Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Jenny Agutter. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jenny Agutter. Afficher tous les articles

mardi 12 juillet 2022

I Start Counting - David Greene (1969)

Wynne (Jenny Agutter) est âgée de 15 ans et vit dans une tour moderne avec sa famille et son frère adoptif George (Bryan Marshall), son ainé de près de 20 ans et dont elle est secrètement amoureuse. Quand une série d’assassinats de jeunes femmes est commise près de leur ancienne maison, Wynne enquête, craignant que George soit l’assassin.

I Start Counting s'inscrit dans un certain courant de thrillers anglais étrange de la fin des années 60 et du début des seventies. Il s'agit de l'adaptation du roman éponyme (et publié en France sous le titre Compte à rebours et Grand Prix de Littérature Policière en 1967) de Audrey Erskine Lindop publié en 1966. Cette dernière avant de rencontrer le succès en tant que romancière gravita dans le monde du cinéma en tant que scénariste, notamment au sein du studio Gainsborough où elle adapta nombre de mélodrame gothique troubles et flamboyants si emblématiques de la firme. Un de ses travaux les plus mémorables sera le script de Blanche Fury de Marc Allégret (1948), sommet gothique tout en ambiguïté et érotisme latent. De cette expérience elle conservera en passant au roman un goût pour les personnages féminins perturbés, une écriture très cinématographique tant dans la description d'atmosphère que par la science du dialogue. Les deux premières adaptations d'Audrey Erskine Lindop se firent avec The Singer not the song (1961) et I thank a fool (1962) mais ne firent guère sensation, sans doute à cause des contraintes de censure atténuant largement la provocation des romans.

I Start Counting marquera donc enfin une réussite dans ce registre. David Greene connaîtra surtout la renommée pour son travail à la télévision américaine (où il réalise deux feuilletons culte, Le Riche et le pauvre (1976) ainsi que Racines (1977)) mais avant cela fit réalisera quelques long-métrages cinéma en Angleterre. Sa mise en scène ainsi que le scénario de Richard Harris exploitant habilement les qualités du livre sont pour beaucoup dans le brio du film. L'histoire se présente au départ comme une variation anglaise de L'Ombre d'un doute de Alfred Hitchcock (1943). Wynne (Jenny Agutter) est une adolescente de quinze ans secrètement amoureuse de son frère adoptif George (Bryan Marshall). Alors qu'un serial-killer semble sévir dans la ville et assassinant des jeunes filles, différents indices et comportements étranges de George semble laisser croire à Wynne qu'il soit le coupable. Dès lors on se croit parti sur les rails d'un thriller glaçant mais le récit prend des détours bien plus surprenant. La narration endosse pleinement le point de vue de Wynne, nous faisant partager sa perception, ses rêves, cauchemars, fantasmes et tout un ensemble d'émotion associées à ce qui est un récit d'apprentissage.

La mise en scène de David Greene capture la féminité et charme naissant de Wynne tout en la maintenant dans une certaine mentalité enfantine. La scène d'ouverture nous la présentant au réveil s'attarde sur des détails rattachés à l'enfance dans sa chambre (une peluche, un réveil à l'effigie de Popeye)), quand la scène où elle s'habille s'arrête davantage sur les éléments soulignant sa féminité comme son soutien-gorge, mais dans le même tant l'entrain à enfiler ses vêtements sans coquetterie ramène aussi à l'enfance. C'est toute la dualité de l'héroïne que personnifie parfaitement Jenny Agutter, visage mutin et grands yeux candide tandis que son corps dégage déjà une certaine sensualité, que ce soit dans son uniforme scolaire ou les tenues de ville emblématique de l'adolescente sixties avec mini-jupe particulièrement courte.

La découverte de la possible nature criminelle de son frère adoptif, plutôt que de l'effrayer, enflamme au contraire ses fantasmes juvéniles. David Greene orchestre des scènes oniriques (renforcée par la bande-son psyché de Basil Kirchin) où la pulsion de mort s'entremêle à celle du désir dans des tableaux morbides et sensuel traduisant toute l'ambiguïté des sentiments de Wynne, mais aussi de la société changeante d'alors. Il y a quelques moments satiriques fustigeant l'école catholique où elle évolue, tout en prévention par la peur des choses du sexe face à de jeunes élèves qui en savent déjà long sur le sujet. Wynne est ainsi partagé par ce désir et ses envies de provocations, la culpabilité la voyant avoir des sursauts de piété qui l'amène à se confesser (l'attrait "incestueux" de son amour n'aidant pas à son équilibre) ou au contraire défier l'autorité et jouer avec les règles qui s'imposent à son jeune âge. 

L'aspect coming of Age prévaut donc mais David Greene parvient constamment à le mêler au sous-texte de thriller. Ainsi la plupart des crimes ont lieu autour de l'ancienne maison d'enfance de la famille de Wynne qui vit désormais dans une barre d'immeuble type HLM. Wynne ne cesse de se rendre dans cette ancienne maison, à la fois par goût du danger et par la nostalgie de la petite enfance heureuse vécue en ces lieux. Ce décor représente donc autant son désir que son refus de grandir, ce que la mise en scène exprime parfaitement en en faisant un cocon bienveillant dont surgissent des flashbacks lumineux ou alors un lieu très inquiétant la nuit venue. 

Il y a une quasi-dimension de conte à la Hansel et Gretel dans la manière de montrer les différentes "couches" de la maison, l'environnement changeant et cauchemardesque des bois alentours la nuit venue - superbe photo de Alex Thompson annonçant ses travaux sur Excalibur (1981) ou Legend (1985). Enfin, la relation entre Wynne et ce frère aîné est particulièrement réussie, avec une grande ambiguïté soulignant largement plus l'émoi de l'héroïne que l'attrait de George. Qu'il se promène négligemment torse nu, lui lance une œillade complice ou ait un geste tendre envers elle, tout est prétexte à stimuler les sens de Wynne. Bryan Marshall excelle à exprimer ce sex-appeal inconscient et si perturbant pour l'adolescente.

On est ainsi dans la tranche de vie parsemée de moments étranges, mais les rails du thriller viennent nous rattraper de manière surprenante tant dans la résolution que de la tournure de l'intrigue dans la dernière partie qui achève de faire de I Start counting un objet assez unique. C'est le premier grand rôle d'une jeune Jenny Agutter amenée à briller dans d'autres œuvres ambitieuses durant les années suivantes comme The Railway Children de Lionel Jeffries (1970) ou Walkabout de Nicolas Roeg (1971).

Sorti en bluray anglais chez Bfi et doté de sous-titres anglais

lundi 21 novembre 2011

The Railway Children - Lionel Jeffries (1970)


Roberta (Bobbie), Peter et Phyllis (Phil) vivent à Londres, dans une grande et belle villa avec domestiques, jusqu'à ce que, suite à la visite que font deux hommes à leur père, celui-ci disparaisse et que Mère et les trois enfants déménagent pour une petite maison à la campagne. Après une première soirée d'angoisse et de désespoir, les trois enfants découvrent que la maison surplombe une ligne de chemin de fer.

The Railway Children est l'adaptation d'un grand classique de la littérature enfantine anglaise de Edith Nesbit, pionnière du genre dont l'influence s'étend de C.S. Lewis à JK Rowling en passant par Diane Wynn. Le livre a connu pas moins de six adaptations dont une radiophonique et trois télévisuelles produites par la BBC en 1951, 1968 et plus récemment en 2000. Le film de Lionel Jeffries est la seule version cinématographique et demeure la version plus célèbre. On comprend pourquoi tant on a rarement vu plus belle description du monde de l'enfance.

Roberta (Jenny Agutter), ses frères et sœur cadets Peter (Gary Warren) et Phyllis (Sally Thomsett) voit leur existence confortable et protégée voler en éclat lorsque deux hommes emmènent leur père pour d'obscures raisons le jour de noël. Bien que leur mère essaie tant bien que mal de leur dissimuler la vérité, les enfants voient le quotidien se détériorer avec le départ de plusieurs domestiques et l'angoisse autour du sort de leur père. La famille réduite est bientôt contrainte de déménager dans une demeure modeste à la campagne. L'abattement initial cède bientôt la place à la folle aventure lorsque les enfants découvrent qu'une ligne de chemin de fer passe à côté de leur maison.

Par un équilibre miraculeux, le film parvient à faire preuve d'une sensibilité extrême sans jamais tomber dans la niaiserie ou les bons sentiments. Lionel Jeffries à l'origine comédien réalise là son premier film et dirige magnifiquement son jeune casting. Le rôle de l'aîné Bobbie n'a plus de secret pour Jenny Agutter qui l'a déjà interprété dans la version TV de 1968 et elle est ici merveilleuse de maturité et de douceur naturelle. Sally Thomsett est-elle la craintive et espiègle Phyllis et sa performance est d'autant plus impressionnante qu'elle avait 20 ans alors qu'elle jouait une fillette de 11 sans que le spectateur ne le distingue et pour l'anecdote son contrat lui interdisait durant le tournage d'apparaître cigarette à la main ou en compagnie de son petit ami pour ne pas éventer l'astuce. Gary Warren complète le trio en fougueux et intrépide Peter, benjamin de la bande.

L'évasion amenée par les passages quotidiens du train amène les enfants à oublier momentanément leur problème et de manière inattendue à se faire de nouveau amis. Cela sera le cas avec un passager bienveillant surnommé le "Old-Gentleman" (William Mervyn) qui va s'habituer à leur facéties lors de ses voyages et faire office d'ange gardien, le loufoque chef de gare Perks (Bernard Cribbins) ou le très sollicité Docteur Forrest (Peter Bromilow).

Après avoir suscité la bienveillance et la gentillesse de chacun, le trio use du cadre de la gare et des chemins de fers pour aider les autres à leur tour. Cet aspect est amené avec une infinie délicatesse, toujours touchante et jamais trop forcées dans le statut de bienfaiteurs de la communauté acquise par le trio qui entre autre exploits évite la traversée d'un éboulement à un train ou aide un réfugié russe à trouver sa famille (rebondissement qui permettait à Nesbit de glisser quelques-unes de ses idées socialistes). L'interprétation des adultes est au diapason notamment Bernard Cribbins en Perks qui offre un des plus beaux moments du film lorsque croyant à de la charité il rejette le cadeau d'anniversaire des enfants avant de se raviser. Dinah Sheridan en mère courage et compréhensive est tout aussi attachante.

Lionel Jeffries confère l'esthétique idéale avec un début bourré d'idées visuelles ludiques pour savourer ce bonheur éphémère où toute la famille est réunie avant de donner dans un ton plus posé et contemplatif quand on arrive à la campagne. Là on a véritablement le sentiment de voir se tourner les pages des livres d'images de notre enfance avec ces couleurs chatoyante, cette nature chaleureuse où tout est une constante découverte. Jeffries n'abandonne jamais le point de vue enfantin (et même si on devine où est le père on n'en connaîtra la raison que quand Bobbie la découvrira également) donnant ainsi un sentiment d'émerveillement permanent avec les éléments les plus anodins, que ce soit les multiples passages du train toujours inventifs, l'utilisation du décor de la gare ou l'apparition de personnages notamment le Old-Gentleman ou la féérique réapparition finale de l'être tant attendu.

On sent beaucoup l'influence du Whistle down the wind de Bryan Forbes (qui est joliment remercié lors du générique de fin où on entend une voix crier "Thank you Mr Forbes" car il contribua à boucler le financement du film). Vraiment une merveille pour qui a gardé son âme d'enfant et qui se conclu par un sublime générique final où le casting franchi le quatrième mur pour nous dire au revoir. Immense succès public et critique à sa sortie, The Railway Children a depuis bercé les souvenirs de plusieurs générations de jeunes spectateurs et fait aujourd'hui figure de grand classique du cinéma anglais, classé dans les 100 plus grands films anglais par la BFI notamment. Témoin de cette longévité, Jenny Agutter aura effectué une troisième incursion dans l'univers de Edith Nesbit en jouant cette fois la mère lors de l'adaptation télévisée de 2000.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

Extrait

mercredi 9 novembre 2011

L'Âge de cristal - Logan's Run, Michael Anderson (1976)


Dans la société de 2274, si les sujets vivent essentiellement de plaisirs, ils sont contraints de mourir à 30 ans pour éviter la surpopulation. Mais Logan 5 et Jessica 6 se rebellent et s'enfuient... 

Logan's Run fait partie de ces malheureux films de science-fiction sortis à la fin des 70's (on peut y ajouter Le Trou Noir produit par Disney en 79) qui furent soudainement marqués du sceau de la ringardise la plus totale par le succès de Star Wars. George Lucas en mêlant récit d'initiation, inspiration serial et en ranimant le souffle de l'aventure avait redonné ses lettres de noblesse (avec Spielberg) au divertissement populaire dans une décennie moins fertile dans le genre. La SF n'avait pas disparue mais donnait plutôt dans l'héritage des fables alarmiste des 50's revue au goût du jour (Soleil Vert de Fleischer) ou de la rigueur réaliste du 2001 de Kubrick. Logan's Run s'avère donc une tentative intéressante dans le sens où il ose une esthétique plus fantaisiste qu'il plaque à des thèmes intéressant sur le papier. Malheureusement le résultat n'est pas loin de laisser à désirer et mérite amplement d'être tombé dans l'oubli.

L'histoire (adapté d'une série de roman de William F. Nolan et George Clayton Johnson) nous plonge dans un futur lointain où les hommes vivent enfermés dans une cité vouées au plaisir et où ils sont condamnés à mourir lorsqu’ils atteignent 30 ans. Une échéance que peu craignent car ils sont supposés renaître lors d'une grande cérémonie sacrificielle festive. Les plus récalcitrants tentant d'échapper à l'échéance sont traqués et éliminés par des "Limiers", unité dont fait partie notre héros Logan 5 (Michael York).

Condamné prématurément suite à une découverte sur l'un des fugitifs, il tente à son tour de s'enfuir avec la belle Jessica 6 (Jenny Agutter) vers le Sanctuaire, terre promise à l'extérieur de la cité. Culte de la jeunesse, abêtissement des masses dans le plaisir et l'oisiveté, libre arbitre, il y avait une foule de questionnements judicieux à tirer du film mais on sera loin du compte. Premier soucis et de taille l'esthétique souvent hideuse de l'ensemble.

Raccord avec cette époque de libération sexuelle que sont les 70's, Michael Anderson décrit un univers hippie décomplexé où les hommes s'habille en justaucorps moulant de couleur et les femmes en toges bouffante ultracourte et des coiffures bien de leur temps (la future drôle de dame Farrah Fawcett dans un petit rôle arbore un brushing flamboyant). On sélectionne via téléportation l'amant(e) du soir et le temps d'une scène surréaliste digne d'un porno on traversera une étrange salle psychédélique vouée aux orgies.

C'est tout aussi catastrophique niveau décors malgré quelques trouvailles (la fameuse séquence de renouveau très étrange) avec des maquettes bien visibles et un design soit daté (la ville future évoque celle de Things to come (1939) de William Cameron Menzies), soit cheap (on pense plus à un grand centre commercial kitsch qu'à une cité futuriste avec néon disco en bonus). Les passages en extérieurs avec leur matte painting sur une Terre abandonnées sont plus convaincants mais on aura eu notre lot de moments embarrassant entre temps comme l'attaque d'un robot boite de conserve du plus bel effet.

Michael York est bien fade en héros et le script ne parvient même pas à rendre son évolution intéressante. Il passe du tueur oisif au fugitif en un clin d'œil sans qu'on ait eu le sentiment d'une prise de conscience autre que de sauver sa peau. Jenny Agutter à moitié nue l'essentiel du film est bien belle mais on l'a connue plus impliquée dans d'autre films ici Anderson en fait plus une sorte de quota sexy. Peter Ustinov en vieil homme sénile après des années de solitude surnage un peu dans ce marasme avec humour devant l'air benêt du duo qui découvre la vraie vie.

Jerry Goldsmith conscient du spectacle qu'il doit mettre en valeur délivre un score en roue libre aussi, le meilleur côtoie des passages sous acides (la fameuse scène érotique) où il expérimente toutes les sonorités qu'il peut tiré de son synthé. Un beau gâchis auquel on pourra préférer son remake officieux récent, The Island de Michael Bay qui sans être plus intelligent a le mérite d'être divertissant. Dans le genre mieux vaut revoir le passionnant Zardoz de John Boorman à l'esthétique discutable mais pas dénué de grands moments et au fond bien plus intéressant.

Pour les malheureux qui veulent néanmmoins tenter la chose, c'est disponible en zone 2 français chez Warner.

jeudi 24 février 2011

Walkabout - Nicolas Roeg (1971)


Deux jeunes frère et sœur occidentaux se retrouvent abandonnés dans le bush après le suicide de leur père. Survivant tant bien que mal dans le désert hostile, ils rencontrent un jeune aborigène en plein « walkabout », cette errance initiatique rituelle.

Pour son deuxième film après l'expérimental Performance, Nicolas Roeg réalisait peut être son chef d'oeuvre avec cet immense Walkabout. Adapté d'un roman de James Van Marshall, le film part d'un postulat simple et exprime des thèmes d'une grande profondeur dans une gamme de sentiment complexe et contradictoires par la seule puissance formelle de son réalisateur divinement inspiré.

Après une courte introduction urbaine, nous somme donc immédiatement plongé dans le bush australien avec nos deux jeunes héros rapidement livrés à eux même après la disparition tragique de leur père. La méthode Roeg frappe d'entrée avec ses échanges creux entre le père et ses enfants, le malaise ambiant qui va conduire au drame se ressentant dans les non dits, les regards fuyant puis part le brutal rebondissement filmé avec étrangeté dans un montage déroutant.

La soeur (Jenny Agutter) et le frère (Luc Roeg le jeune fils de Nicolas Roeg) dont on ne connaîtra jamais les prénoms entament alors une longue errance dans le gigantesque bush australien qui leur est en tout point hostile tant leur éducation citadine les à peu préparée à pareille épreuve. Soleil de plomb, sécheresse, panorama à la l'horizon infinie en forme de prison à ciel ouvert rien ne semble être épargné aux malheureux d'autant que Roeg filme le bush comme s'ils se trouvaient sur une autre planète. Le score hypnotique de John Barry accompagne donc une symphonie de sensations exprimée par le montage (avec de nombreux inserts sur les animaux les plus étranges qui soit accompagnant la marche des personnages), la photographie donnant des teintes surnaturelles aux décors naturels et au ciel et la réalisation de Roeg qui confère autant de beauté que de menace à ce cadre hors normes qu'on a jamais vu ainsi depuis et ni même avant.

Le salut arrive donc d'un jeune aborigène (David Gulpill) en plein walkabout, ce rite de passage tribal où les jeunes doivent entreprendre une errance dans l'étendue sauvage en communion avec la nature et en quête d'eux même pour en revenir transfiguré et adulte. Le film se soustrait alors à toute les règles de narration classiques pour totalement envouter dans son illustration du rapprochement entre les deux civilisations avec un sentiment de quiétude et de fraternité.

Le jeune frère si chétif au départ devient donc endurant au contact de cet aborigène lui enseignant la manière de se mouvoir, nourrir et se protéger dans cette contrée avec un mimétisme et une complicité palpable entre eux (le jeune garçon finit par être constamment torse nu puis arbore les peintures rituelles de son ami, l'aborigène qui se lève un matin et allume le poste de radio le plus naturellement du monde). Il en va de même avec Jennifer Agutter qui perd peu à peu ses inhibitions (voir cette longue nage nue dans une crique) tandis que l'aborigène se laisse gagner lentement par un certain désir pour elle, tout deux étant magnifié par Roeg dont la caméra est avide du contact de leur corps jeune et souple.

Le sujet pourrait d'ailleurs laisser croire à une mise en scène naturaliste et dépouillée, il n'en est rien. Roeg use de tout les artifices à disposition hérités de son passé de monteur et directeur photo pour rendre l'expérience constamment surprenante et sensitive. On trouve ainsi un montage en forme d'associations d'idées lorsque David Gulpill achève la bête qu'il chassait avec des inserts d'un charcutier reproduisant son geste comme pour signifier sa teneur universelle pour l'homme amener à se restaurer.

A un autre moment lorsque le jeune garçon décidera de narrer un conte de sa connaissance à l'aborigène (qui n'y comprend mot) à nouveau de brève image de page qui se tournent viendront accompagner la séquence. Le film avait à peine 14 pages de script et laissait libre court au évènements, caprices de la natures et improvisation de l'équipe et cette liberté se ressent dans l'immense respiration que constitue l'ensemble.

Ce bonheur n'est pourtant qu'éphémère et les différences vont finalement causer un fossé insurmontable. Dans le livre, l'aborigène mourrait en ayant contracté au contact des blancs une maladie inconnue de son organisme. Roeg va donner un tour plus poétique à ce mal en faisant de l'incompréhension mutuelle et l'influence des blancs les instruments de la chute de l'insouciant aborigène. Après nous avoir montré la communion de l'homme avec son environnement dans les magnifiques scènes de chasse, on assiste à un massacre gratuit et pour la forme de diverses bêtes par un groupe de chasseur.

Alors que l'aborigène se fondait dans la nature et ne troublait pas le cours naturel de la vie (tuer pour se nourrir) l'envers de cette séquence montre des hommes tuant pour le plaisir et laissant les carcasses au vautours. Roeg par un jeu sur la vitesse de l'image et un montage saccadé montre l'aspect intrusif et nocif de leur acte en brisant la tonalité contemplative en cours jusque là. L'autre point constitue la romance avortée entre Jennifer Agutter et l'aborigène où l'ambiguïté est de mise entre un vrai rejet et une incompréhension puisqu'une danse rituelle d'amour sera perçue comme une menace.

La conclusion fait écho à l'ouverture et notre héroïne revenu à une urbanité plus conforme semble exprimer le regret de cette aventure et du sentiment de liberté d'alors, son regard se fondant dans le souvenir d'une après midi de baignade. Le poème A Shropshire accompagnant les dernières images en voix off renforce l'émotion des images en surlignant merveilleusement leur mélancolie.


Into my heart an air that kills
From yon far country blows:
What are those blue remembered hills,
What spires, what farms are those?

That is the land of lost content,
I see it shining plain,
The happy highways where I went
And cannot come again.



Un des joyaux du cinéma anglais, ce qu'on appelle un chef d'oeuvre.

Sorti en dvd zone 2 français dans chez Potemkine la collection Agnès B et pour les plus fortuné et anglophone il existe une magnifique édition Critérion en zone 1