Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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Affichage des articles dont le libellé est Richard Attenborough. Afficher tous les articles
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dimanche 27 septembre 2026

Les Griffes du lion - Young Winston, Richard Attenborough (1972)


 Biographie de Winston Churchill, de ses premiers pas jusqu'aux campagnes aux Indes et en Afrique, qui précèderent son entrée à l'Academie Royale Militaire, et au Parlement.

Sept ans après sa disparition, Winston Churchill, monument national anglais, se voyait offrir son biopic cinématographique. Le producteur Carl Foreman rapporte qu'il fut invité en 1961 par Churchill après que celui-ci eut eu apprécié sa production à succès Les Canons de Navarone. C'est ainsi Churchill lui-même qui suggéra à Foreman que My Early Life, autobiographie sur ses années de jeunesse, serait la matière à un bon film. Son souhait se réalise onze ans plus tard quand Foreman va monter l'opulente production de Young Winston, dont il écrit le scénario et confie la réalisation à Richard Attenbrough. 

Ce dernier s'était familiarisé avec les coulisses quelques années plus tôt, d'abord en montant une société de production avec Bryan Forbes dont sortiront quelques classiques du cinéma anglais sixties comme Le Silence de la colère (1960) et Le Vent garde son secret (1961). La compagnie est dissoute en 1964 mais, tout en poursuivant sa carrière d'acteur, il se lance dans la réalisation en signant la comédie musicale Oh! What a Lovely War (1969). Si son titre majeur sera bien sûr Gandhi (1982), succès public et critique lauréat de 8 Oscars, Young Winston montre déjà ses aptitudes pour le biopic sachant conjuguer ampleur, épique et intimisme.

Passé quelques images d'archives sur les moments glorieux du Winston Churchill que l'on connaît tous, le film s'ouvre sur une image d'un jeune Churchill sur un cheval blanc, surplombant une colonne armée avant une embuscade durant une campagne indienne. Le commentaire d'un officier raille d'ailleurs ce jeune blanc-bec dont la posture trahit une évidente quête d'attention. La joute armée qui suit et l'attitude de Churchill, entre héroïsme mal placé et pur opportunisme, révèle d'ailleurs ces intentions ambiguës. C'est le moment où le récit choisit de revenir en arrière, à l'enfance même de Churchill. La narration en voix-off exprime le recul sarcastique et adepte du bon mot du Churchill mature, reprenant les passages de My Early Life qui fut d'ailleurs écrit en 1930, moment de creux politique où il perdit son siège au parlement après une défaite électorale en 1929. 

Ce ton distancié offre un habile contrepoint avec le jeune coq ambitieux qui aurait éventuellement pu paraître antipathique. Le visage poupin et la candeur de Simon Ward participe à l'attachement au "personnage", et la première partie du film nous dépeint les difficultés de son enfance et environnement familial. Enfant d'une grande famille aristocratique, il est délaissé par son père (Robert Shaw) dédié à ses ambitions politiques et par sa mère (Anne Bancroft) courant les mondanités. La quête d'attention vient de ce sentiment d'abandon initial, le seul réconfort venant de l'amour de sa nourrice "Womany» (Pat Heywood). Attenborough met en parallèle les difficultés de Churchill à répondre aux attentes de ce cadre pesant au niveau scolaire, et les échecs politiques de son père Lord Randolph Churchill, mis de côté de ses fonctions de ministre quand il s'opposera à la politique militaire votée par la chambre des Lords.

Même si le contexte est très bien posé, le film souffre de quelques raccourcis malheureux, surtout dans sa première partie. Le lien à la nourrice est survolé, édulcore sa mort plus sombre (elle fut congédiée et mourut dans la misère pendant que Churchill faisait ses classes militaires, même s'il vint la voir dans ses derniers instants), et surtout la conscience sociale que sa fin éveille chez Churchill lorsqu'il votera en 1908 les lois sur la retraite à 70 ans. Robert Shaw est excellent en père charismatique dont on assiste au lent et terrible déclin physique et mental, tout comme Anne Bancroft en mère intrigante pour son fils, plus soucieuse de ses ambitions adultes que pour représenter une présence aimante durant son enfance. C'est vraiment durant les différentes campagnes militaires de Churchill que le film trouve une vraie verve picaresque. 

Les situations et dialogues soulignent le mélange de courage et d'arrivisme d'un Churchill aux dents longues, et offre quelques beaux morceaux de bravoures. Sans atteindre le génie d'un David Lean, les moyens déployés sont spectaculaires entre l'assaut à cheval au Soudan, le siège épique d'une voie ferrée durant la Guerre des Boers et surtout l'évasion puis la longue cavale de Churchill qui fait de lui un héros national. Simon Ward est impressionnant dans tous les registres, que ce soit en arriviste mal dégrossi, héros plein de panache, et l'on voit progressivement le phrasé, la posture et l'éloquence du Churchill historique se dessiner dans sa prestation. 

C'est notamment le cas lors de son discours final à la Chambre des Lords (où il réussit à défendre le point de vue économique qui avait coûté la carrière de son père), et même lorsqu'il écrase par le verbe un journaliste cherchant à le déstabiliser. Attenborough essaie ici et là d'inscrire d'autres pans de personnalité de Churchill comme son amour des lettres (la leçon de latin au début) mais cela reste un peu superficiel, même si la voix-off et sa correspondance tentent de l'exprimer. Les velléités sociales et la rupture générationnelle que représente le jeune Churchill dans l'entre soi de la Chambre des Lords aurait été intéressant à développer aussi, tant les prémices esquissées ici sont assez passionnants. Cela reste tout de même une belle réussite, montrant la statue du commandeur sous un jour neuf. 

Sorti en bluray anglais chez Indicator avec sous-titres anglais, en dvd anglais chez Sony avec sous-titres français et en dvd français chez Sony également 

jeudi 17 avril 2025

Dunkerque - Dunkirk, Leslie Norman (1958)

Mai 1940. Pour le caporal Binns et ses hommes, l’heure est grave : l’armée allemande pilonne les troupes à Dunkerque. L’évacuation doit commencer. De l’autre côté de la Manche, l’armée réquisitionne toutes les embarcations, des gros chalutiers jusqu’aux frêles esquifs, et fait appel aux civils pour aller récupérer les « Tommies » qui vivent l’enfer à quelques miles de là…

Le contexte des films de guerre anglais produits durant les années 40 en appelaient, selon la volonté du ministère de l’information mis en place par Winston Churchill, à une veine de propagande visant à l’unité du peuple du peuple face aux rigueurs du conflit. La décennie suivante, riches également en film de guerre en appelle à plus de nuances et à montrer des pans moins glorieux de cette période. Dunkirk de Leslie Norman se situe dans un habile entre-deux en assumant la débâcle des faits soit l’évacuation de l’armée anglaise à Dunkerque, mais en célébrant l’héroïsme de ses circonstances, amenées à façonner le socle de la résilience nationale future. C’est une conclusion en partie proche du Dunkerque de Christopher Nolan (2016), mais en tout cas très éloignée de la vision désespérée de Henri Verneuil sur son excellent Week-end à Zuydcoote (1964). 

Le scénario de David Divine et W. P. Lipscomb trouve le bon dosage entre la fiction et l’illustration rigoureuse des évènements. Cela tient aux deux sources utilisées, le roman The Big Pickup de Trevor Dudley Smith, romancier et dramaturge, et Dunkirk coécrit Ewan Butler et J. S. Bradford, deux officiers ayant participé à « l’Opération Dynamo ». En quête de projets ambitieux pour le studio Ealing depuis son rachat par la Rank, Michael Balcon va acheter les droits des deux ouvrages et obtenir un cofinancement conséquent de la MGM pour produire un des grands films de guerre britannique de la décennie. Le film progresse selon un récit choral qui va s’attarder sur le ressenti civil et militaire des faits. Sur ces deux axes, le film se montre fort critique dans un premier temps. Les autorités militaires dépassées et impuissantes face aux progressions allemandes n’ont que le terrain médiatique pour donner le change, à la population comme à leurs troupes. L’ouverture se fait ainsi sur des dessins animés de propagandes projetés à des soldats hilares, tandis qu’en coulisse des gradés anxieux s’éclipsent pour aller déterminer la marche à suivre après un énième échec. Une conférence de presse traduit cette omerta auprès de journalistes qui ne sont pas dupes du fiasco en cours.
Peu de films avaient montré le climat de suspicion et d’anxiété au sein de la population anglaise avant ou lors des prémices de la guerre (avec quelques exceptions comme L’Etranger de Anthony Asquith (1943)) et la vision qu’en a Leslie Norman est assez cinglante. Le conflit s’avère une source de profit pour l’entrepreneur John Holden (Richard Attenborough) fournissant l’armée en pièces mécaniques, et il n’y voit qu’une guerre de pacotille qui n’est pas destinée à durer – ce qui lui vaudra une altercation sévère avec un soldat en permission ayant déjà expérimenté le front. Ceux plus conscients de la gravité du contexte comme le journaliste Charles Foreman (Bernard Lee) sont totalement désabusés par l’attitude des autorités militaires et politiques. La description d’une petite unité militaire passe de la bonhomie rigolarde au doute et désespoir lorsque, isolés, ils traverseront les lignes désormais ennemies français en subissant les bombes des avions de la Luftwaffe et les tirs de l’armée allemande en pleine avancée. Là encore, Leslie Norman met l’accent sur les dissensions du groupe menés par le caporal Bins (John Mills) peinant à imposer son autorité à ses hommes pas préparés à une telle épreuve.

C’est par touches progressives que va se dessiner l’union sacrée dans tous les pans de la population anglaise. Les circonstances forcent les protagonistes à faire face à leurs responsabilités par la force d’un collectif progressivement au diapason. Les situations et l’interprétation subtile empêchent tout manichéisme dans cette évolution, que ce soient les hommes de Bins comprenant que les choix de ce dernier les ont sauvés, ou Holden tancé par Foreman puis honteux face au courage de son jeune employé prêt à aller au feu. Ce n’est qu’à partir de là que se dessinent une imagerie plus glorieuse tel le grand départ des bateaux civils vers Dunkerque sur le thème musical héroïque en diable de Malcolm Arnold. 

C’est pourtant là, sur les plages et eaux de Dunkerque, que les épreuves et pertes les plus douloureuses les attendent. Les moyens colossaux sont là pour montrer de la façon la plus spectaculaire et sombre les pertes anglaises. La pyrotechnie des multiples explosions et destructions impressionnent, tout comme l’alternance des techniques. Des stock-shots de vrais vols sont utilisés pour les scènes aériennes, d’autres issus du film La Mer cruelle de Charles Frend pour le naufrage d’un destroyer, les constructions d’ampleur se superposent à des trucages réussis (la maquette de la vision enflammées de Dunkerque vue depuis la mer) dans un tout très harmonieux témoignant du savoir-faire de Ealing.

Le récit jongle entre la solennité du roman national et l’introspection dans un chaos servant de révélateur au volontarisme des autorités, du courage des individus. C’est une défaite dont les circonstances et les sacrifices douloureux posent les bases des victoires à venir. La construction est certes prévisible et les hommages un peu appuyés (l’allusion à Churchill comme homme de la situation un peu en contrepoint des réserves initiales des personnages) mais l’ensemble forme un tout cohérent, tragique et épique très efficace. Le public anglais ne s’y trompera pas, en faisant le troisième film au box-office annuel, devancé notamment par Le Pont de la Rivière Kwai de David Lean.

Sorti en bluray français chez Tamasa

jeudi 16 janvier 2025

Le Bateau qui mourut de honte - The Ship That Died of Shame, Basil Dearden (1955)

 Après s'être illustré par sa bravoure pendant la Seconde Guerre mondiale, l'équipage du canonnier 1087 de la Royal Navy décide de remettre le navire à flots pour se lancer dans la contrebande. Alors que les cargaisons deviennent de plus en plus suspicieuses, le bateau semble refuser son nouvel et humiliant emploi.

The Ship that Died of Shame est une œuvre mêlant habilement les questionnements sociétaux de l’Angleterre d’après-guerre et les thématiques propres à Basil Dearden. Le film adapte la nouvelle éponyme de Nicholas Monsarrat (publiée en 1952), écrivain spécialiste du récit maritime et déjà mis en image au sein du studio Ealing avec The Cruel Sea de Charles Frend (1953). Dearden s’attèle ici au scénario avec son fidèle partenaire Michael Relph, et l’on peut distinguer certains éléments déjà observé précédemment au sein de sa filmographie. Dans le cadre des films de propagande produits en Angleterre durant la Deuxième Guerre Mondiale, Basil Dearden était déjà passé par le cinéma fantastique pour exprimer son propos, humaniste et mystique dans la fable They Came to a City (1944) - sorte de pendant anglais à Horizons perdus de Frank Capra (1937) – et film de fantômes rédempteur incitant à l’effort de guerre dans The Halfway House (1944). On retrouve de cela ici avec les vertus protectrices et la caution morale que revêt pour les personnages le canonnier 1087, que ce soit par sa vélocité à les éloigner du danger durant les joutes guerrières initiales, ou les confronter à leurs actions répréhensibles par des avaries « volontaires » tombant toujours au mauvais moment.

Le film explore aussi la période d’incertitude morale agitant l’Angleterre d’après-guerre. Si la réalité et les films de propagandes nous montrent que l’individualité fut souvent sacrifiée au service de l’union sacrée et l’effort collectif durant le conflit, les privations d’alors développèrent toute une nouvelle forme de criminalité avec le marché noir et la contrebande. Un certain pan du film noir anglais, le "spiv movie" aborde la question comme Je suis un fugitif d’Alberto Cavalcanti (1947), et c’est aussi l’occasion d’observer la dérive d’une « génération perdue » avec une jeunesse corrompue ayant grandie dans ce contexte. C’est un thème au cœur de London Belong toMe de Sidney Gilliat (1948) et Brighton Rock de John Boulting (1947), le voyou en devenir voire gangster poupin étant incarné dans les deux films par Richard Attenborough, de nouveau en mauvais génie corruptible dans The Ship tha Died of Shame. 

Si l’acteur et son personnage George ramène cette question de la boussole morale incertaine dans une époque qui l’est tout autant, Bill (George Baker) expose lui un questionnement et désenchantement plus existentiel. L’introduction du film illustre une forme d’adrénaline, de profonde camaraderie voire de fraternité parmi l’équipage, affrontant le danger avec une hardiesse rigolarde lors de joutes maritimes spectaculaires. Ce repère collectif rejoignait ainsi cette idée d’union sacrée nationale durant le conflit, tandis que le repère intime pour Bill tient aux retrouvailles avec sa jeune épouse Helen (Virginia McKenna) entre deux campagnes. Lorsque celle-ci disparait tragiquement dans un bombardement, le déséquilibre se crée en raccrochant Bill au seul repère collectif du canonnier, lui aussi voué à disparaître à la fin de la guerre et le plongeant dans un moment où il ne saura quelle direction donner à sa vie.

 

Les prémices de la veulerie de George se dessinaient déjà lorsqu’il cherchait à tricher lors du calcul très trivial du nombre de cibles abattues et gravées sur le 1087. C’est néanmoins lui qui propose de reconstituer l’équipe d’antan sur leur navire remis à neuf, et l’on ressent de manière différente mais bien présente le vide de la vie civile incitant les personnages (auquel s’ajoute le marin et mécanicien Birdie (Bill Owen) à reprendre la mer, cette fois pour l’activité toujours dangereuse mais moins noble de la contrebande. Un beau travail d’ellipse montre les équilibres de pouvoir basculer, Bill capitaine du bateau et véritable maître à bord durant la guerre, devient un exécutant des transports aux cargaisons de plus en plus douteuses commanditée par George.

La noble cause d’antan cède au profit et à l’absence de scrupule, et le supplément d’âme chanceux du bateau se retourne progressivement contre eux en entravant de façon mystique leurs action. Le 1087, qualifié au féminin par l’équipage, avait constitué au fil des missions et de la constitution de cette famille de substitution une sorte de mère protectrice ramenant toujours ses « enfants » à bon port. Comme le souligne Mélanie Boissonneau dans le livret accompagnant le film, le 1087 bénéfice de plus d’égard que l’authentique personnage féminin du film joué par Virginia Mckenna avec plusieurs idées formelles plaçant l’appareil au centre de l’état d’esprit de l’équipage.

Fier et véloce face au danger en évitant les bombardements ennemis durant la première partie, le 1087 a encore fière allure durant les retrouvailles et la propagande bon enfant des débuts. Peu à peu, les séquences maritimes se font nocturnes ou plongées dans la brume comme pour illustrer le flou moral des actions de l’équipage. La mer tranquille fendue par le 1087 se trouve dès lors déchaînée par les éléments, permettant au bateau de se débattre pour expulser la marchandise douteuse de son bord. Cette approche culminera durant la dernière partie où une ligne fatale est franchie, forçant une purification plus radicale et exigeant un sacrifice plus profond. 

On avait vanté le savoir-faire technique de Ealing sur les effets spéciaux aériens de The Night My Number Came up (1955) et Out of the Clouds (1955), et le résultat est tout aussi impressionnant sur l’eau dans The Ship that died of shame. Le soutien de la Royal Navy sur quelques authentiques scènes maritimes amples et épiques (entrecoupées de stock-shots de tirs ennemis durant les scènes de guerre), alternant avec un impressionnant travail sur les maquettes. Celles-ci sont désormais plus visibles, mais le résultat reste néanmoins très solide et les séquences maritimes les intégrant les masquent habilement par un usage dans des passages nocturnes, ou alors endosse une sorte de licence poétique assumée lors du climax voyant le 1087 se « débattre » farouchement face aux tâches qu’on lui assigne, et par cette rébellion forcer la rédemption de Bill. The Ship that died of shame est une preuve de plus du talent versatile et de la cohérence thématique du talentueux Basil Dearden. 

Sorti en blu-ray frnaçais chez Tamasa

mardi 9 novembre 2021

The Guinea Pig - Roy Boulting (1948)

Jack Read, un jeune homme issu de la classe ouvrière, gagne une bourse pour étudier dans une "public school". Il sert en fait de cobaye (guinea pig en anglais) pour une expérience éducative à la suite du rapport Fleming. Il va devoir faire face aux réactions des élèves et des enseignants, tous issus de la haute bourgeoisie ou de l'aristocratie.

L'après-guerre vit une forte remise en question du modèle social et notamment du clivage de classe si marqué au sein dans cette société anglaise. La comédie noire avec Noblesse Oblige ou le film noir tel Brighton Rock (1947) furent des œuvres abordant ce thème en creux et The Guinea Pig se distingue par son approche se faisant sous l'angle de l'éducation. Le film est adapté de la pièce éponyme écrite par Warren Chetham-Strode et jouée entre février 1946 et juin 1947 au Criterion Theatre de Londres. Warren Chetham-Strode s'inspira de faits réels pour son récit. En 1942, un rapport sur le système éducatif anglais évoque la nécessité de changements et notamment le rapprochement entre l'école publique et le General Education Board (organisation philanthrope soutenant l'enseignement supérieur) et il en résulte deux ans plus tard une volonté d'intégrer 25 % d'enfants des classes populaires à des établissements réservés au nantis. Malheureusement cette initiative va tourner court, le gouvernement attendant de voir les régions investir dans le projet et inversement. Warren Chetham-Strode avec sa pièce illustre donc ce que donnerait une telle expérience par la fiction.

Jack Read est un adolescent de 14 ans (Richard Attenborough en ayant en réalité 25) issu d'un milieu ouvrier qui se voit intégrer à la prestigieuse Saintbury School. Il est le cobaye d'une expérience éducative dont l'échec ou la réussite déterminera ce changement de paradigme qui bousculera ce clivage de classe dans le secteur de l'éducation. L'histoire met en parallèle la difficile intégration de Jack au sein de l'école avec en parallèle la remise en question des modèles d'éducation et d'autorité au sein de l'établissement. Là vont s'opposer Lloyd Hartley (Cecil Trouncer) directeur installé depuis 30 ans aux idées obtuses qui verre d'un mauvais œil ces changements, et Nigel Lorraine (Robert Flemyng) jeune enseignant et ancien vétéran aux idées plus progressistes qui sera un grand soutien pour Jack. On découvre donc cette école et ces codes, la déférence aux aînés "tuteur" qui ont droit d'autorité et de châtiments corporels sur les plus jeunes, le bizutage humiliant dont bénéficient les nouveaux venus et les multiples règles de bienséances inconnues de notre héros. 

Cet environnement inconnu s'avère oppressant pour Jack (qui quitte son foyer familial pour la première fois) tant par son système complexe que par la manière dont il semble pris de haut par les élèves de statut social supérieur (notamment sur certaines matières lui étant inconnues comme le français ou le latin). C'est la partie la plus captivante notamment grâce au jeu très habité et vulnérable de Richard Attenborough qui s'avère particulièrement touchant. On pense notamment à cette première nuit où il tente de fuguer du dortoir de l'école, rattrapé par Lorraine auprès duquel il fond en larme. Il va cependant s'accrocher et trouver peu à peu sa place. Il est dommage que le film joue de l'ellipse et ne développe pas davantage ou en tout cas autant l'intégration de jack et son rapport aux autres que cette opposition initiale.

Le scénario développe davantage l'opposition idéologique des adultes dans une veine qui anticipe Cette sacrée jeunesse (1950) ou Les Belles de St Trinians (1954) de Frank Launder qui abordaient également les mues éducatives et sociales mais sous l'angle de la comédie. Dans ces films l'accent était mis également sur les professeurs/mentors plutôt que les élèves et ici hormis Jack ils ne sont guère caractérisés. C'est un peu dommage d'autant que l'on est loin de la noirceur d'un The Browning Version d'Anthony Asquith (1951) et son professeur en échec, puisqu’ici la démarche même de la pièce et du film amène à une bienveillance naïve qui verra chacun évoluer dans le bon sens. 

Lloyd Hartley n'est pas bousculé dans ses certitudes par les progrès de Jack, mais plutôt par un échange avec son père qui salue le changement qu'a amené l'école chez son fils en termes d'assurance, d'esprit du collectif. Il y a là une réminiscence militaire de l'éducation (logique au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale) très discutable désormais et qui le sera notamment dans un film comme If de Lindsay Anderson (1968) qui semble d'ailleurs détourner sciemment les codes esthétiques et situationnels supposés "positif" de The Guinea Pig pour inciter à la rébellion (déjà amorcée par l'humour dans les films de Frank Launder). Les bonnes intentions ont un peu altéré le ton incisif des frères Boulting sur ce film dont on saluera néanmoins les velléités progressistes louables et une émotion qui fonctionne néanmoins dans sa belle conclusion.

Sorti en bluray et dvd anglais chez BFI et doté de sous-titres anglais 

Extrait

dimanche 9 février 2020

The League of Gentlemen - Basil Dearden (1960)

Récemment mis a la retraite, le lieutenant-colonel Hyde décide de se venger et réunit sept officiers renvoyés de l'armée pour commettre un casse.

The League of gentlemen est le premier film produit par Allied Film Makers, société de productions lancée sur une idée du producteur Sydney Box d'associer sous le parrainage de la Rank plusieurs réalisateurs anglais sur des projets dont ils seraient initiateurs. Basil Dearden qui avait déjà exploré des sujets sociaux audacieux durant les années 50 va pouvoir prendre de plus grands risques encore dans ce cadre avec des films comme Victim (1961 traitant de l'homosexualité ou encore Life for Ruth (1962) abordant les travers moraux des témoins de Jéhovah. Cela va permettre également de lancer la carrière de réalisateur de Bryan Forbes (ici scénariste et acteur) avec des classiques comme le mélodrame Whistle Down the Wind (1961) et le thriller Seance on a Wet Afternoon (1964). Michael Relph (partenaire emblématique de Basil Dearden), Richard Attenborough et l'acteur Jack Hawkins s'ajouteront à cette association et même si malgré plusieurs réussites la compagnie produira un nombre restreint de films.

The League of Gentlemen est une manière (en comparaison des films plus difficiles qui suivront) de lancer la société sur un sujet accessible et grand public avec un film de casse, genre très à la mode dans le polar d'alors entre les américains Quand la ville dort de John Huston (1950), L'Ultime razzia de Stanley Kubrick (1956), Le coup de l'escalier de Robert Wise (1959) ou le français Du rififi chez les hommes de Jules Dassin (1955). Chacune de ces œuvres se sert du genre pour aborder des problématiques sociales, pour travailler une atmosphère ou dans le plaisir de voir la fatalité dérégler une horlogerie parfaitement réglée. The League of Gentlemen trouve son identité dans son identité profondément british.

Tout dans le recrutement, la préparation et l'exécution du coup se teinte de cet aspect. Dearden en joue dans la caractérisation de son casting charismatique où la crapulerie et la sournoiserie est d'autant plus délectable dans ce cadre anglais guindé (Roger Livesey en faux prêtre escroc et sa valise remplie de revues érotiques). Le quotidien de chacun des associés nous est présenté sous son jour le plus pathétique (ennui, dettes, adultère) qui les pousse au crime pour changer de vie, le passé peu reluisant les réunit mais également l'expérience militaire. Du coup Dearden humanise les protagonistes dans leurs failles tout mettant en relief leur professionnalisme à travers cette rigueur militaire.

Tout le monde existe et garde une certaine forme de mystère (Jack Hawkins parfait en leader, tout comme Nigel Terry en second plus décontracté) dans une narration parfaite équilibrée entre tension et décontraction. On pense à la scène du vol d'arme dans une caserne où par la grâce du montage la satire de la soumission militaire alterne avec une intrusion chargée de suspense. Ce sont toujours des éléments décalés spécifiquement anglais que vient le déséquilibre qui met à mal les plans (la bienveillance non désirée d'un policier à moto, l'arrivée inopinée d'un camarade de régiment lors du final) et Dearden sait en jouer pour rendre d'autant plus efficace les séquences spectaculaires. Le casse est ainsi fort inventif et trépidant, renversé dans ce même jeu du récit par une chute surprenante. Pas le plus engagé des Dearden donc mais un excellent divertissement !

 Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez Network

mercredi 26 avril 2017

The Angry Silence - Guy Green (1960)

Tom Curtis (Richard Attenborough) est ouvrier dans une usine du nord de l’Angleterre père de deux enfants, avec un troisième en route. Quand une grève éclate, il décide de ne pas suivre le mouvement et de continuer à travailler. Les pressions se font de plus en plus fortes, et sa famille est mise en danger, mais au lieu de céder, Tom persévère. Une fois la grève terminée, il doit faire face à l’isolement et au silence imposé par ses collègues. Les média attirent alors l’attention sur la situation de Tom. Mais cela ne fait qu’empirer les choses.

The Angry Silence est la première production Beaver film, la société fondée par Richard Attenborough et Bryan Forbes d'où sortiront nombres de grandes réussites anglaises des années 60 réalisée par tous deux : Le vent garde son secret (1961), La Chambre indiscrète (1962), Le Rideau de brume (1964), Oh! What a Lovely War (1969)... The Angry Silence s'avère une sorte de pendant sérieux et dramatique de I’m all right Jack (1959) des frères Boulting, virulente satire qui dénonçait les petit arrangements et la corruption du monde de l'entreprise et des syndicats. C'est également le propos du film de Guy Green qui transcende toute idéologie pour un constat virulent.

Le suivisme et un certain obscurantisme militant se révèle ainsi dans une usine du nord de l'Angleterre. Un agent extérieur (Robert Burke) aux motifs nébuleux s'immisce ainsi auprès du délégué syndical (Bernard Lee) pour semer la discorde au sein de l'entreprise. Guy Green présente au départ l'usine comme un espace convivial et de camaraderie, du moins tant que l'on en reste du point de vue des ouvriers. Les angoisses économique semblent pouvoir se résoudre par le travail (Tom Curtis (Richard Attenborough) et l'annonce de la troisième grossesse de sa femme), les amours plus ou moins sérieuses se nouent avec les jolies ouvrières qu'on tente maladroitement de séduire pour Joe Wallace (Michael Craig également coscénariste du film) et côté loisir un tour au pub après une journée de labeur ou football le weekend semblent constituer une évasion satisfaisante pour ces gens simples.

Les quelques désaccords entre le délégué syndical et la direction (le manque de protection sur les machines sont bien là, mais leur résolution semblent plus reposer sur un jeu de pouvoir que sur un vrai souci du bien collectif. Ainsi une grève est décidée sans que l'on ait ressenti une réelle oppression patronale et surtout sans un début de négociation qui aurait éventuellement avortée. Richard Attenborough souhaitait dénoncer le rôle discutable que pouvait exercer des agents extérieur d'extrême gauche pour exacerber les conflits sociaux, ce que semble être le personnage manipulateur de Robert Burke qui fait grimper la tension sans que la branche syndicale officielle ait pu intervenir.

La tradition amène donc le lancement d'une grève machinalement votée par les ouvriers sans qu'ils n'en comprennent réellement le motif. Tous sauf Tom Curtis, autant motivé par sa situation familiale précaire qu'une conscience individuelle dont sont dénués ses collègues. Dès lors la cause n'a plus d'importance, seule compte la soumission de celui qui a osé sortir du rang. La violence se fait furtive, qu'elle soit concrète avec une réelle intimidation physique, psychologique et sociale avec l'ignorance et la mise au ban de Curtis et au final vraiment malveillante quand les actes nocifs sortent du cadre d l'usine et touche la famille du héros. La mise en scène de Guy Green brille à traduire cet isolement du personnage. Son individualité face à la meute est de plus en plus marquée, notamment lorsque sa silhouette traverse stoïquement les rangs de grévistes pour se rendre à l'usine déserte. Lorsque le travail reprendra, les compositions le mettent en avant plan dans les couloirs parcourus de machines. Lors d'une scène marquante le réfectoire lieu de cette camaraderie initiale prend des allures de cirque grotesque et hypocrite par un jeu sur les plongées, les gros plans monstrueux sur les visages ouvriers décérébrés.

Cette vision sera celle qui provoquera un hurlement de rage de Curtis envers ses anciens amis lui apparaissant sous leur vrai jour. Le propos sera encore plus virulent lorsque la situation prendra de l'ampleur pour attirer les médias, les ouvriers interrogés étant incapables de donner de motifs concrets à l'ostracisation de leur collègue si ce n'est d'avoir exprimé une opinion individuelle. Richard Attenborough livre une très grande prestation, sensible et puissante pour incarner cet homme simple dépassé par ses choix. La droiture et l'intensité de la conviction passe par ce jeu de plus en plus fiévreux et habité, le reste du casting n'étant pas en reste notamment Michael Craig en mouton culpabilisant, Bernard Lee en syndicaliste détestable et Geoffrey Keen en superviseur résistant à la pression - Pier Angeli très touchante également et on croise un Oliver Reed débutant. Le film fut accusé d'être antigrève mais finalement les patrons sont tout autant fustigés, s'accommodant de cette loi du silence et livrant en pâture Curtis pour ne pas perturber leurs affaires en cours. Richard Attenborough membre du parti travailliste n'a donc pas un propos réellement politique mais dénonce la meute instrumentalisée pour célébrer l'individu dont l'ultime rempart reposera plus sur son foyer que l'idéologie.

Néanmoins le propos du film fut parfois mal perçu, manquant d'être interdit au Pays de Galles par le syndicat des mineurs mais Attenborough se rendra sur place pour leur projeter le film afin d'en faire comprendre le vrai sens. Un vrai grand film dont propos audacieux (le final est particulièrement sombre et rageur) lui vaudra une nomination à l'Oscar du meilleur scénario.

Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez StudioCanal, dot de sous-titres anglais 

Extrait