New York, 1927. Christopher Tyler, jeune journaliste plein d'ambition, doit déposer Cicely Hunt à la gare : elle s'apprête à passer 18 mois à l'Université. Mais plutôt que de se séparer, le couple décide de se marier, sous l'oeil bienveillant de Tommy, leur ami metteur en scène. L'étudiante devient actrice, et Chris se voit proposer un poste de correspondant à Rome. Les jeunes mariés accepteront-ils cette fois de se séparer ?
Épreuves est le premier des trois films réunissant un des couples les plus attachant du cinéma hollywoodien des années 30/40, Margaret Sullavan et James Stewart. Les deux collaborations suivantes, Trois camarades de Frank Borzage (1938) et The Shop around the corner d’Ernst Lubitsch (1940), sont des réussites plus accomplies et ayant davantage marqué l’histoire du cinéma. Épreuves souligne cependant déjà l’alchimie entre les deux acteurs, par ailleurs amis dans la vie puisqu’ils montèrent avec Henry Fonda une société de production commune avant leurs réussites respectives. Margaret Sullavan sera la première a gagner ses galons de star (elle figure ici en tête d’affiche), James Stewart et un autre débutant appelé à de grandes choses (Ray Milland) étant crédité plus loin au générique.
Le film est l’adaptation d’un roman d’Ursula Parrott, autrice à succès des années 30 dont les œuvres observent les tourments et la problématique de la vie en couple. Ex-Wife, son premier succès publié en 1929 sera d’ailleurs très rapidement adapté à Hollywood avec l’excellent La Divorcée de Robert Z. Leonard avec Norma Shearer. Bien plus tard, Douglas Sirk l’adaptera aussi avec le magnifique Demain est un autre jour (1956) en évoquant aussi les affres et l’usure de la vie domestique. Alors que ces deux livres/films aborde le sujet en abordant les couples au crépuscule de leur union après des années ayant vu la relation se distendre, Épreuves capture au contraire les prémices de la rupture avant d’aborder l’érosion du mariage. A l’âge où la construction de la vie d’adulte se fait par la carrière et les études, soit le début de vingtaine, William (James Stewart) et Cicely (Margaret Sullavan), fous amoureux, refusent la séparation imminente qui s’impose à eux. William convainc Cicely de ne pas prendre le train devant la ramener à son université, et ils vont se marier afin de rendre respectable leur cohabitation. Ce premier beau et immense sacrifice est pourtant le ver dans le fruit qui va ronger leur mariage. Après avoir réclamé autant à l’autre, ils lui sacrifieront respectivement tout afin de ne pas donner le sentiment de « gêner » leurs aspirations professionnelles. Ces dernières sont irrémédiablement condamnées à les séparer géographiquement de longs mois, que ce soit la carrière d’actrice de Cicely ou celle de correspondant à l’étranger de William.
Chaque fois que viendra la question du possible renoncement de l’un ou l’autre à ses ambitions pour demeurer ensemble, cela débouchera sur l’acceptation de l’éloignement. Plusieurs séquences soulignent le fait que les personnages ne font que se croiser, entrer et sortir de la vie de l’autre sans jamais vraiment être ensemble. Les moments communs reprennent l’idée d’une composition de plan où Cicely et James sortent du champ et laissent l’autre seul. Les surcadrages appuient cette idée, souvent de manière symbolique comme lorsque Cicely quitte les bras de William en coulisses pour aller interpréter son rôle sur scène. Cette idée de constante transition dans les interactions du couple est d’ailleurs présent dès l’ouverture quand William réveille une Cicely ensommeillée dans le hall d’un hôtel, idée reprise plus tard lorsque une fois marié ils se convainquent pour l’un d’aller être correspondant à Rome et l’autre de ne pas le suivre pour ne pas casser son ascension d’actrice.
L’interprétation est excellente, les deux acteurs traduisant bien le mélange d’égoïsme, d’incompréhension et de renoncement qu’impliquent ces choix de vie. On a un vrai sentiment du temps qui passe, à la fois dans la vie, les environnements et le statut social des personnages, mais aussi dans leur présence physique. La prestance d’une Cicely embourgeoisée se conjugue à la gaucherie d’un William ayant quitté une jeune épouse dans un modeste appartement pour la retrouver dans une luxueuse demeure dont la modernité l’égare. C’est donc fort intéressant mais la monotonie de cet éloignement se ressent malheureusement dans le rythme du film dépourvu de vrai sursaut dramatique, si ce n’est à sa toute fin. Le récit rate le coche de certains questionnements sociétaux qui auraient pu être pertinents (William s’éloignant presque par fierté masculine mal placée face à la réussite de sa femme, n’exploite pas suffisamment les possibilités de son triangle amoureux, et survole totalement la parentalité avortée de William qui croise à peine son fils. Il manque un soupçon de force à ce drame explorant pourtant des thèmes toujours vivaces (le récent La La Land de Damien Chazelle ne parle pas d’autre chose).
Disponible en bluray français chez Elephant Films







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