Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 27 février 2014

Quai des Brumes - Marcel Carné (1938)

Par une nuit ténébreuse, un déserteur du nom de Jean arrive au Havre dans l’espoir de quitter la France. En attendant un bateau, il trouve refuge au bout des quais, dans une baraque autour de laquelle gravitent plusieurs marginaux. Il y fait la rencontre de Nelly, une belle et mystérieuse jeune femme dont le regard le bouleverse. Cette dernière vit dans la terreur de son tuteur, le misérable Zabel, lui-même racketté par une bande de voyous. Par amour, Jean se mêle aux affaires de Nelly et met les pieds dans un engrenage périlleux…

Après la rencontre artistique sur Jenny (1936) et le premier succès avec Drôle de drame (1937), le tandem Carné/Prévert signait un de ses sommets avec Quai des Brumes. Les aléas de la production conduisirent le film à finalement prolonger et définir les canons du "réalisme poétique" déjà posés par des œuvres antérieures comme Pépé le Moko (1937) ou La Belle Équipe (1936) : puissance mélodramatique exacerbée, personnages maudits et poids du destin inéluctable. Désireux de travailler avec Jean Gabin, Marcel Carné adapte là le roman éponyme de Pierre Mac Orlan (paru en 1927) et lui propose le rôle principal dans un projet devant être produit par la UFA avec laquelle Gabin est sous contrat.

Joseph Goebbels hostile à un film mettant en avant un personnage de déserteur, les droits sont revendus en France au producteur Gregor Rabinovitch (producteur juif assez ironiquement d'ailleurs) et change grandement d'orientation. Tout dans les choix d'adaptation de Jacques Prévert confère à donner une pureté, une beauté immaculée tant narrativement que visuellement au récit alors que le roman de Pierre Mac Orlan était bien plus sordide. L'action passe des quartiers de Montmartre aux quais du Havre (initialement quais de Hambourg quand le film devait encore être produit par les allemands), le personnage de Michel Simon aussi ignoble soit-il agit par amour quand ce n'est qu'un assassin cupide sur papier et le passé de Michelle Morgan est plus évasif ici quand il était avéré qu'elle avait sombré dans la prostitution dans le livre. Nous avons donc là des héros typiques du réalisme poétique, des innocents meurtris dont la destinée semble guidée vers une issue funèbre quel que soit leurs efforts pour s'en sortir.

Le Havre, carrefour commercial et lieu de passage est également là un lieu où viennent se perdre les âmes les plus torturées. Pour s'abandonner à ses idées morbides et suicidaire comme le peintre dépressif joué par Robert Le Vigan, se laisser porter par une vie sans but comme la jeune mais déjà désabusée Nelly (Michèle Morgan), s'abandonner à ses mauvais penchants comme l'infâme Zabel (Michel Simon) ou dans l'espoir de tout recommencer avec le déserteur incarné par Jean Gabin. La brume nocturne dans laquelle s'ouvre le film semble ainsi autant dissimuler les secrets et remords des personnages que leurs âmes noires, révéler une vraie bonté désintéressée (le chaleureux patron de bar Panama) ou la lâcheté ordinaire (Pierre Brasseur en gangster de pacotille) et surtout éveiller l'amour entre les deux être perdus que sont Jean et Nelly.

Pour un temps, Jean oublie les idées noires qui l'on poussé à la désertion et Nelly l'environnement sordide qui la rend si détachée de tout et les deux protagonistes deviennent beaux ensemble devant la caméra de Marcel Carné, les arrières de bar, les quais désert au petit matin ou les ruelles sombres deviennent de sublimes lieux d'abandon et de passion magnifié par la photo de Eugen Schüfftan et les décors d' Alexandre Trauner. Le réalisme se manifeste quand les amants font face au quotidien de cet environnement tandis que la dimension factice et onirique peut s'affirmer dès qu'ils sont seuls (avec un exemple frappant dans l'intimité de cette chambre retrouvant tout son aspect trivial quand un domestique vient apporter le petit déjeuner).

Jean Gabin, éteint et renfrogné comme toujours immédiatement attachant par les fêlures qu'il révèle sous les réactions brusques (belle ouverture où il désamorce la bagarre le chauffeur de camion). Michèle Morgan est d'une beauté juvénile et d'une fragilité désarmante, son regard clair semblant comme illuminer la fange ambiante dès qu'il s'anime.

La sophistication esthétique de Carné offre un parfait contrepoint à la simplicité des mots de Carné (les répliques plus recherchées venant en grande partie du livre comme les tirades du peintre dépressif), offrant deux moments parfaits avec le baiser où Gabin lance le fameux "T'as d'beaux yeux, tu sais" et bien sur la bouleversante conclusion voyant le couple cruellement rattrapé par tous ces choix tout au long du film et son impossibilité à se séparer. Ce serait d'ailleurs peut être le seul relatif reproche à ce classique, ce sentiment que tout est joué sans nous donner l'illusion d'y croire (le thème solennel de Maurice Jaubert appuyant ce fait) au contraire de la progression dramatique d'un Pépé le Moko par exemple, écueil que surmontera Carné avec les innovations narrative du Jour se lève (1939).

Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal

samedi 29 janvier 2011

Les Visiteurs du Soir - Marcel Carné (1942)


Satan (Jules Berry) délègue, sous l'apparence de ménestrels, deux de ses suppôts, Dominique (Arletty) et Gilles (Alain Cuny), pour semer malheur et destruction sur Terre en l'an de grâce 1485. Alors que Dominique réussit sa mission en soumettant à son emprise séductrice le baron Hugues (Fernand Ledoux) et Renaud (Marcel Herrand), le fiancé de sa fille Anne (Marie Déa), Gilles faillit à sa tâche en succombant amoureusement devant la pureté d'Anne à laquelle il ne devait apporter que tourments. Leur amour déchaîne le courroux de Satan qui intervient en personne pour achever son œuvre de désolation comme il l'entend.


Les Visiteurs du soir est un projet de longue haleine qui trouve son origine dans diverses œuvres avortées de ses principaux instigateurs. Marcel Carné avait signé à regret un contrat avec la Continentale (fameuse société de production chapeautée par les Allemands durant l’Occupation) dont il réussit à se défaire lorsque son patron Greven refusa d’engager Jean Cocteau comme scénariste. La production en cours, Les Evadés de l’an 4000, aurait dû lui permettre de faire une première incursion dans le fantastique. Sa tentative de film d’époque (déjà avec Alain Cuny dans le rôle principal), Juliette et la clé des songes, tourne court également faute de financement. Il décide alors de renouer avec son partenaire privilégié, Jacques Prévert, avec lequel il rencontra le succès avant-guerre avec Quai des brumes ou Drôle de drame. Ce dernier, réfugié en zone libre, rencontre les même difficultés pour mener à bien ses projets. Ainsi une adaptation du Chat botté (d’après le conte de Perrault) dont la préparation était très avancée se voit également annulée. Les deux partenaires décident de réunir dans leur nouveau film plusieurs éléments émanant de ces différentes déconvenues.

Le contexte d’époque (afin d’éviter toute allusion contemporaine et risque de censure), la tonalité de conte et bien sûr le surnaturel seront donc les principales composantes de départ des Visiteurs du soir, scénario original cette fois. Ces options destinées à une production luxueuse rendent le tournage particulièrement compliqué dans une France sous pénurie et sans le soutien d’une grosse société comme la Continentale. La séquence de banquet du film voit ainsi les mets régulièrement dévorés par les figurants affamés, la production devant arroser les aliments d’un produit toxique pour les maintenir intacts (les acteurs étant bien sûr prévenus !). Si les maquettes déjà réalisées pour Le Chat botté accélèrent grandement la production, il en est tout autrement pour les costumes dont Carné peine à dissimuler la nature sommaire à l’image. L’amitié d’Arletty avec Josée Laval, fille de Pierre Laval (second du régime de Vichy et chef de la Zone libre) aida grandement pour que la circulation des techniciens juifs lors des nombreux allers-retours (le tournage se partageait entre extérieurs dans le sud et tournage en studio à Paris) se déroulent pour un temps sans risques d’arrestation. Comme on peut le voir, l’adversité était de mise tout au long de la conception, la réussite du film n’en étant que plus éclatante.

Les Visiteurs du soir s’inscrit dans cette nouvelle école du cinéma fantastique instaurée en France, le fantastique poétique. Laissant de côté l’épouvante pure du gothique américain ou les visions dantesques de l’expressionnisme allemand, c’est dans le merveilleux, le romantisme et une inspiration issue des contes et légendes françaises qu’il trouve sa source. A la même période des films pétris des mêmes caractéristiques font leur apparition comme Sylvie et le fantôme de Claude Autant-Lara en 1945, L’Eternel Retour de Jean Delannoy en 1943 (transposition moderne de Tristan et Iseult) scénarisé par Jean Cocteau, qui délivrera lui-même les deux classiques que sont La Belle et la Bête et Orphée. Les Visiteurs du soir, sorti en 1942 se pose donc en jalon d’un genre qui s’éteindra au milieu des années 50.

La pureté et l’innocence des sentiments expriment parfaitement le côté romantique exacerbé et sans cynisme de ce cinéma. La première rencontre entre Anne et Gilles est ainsi typique de l’ode à l’amour absolu que célèbre le film. Entourée d’un fiancé cynique et de convives paillards à son banquet de fiançailles, elle est subitement bouleversée par la beauté du chant de Gilles, ménestrel venu distraire l’assemblée. Par un champ/contre champ intense entre les deux, soudainement plus rien n’existe. Le temps s’arrête, les invités bruyants alentour se font inaudibles pour ne plus capter que le jeu de regards et la douce voix de Gilles. Tout au long du film, chacun des échanges entre les deux héros sera traversé par cette candeur, cette expression d’amour pur déclamée par la poésie des mots de Jacques Prévert. Les cyniques y verront un charme désuet, les autres de la sincérité.

Le phrasé lent et chevrotant atypique d'Alain Cuny, associé aux élans passionnés et à la figure virginale de Marie Déa offrent sans doute un des couples les plus flamboyants du cinéma français. Cette tonalité est d’ailleurs contrebalancée par le fascinant personnage de Dominique, incarné par une Arletty en total contre emploi. La gouailleuse parisienne célébrée dans Hôtel du Nord devient ici une figure mutique, androgyne et mystérieuse. Véritablement investie de sa fonction de suppôt de Satan, elle exprime à l’inverse du couple Gilles/Anne tous les aspects néfastes de l’amour et de la passion. Manipulatrice lorsqu’elle se joue de la solitude du Baron Hugues (formidable Fernand Ledoux) ou qu’elle titille la jalousie et les penchants violents de Marcel Herrand, elle n’est source que de rancœur et de conflits. C’est également elle qui révèle les penchants plus sombres de Gilles, au travers d’un dialogue tendu laissant à supposer qu’un crime passionnel du temps où ils formaient un couple est la source de leur soumission au Diable.

Cette dualité entre le bien et le mal s’exprime dans une des plus belles séquences du film. Durant le bal, Gilles et Dominique observent au loin leur proie dansant. Dominique empoigne soudain son instrument dont les notes transforment l’atmosphère des lieux, les danseurs ralentissent jusqu’à l’arrêt total, les fêtards se figent progressivement dans le silence… Quant à Dominique/Arletty, présentée au départ comme un homme, elle se pare de ses plus beaux atours féminins pour emmener et séduire Marcel Herrand. Gilles va faire de même en détachant Anne de ce décor statufié. Se déroulant en parallèle, les deux phases de séduction sont antinomiques. D’un côté, Gilles qui malgré sa mission néfaste tombe réellement sous le charme d'Anne et échange avec elle des pensées profondes en déambulant dans ce décor de statues humaines. De l’autre, on trouve Dominique et Renaud, allongés dans le jardin. Arletty malicieuse et manipulatrice laisse Renaud s’exprimer tout en flattant ses bas instincts, avide qu'il est de possessions et de pouvoir. Une séquence amorcée de la même manière débouche sur deux moments à la tonalité et aux enjeux totalement différents. L’amour des héros s’affirme, alors que parallèlement les sombres desseins du Diable se dessinent.

Une des constantes de l’œuvre de Carné à cette époque, c’est l’oppression d’un monde extérieur faisant obstacle pour diverses raisons à l’amour de ses protagonistes. Le couple suicidaire de Hôtel du Nord, Jean Gabin et Michelle Morgan dans Quai des Brumes, Gabin/Arletty dans Le Jour se lève ou plus tard Arletty/Jean-Louis Barrault dans Les Enfants du Paradis, tous sont autant de couples brisés par les lois et contraintes cruelles d’une réalité néfaste. Les Visiteurs du soir s’inscrit évidemment dans cette veine. Les moments les plus heureux du couple sont ceux où il s’isole, que ce soit par l’usage du surnaturel dans la séquence précitée, en pleine nature à l’occasion d’une partie de chasse, ou dans un onirisme entre rêve et réalité évoquant Peter Ibbetson de Henry Hathaway. Des instants de bonheur précieux régulièrement brisés par l’irruption d’un réel, voire d’un irréel malfaisant, ici incarné par un Jules Berry cabot, théâtral et terrifiant en figure du Diable. Il est d’ailleurs étonnant de constater à quel point Berry semblait être l’incarnation du mal briseur de rêves à cette époque, si l'on repense à des rôles proches (le fantastique en moins) dans Le Jour se lève ou Le Crime de Monsieur Lange de Jean Renoir. Il offre ici un très un grand numéro, qui culmine lors de cette scène où il glace l’assemblée en anticipant par le dialogue (et une ellipse astucieuse permettant d’éviter la censure) la découverte de Gilles et Anne dans la chambre de cette dernière.

A nouveau, l’aspect le plus vibrant de la passion entre Gilles et Anne trouve son pendant négatif par l’intermédiaire d’Arletty. Les moments où elle s’isole avec des personnages masculins sont soit teintés d’ambiguïté avec Fernand Ledoux (dont une scène en extérieur à la photo somptueuse de Roger Hubert) soit franchement sombres lorsque le brutal Marcel Herrand est en place. L’isolement est alors une manière de mieux envoûter sa victime, de déformer sa vision de la réalité afin de l’amener à céder à ses plus mauvais penchants. Le départ final de Dominique avec le Comte et son attitude relativement bienveillante laissent finalement le mystère entier sur ses motivations, grâce au jeu énigmatique d'Arletty.

La dernière partie voit ce tourbillon de sentiments s’élever à des hauteurs insoupçonnées. L’union entre Gilles et Anne s’orne d’une aura sacrificielle lorsque cette dernière cède son âme au Diable pour le salut de son aimé, qui ne gardera pourtant plus aucun souvenir d’elle. La force poétique de Prévert et la maîtrise de Carné s’expriment magnifiquement ensuite par la répétition de la scène romantique de la partie de chasse sous un jour plus mélancolique, Gilles répétant les même paroles à Anne sans en saisir le sens puisqu’il ne se souvient plus d’elle. Carné parvient ainsi à donner un équivalent visuel et narratif à l’allitération ou la rime, ces motifs poétiques consistant à appuyer la teneur dramatique ou la puissance des mots par la répétition. C'est cette quintessence du verbe et de la foi qui anime celui qui le prononce, qui redonne la mémoire à Gilles, rendant invincible son union avec Anne. Victime d’un ultime maléfice par le Diable les transformant en pierre, ils trouveront finalement leur refuge dans cette prison éternelle. Les interprétations furent diverses sur la nature de cette conclusion.

Durant cette période chargée politiquement, le cœur battant des deux amants sous la pierre représentait la France toujours vibrante sous le joug allemand symbolisé par le Diable. Carné et Prévert se sont toujours défendus de cette analogie, bien que Prévert ait déjà usé d’une telle métaphore dans son poème La Crosse en l’air de 1936 pour la résistance au régime franquiste. Pour nous, les silhouettes de pierre figées et unies à jamais de Gilles et Anne symboliseront toujours l’expression de la dévotion et de l’amour le plus pur et sincère.

Sorti dans une très belle édition dvd chez SND/M6 et pour les parisiens le film ressort en salle cette semaine !


vendredi 6 août 2010

Les Portes de la Nuit - Marcel Carné (1946)


À la fin de la Seconde Guerre mondiale et le temps d’une nuit parisienne, le Destin orchestre l’aventure amoureuse et tragique entre le jeune résistant Diego et la belle Malou (mal) mariée à un collaborateur.
Dernière collaboration des maîtres du "réalisme poétique" Carné/Prévert dont l'echec relatif scellera la séparation artistique. La grande force de leurs succès de l'époque, c'était cette capacité à croiser un récit social et engagé (même s'il s'en défendaient parfois pour éviter les problèmes) avec une dimension romantique, fantastique et poétique qui s'équilibrait entre le scénario et les dialogues de Prévert et la mise en scène inspiré de Marcel Carné (et des génie de l'équipe artistique comme le décorateur Alexandre Trauner). La machine se grippe un peu ici avec un Carné réticent devant le sujet trop polémique qu'il souhaite plus fortement orienter du côté de la poésie et du surnaturel pour en atténuer la portée.

On suit donc au lendemain de la Libération la destinée de plusieurs personnages vivotant dans un Paris encore sous le coup de privations. Chacun représente les facettes d'une certaine manière d'agir durant la guerre, avec les anciens résistants Yves Montand et Raymond Bussières, ceux qui ont collaboré avec l'infâme duo père et fils Serge Reggiani/Saturnin Fabre ou encore les exilés qui reviennent au pays. Un mystérieux clochard joué par Jean Vilar navigue entre ses différents personnages, leur annonçant de sombre présage.

Le film fait preuve d'une sacrée audace alors que le ton se fait à la réconciliation et à l'oubli en dénonçant les collaborateurs, ceux qui ont traficoté avec les allemands que ce soit commercialement comme le père Sénéchal ou pire en dénonçant comme Serge Reggiani. Le clochard (qui est en fait le destin) tire donc les ficelles pour le meilleur et pour le pire pour démasquer les vieux ennemis ou provoquer un lien amoureux inespéré dans cette France brisée. Le problème est que contrairement au Visiteurs du Soir (hormis l'époque médiévale qui diffère c'est celui qui m'est le plus venu à l'esprit) ou Les Enfants du paradis les différents thèmes et tonalités voulues manquent de liant entre elles pour diverses raisons.

Le casting originellement prévu (Jean Gabin/Marlène Dietrich) auraient élevé l'ensemble mais là Yves Montand est encore trop tendre pour le vécu de son personnage et fait un fade héros romantique, tandis que sa dulcinée Nathalie Nattier est elle carrément transparente. Le surnaturel et la morale se font bien trop sentencieuse avec les envolées mystiques et philosophiques de Jean Vilar et crée un déséquilibre.

Vu le talent des personnes engagée on est cependant loin du grand ratage tout de même. Marcel Carné offre une séquence somptueuse lors de la rencontre entre Diego et Malou, Montand découvrant sa belle comme dans un rêve en la voyant d'abord sur le reflet d'un miroir avec une belle scène de danse dans un chantier. La reconstitution du métro Barbès, l'ambiance nocturne puissante (belle photo de Philippe Agostini) et un final magnifique où Montand (enfin convaincant) s'éloigne totalement brisé tel un spectre démontre les réelle qualité du film qui a juste le défaut d'être en dessous des exceptionnelle réussite qui ont précédées.

Le film se fait massacrer par la critique à cause de ses défauts évidents mais aussi parce qu'il est encore un peu trop tôt pour évoquer certains sujet qui touchent une partie de la presse qui s'est reconnue...

Sorti dans une belle édition chez Pathé

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