Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 28 mai 2025

La Tigresse - Too Late for Tears, Byron Haskins (1949)

La nuit, sur une route déserte de Californie, les Palmer se rendent à une soirée quand une mystérieuse voiture leur jette une mallette. Ils découvrent qu'elle est remplie de dollars. Si Alan veut prudemment remettre la trouvaille à la police, sa femme, Ellen, n'est pas prête à y renoncer. Le couple décide d'attendre un peu, mais quand un homme vient réclamer l'argent, une décision doit être prise. Jusqu'où la jeune femme ira-t-elle pour garder le magot ?

La Tigresse est un film noir qui participe à installer l’aura de Lizbeth Scott en tant que femme fatale emblématique du genre. Le scénario a l’originalité de déplacer, tant formellement, thématiquement que psychologiquement, cette figure de la femme fatale dans un contexte plus terre à terre. Point d’intrigue tortueuse, d’héroïne vénéneuse ou d’atmosphère stylisée et mystérieuse ici. Ellen (Lizbeth Scott) est une jeune femme vénale qui pense que le destin l’a toujours éloigné de la grande vie fastueuse qu’elle mérite. 

Il est largement sous-entendu qu’elle a probablement poussé au suicide un premier mari qui n’a pas su répondre à ses exigences luxueuses, et elle-même admettra avoir eu le sentiment de ne pas être à sa place durant son enfance au sein d’une famille modeste. Tout ces éléments qui seront explicités plus tard se devine durant la scène d’ouverture où Ellen, honteuse de sa condition, rechigne à se rendre à la soirée chez des amis nantis en compagnie de son époux Alan (Arthur Kennedy). La providence semble enfin sourire au couple quand une mallette remplie de dollars échoue dans leur voiture durant leur trajet.

Alan malgré la tentation de garder le magot préfère le rendre aux autorités, mais à l’inverse tous les rêves de grandeur d’Ellen sont ravivés, et l’entraîneront dans une spirale criminelle sans fin. La frivolité du personnage est parfaitement capturée, les premières dépenses ne servant qu’à des produits de luxe futiles et superficiels – tout comme le train de vie faste et vain qu’elle tiendra en fin de film. Cet argent ne sert qu’à combler un vide matériel, à flatter un égo, ne s’inscrit que dans une satisfaction immédiate et individualiste dont son époux est totalement exclu. Lizbeth Scott le visage dur et l’œil brillant de cupidité es fascinante, imposant une présence froide à la Lauren Bacall, mais totalement déshumanisée. Sa vilénie écrase les protagonistes bons l’entourant, son mari en tête (la bonhomie d’Arthur Kennedy fonctionnant à merveille), et finit par intimider les mauvais qui tente de l’intimider tel Danny Fuller (Dan Duryea) qui va amèrement regrette être venu réclamer son dû.

Malgré quelques atermoiements (le personnage de Don Black (Don DeFore ) introduit au forceps), le cadre domestique du récit (hormis quelques scènes extérieurs les enjeux s’articulent dans les espaces clos d’appartements quelconques) offre un contraste captivant entre cette normalité et la détermination impitoyable d’Ellen. Byron Haskins, plus connu pour son travail sur les effets spéciaux ou pour des réalisations plus spectaculaires (La Guerre des mondes (1953), Quand la Marabunta gronde (1954)) se montre fort intéressant sur ce registre plus sobre et parvient à livrer un film noir singulier et prenant.

Sorti en bluray français chez Elephant Films 

mardi 16 avril 2019

Les Ailes de l’espérance - Battle Hymn, Douglas Sirk (1957)


Durant la Seconde Guerre mondiale, le pilote de l'U.S. Air Force Dean Hess bombarde accidentellement un orphelinat. Plusieurs années après, hanté par ce souvenir, il est engagé durant la Guerre de Corée, avec le grade de colonel, comme pilote-instructeur. Lors d'un raid aérien, l'un de ses hommes commet la même erreur que lui en bombardant un convoi de civils, faisant ressurgir ses remords. Bientôt, l'occasion lui est donnée de se "racheter" en s'impliquant dans l'évacuation d'un groupe d'enfants coréens orphelins, puis dans la construction pour eux d'un orphelinat.

Les Ailes de l’espérance s’inscrit dans le courant de l’aventure humaine « exotique » et souvent inspirée d’une histoire vraie très à la mode dans le Hollywood des années 50 – car un parfait véhicule pour la star en tête d’affiche. Le film adapte ainsi le livre autobiographique de Dean Hess, colonel de l’US Air Force qui durant la Guerre de Corée fut impliqué dans le sauvetage de nombreux orphelins – un rôle cependant enjolivé de sa part et contesté plus récemment. Dean Hess sera un consultant fort impliqué sur le film, contestant notamment le choix initial pour l’incarner en la personne de Robert Mitchum. C’est donc Rock Hudson qui récupère le rôle sans démériter mais l’on peut regretter la mise à l’écart de Mitchum qui aurait apporté plus de nuances.

La seule autre incursion de Douglas Sirk dans le film de guerre sera Le Temps d'aimer et le Tempsde mourir (1958), une de ses œuvres les plus personnelles. Les Ailes de l’espérance ne tutoie pas ces hauteurs mais apparait en tout point comme une sorte de remake dépaysant de Le Secret Magnifique (1954). Il s’agit donc à nouveau ici d’un personnage recherchant l’absolution après une faute initiale qui provoqua un grand malheur. Pilote impitoyable surnommé « Hess le tueur » durant la Deuxième Guerre Mondiale, Hess est hanté par le souvenir d’une bombe qu’il largua accidentellement sur un orphelinat. N’ayant pas trouvé la paix dans la religion, il décide de s’engager comme pilote-instructeur durant la Guerre de Corée. Le parallèle avec Le Secret Magnifique est frappant, y compris dans la présence d’un vieil homme prompt à sortir des maximes philosophiques destinée à répondre aux doutes de notre héros dans les moments difficiles.

Le problème du film est son manque total d’aspérités. Les problématiques exposées sont intéressantes mais ne passent que par le discours et jamais par une vraie incarnation, qu’elle soit formelle ou dans l’interprétation. Les élans mystiques de Le Secret Magnifique donnaient une hauteur métaphysique à un récit romanesque chargé, et à l’inverse l’histoire vraie pourtant incroyable de Hess reste désespérément plate. Malgré quelques amorces plus ambiguës (le premier contact glacial avec ses hommes), Hess demeure une caution plutôt qu’un personnage. Les flashbacks sur son passé de pilote chevronné sont trop diffus pour faire une différence entre sa rédemption à venir. Le dialogue surligne des interrogations qui ne parviennent pas à naturellement exister à l’image. 

On le sent dès la scène d’ouverture ou après un prêche à l’église (Hess étant aspirant pasteur) on le révérend reproche à Hess de n’avoir un discours que sur la faute (précisément celle qu’il se reproche) et pas sur l’espoir. Plus tard la transformation du personnage au contact des orphelins qu’il secoure ne s’exprime que par le dialogue, notamment les lettres qu’il envoie à sa femme (Martha Hyer) pour livrer ses états d’âmes. En situation, jamais Rock Hudson ne parvient à traduire l’épiphanie bienveillante telle qu’il sut si bien le faire dans Le Secret Magnifique. Et même dans le registre de l’homme de bonne volonté faisant son devoir, jamais l’intensité à venir d’un Liam Neeson dans La Liste de Schindler (1994) n’émerge. Le film déroule ainsi mollement son message positif sur lequel il n’y a bien évidemment rien à contester. Même une scène passionnante où Hess veut apaiser un pilote ayant commis la même faute que lui se résout par un prêchi prêcha religieux sans pousser plus loin la question. 

Reste donc la reconstitution et les quelques combats aériens pour nous sortir de notre torpeur. La Corée fut refaçonnée dans des paysages proches en Arizona tandis que les vrais orphelins sauvés furent engagés pour jouer leurs propres rôles dans le film. Les scènes aériennes sont efficaces et bénéficient du concours de l’armée où les férus d’aéronautiques apprécieront de voir des  12 F-51D Mustangs ou des 182nd Fighter Squadron habilement maquillés en ROK d’époque. Vu le peu d’aptitudes habituel de Sirk dans les scènes d’action, on saluera l’effort de spectaculaire ici même si la tension peine à se ressentir et que l’on est loin de la virtuosité d’un Wellman, Hughes ou Hawks dans ce registre. Un spectacle pas désagréable donc, mais trop lisse et prévisible pour convaincre.

Sorti en bluray et dvd zone 22 français chez Elephant Films 

 

lundi 10 octobre 2016

Winchester 73 - Anthony Mann (1950)

La Winchester modèle 1873 est l'arme qui a conquis l’Ouest. Tous les cow-boys rêvent d'en avoir une. L'usine Winchester, qui la fabrique, en distingue de temps à autre une en particulier dont la qualité dépasse celle de toutes les autres, et cette carabine d'exception est appelée « une sur mille ». Justement, l'une d'elles est l'enjeu du concours de tir organisé à Dodge City pour les fêtes du centenaire de l’indépendance. C'est aussi la raison pour laquelle Lin McAdam s'y rend mais son objectif n'est pas tant de gagner la carabine que de retrouver un homme qui, tireur émérite comme lui, pourrait bien se trouver parmi les candidats.

Winchester 73 est le film qui lance le grand cycle westerns réunissant Anthony Mann et James Stewart, soit des classiques comme Les Affameurs (1952), L'Appât (1953), Je suis un aventurier (1954) L'Homme de la plaine (1955). Pour ce premier film en commun, James Stewart est au départ sollicité par Universal pour tourner dans la comédie Harvey (1950) et le studio en quête d'une tête d'affiche pour son prochain western lui propose également le projet Winchester 73. Impressionné par la mise en scène d'Anthony Mann sur La Porte du diable (1950), Stewart (qui avait croisé la route de Mann dans les années 30 au sein de sa compagnie théâtrale Stock Company) le propose donc au studio après la défection de Fritz Lang initialement engagé. Anthony Mann accepte donc après avoir largement fait remanier le scénario initial de Robert L. Richards (adapté du roman Big Gun de Stuart N. Lake) par Borden Chase.

Le film sans avoir la complexité psychologique des films suivants du cycle offre par son scénario une trame très originale tout en étant traversée par une série d'archétype du western. Le fil conducteur, ce sera la quête de vengeance obsessionnelle de Lin McAdam (James Stewart) poursuivant le malfrat Dutch Henry Brown (Stephen McNally) , le motif et les liens qui les unissent se révélant progressivement. L'enjeu de leur première confrontation sera le gain de l'arme la plus fameuse de l'Ouest, la Winchester 73, durant un concours de tir. Cet objet sert de révélateur à leur antagonisme pour le spectateur et il en aura de même avec le passage de main en main de l'arme mythique tout au long du récit.

Chaque changement de propriétaire est l'occasion de disposer une situation archétypale du genre pour un Anthony Mann qui la transcende à chaque fois par son regard sur la situation, sa mise en scène ou les interactions qu'il crée entre les personnages. La rivalité sur fond de virtuosité de tir tisse de manière ludique et palpitante la haine entre Lin et Dutch, on s'amusera de la roublardise du marchand d'armes John McIntire gagnant la Winchester aux cartes pour basculer dans une brutalité sèche ensuite lorsque le chef indien Young Bull (Rock Hudson) s'en empare à son tour.

Anthony Mann pose un regard à la fois réaliste et baigné de la mythologie et l'histoire de l'Ouest qui humanisera toujours un peu plus un James Stewart fort intimidant au départ. La rencontre avec le célèbre Wyatt Earp (incarné avec bonhomie par Will Geer) exprime bien cette idée, la force de la légende calmant les ardeurs violentes et imposant le respect à Lin lorsqu'il se présentera. Un affrontement avec une armée d'indiens hargneux - avec en filigrane de nouveau l'élément réel de la chute de Custer à Little Big Horn - est ainsi l'occasion pour Mann de mener un morceau de bravoure d'une violence rare (les morts sanglantes et douloureuses abondent) dont le déroulement montre les qualités de stratèges de Lin tout en se concluant sur un instant de camaraderie chaleureux - Jay C. Flippen en officier de l'armée emportant l'adhésion du spectateur en quelques minutes de présence à l'écran - où les alliés d'aujourd'hui se souviennent des temps où il furent adversaires lors des batailles de Gettysburg et Shiloh .

Ces allers-retours entre violence et humanité du récit expriment donc les soubresauts des sentiments de Lin, symbolisant la violence et les espoirs de l'Ouest à lui seul. L'avenir possiblement plus doux se devine à travers les rencontres répétées et la romance en pointillé avec la chanteuse Lola Manners (Shelley Winters) dont les mésaventures feront voir également le danger (les indiens), la lâcheté et la folie ordinaire de l'Ouest (Dan Duryea imprévisible en pistolero psychotique. On oscille ainsi constamment entre l'apaisement et le chaos sans que la tension ne se relâche dans une narration rondement menée et fluide, Anthony Mann concluant l'ensemble sur une conclusion mémorable lors du duel entre Lin et Dutch.

La gestion de l'espace magistrale, l'intelligence des deux adversaires et leur sang-froid se combinent de manière virtuose dans la mise en scène de Mann. Le déterminisme vengeur du récit aura toujours été contrebalancé par le contraste des rencontres et péripéties et après l'exutoire final violent, la conclusion semble enfin promettre autre chose pour les personnages. Le cycle démarre sur des hauteurs fabuleuses.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal 

mercredi 26 mars 2014

Quatre étranges cavaliers - Silver Lode, Allan Dwan (1954)


Dans la petite ville de Silver Lode, le jour de son mariage, Ballard est accusé de meurtre par quatre cavaliers inconnus, dont l’un, nommé Ned Mac Carthy se dit « federal marshall ». Progressivement, Ballard, au départ largement soutenu par la population de Silver Lode, voit ses appuis se défaire, ses amis douter puis se retourner contre lui. Une chasse à l'homme s'ensuit.

Réalisateur phare du cinéma Hollywoodien au temps du muet, Allan Dwan vu son prestige lentement s’étioler à l’arrivée du parlant. Revenu en fin de carrière à des productions plus modestes, le cinéaste retrouvera un regain d’intérêt auprès des cinéphiles lorsqu’il intégrera la RKO déclinante pour collaborer avec le producteur Benedict Bogeaous et signer quelques série B modestes par leur budget mais grande par leur ambition comme le film noir Deux Rouquines dans la bagarre (1954). Silver Lode est la première œuvre de cette nouvelle ère et un des westerns majeur des années 50. Le film sort au moment où le maccarthysme bat son plein avec cette chasse aux sorcières jetant un voile de paranoïa aux Etats-Unis et notamment à Hollywood où nombres de carrières seront brisées et contraindront certains artistes à l’exil.

Une atmosphère retranscrite dans un contexte de western de manière magistrale. Dan Ballard (John Payne) est un concitoyen admiré et respecté de la ville de Silver Lode et en ce 4 juillet jour de fête nationale s’apprête à épouser la fille de l’homme le plus riche de la ville. Quatre sinistres individus vont pourtant interrompre les festivités avec à leur tête l’agent fédéral McCarthy (Dan Duryea) porteur d’un mandat d’arrêt contre Dan pour meurtre et vol. La victime n’est autre que le propre frère de McCarthy qui y met une abnégation toute personnelle où l’on devine que le transport jusqu’au lieu de jugement tournera court pour notre héros. Les amis proches de Dan le défendent aussitôt, mais l’opprobre est jetée et avec cette accusation son image souillée auprès des habitants de la ville se souvenant alors qu’après tout ils ne le connaissent que depuis deux ans et son installation en ville. Les manigances d’un McCarthy en quête de vengeance et la tournure dramatique des évènements où tous semble accuser Dan retourne ainsi la situation contre lui avec une population méfiante, hostile puis assoiffée de sang qui le traquera impitoyablement dans la dernière partie.

La population symbolise bien sûr le peuple américain malléable, suspicieux et capable au gré de la propagande de soudainement accuser et trahir son voisin, ami ou collègue par simple peur de l’autre. Dan Duryea est terrifiant en méchant assoiffé de vengeance incrustant cette peur au sein des habitants comme un virus mortel. En le nommant carrément McCarthy, le script ne se cache même pas de l’analogie au fameux sénateur chasseur de rouge et les élans inquiétants et psychotiques d’un Duryea aux yeux fous en disent long sur l’équilibre précaire et le peu de fiabilité sur ce marshall/censeur peu recommandable. Loin de ne mettre la situation que sur le personnage de McCarthy, Dwan nous signifie à plusieurs reprise que ce dernier ne fait au bout du compte que réveiller les rancœur des concitoyens de Silver Lode pouvant alors donner libre cours à leur haine et jalousie envers cet étranger ayant réussi sur leur terre et épousant le meilleur parti de la ville.

Ils sont représentés comme une foule indicible se parant de morale (les femmes distinguées) ou de justice et vengeance (les hommes rustres et brutaux) pour s’abandonner à leur bas-instincts envers un innocent. Le fait que le récit se déroule un  juillet est d’une cinglante ironie, cette fête nationale américaine synonyme d’entraide et de rassemblement ayant cours au moment où s’exprime le pire de l’âme humaine et de ces américains. Au contraire les plus fidèles et clairvoyant seront ceux habitués à ces regards hautain et au rejet comme la prostituée jouée par Dolores Moran.

Tout cela est rondement mené par un Allan Dwan développant toute ces thématiques tout en délivrant un spectacle tendu et alerte en à peine plus d’une heure. Le postulat évoque grandement Le Train sifflera trois fois de Zinnemann mais où malgré sa noirceur il suffisait à la fin pour Gary Cooper et Grace Kelly l’espoir de se reconstruire ailleurs que dans cette ville de lâche, Ballard ne quittera pas lui le lieu du drame. Nul refuge dans cette Amérique du doute et de la peur, et après avoir constaté le soutien de ses « amis » on devine Ballard se tenir à l’écart de la communauté pour au bout du compte une célébration d’un violent individualisme plutôt qu’une idéologie collective et viciée.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta