Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 22 juillet 2016

84, Charing Cross Road - David Jones (1987)

Un écrivain new-yorkais, passionnée de littérature, recherche avidement quelques livres rarissimes. Elle déniche un beau jour l'adresse d'un libraire londonien, qui peut lui envoyer les ouvrages tant désirés. À travers la correspondance qu'ils ne tardent pas à s'échanger, une grande amitié et une sincère complicité va bientôt naître.

84, Charing Cross Road est une jolie adaptation du roman éponyme de Helene Hanff paru en 1970. Il s'agit d'un recueil épistolaire regroupant la correspondance qu'entretint Helene Hanff avec le libraire londonien Franck Doel durant vingt ans. Féru de littérature et ne trouvant pas à New York les ouvrages recherché, Helene Hanff trouvera l'annonce d'une librairie anglaise se proposant de retrouver des livres anciens et épuisés. La complicité, l'amitié et l'amour des livres partagés au fil des lettres avec son interlocuteur privilégié Frank Doel constituera ainsi le cœur de l'ouvrage, la correspondance s'interrompant avec le décès de Doel et la fermeture de la librairie. Le roman rencontrera un grand succès à sa sortie, prolongé au théâtre avec l'adaptation scénique de James Roose-Evans. C'est de cette version que s'inspire le film de David Jones.

Le réalisateur va au plus simple dans sa mise en scène et narration pour exprimer par l'image cette amitié épistolaire, jouant de la voix-off, du montage alterné et du dialogue face caméra au fil de la complicité progressive des deux protagonistes. C'est dans la performance inspirée des acteurs et des nuances de leur caractérisation que naîtra l'intérêt. C'est tout d'abord le choc des caractères entre l'exubérance new yorkaise d’Helene (Anne Bancroft) et la réserve anglaise de Frank (Anthony Hopkins) qui amène l'énergie au récit. Le style vif d'Helene la voit houspiller et mettre au défi avec amusement Frank de retrouver les ouvrages, ce dernier s'en acquittant et lui répondant avec une déférence polie.

David Jones développe cette idée en rendant l'environnement de chacun plus consistant au fil des échanges, que ce soit les ruelles bondées de New York arpentées par Helene ou la librairie paisible ainsi que les manoirs poussiéreux où Frank part à la chasse aux livres anciens. Tout en ne perdant jamais de vue la littérature sources de moments drôles et virulent (Helen s'emportant sur l'aberration d'une bible anglicane retraduite en latin, d'une mauvaise édition d'un volume de Samuel Pepys ou tout simplement du retard à recevoir ses ouvrages dans une impatience toute américaine), l'histoire met finalement en parallèle leurs vies personnelle et l'apport mutuel de leur relation.

Helene semble combler une solitude par cette boulimie littéraire (la photo d'officier évoquant un fiancé disparu au front, son émotion en regardant Brève rencontre de David Lean) et Frank un quotidien fait de privation dans une Angleterre vivant sous le rationnement quelques années à peine après la fin de la guerre. Cette facette s'étend même aux autres employés de la libraire participant ponctuellement à l'échange épistolaire et pour lesquels Helen constituera peu à peu l'amie mystérieuse des Amériques. David Jones se montre fin en faisant de cette présence lointaine un symbole de modernité (le style de vie indépendant d'Helene mis en parallèle avec celui d'une secrétaire faisant le thé pour le personnel de la librairie) et d'ouverture au monde, tant géographique (l'évocation d'une ancienne employée partie en Afrique et en Australie à la fin du film n'est pas anodine) que culturelle (Frank n'ayant guère l'occasion de causer littérature avec son épouse plus simple jouée par Judi Dench) et aussi une bienfaitrice leur envoyant des denrées rares.

Cette relation amènera les discussions sur un terrain plus trivial toujours synonyme de choc des cultures (Helene vantant les mérites de l'équipe de base-ball des Dodgers auquel Frank répond par son amour du club de football de Tottenham) et des discussions plus personnelles sur leur famille. Anthony Hopkins incarne ici un versant positif de son rôle culte à venir des Vestiges du jour (1993) de James Ivory. Sa réserve et sa façon de toujours rester sur le terrain littéraire dans les discussions pourrait le rendre distant mais au contraire la sympathie, la dévotion et l'attachement à sa correspondante transparaissent constamment et le rendent très touchant. C'est à lui qu'on doit une des plus belles scènes du film, quand plein d'espoir il observe une cliente américaine de la libraire qu'il pense être Helen. Anne Bancroft est tout aussi épatante, la mélancolie se ressentant grandement sous l'allant du personnage et sa performance lui vaudra un BAFTA de la meilleure actrice. Encore plus qu'à sa sortie, le film ramène vraiment à l'aspect précieux et sincère que pouvait représenter ce type de lien, plus difficile à imaginer à notre ère de l'échange virtuel numérique démocratisé. Une œuvre très attachante en tout cas.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony 

lundi 7 avril 2014

Les Vestiges du jour - Remains of the Day, James Ivory (1993)

En 1959, Miss Kenton écrit à son ancien chef, Mr Stevens, au sujet de la mort récente du maître de celui-ci, Lord Darlington, un comte anglais ; ils ont été tous deux à son service avant-guerre, elle comme intendante et lui comme majordome. Elle évoque également un scandale qui a éclaté après la Guerre ayant impliqué le comte. Afin d'aller rendre visite à Miss Kenton, Stevens obtient un congé de son nouveau patron, riche américain nommé Lewis qui a racheté le domaine Darlington. Chemin faisant, dans la limousine que Lewis lui a prêtée, Stevens repense au jour de 1936 où il a engagé Miss Kenton.

The Remains of the Day est certainement un des fleurons des productions Ivory/Merchant avec cette très belle adaptation du roman éponyme. Le récit narre l'introspection à laquelle procède le majordome Mr Stevens (Anthony Hopkins) alors qu'il s'apprête à retrouver Miss Kenton (Emma Thompson) avec laquelle il fut au service de Lord Darlington (James Fox) près de vingt ans plus tôt au milieu des années 30. Il se souvient de ce qui aurait pu être, de leurs désaccords et attirances mutuelles, sacrifiée sur l'autel de la dévotion à leur maître d'alors. Pourtant, tout au long de ces souvenirs Stevens se remémora un Lord Darlington engagé dans les grandes affaires du monde, aux intentions nobles peut-être mais aux alliances douteuses avec les ténors de l'Allemagne Nazie émergente dont il contribuera à rétablir l'éclat avec les conséquences que l'on sait. L'ensemble du récit questionnera ainsi la fidélité finalement vaine de Stevens, les occasions qu'il a manqué de vivre réellement plutôt que de s'oublier derrière un maître inapproprié.

Kazuo Ishiguro avait mêlé l'intime et la grande Histoire avec une subtilité rare dans son roman. Il narrait ainsi le tournant politique critique des années 30 qui vit l'Angleterre (et d'autres nations européennes) soutenir le rétablissement militaire de l'Allemagne désormais gouvernée par Hitler pour préserver la paix mais aussi par culpabilité suite à un traité de Versailles abusif. En Angleterre ce mouvement se fit par des lords anglais sympathisant du régime nazi, par conviction ou en étant abusés. Par ses origines, Ishiguro se sera souvent interrogé sur les choix qu'il aurait eu à effectuer s'il était né une génération plus tôt dans un Japon totalitaire et s'il aurait suivi le mouvement de fanatisme collectif qui animait le pays. En replaçant cette idée dans cette Angleterre des années 30, l'auteur la situait à une plus petite échelle en confrontant un pouvoir qui se perd avec Lord Darlington et ses accointances suspectes et un peuple s'interrogeant entre soumission aveugle et volonté propre représenté par le majordome Mr Stevens. James Ivory capture merveilleusement cela dans cette adaptation très fidèle où ces grands questionnements constituent un arrière-plan primordial mais diffus et où ce sera surtout la terrible histoire personnelle de Stevens qui nous touchera au cœur.

Les sentiments, la nostalgie et les regrets de Stevens ne peuvent s'exprimer qu'à travers le souvenir. Ivory ouvre donc le film sur un ensemble de fondu enchaîné où s'entremêle le domaine de Darlington déserté du présent (et désormais occupé par le un propriétaire américain Mr Lewis (Christopher Reeve)) avec l'effervescence du passé, ces réunions au sommet, l'agitation des domestique et surtout la présence de Miss Kenton. Le réalisateur reprend la structure du roman tout en l'allégeant (les rencontres du présent durant le voyage de Stevens son moins nombreuse tout comme ces observations du panorama naturel anglais dont un passage donne son titre au livre) avec ce voyage physique mais surtout intérieur pour notre héros.

Dans une sorte de métaphore entre colon et colonisé, Stevens est un masque sans émotion qui ne s'anime que pour satisfaire les attentes de Lord Darlington. Il excelle dans cette tâche où il croit contribuer à un grand dessein qui le dépasse mais où son maître va changer l'histoire pour le meilleur. L'arrivée de Miss Kenton comme intendante va bousculer ces certitudes et le confronter à ses manques. Ce sera d'abord ses carences relationnelles quand il s'avéra incapable de communiquer avec Miss Kenton dans le cadre de leur travail. Puis ses carences morales le montrant incapable de se révolter face aux dérives de Lord Darlington renvoyant deux servantes juives et enfin la carence amoureuse où malgré des sentiments réciproque il ne saura répondre à l'amour de Miss Kenton.

Ivory reste totalement dans la continuité d'Ishiguro qui est un écrivain de la retenue et de la suggestion, où le bouillonnement des personnages est nié par leur voix intérieure faussement stoïque (ce sera tout aussi vrai dans Never Let Me Go) mais trahi par de subtil détail dans leur réactions. Anthony Hopkins s'avère un bouleversant interprète pour exprimer cela. Le scénario de Ruth Prawer Jhabvala (reprenant le travail d'Harold Pinter pour une adaptation initialement destinée à Mike Nichols) agence ainsi des situations de plus en plus cruelles trahissant la coquille vide que semble être Stevens. Face au décès de son propre père il n'oublie pas de renvoyer le médecin à un invité souffrant d'ampoules aux pieds, il se range aveuglément derrière l'opinion de Darlington lors du renvoi des jeunes juives et n'arrive pas à retenir une Miss Kenton bouleversée et sur le départ qui n'attend qu'une réaction de sa part pour s'affairer à une énième réunion politique de Darlington.

Tout doit être sacrifié à l'atteinte de la dignité du grand majordome qu'il pense être, au soutien d'un maître qui en sait forcément plus et qui voit plus loin que lui (le scénario intégrant magnifiquement dans la narration toutes les envolées sur la définition d'un grand majordome prétexte à de passionnantes réflexions dans le livre et montrant la vision étriquée de Stevens). Le personnage aurait pu être détestable sans un Anthony Hopkins dont le phrasé distingué et impersonnel est constamment trahi par ce regard vacillant d'amour mais incapable d'être suivit par un mot ou un geste. Si l'on s'amuse des échanges revêches entre Stevens et Miss Kenton (comme des enfants l'amour ne pouvant s'exprimer que par le conflit), c'est par les timides expressions de son trouble qu'Hopkins bouleverse et rend ce majordome psychorigide si humain.

Toute manifestation affective ne passe que par l'angle froid du travail, d'un vous être très importante pour cette maison lancé pour la remercier de ne pas avoir démissionné ou ce moment terrible où il évoque un problème domestique alors qu'elle est en larmes suite à son attitude. Et parfois le temps d'un instant suspendu l'armure se fend dans la plus belle scène du film illustrant parfaitement leur relation. Miss Kenton taquine Stevens sur un ouvrage qu'il lit et ne souhaite pas lui montrer (un livre d'amour), elle s'agrippe à lui en retirant doucement le livre des mains tandis qu'il demeure immobile, l'observant fasciné et amoureux dans la pénombre sans pouvoir répondre à ce rapprochement. Emma Thompson, ardente, vindicative et lumineuse est absolument magnifique et le couple si troublant façonné par Ivory dans Retour à Howards End (1992) dégage toujours autant d'alchimie.

Le récit est d'autant plus cruel qu'en plus de ne pas (chercher à) comprendre les liaisons dangereuses de son maître, Stevens ne voit même pas à quelle point elles méprisent sa propre condition sociale, l'humilant le tant d'une scèn. Autant avec le personnage de Stevens que celui de Lord Darlington (excellent James Fox) le récit semble effectuer une transition deux générations. L'anglais flegmatique plaçant l'honneur avant toute chose quitte à se faire duper (Darlington avec les allemands, Stevens avec Darlington) et celui plus lucide voyant au delà de la surface représenté par le personnage de Hugh Grant, le virage étant annoncé par l'américain joué par Christopher Reeve (une idée renforcée par Ivory fusionnant en un seul personnage dans le film l'américain participant à la première réunion et celui possédant Darlington Hall à la fin) qui traitera judicieusement ces gentlemen pétris de bonnes intentions d'amateurs.

A l'échelle de l'Histoire cela causera le déshonneur de ceux qui n'ont pas su voir et laisser envenimer la situation jusqu'à l'explosion de la Deuxième Guerre Mondiale. A un niveau plus intime ce sera une vie gâchée et des regrets éternels avec l'ultime entrevue entre Stevens et Miss Kenton bien trop tard. Une fois de plus l'échange informel trahit le trouble de chacun et la détresse ne peut s'exprimer qu'une fois l'autre suffisamment éloigné avec les yeux baigné de larmes d'Emma Thompson emmenée par le bus et un Anthony Hopkins brisé et immobile sous une pluie battante et la superbe musique de Richard Robbins. Un grand film et une magnifique adaptation.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

jeudi 13 décembre 2012

Dracula - Bram Stoker's Dracula, Francis Ford Coppola (1992)


Transylvanie, 1462. Le comte Vlad Dracula, chevalier roumain, part en guerre contre les Turcs en laissant derrière lui sa femme Elisabeta. Cette dernière met fin à ses jours lorsqu'elle apprend la fausse nouvelle de la mort de son bien-aimé. Fou de douleur, Vlad Dracul renie l'Église et déclare vouloir venger la mort de sa princesse damnée à l'aide des pouvoirs obscurs, devenant ainsi un vampire sous le nom de Dracula.  Quatre siècles plus tard, en 1897, Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire, est envoyé en Transylvanie afin de succéder à son collègue Renfield, devenu fou, pour conclure la vente de l'Abbaye de Carfax à un mystérieux comte qui n'est autre que Dracula. Au moment de la signature finale de la vente, Dracula découvre un portrait de Mina, la fiancée de Harker, semblable en tous points à sa défunte épouse Elisabeta. Dracula décide d'aller la retrouver à Londres et se fait transporter sur le Demeter dans des caisses remplies de sa terre natale.


Cette flamboyante adaptation du roman de Bram Stoker signifiait un retour en force pour Francis Ford Coppola après des années 80 difficiles. Le réalisateur avait continué à y délivrer des œuvres passionnantes,, entre épure formelle sophistiquée (le diptyque Rusty James/Outsiders),  pétages de plomb mégalo et expérimental dont il a le secret (Coup de cœur) et œuvres plus intimiste et sensible avec Peggy Sue s’est mariée. Problème pratiquement tous ces films avaient été des échecs cuisant au box-office (on peut y ajouter l’échec artistique également de Cotton Club) et le retour aux sources raté du Parrain 3 (malgré de vraies belles fulgurances) n’avait pas redoré le blason de Coppola au box-office. Dracula sera donc le dernier vrai grand succès commercial du réalisateur tout en étant un film aussi génial que discutable sur le plan artistique.

Sur le papier, c’est sans doute l’adaptation la plus fidèle dans son déroulement au roman de Stoker mais  néanmoins elle souffle vraiment le chaud et le froid. La réussite est en premier lieu visuelle avec une esthétique gothique parmi les plus flamboyantes jamais vu notamment grâce à une direction artistique à tomber. La première partie est ainsi truffée d’images forte imprimant durablement la rétine, entre l'ouverture narrant l'histoire de Vlad l'Empaleur sa bataille puis ses cadavres de ses adversaires empalés sous un soleil rougeâtre, le voyage puis l'arrivée de Harker en Transylvanie,  enchaînements prodigieux au montage, les compositions de plan sublime et les décors studios impressionnants.

 Le film pêche en fait par sa profonde schizophrénie. Les costumes d'Eiko Ishioka (qui a œuvrée sur le Mishima de Paul Schrader et plus récemment associée à Tarsem sur The Fall et The Cell) sont d’une audace rares (l’armure façon chair à vif écarlate au début) et se marient fort bien à l’apparat gothique classique des décors de Thomas E. Sanders certes déjà vus mais d’un aboutissement et raffinement impressionnant. La note d’intention de Coppola était de transcender une inspiration issue du gothique des grandes heures de la Universal mais aussi du fantastique poétique français avec La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Coppola travaillant toujours en famille aura cependant beaucoup délégué, notamment à son fils Roman ici réalisateur de seconde équipe et qu’on pourrait presque qualifier de réalisateur officieux.
Les influences de Roman Coppola sont toutes  autres (se souvenir de sa seule réalisation officielle le sympathique CQ hommage au cinéma pop 60’s et notamment le Barbarella de Vadim) puisque lorgnant plus vers le cinéma bis avec une esthétique très rococo au croisement des productions Hammer et Mario Bava (on est même pas loin du Caligula de Tinto Brass lorsque les femmes vampires séduisent Harker dans une scène à l’érotisation brûlante où on reconnaîtra une toute jeune Monica Bellucci) jurant avec le classicisme revendique par Francis (Todd Browning, James Whale).  Tout cela traduit la mainmise invisible de Roman Coppola et déteint sur l’ensemble du film ne sachant choisir une direction claire sous dans toutes ses facettes.

Le romantisme le plus éclatant côtoie donc ainsi le grotesque,  le génie alterne avec le franchement risible (le cocher de Dracula qui soulève Harker pour le mettre dans sa voiture) parfois dans la même scène tel ce face à face entre un Harker apeuré et Dracula ultra maniéré et provoquant plus les gloussements que l’effroi. 

L'interprétation est du même ordre et sans juste milieu :  Keanu Reeves est insipide en Jonathan Harker (mais tout terne qu’il soit il est paradoxalement le plus juste face aux excès des autres) tandis qu’Anthony Hopkins délivre un cabotinage honteux en Van Helsing faisant  le film dans la pantalonnade. Le Dracula transformiste incarné par Gary Oldman est une fausse bonne idée vu l’option romantique prononcée car difficile pour provoquer l’empathie (humain/animal, jeune/vieux, amoureux/monstrueux qu'est il vraiment au fond ?) nécessaire à un personnage qui n’a pas d’image réellement définie. 

Malgré tout l'histoire d'amour est vraiment belle et cette orientation romanesque plus marquée touche vraiment dès que Mina (Winona Ryder superbe) et Dracula (Gary Oldman habité, quand on distingue ses trait en tout cas) sont réunis, que ce soit  la première rencontre au cinématographe, le dîner romantique où la poignante scène où Mina s'abandonne à Dracula et boit son sang. Coppola a vraiment réussi à faire de Dracula un monstre et un personnage tragique à travers cette histoire et provoquer un sentiment mitigé où l’on souhaite autant le voir périr pour ses exactions (les débordements sanglants sont particulièrement réussis) que de retrouver Mina.

Dracula est donc une œuvre très inégale mais captivante même dans ses défauts et de toutes façon traversée de fabuleux moments de cinéma et porté par un score inoubliable de Wojciech Kilar C’est aussi le dernier vrai bon film de Coppola avant son retour en grâce récent dans des œuvres plus modestes car la suite des 90’s allait s’avérer sinistre (Jack, L’Idéaliste). Le grand écart entre excès et classicisme manqué par Coppola ici serait par contre brillamment réussit par Kenneth Branagh et son Frankenstein d'ailleurs produit par Coppola qui devait le réaliser au départ. 


Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

mardi 16 octobre 2012

Retour à Howards End - Howards End, James Ivory (1992)


Dans l'Angleterre du début du XXème siècle, deux jeunes femmes fort émancipées, Margaret et Helen Schlegel, vont se lier d'amitié avec une famille traditionnelle, les Wilcox. La modernité des deux sœurs va créer des tensions et des drames chez les Wilcox, mais leurs destins sont maintenant liés.

Après Chambre avec vue (1986) et Maurice (1987), Howard Ends est la troisième adaptation d'EM Forster que signe le trio James Ivory/ Ismail Merchant/Ruth Prawer Jhabvala. Après les amours contrariés par l'immaturité (Chambre avec vue) puis par la transgression de l'interdit (Maurice) le récit traite plus frontalement de cette opposition de classe déjà au cœur des deux précédent films. On suivra ici les destins liés de deux familles anglaises sous l’Angleterre edwardienne, les Schlegel et les Wilcox.

Les premiers de par leur parenté germanique via leur père font preuve d'une ouverture sur le monde et d'une modernité où s'illustre leur gout pour la littérature, la musique et une vraie curiosité envers leur semblable à travers les deux sœurs Margaret (Emma Thompson) et Helen (Helena Bonham Carter). Les Wilcox représentent eux une Angleterre plus traditionnelle et aristocratique, fermée sur elle-même. Les chemins des deux familles ne cesseront de se croiser sur plusieurs années dans un mouvement d'attirance et de répulsion toujours plus complexe et soulevant les grandes idéologies qui les oppose.

L'attirance concernera dans une échelle toujours plus intense les liens amoureux et amicaux noués avec une vraie sincérité et la répulsion naîtra elle des entraves sociales rendant l'union impossible. Chaque pas en avant se verra brutalement stoppé pour des conséquences allant en s'aggravant : de l'innocente romance entre Helen et Paul Wilcox naît un malentendu qui rafraîchira les rapports une première fois.

L'amitié entre Margaret et Ruth Wilcox (Vanessa Redgrave merveilleusement indolente et effacée) voit son symbole le plus fort étouffé lorsque le testament de cette dernière léguant sa propriété d'Howard Ends à son amie est détruit par sa famille. Ce sera enfin le mariage entre Margaret et le patriarche Henry Wilcox (Anthony Hopkins) qui s'avérera voué à l'échec. Quand le caractère ardent des Schlegel est constamment guidé par les élans du cœur, les Wilcox y répondent par une froideur bassement matérielle et égoïste.

 Le personnage fantasque d'Helena Bonham Carter ne pourra se résoudre à cette indifférence quand une Emma Thompson (superbe et récompensée par l'Oscar de la meilleure actrice) plus nuancée et touchante tentera sans y parvenir le compromis par amour. Ivory filme avec élégance et dans une superbe direction artistique ces mouvements contradictoire où son talent de narrateur évite un côté trop schématique (reproche que j'ai un peu sur Chambre avec vue) grâce à ses petits moments préparant aux entraves à venir (la rencontre à la gare qui empêche la première visite attendue de Howard Ends) où l'intensité des scènes de conflits comme celle vers la fin où Emma Thompson goutte douloureusement au refus brutal d'Anthony Hopkins pour une demande simple et sincère.

La fameuse demeure de Howard End au centre de tous les enjeux n'est finalement pas si visible que cela durant le film. Sa beauté n'est qu'entraperçue au début via les déambulations vaporeuse de Vanessa Redgrave ou plus tard Emma Thompson dans un mimétisme de mise en scène étudié pour Ivory. La nature environnante, le poids du souvenir de cette maison s'exprime sobrement et avec poésie  (tout comme les rêveries interdite par sa condition au personnage sacrificiel de Leonard Bates) mais les lieux sont finalement surtout les centres du drame et du compromis qui confère à la conclusion un esprit de statu quo et de résignation.


Sorti en dvd zone 2 français chez MK2

dimanche 8 avril 2012

Wolfman - The Wolfman (Director's Cut), Joe Johnston (2010)



Lawrence Talbot est un aristocrate torturé que la disparition de son frère force à revenir au domaine familial. Contraint de se rapprocher à nouveau de son père, Talbot se lance à la recherche de son frère...et se découvre une terrible destinée. Réunissant petit à petit les pièces du puzzle sanglant, Talbot découvre une malédiction ancestrale qui transforme ses victimes en loups-garous les nuits de pleine lune. Pour mettre fin au massacre et protéger la femme dont il est tombé amoureux, il doit anéantir la créature macabre qui rôde dans les forêts encerclant Blackmoor. Alors qu'il traque la bête infernale, cet homme hanté par le passé va découvrir une part de lui-même qu'il n'aurait jamais soupçonnée.

En dépit de tous les talents engagés, on n'attendait pas grand chose de ce Wolfman tant sa production fut houleuse. Parmi les péripéties marquantes, Mark Romanek (Photo Obsession et parti réaliser depuis le superbe Never Let Me Go) premier réalisateur engagé qui claque la porte à deux semaines du tournage, le compositeur Danny Elfman débarqué (car engagé sur d’autres projets) puis réintégré quelques temps avant la sortie et des « «retakes » multiples exigées par le studio pour un film terminé depuis bientôt deux ans. Le spectre du lamentable Cursed de Wes Craven, précédente tentative de retour du loup-garou sur les écrans (et ayant connu une mise en place tout aussi mouvementée) rôde. La réussite du film n’en est que plus appréciable, même si des défauts majeurs demeuraient dans le montage cinéma, essentiellement dû aux problèmes précités.

Un des grands atouts du film (remake du classique Universal de 1941) est de retranscrire avec brio tous les motifs du film d’épouvante gothique. Campagne brumeuse et menaçante, demeure victorienne imposante, villageois superstitieux et aspects psychologiques troubles, rien ne manque. Benicio Del Toro (ici également producteur), de par sa présence animale, était né pour le rôle et assure la digne succession de Lone Chaney en lycanthrope torturé et bestial.

Face à lui, Anthony Hopkins bien décidé à se faire pardonner sa lamentable prestation dans le Dracula de Coppola, campe un personnage ténébreux et magnétique dont la relation malsaine avec son fils constitue la meilleure idée du scénario. Solide technicien et habile narrateur, Joe Johnston (Rocketeer, Jumanji) assure une belle tenue visuelle à l’ensemble avec quelques splendides morceaux de bravoure. La traque du loup-garou en plein Londres est haletante à souhait, tout comme le très hargneux affrontement final entre lycans.

Défis de taille, les transformations en loup-garou ne déçoivent pas, alliant le meilleur des techniques modernes et anciennes. Le grand Rick Baker (responsable d'une des séquences cultes du genre avec Le Loup-garou de Londres de John Landis) se charge des saisissants effets physiques et du maquillage tandis que le numérique prend le relais pour traduire la vélocité de la bête en mouvement. Les moments où le loup-garou passe de la course sur deux jambes à quatre pattes sont ainsi réellement impressionnants.

Impeccable esthétiquement, le seul souci se situait au niveau de la narration dans la version cinéma. Partagé entre la tradition contemplative et privilégiant l’atmosphère du genre et des velléités plus modernes, le rythme y boitait souvent avec des enchaînements de scènes abrupts et pas toujours cohérents.

Ce director's cut rectifie complètement ces scories, le récit respire enfin le temps d'une première heure posée ou se dessine les rapports conflictuels entre Hopkins et Del Toro, la romance touchante entre ce dernier et Emily Blunt (renforçant l'intensité de la poignante scène finale entre les deux, reprise du film original). Hugo Weaving, arborant fièrement des attitudes de héros de western est néanmoins toujours un peu sacrifié en Abberline mais le charisme de l'acteur compense largement cela. C'est avec ce director’s cut qu'il faut découvrir le film qui y retrouve tout son éclat ténébreux et romanesque. Un des meilleurs films fantastique de ces dernières années.

Sortie en dvd zone 2 français chez Universal


jeudi 11 novembre 2010

Un Lion en hiver - The Lion in winter, Anthony Harvey (1968)


Déchaînement d'intrigues (romancées) autour du problème de la succession d'Henri II d'Angleterre au XIIe siècle. On est à la cour du château de Chinon, en période de Noël 1183. Aliénor d’Aquitaine, après plusieurs années d’emprisonnement par son mari Henri II, est délivrée par ce dernier afin d'étudier ensemble lequel de leurs trois fils serait le successeur idéal au trône d’Angleterre. La décision va s’avérer difficile compte tenu de l’enjeu et des dissensions qui existent dans la famille. Sont présents : le prince Richard (futur Cœur de Lion), le duc Geoffroy II de Bretagne et le prince Jean (futur Jean sans Terre). Sont également présents le roi Philippe II de France alias Philippe Auguste et sa demi-sœur Adèle de France alias Alix, deux enfants de Louis VII de France (ex-mari d'Aliénor, mais qui ne proviennent pas de leur lit). Alix est fiancée à Richard mais, dans la réalité, elle est la maîtresse du roi Henri et, de ce fait, a également des prétentions au trône…

Adapté de la pièce de théâtre (jouée à Broadway) de James Goldman, Un Lion en hiver dépeint avec une verve peu commune les évènement ayant secoués la difficile succession de Henri II d'Angleterre. Les premiers instants du film présentant les principaux protagonistes avec leur reconstitution minutieuse (décor, costumes impressionnant), la réalisation élégante de Anthony Harvey et la musique majestueuse de John Barry (Oscar à la clé) laisse à croire qu'on va assister à un film hollywoodien luxueux de plus. Il n'en sera rien.

Les différentes force en présence se retrouvent rapidement réunies au château de Chinon pour fêter Noël et surtout régler le problème de la future succession de Henri (Peter O'Toole). Parmi les trois prétendants, Richard le guerrier au coeur fragile (Anthony Hopkins dans son premier rôle cinéma grâce à Katharine Hepburn qui l'a imposé), le stratège glacial Geoffroy et le trop jeune et immature Jean (Nigel Terry qui retrouvera la couronne bien des années plus tard avec plus de prestance en Roi Arthur dans Excalibur). Cette succession dépasse pourtant la simple ambition et rivalités entre les trois fils, simple prétexte à un duel stratégique entre Henri et son épouse déchue Alienor (Katharine Hepburn) emprisonnée par lui depuis de longues années. Chacun d'eux vise un fils différents pour la couronne d'Angleterre, plus par volonté d'embêter l'autre que par grande vision future.

La première partie s'avère sacrément déroutante pour qui s'attend à une atmosphère noble et courtoise. Que ce soit dans les relations père/fils, mari/femme ou fraternelles tout transpire la haine et le ressentiment farouche mûrit depuis de longues années. Les joutes verbales brillantes et les répliques assassines font feu de tout bois, les plus savoureuses étant celles entre O Toole et Hepburn, vieux couple complices dans le mépris réciproque et dont le plus grand plaisir est de contrarier les projets de l'autre.

Ce bel esprit et cette aisance révèlent pourtant bientôt son envers, à savoir une famille brisée. On apprend ainsi progressivement les maux qui rongent la cour depuis des années. Henri las de sa femme aurait pris une concubine, la reine pour se venger se serait mise à comploter contre lui pour être exilée et isolée par la suite en punition. Tout ce nid de complot, d'intrigue et de malveillance déteint évidemment sur leurs enfants pour proposer finalement trois grands névrosés en souverain potentiels.

Le scénario est vraiment excellent, mariant parfaitement réelle émotion et éloquence du verbe les deux étant toujours sur la corde raide la suspicion régnant entre les personnages. Les alliances se font et se défont, les intrigues de palais alambiquées s'enchevêtrent dans un grand maelstrom qui déroutent constamment le spectateur à coup de manipulation et de faux semblants. La profonde douleur de chacun finit pourtant par transparaitre sous les mensonge, tel Richard (Anthony Hopkins magnifique de fragilité sous sa carrure imposante) brisé par une mère l'ayant couvé pour l'éloigner de son père en faisant des étrangers. La relation entre O Toole et Hepburn est passionnante également, révélant au final un couple toujours aimant qui s'est perdu au fil des années à coup d'infidélités et d'intrigues.

Peter O' Toole en souverain bourru et roublard est excellent et atteint des sommets lorsqu'il tombe le masque tel ce moment où Henri perd ses moyens lorsqu'il se rend compte qu'aucun de ses fils n'est digne de lui. Quant à Katharine Hepburn en Alienor D'Aquitaine, c'est tout simplement une des plus grandes interprétations de sa carrière pourtant déjà bien lotie. Manipulatrice, sournoise mais aussi vieille femme brisée n'acceptant pas son déclin après avoir été le centre du monde et surtout ne s'étant jamais remise de la perte de son seul vrai amour Henri. Timothy Dalton débutant en Roi de France est très convaincant et charismatique également.

Le film trahi ses origines théâtrales dans le bon sens du terme puisque bien reposant essentiellement sur les longues joutes verbales, ces dernières sont toujours mues par une mise en scène au diapason pour en distiller l'intensité. Les deux grands sommets du film en témoignent : la longues séquences dans la chambre du Roi de France où chacun vient plaider en sa faveur à tour de rôle tandis que les autres épient dans la pénombre et surtout le grand déballage final où chacun laisse éclater sa violence. Très grande réussite qui sait adapter ses quelques incohérences historiques (Noël pas encore fêté à ce stade du Moyen Age) à la force de son propos.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal