Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Michael Douglas. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michael Douglas. Afficher tous les articles

mardi 6 août 2019

Basic Instinct - Paul Verhoeven (1992)


L'action se déroule à San Francisco et ses environs. Catherine Tramell (Sharon Stone), une romancière richissime est soupçonnée du meurtre de son amant, la rock star Johnny Boz. Celui-ci a été assassiné à coups de pic à glace dans des circonstances similaires à celles décrites dans l'un des romans policiers qu'elle a écrits. Nick Curran (Michael Douglas), un policier chargé de l'enquête et ayant un lourd passé judiciaire, doit faire face à cette « mante religieuse », qui n'hésite pas à utiliser ses charmes pour arriver à ses fins.

Paul Verhoeven signe le plus gros succès de sa période américaine avec le sulfureux Basic Instinct. Comme dans ses autres films américains, le réalisateur entrecroise son sens de la provocation à une facette emblématique de son pays d’accueil. Le capitalisme triomphant des années 80 avait droit à sa peinture au vitriol dans Robocop (1987), le rêve américain était dépeint dans tout son envers sordide avec Showgirls (1995) tandis que le patriotisme propagandaire et militarite de Starship Troopers (1997) est largement moqué. Basic Instinct à une démarche plus cinéphile dans son audace avec ce détournement du classique Vertigo (1956) d’Alfred Hitchcock revisité à l’aune du thriller érotique.

Le scénario est tout en réminiscences plus ou moins subtiles d’Hitchcock. Brian De Palma est certes déjà passé par là en terme de maniérisme, fétichisme et détournement mais Verhoeven tire son épingle du jeu en étant moins dans la relecture que dans le pastiche (y compris dans le magnifique score de Jerry Goldsmith décalquant avec brio Bernard Herrmann) outrancier mais conservant miraculeusement son premier degré. Le squelette de l’intrigue est donc le même avec le flic Nick Curran (Michael Douglas) menant l’enquête sur Catherine Tramell (Sharon Stone), jeune femme blonde et provocante à la personnalité trouble. 

Le policier possède ses traumas (autrement plus coupables que les vertiges de James Stewart) qui se retourneront contre lui au cours de l’enquête. Le motif du double se joue de manière consciente et quasi méta (toujours ce lien à Vertigo) mais également dans la construction du suspense puisque les éléments façonnant l’ambiguïté sur la culpabilité de Catherine Tramell (le crime au pic à glace déjà contenu dans les romans de Catherine Tramell, la folie pure, le gout du risque ou une manipulation créant la suspicion) seront les même que ceux qui accuseront Nick ayant menacé la future victime dont on l’accusera de la mort.

La différence est que chez Verhoeven le combat des personnages face à leur part d’ombre est plus trouble. Les gros raccourcis du script (payé à prix d’or à l’époque) de Joe Eszterhas  importe peu face à l’ambiguïté des personnages capturée par le réalisateur. Le fétichisme hitchcockien compte moins que le désir de dominer, posséder l’autre, via le sexe de surcroît. Les démons de Nick ressurgissent par le désir qu’il éprouve pour Catherine et se joue dans ses addictions (alcool, cigarettes), cette volonté de possession qui passe par une intermédiaire (la brutale scène de sexe avec Jeanne Tripplehorn) et à nouveau la soumission quand il tombe dans les bras de Catherine. Cette dernière sème le chaud et le froid selon les aléas du script, la séduction, liberté sexuelle et provocation s’articulant sur sa facette manipulatrice et criminelle opposé à une vulnérabilité dissimulée sous les excès. 

C’est clairement dans l’aspect outrancier que la prestation de Sharon Stone étincelle. D’une séduction trouble en jouant de sa photogénie affolante, elle est également capable d'un abandon lascif et menaçant dans les scènes de sexe. Comme toujours le corps est un instrument de pouvoir chez les héroïnes de Verhoeven (et pour une fois ici à mauvais escient), attirant l’œil concupiscent, déstabilisant l’interlocuteur - la légendaire scène du décroisement de jambe – et surtout emprisonnant sa victime consentante. La prestation de l’actrice (qui ose son va-tout dans ce premier rôle inespéré après des années de vache maigre) conjugué à la mise en scène sensuelle de Verhoeven fait que CHAQUE scène de lit distille toujours stupre et menace à travers les jeux érotiques des personnages. Le jeu sur le pur et l’impur, l’ombre et la lumière, fonctionnent avant tout grâce à cette filiation Hitchcockienne. Lors de la scène de l’interrogatoire, Catherine arbore une tenue proche de la Kim Novak de Vertigo mais en plus moulante, échancrée et raccourcie pour aboutir au fameux décroisement de jambe. 

Les retrouvailles dans un bois en bord de mer rappellent à nouveau une des scènes les plus romantiques de Vertigo mais cette fois pour servir un ménage à trois bisexuel – prétexte à l’ire des ligues LGBT avant même la sortie du film même si on retiendra une réplique homophobe bien corsée de Michael Douglas. Et bien évidemment l’hésitation de Curran entre la brune Jeanne Tripplehorn et la blonde Sharon vient compléter le tableau. Verhoeven échoue dans le whodunit (les scènes de filature dans San Francisco où plane le fantôme du modèle mais sans la fascination) dont il n’a en vérité que faire. L’ambiguïté ne repose pas sur la culpabilité de Catherine, mais plutôt sur la présence d’une vraie amoureuse derrière la manipulatrice. Ainsi ce dernier plan sur le pic à glace distrait quant à son objectif, car c’est bien son non-usage (et la fin du roman de Catherine modifiée) qui fait tout le sel de ce portrait de femme. Clairement pas le meilleur film de la carrière américaine du réalisateur, mais certainement le plus emblématique.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Studiocanal 

 

dimanche 19 juillet 2015

Ant-Man - Peyton Reed (2015)

Scott Lang, cambrioleur de haut vol, va devoir apprendre à se comporter en héros et aider son mentor, le Dr Hank Pym, à protéger le secret de son spectaculaire costume d’Ant-Man, afin d’affronter une effroyable menace…

 Après un décevant Avengers : L’Ere d’Ultron (2015), Ant-Man constitue la deuxième salve Marvel de l’année et entame la troisième phase du projet global du studio en introduisant un nouveau super-héros. Le film avait fait parler bien avant la sortie du fait de sa production mouvementée. Le réalisateur anglais Edgar Wright, sur le projet depuis 2006 (soit avant que Marvel crée son studio et entame son projet d’univers unifié) avait ainsi claqué la porte de la production car ne reconnaissant plus son film à travers les nombreuses modifications infligées à son script initial – et sans doute ayant trait à des références à ce fameux univers partagé. La communauté geek aura tôt fait de conspuer Marvel et d’enterrer le film avant d’en avoir vu la moindre image, outrée par l’éviction d’une de ses figures de proues. Si l’on peut aisément deviner quelques idées de Wright conservées dans cet Ant-Man, le film en aurait-il été meilleur pour autant ? Rien n’est moins sûr. Depuis l’arrivée des super-héros dans des productions d’envergure et à de rares exception près (Sam Raimi et ses Spider-Man, Zack Snyder à des degrés divers pour 300 (2007), Watchmen (2009) et Man of Steel (2013) ou Guillermo Del Toro avec Blade 2 (2002)) les meilleurs films de super-héros ont été signés par des réalisateurs étrangers à cette culture.

Richard Donner et son Superman (1978), Tim Burton et ses deux Batman, Bryan Singer avec la saga X-Men : tous ont su s’imprégner, se familiariser et mettre en image ces héros en collant de la manière la plus cinématographique possible tout en y associant des thèmes plus personnels. Edgar Wright fait partie avec Guillermo Del Toro de ces réalisateurs « geek » qui n’ont jamais réellement franchi un palier et dont les films s’adressent finalement plus à une communauté et ne touchent jamais à l’universel – ce qu’un Sam Raimi ou un Peter Jackson sont parvenus un temps à faire. Pour un brillant Shaun of the dead (2004), mélange détonant de comédie romantique et film de zombie, le reste de la filmographie si elle n’a rien de déshonorant parait quelque peu autocentrée sur cet esprit fanboy et rien ne disait qu'il allait le surmonter cette fois.

 Marvel aura même prouvé par l’extrême la logique précitée, les films les moins convaincants étant dûs aux "auteurs" (Thor de Kenneth Branagh ou encore Iron Man 3 de Shane Black) quand les faiseurs les plus doués parvenaient à offrir des spectacles humbles et efficaces avec les deux Captain America ou le premier Iron Man. Tout cela pour dire qu’en oubliant sa production agitée, il est tout à fait possible d’apprécier Ant-Man d’autant que Peyton Reed, s’il a commis l’impersonnel véhicule pour Jim Carrey Yes Man (2009) avait su donner une étonnante consistance au monde futile des cheerladers dans American Girls (2000), le revival de screwball comedy Bye Bye Love (2003) et une comédie intéressante avec La Rupture (2006).

Hormis la continuité se prêtant bien à la mode actuelle pour les séries télé, les films Marvel doivent en partie leur succès à leur modestie. La légèreté de ton, les univers bariolés et héros décontractés lancés dans des aventures trépidantes offrit une certaine alternative au sérieux plombant mal singé du Dark Knight (2008) de Christopher Nolan par la plupart des blockbusters qui suivirent. Point d’ambition de révolutionner l’histoire du cinéma avec Marvel mais plutôt l’impression d’acheter son comic hebdomadaire sur du mauvais papier, s’y détendre le temps de l’aventure et passer à autre chose en attendant la suite ce qui est finalement dans l’esprit serial que le studio ressuscite à sa manière. En y incluant une noirceur malvenue et artificielle comme dans Avengers : Ere d’Ultron la mayonnaise ne prend pas alors qu’elle triomphe dans l’excellent et insouciant Les Gardiens de la galaxie (2014). 

Ant-Man revient à ses fondamentaux et à l’image des pouvoirs de de son héros miniaturisé. Les enjeux modestes mais attachés à la proximité du Marvel papier sont au cœur du récit avec sous les combats costumés un maintien ou un renouement du lien père-fille. Paul Ruud en héros maladroit et rigolard est parfait, idéalement secondé par un Michael Douglas incarnant un mentor malicieux et tout aussi attachant. L’historique du personnage d’Ant-Man est astucieusement modernisé pour le cinéma, intégrant une facette plus torturée qui se fond bien dans l’ensemble plus léger. Un peu à la manière de la prise de conscience de son héros, les effets spéciaux prennent un tour ludique puis de plus en plus impressionnant pour dépeindre l’apprivoisement du pouvoir de miniaturisation.

Les gags initiaux laissent place à des effets de perspectives de plus en plus virtuoses, jouant constamment sur le chaos de l’infiniment petit qui s’avère insignifiant à échelle réelle dans un montage alterné habile. Le final amènera d’ailleurs une confusion prétexte à des scènes plus folles lorsque des objets du quotidien grossiront à leur tour, tout en introduisant une étonnante dimension métaphysique sur une des possibilités à risque du costume d’Ant-Man. Peyton Reed, peu familier de ce genre de production, s’en sort très bien avec un spectacle efficace et inventif intégrant même la continuité Marvel sans trop de dommage sur son propre film. En jugeant sur pièce et en ne se focalisant pas sur ce qui aurait pu être, une production Marvel inventive, drôle et plaisante - ce qui est l’essentiel.

En salle


vendredi 25 novembre 2011

The Game - David Fincher (1997)


Nicholas Van Orton (Michael Douglas), homme d'affaires avisé, reçoit le jour de son anniversaire un étrange cadeau que lui offre son frère Conrad (Sean Penn). Il s'agit d'un jeu. Nicholas découvre peu à peu que les enjeux en sont très élevés, bien qu'il ne soit certain ni des règles, ni même de l'objectif réel. Il prend peu à peu conscience qu'il est manipulé jusque dans sa propre maison par des conspirateurs inconnus qui semblent vouloir faire voler sa vie en éclats.

Brisé par un tournage éprouvant et sous pression, David Fincher avait tiré un résultat miraculeusement réussi de son Alien 3 mais dont il ne se montra jamais satisfait et reniant le film. Le fruit de ses frustrations et angoisses donna au suivant Seven toute la noirceur, le désespoir et le nihilisme urbain qu’on connaît pour ce qui est un des sommets des années 90. Remis en confiance par l’immense succès du film, Fincher allait décontenancer son monde avec ce qui reste son film le plus controversé et déroutant.

The Game suis donc le parcours de Nicholas Van Horn (Michael Douglas) un très riche homme d'affaire dont la vie vire progressivement au cauchemar lorsque le mystérieux jeu auquel il s'est inscrit sous l'initiative de son frère pour pimenter son quotidien, vire au terrorisme organisé.

Plusieurs films en un viennent ainsi compléter le puzzle qu’on doit en partie à Andrew Kevin Walker, déjà responsable du script de Seven. Tout d'abord on a thriller psychologique le plus paranoïaque qui soit, truffé de rebondissements où le danger peut venir de partout, de toutes les façons possibles, par l'intermédiaire de n'importe qui et à tout moment, maintenant le spectateur dans une tension perpétuelle. La mise en scène de Fincher est oppressante et claustrophobique au possible, ne lâchant pas d'une semelle un Michael Douglas qui passe de l’indifférence détachée à l’anxiété la plus appuyée. Plusieurs scènes sont particulièrement saisissantes de ce point de vue comme celle où le héros se retrouve dans un hall d'hôpital qui s'avère être factice et qui se vide de son personnel en un clin d'œil, on nage en pleine quatrième dimension. Toute aussi stressant est ce passage voyant Michael Douglas s prisonnier d'une voiture sans conducteur qui fonce s'échouer en mer.

David Fincher n’a jamais caché son admiration et l’influence qu’on put avoir sur lui les films 70’s de Alan J.Pakula. Ici on pense ainsi fortement à Klute (1971) et A Cause d’un assassinat (1974). Du premier on reconnaît un même usage des codes du thriller (et ce sens du malaise indicible) pour finalement dessiner le portrait et le parcours initiatique d’une âme troublée, ici Van Horton présenté au départ comme arrogant et solitaire mais dont cette nature es dû à la vision enfant du suicide de son père et des responsabilités qui en ont découlées, lui volant son innocence. Quant à A cause d’un assassinat on en retrouve la paranoïa véhiculée par une entité mystérieuse, groupuscule gouvernemental dans le film de Pakula alors qu’ici la menace ici s'avère abstraite et conceptuelle avec la société CRS.

The Game est finalement une réflexion sur la fiction sous ses différentes formes, que ce soit par l’intermédiaire du cinéma ou le jeu vidéo. Tout au long du film, on constate que plusieurs solutions alternatives se présentent selon les choix que pourrait faire Michael Douglas et on retrouve l'un des thèmes du futur Fight Club sur l'interprétation de la réalité et le fait que le tout soit peut-être dû à la folie du héros est suggéré à plusieurs reprise. Le jeu que suggère le titre est en fait celui destiné à trouver (de manière fort tortueuse) le chemin de la rédemption et de la paix intérieure pour Michael Douglas.

Ce n’est qu’en ayant franchi les différentes épreuves/niveau qu’il pourra prétendre à être un autre homme et vivre différemment. Le twist final qui tient autant de la fumisterie que du coup de génie s'inscrit parfaitement dans cette idée, un incroyable pic émotionnel laissant place à un ersatz de Surprise sur prise. C’est sans doute l’une des conclusions les plus culottées vues dans un film de studio américain (même si l’explosif final de Fight Club allait faire mieux) pour un Fincher majeur et passionnant qui mérite d’être réhabilité.

Disponible en en dvd zone 2 français chez Universal dans une passionnante édition collector