Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 28 décembre 2021

Les Sorcières - The Witches, Cyril Frankel (1966)

Gwen Mayfield enseigne en Afrique dans une école de missionnaires. Après avoir été envoûtée par un sorcier, elle fait une dépression nerveuse. Afin de surmonter son traumatisme, elle accepte un poste d’enseignante dans un petit village de la campagne anglaise. Mais les apparences sont trompeuses : une série d’événements lui font redouter que certaines personnes des environs ne pratiquent la magie noire….

Les Sorcières est une production Hammer jonglant habilement entre thriller psychologique et fantastique nimbé de sorcellerie. Si deux ans plus tard avec Les Vierges de Satan le studio abordera ce thème de la sorcellerie de façon bien plus spectaculaire et extravagante, Les Sorcières repose bien plus sur la psyché de son héroïne Gwen Mayfield (Joan Fontaine dans son dernier rôle au cinéma). Traumatisée par l'expérience de superstitions et rituels occultes lorsqu'elle était missionnaire en Afrique, elle décide de reprendre l'enseignement dans un paisible village anglais. Sous la douceur pastorale, les lieux semblent pourtant dissimuler de sombres secrets. Elle va le constater en découvrant que l'ensemble du village semble inexplicablement voir d'un mauvais œil l'amourette entre deux de ses élèves adolescents, Linda (Ingrid Boulting) et Ronnie (Martin Stephens). Peu à peu des évènements étranges frappent Ronnie, signifiant la volonté de la communauté de le voir quitter le village et par conséquent l'intimité de Linda.

Cyril Frankel installe peu à peu une ambiance trouble qui se ressent notamment par la consanguinité latente que l'on devine à travers la ressemblance et l'altération physique de certains habitants. S'ils partagent certains gènes, c'est probablement le cas aussi de certaines superstitions et rites comme on le comprendra à travers quelques symboles dérangeants comme des poupées vaudou. Dès lors l'ambiguïté s'installe, hanté par son expérience passée Gwen imagine-t-elle tout cela ou alors le village est-il le théâtre de pratiques douteuses ? Parallèlement à ce questionnement, le récit développe une forme d'opposition entre une jeunesse libre et moderne s'opposant à la tradition d'une Angleterre sclérosée qui ne trouvera comme solution que de la dévorer. 

Le choix du casting juvénile n'est d'ailleurs pas anodin dans ce qu'il représente notamment Ingrid Boulting (belle-fille du réalisateur Roy Boulting), jeune icône de la mode connue à l'époque en Angleterre pour être l'égérie de la marque Biba Cosmetics dont les affiches emblématiques s'exposent dans tout le pays. Face à cela les habitants du village sont dominés par la châtelaine jouée par Kay Walsh ce qui ajoute une dimension de classe qui semble vouloir prolonger une vassalité ancestrale. Après un petit ventre mou dans l'intrigue lorsque Gwen à bout de nerfs un momentanément internée en maison de repos, la conclusion brille dans l'entre-deux habilement maintenu.

Les pratiques troubles de la communauté se confirment, mais Frankel les filme avec une forme de kitsch et ridicule qui désamorce la véracité du possible argument fantastique. Dès lors on peut autant y voir une sorte d'emprise mentale et sociale d'une communauté que d'éventuels phénomènes surnaturels. Le malaise naît des réactions outrancières et de l'atmosphère païenne avérée, notamment dans les spasmes lascifs de Ingrid Boulting. Un bon cru Hammer donc qui décevra sans doute dans la retenue de son argument initial mais qui en explore intelligemment d'autres facettes.  

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

jeudi 14 octobre 2021

L’Invraisemblable vérité - Beyond a Reasonable Doubt, Fritz Lang (1956)

Un journaliste engagé contre la peine de mort décide de monter un "coup" avec un écrivain. Ils fabriquent des preuves accusant ce dernier d'un crime afin de dénoncer une erreur judiciaire qui aurait pu condamner à mort un innocent.

L’invraisemblable vérité est le dernier film américain de Fritz Lang, qui fait écho aux deux premiers films du réalisateur sur sa terre d’accueil. En effet Furie (1936) et J’ai le droit de vivre (1937) abordaient frontalement les travers de la justice américaine à travers le lynchage, l’accusation à tort, ainsi que les ressorts sociétaux et juridiques amenant à ces écarts. L’Invraisemblable vérité est dans cette lignée en questionnant cette fois le principe de la peine de mort. Fritz Lang retrouve là le producteur Bert E. Friedlob avec lequel il s’était très bien entendu sur son film précédent La Cinquième victime (1956), ainsi que son acteur Dana Andrews. Le scénario de Douglas Morrow avait précédemment développé par Ida Lupino au sein de sa société de production, avant d’être récupéré par Bert E. Friedlob qui envisage immédiatement une nouvelle collaboration avec Lang. L’un des grands soucis du réalisateur sera de crédibiliser un maximum, tant dans le développement de son intrigue que par la description minutieuse des différentes étapes juridico-administrative, le postulat abracadabrantesque de son intrigue. 

La concision et l’efficacité de la mise en place réussissent remarquablement à justifier l’entreprise folle des personnages, entre goût du défi et soif de mettre à mal une institution injuste. La construction de la figure de coupable idéal pour Garrett (Dana Andrews) semble à la fois absurde mais parfaitement logique au vu de ce que l’on a déjà vu de certaines condamnations arbitraires aux Etats-Unis (plutôt concernant les afro-américains mais ce n’est pas le sujet du film). Ici il est plutôt question de la facilité pour un procureur ambitieux (Philip Bourneuf) d’extrapoler sur de vagues présomptions pour manipuler un jury crédule et façonner un condamné en puissance. Il est assez remarquable de voir lors des scènes de procès à quel points les preuves fabriquées par Garrett sont presque mises de côtés pour en trouver d’autres bien plus crédibles mais reposant sur du vide. Tout se joue donc sur la capacité de convaincre et l’image lors de scènes de procès que Lang montre comme un véritable show, une scène de théâtre où le plus charismatique et éloquent emporte l’adhésion.

Tant qu’ils pensent être maîtres du jeu, Garrett et son acolyte Spencer (Sidney Blackmer) semblent d’abord spectateurs amusés (amorcés dans la manière dont ils se mettent en scène lorsqu’ils photographient les preuves d’innocence devant servir plus tard) de ce spectacle qu’ils sont certains de démonter avant que le hasard rende concrète la supercherie. La démonstration de l’incurie de la justice est faite mais sans possibilité de retour en arrière et pour se payer au prix fort. Les postures sont plus fortes que les preuves fragiles et ce ne sera qu’en jouant ce jeu du show (lorsque la fiancée Susan va émouvoir l’opinion publique en se servant du journal de son père) que la machine de la justice vacillera. Une nouvelle fois l’artifice s’avère plus convaincant que la réalité, dans un jusqu’auboutisme logique lors d’un saisissant rebondissement final. L’ironie aurait pu être encore plus cinglante avec une conclusion à la morale plus ambigüe mais même avec ce semblant d’happy-end punitif, les rouages de la justice américaines auront été mis à mal avec brio par Fritz Lang – pourtant pas pleinement satisfait tant nombres de précisions juridiques auront été sabrées du scénario par son producteur, mais également de l'xploitation du film en format large 2.00 au lieu de son format 1.33 originel

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

jeudi 22 octobre 2020

Bigamie - The Bigamist, Ida Lupino (1953)

Mariés depuis huit ans, Eve et Harry ne peuvent avoir d'enfants. Déçue, Eve se consacre, pour l'essentiel, à ses affaires commerciales et délaisse sa vie de couple. De son côté, Harry exerce ses fonctions professionnelles dans une autre ville. Là, il finit par rencontrer Phyllis qu'il épouse et dont il aura un enfant. Il mène donc une double vie. Lorsqu’Harry et Eve se décident à adopter, une enquête préalable mettra au jour l'existence dissimulée d’Harry...

 Cet évènement, cette rencontre, ce hasard qui fait vriller un destin et nous enferme dans une spirale tragique… Voilà un thème au centre de la filmographie d’Ida Lupino, souvent sous un angle brutal et traumatisant avec la rencontre du serial-killer de Le Voyage de la peur (1953) ou l’héroïne violée d’Outrage (1950). Bigamie creuse le même sillon et emprunte également certains codes du film noir (la narration en flashback et voix-off), mais cette fois au service d’un drame d’un drame plus feutré où ne se joue pas une violence physique. 

Dans la vie réelle, un regard extérieur sur la situation de l’époux bigame Harry (Edmond O'Brien) se résumerait à un jugement lapidaire sur un être volage et dissimulateur. Ida Lupino adopte une approche subtile dans son étude de caractère, par les effets insidieux créant un fossé progressif dans le couple et la façon dont cela ouvre inconsciemment l’un des conjoints à la possibilité d’une rencontre. La performance subtile d’Edmond O’Brien traduit bien cela, tout en jouant habilement de la chronologie des évènements qui le coince dans une situation inextricable. C’est d’ailleurs un apport de cette narration façon film noir, la narration façonne dans excuses discutables à l’époux bigame en adoptant son point de vue tout en créant une réelle empathie quant au drame qu’il traverse. 

L’intelligence du traitement doit grandement à ce qui se jouait en coulisse de la production. Le scénariste du film Collier Young était encore un an plus tôt l’époux d’Ida Lupino, et aussi son partenaire de production et scénariste sur Never Fear (1950) et Le Voyage de la peur. Après leur divorce il se mariera à Joan Fontaine qui joue ici l’épouse légitime Eve. Parfaitement au fait des petits rien qui scindent progressivement un couple, Young et Lupino sondent par l’écriture et la mise en scène les vulnérabilités masculines comme féminines qui forcent le maintien ou la mise en place du modèle marital. 

Le dépit de sa stérilité fait plonger Eve dans le travail au point de négliger sa vie de femme et la proximité avec son époux, qui n’attend qu’un signe de sa part à travers les semi-aveux qu’il lance avant de commettre le vrai adultère. La conversation téléphonique où Eve expédie son allusion à une rencontre féminine, ou encore ce moment où elle lui tourne le dos avec désinvolture dans l’intimité de leur chambre. La mine lasse et résignée d’O’Brien se laisse ainsi piéger par la fragilité psychologique de Phyllis (Ida Lupino) qui a besoin de lui, puis par l’indépendance d’Eve qui redevient trop tard l’épouse prévenante qu’elle fut. La mise en scène et le jeu de l’acteur le montre comme constamment présent et absent, un regard soulignant la culpabilité d’être absent dans son autre foyer, un cadrage le mettant en amorce et parfois extérieur à la situation qu’il vit. 

Dès lors Harry nous apparait à la fois fort dans sa volonté de protéger ses deux épouses, mais aussi lâche l’incapacité de trancher et se laisser porter par les évènements. La destinée autant que la tendance à l’apitoiement fonctionnent et expriment ainsi comme les éléments intimes et la fatalité peuvent mener dans l’impasse. La magnifique fin ouverte (où les deux femmes demeurent amoureuses du fautif) résument parfaite le brio du traitement.

En salle

mardi 14 mai 2019

Ivanhoé - Richard Thorpe (1952)


Le chevalier saxon Ivanhoé, fidèle compagnon de Richard Cœur de Lion, a découvert que son roi est prisonnier en Autriche et qu'une forte rançon est exigée pour sa libération. Pour monter sur le trône, Jean sans Terre, le frère de Richard, a fait courir le bruit de sa mort.

Ivanhoé est une œuvre qui initie toute une série de grands films d’aventures signés Richard Thorpe et interprétés par Robert Taylor pour la MGM durant les années 50. Honnête faiseur touche à tout (des Tarzan parmi les plus réussis de Johnny Weissmuller aux rares incursions satisfaisante d’Elvis dans le cinéma comme Le Rock du bagne (1957)) pour certains cinéphiles et vrai maître pour d’autres (comme Patrick Brion qui lui a consacré plus d’un Cinéma de Minuit), Richard Thorpe signe en tout cas à cette période son lot de classiques à grand spectacle comme Le Prisonnier de Zenda (1952), Les Chevaliers de la Table ronde (1953), Les Aventures de Quentin Durward (1955).

Si la barbarie et la crasse associée au Moyen Age est passée à la moulinette proprette hollywoodienne, le contexte historique est présenté avec concision et soin. L'antagonisme entre normands et saxons, le fanatisme religieux, la chasse aux sorcières et leurs procès arbitraire sont abordés de front ainsi que, plus surprenant, le sort peu enviable réservé aux juifs à l'époque. 

Le film offre alors un beau message de tolérance et de coexistence entre les peuples même si il n'ose pas aller au bout de son propos, n'importe quel spectateur normalement constitué préférant voir le héros repartir avec le personnage (juif) incarné par Elizabeth Taylor bien plus touchant que le love interest conventionnel que représente la très effacée Joan Fontaine. Seule limite à la rigueur de Thorpe par rapport aux plus grands noms du genre, pas de double lecture possible, de sous-entendus sexuels à la revoyure, c'est du terre à terre au service de l'histoire sans fioritures, carré mais sans génie... – là où un Henry King à la Fox savait se démarquer par des détours inattendus.

Doté d'une équipe technique de cadors, Freddie Young à la photo, Alfred Junge aux décors, Miklos Rozsa à la musique (sacré score épique tonitruant d'ailleurs) entre autres, Thorpe nous livre un spectacle fastueux et grandiose à la mise en image alerte et efficace. Les morceaux de bravoures sont fabuleux dans l'ensemble avec un beau crescendo niveau spectaculaire et intensité dramatique : Ivanhoé qui défie cinq chevaliers normands lors d'un tournoi tout de noir vêtu, une attaque de château fort dantesque et un ultime mano à mano avec le méchant tragique incarné par Georges Sanders. 

Robert Taylor est un peu lisse dans le rôle mais suffisamment imposant et charismatique pour susciter l'adhésion. La grosse révélation c'est donc la toute jeune Elizabeth Taylor parfaite dans son premier film à grand spectacle hollywoodien, tandis que Georges Sanders impose sa finesse de jeu à ce méchant basique sur le papier. Petit détail amusant le personnage de Robin des Bois fait partie de l'aventure mais n'est jamais nommé comme tel au profit de son vrai nom Locksley, problème de droit avec la Warner ? 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner