Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 22 janvier 2023

Masques de cire - Mystery of the Wax Museum, Michael Curtiz (1933)


 Londres, 1921. Le sculpteur Ivan Igor fait visiter son musée de cire à un ami et à un investisseur. Il leur montrent fièrement les statues de Jeanne d'Arc, de Voltaire, et de Marie-Antoinette, son chef-d'œuvre, qu'il a lui-même sculptées. Malheureusement, la fréquentation du musée est insuffisante et son associé, Joe Worth, las de perdre de l'argent, lui propose de mettre le feu au musée pour toucher la prime de l'assurance. Les deux hommes ne sont pas d'accord et se battent. Dans la bagarre, Joe Worth parvient à mettre le feu et s'échappe, laissant Igor inanimé et seul dans le musée. New York, 1933. Igor a survécu au terrible incendie qui a détruit son musée et prépare l'ouverture d'un nouveau musée de cire. Il a été gravement blessé dans l'incendie du musée

Masques de cire est une production d'épouvante produite pour surfer sur le succès de Docteur X sorti l'année précédente. On y retrouve le réalisateur Michael Curtiz, une partie du casting avec Fay Wray et Lionel Atwill, et surtout l'utilisation du Technicolor bi-chromique. Il s'agit du premier usage du procédé Technicolor qui consiste en une projection avec double objectif de films à filtres couleur avec pour Masque de cire et Docteur X, une dominante bleu/vert. Pour ce qui est de Masque de cire la réussite est avant tout plastique, l'intrigue policière entourant les morceaux de bravoure étant assez poussive malgré l'abattage de Glenda Farrell en journaliste gouailleuse. 

La scène d'ouverture pétrifie d'emblée en scellant le fétichisme de Igor (Lionel Atwill), artiste maudit perdant son grand œuvre dans les flammes par malveillance et qui va le faire renaître de la plus morbide des façons. Cette colorimétrie donne un cachet des plus singuliers aux scènes de suspense, par le sens de l'atmosphère de Curtiz. L'espace du musée a un côté spectral et inquiétant renforcé par le fait que les figures de cire sont joués par des acteurs immobiles ce qui renforce ce sentiment d'étrangeté.

La direction artistique de Anton Grot est impressionnante, notamment avec l'immense décor entre steampunk et art déco de l'atelier d'Igor. Les accessoires laissent deviner le glaçant procédé de mise en cire des victimes, et Curtiz semble créer comme un monde parallèle, halluciné et oppressant dès lors que l'on navigue en sous-sol. C'est là le territoire des monstres n'ayant plus droit à fréquenter la surface, et des morts à laquelle ils ont été arrachés pour leur offrir "l'immortalité". 

Tous ces moments-là sont des plus envoutant mais entrecoupé de cette trame policière bien plus relâchée dans le ton et qui semble appartenir à un autre film. Dommage que l'ensemble ne soit pas plus homogène dans la tonalité d'épouvante mais le film est suffisamment court pour que cela ne soit pas gênant. Entre Les Chasses du Comte Zaroff (1932) et King Kong (1933) c'est en tout cas l'occasion pour Fay Wray de renforcer son aura de scream queen dans une scène mémorable où le vrai visage d'Igor se révèle à travers une idée visuelle assez stupéfiante. Malgré les petits défauts, une œuvre d'épouvante vraiment fondatrice et inventive, remakée en 1953 par André de Toth avec Vincent Price, et plus récemment sous la forme d'un slasher en 2005 avec La Maison de cire de Jaume Collet-Serra.

Sorti en bluray américain et en dvd zone 1 chez Warner

 

mardi 6 août 2013

La Femme la plus riche du monde - The Richest girl in the world, William A. Seiter (1934)


Héritière d’une immense fortune, Dorothy Hunter est persuadée que personne ne l’aime pour elle-même et non pour son argent. Elle décide de se faire passer pour sa secrétaire Sylvia. La vraie Dorothy, attirée par le beau Tony Travers, le pousse à̀ tomber amoureux de Sylvia. Mais le stratagème de Dorothy est trop hasardeux et commence à se retourner contre elle...

Une fort agréable comédie romantique qui a la particularité de réunir le mythique couple des Chasses du comte Zaroff (1932), Fay Wray et Joel McCrea. C'est pourtant bien Myriam Hopkins qui est au centre de l'attention en riche héritière cachée du monde depuis son enfance.

Dorothy Hunter (Myriam Hopkins) orpheline très jeune a toujours été protégée des difficultés, le début du film créant même le mystère quant à son apparence puisque personne ne l'a jamais vue et que l'on découvrira qu'elle use de sa secrétaire Sylvia (Fay Wray) comme un leurre se faisant passer pour elle pour les représentations officielles. Se rendant compte que sa fortune attire ou complexe les prétendants, elle va à son tour endosser l'identité de sa secrétaire lorsqu’elle va tomber amoureuse d'Anthony Travers (Joel McCrea) afin d'éprouver ses sentiments.

On aura donc un curieux triangle amoureux, Dorothy séduisant Anthony tout en le jetant les bras de sa secrétaire jouée par une Fay Wray tout en charme et décontraction qui met bien en valeur son personnage plus en retrait. Plutôt que d'exploiter toutes les situations de vaudeville qu'offre le postulat (sachant que le personnage de Fay Wray est marié aussi et voit d'un mauvais œil son activité de doublure trop poussée), le scénario de Norman Krasna s'appuie plutôt sur les personnages et notamment en explorant l'ambivalence de Dorothy. A force de guetter la sincérité de l'autre, notre héroïne recherche une perfection et une dévotion qui exclut toute la part d'inconnu d'une romance, poussant le stratagème beaucoup trop loin.

Miriam Hopkins est épatante dans ce registre où à tout moment son jeu enjoué se voit subtilement teinté d'un nuage de doute angoissé. A l'inverse Joel McCrea compose un personnage confondant de naturel, sûr de ses réactions et sentiments malgré les manipulations de Dorothy. La manière dont se décante la situation lors de la conclusion use d'ailleurs brillamment de ce bon fond et de son caractère brut de décoffrage. Et la fin ouverte maintenant le secret initial est assez épatante, un très bon moment.

Sorti en dvd zone 2 français au éditions Montparnasse dans la collection RKO