Béatrice Cenci était une des œuvres que Lucio Fulci considérait comme une de ses réussites majeures, et dont l’échec public allait profondément l'affecter. Le film se base sur un fait divers marquant de la Renaissance italienne, avec l’exécution de la jeune noble italienne Béatrice Cenci pour parricide. Le drame a marqué pour l’ambiguïté autour de la réelle culpabilité de Béatrice Cenci, en faisant selon les interprétations une figure féministe. C’est donc du pain béni pour la fiction qui s’en empara à de nombreuses reprises, comme la littérature et le théâtre (un roman de Stendhal, une pièce d’Alexandre Dumas) et bien sûr le cinéma avec quatre versions (1908, 1909, 1941 et 1956) précédent le film de Fulci. La plus proche et connue est Le Château des amants maudits de Riccardo Freda, flamboyant mélodrame gothique qui prenait le parti d’une Béatrice Cenci innocente.
Loin de cette approche romanesque, Fulci opte pour un drame historique austère et désespéré. La construction du récit est là pour poser les tenants et les aboutissants de l’affaire, renvoyer presque tous le monde dos à dos et dénoncer un système. La chute des Cenci doit ainsi cependant moins à leur possible culpabilité qu’aux vues de l’église catholique sur leurs biens. La première partie s’attarde en détail sur les penchants sadiques de Don Giacomo Cenci (Antonio Casagrande), véritable tyran envers sa famille et ses vassaux. Le film s’ouvre sur une éprouvant scène le voyant donner un malheureux à dévorer aux chiens, conséquence du viol qu’il a fait subir à la fille d’un serviteur. Le crime sera pourtant négocié par un bref exil, et moyennant finances ponctionnées par l’église en guise de pardon. Béatrice (Adrienne Larussa) et sa fratrie en sont ainsi réduite à encore subir la brutalité de ce père, à moins d’avoir le courage d’en finir radicalement avec lui. La Renaissance telle que vue par Fulci demeure un monde de ténèbres encore proche du Moyen-Age. La photo d’Erico Menczer privilégie une imagerie sombre austère et terreuse, la laideur physique des individus se conjuguant à la noirceur de leurs âmes. Si la cupidité de la caste religieuse est explicite, les autres protagonistes n’en sont pas moins ambigus. Le scénario naviguant entre les temporalités souligne bien cela. L’entrée en matière avec son exécution imminente caractérise Béatrice comme une victime, mais la manipulation, séduction puis trahison de son fidèle et amoureux serviteur Olimpio (formidable Tomás Milián) vient jeter le trouble. A la monstruosité de ce père avare et inhumain répond la duplicité du fils Francesco (Georges Wilson), et même la lâcheté par ses aveux précoces sous la torture quand Béatrice fera preuve d’un certain courage. Les tortures de l’inquisition sont dépeintes avec crudité, par un équilibre juste entre inspiration picturale et crudité assez frontale et éprouvante. On sent le Fulci poète du macabre s’affirmer peu à peu, tout en distillant un authentique drame dont la portée tragique avance de manière implacable. Le film est d’ailleurs un des rares salués par les contempteurs de Fulci, et à l’inverse parfois malaimé par les amateurs de sa veine horrifique à venir, y voyant une tentative de montrer patte blanche avec un sujet plus noble. La réponse est sans doute entre les deux, et témoigne d’un talent bien plus versatile qu’on ne veut le croire.Sorti en bluray français chez Artus




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