetière (1981), L’éventreur de New-York (1982)) comme le scénariste Dardano Sacchetti ou le compositeur Fabio Frizzi.

Si le cadre américain, certaines situations (le siège final) et l’opportuniste titre italien faisant croire à une suite s’inscrivent dans le sillage du Zombie de George Romero, Fulci impose indéniablement sa patte sur le film. Le seul authentique film d’épouvante de la trilogie des morts-vivants de Romero était surtout le premier volet, le glaçant La Nuit des morts-vivants (1968). Zombie lorgnait davantage vers la chronique et le film d’action, ce dont va se détacher L’Enfer des zombies, qui oscille entre quête d’explication scientifique et retour aux sources occultes du mort-vivant par le cadre d’une île caribéenne ainsi que le vaudou – le Vaudou de Jacques Tourneur (1943) en tête. Fulci orchestre de saisissants et inédits moments de terreur comme cette séquence sous-marine où se dispute la menace d’un requin et celle d’un zombie amphibie. 

Le cadre de l’île permet au réalisateur d’installer une atmosphère oppressante. L’inéluctabilité et la nature inexplicable du mal zombie se fait suffocante dans la sorte de léproserie où le docteur Menard (Richard Johnson) tente en vain d’endiguer l’épidémie. Sur le reste de l’ile les autres protagonistes voient leurs nerfs vaciller à l’écoute des incessantes percussions des cérémonies vaudous, qui semblent démultiplier l’échappée des défunts de leurs tombes. Les morts-vivants se distinguent de ceux de Romero par leur nature de morts disparus depuis très longtemps. 

Par conséquent le maquillage est bien plus marqué dans la description de leur putréfaction avancée et ne lésine pas sur les détails macabres comme les vers, ce qui renforce la tonalité morbide. Un véritable climat d’apocalypse se déploie par les tableaux infernaux dessinés par Fulci et les dérapages gores insoutenables. La bande-originale de Fabio Frizzi est pour beaucoup dans la puissance évocatrice de l’ensemble, par ses synthétiseurs lancinants ajoutant à la stupeur tétanisée des protagonistes. La conclusion new-yorkaise achève de faire de L’Enfer des zombies un sommet de pur désespoir, un aller simple vers la fin de l’humanité. Fort de sa réussite formelle et sa stratégie commerciale maline, le film sera un grand succès qui installera Lucio Fulci comme nouveau maître de l’horreur. 


 Sorti en bluray français chez Artus Film

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