Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 31 janvier 2021

À des millions de kilomètres de la Terre - 20 Million Miles to Earth, Nathan Juran (1957)

De retour sur Terre au terme d'une expédition spatiale sur Vénus, une fusée sombre au large des côtes italiennes. À son bord, deux survivants et un cocon qui, bientôt, libère le Ymir, un alien dont la vitesse de croissance défie l'entendement et constitue une menace pour les populations...

À des millions de kilomètres de la Terre est le troisième film de la collaboration Charles Schneer/Ray Harryhausen et en quelque sorte leur dernière production « d’apprentissage » avant de façonner un imaginaire qui leur est propre avec Le Septième Voyage de Sinbad (1958) de Nathan Juran qui suivra – c’est d’ailleurs la première collaboration avec Juran dont le savoir-faire apportera une vraie plus -value par rapport aux faiseurs habituels. Le point de départ du film naît d’une idée de créature de Harryhausen, qu’il appelle Ymir et imagine d’origine nordique.

Après avoir brodé une trame avec la scénariste Charlotte Knight, le postulat croisant science-fiction et film de monstre (soit les genres des deux premières productions Le Monstre vient de la Mer (1955) et Les Soucoupes volantes attaquent (1956)) s’amorce donc. Il s’agit de loin du meilleur film de Harryhausen/Schneer à ce stade, notamment car il fait d’un des défauts récurrents de ces premiers temps un atout. On y retrouve souvent  des acteurs de seconds plans dans des intrigues humaines poussives servant de remplissage entre deux morceaux de bravoure en stop-motion. À des millions de kilomètres de la Terre ne déroge pas à la règle avec ses tunnels de dialogues, ses personnages prétextes et sa romance téléphonée. Mais l’intérêt ici est d’opposer à ses protagonistes neutres et interchangeable la figure de la créature qui véhicule toute les émotions du récit. 

Dès la magnifique scène d’éveil du monstre, sa fragilité et sa stupeur s’oppose à la peur et violence des humains qui l’enferment. Il est d’ailleurs amusant de constater que trente ans plus tard dans une production Amblin à la E.T. (1982), l’intrigue aurait privilégié l’interaction avec le petit garçon découvrant le spécimen alors qu’ici c’est la traque et la crainte de « l’autre » qui prime. Le design et l’animation d’Harryhausen joue grandement pour l’empathie envers Ymir (qui perdra ce paronyme dans le film par crainte d’association avec le terme oriental Emir). Il allie une morphologie humanoïde bipède avec une texture de peau et queue de lézard tandis que son visage évoque le dinosaure. Harryhausen fait passer une incroyable expressivité par le langage corporel de l’alien, sa démarche gauche et imposante, et les efforts simple et imperceptibles pour montrer sa respiration ou ses clignements d’yeux contribuent à cet attachement. Dans le récit chaque réaction de la créature répond à une agression non provoquée et l’ensemble des éléments précédemment évoqué traduit la détresse sa détresse et incompréhension dans cet environnement inconnu et hostile. Cela prend bien sûr des proportions de plus en plus spectaculaires au fil de la taille changeante du monstre, mais là encore cette mue au lieu de le rendre plus menaçant au contraire l’expose et le rend plus vulnérable aux instincts humains belliqueux.

La scène de la grange où il est attaqué par un chien fait d’un aléa technique (l’animation stop-motion du chien ne fonctionnant pas) le vrai reflet, tragique et poétique, de cette incompréhension en montrant l’affrontement sous forme d’ombres. Tout en payant son tribut au King Kong animé par son mentor Willis O’Brien, Harryhausen orchestre des morceaux de bravoures impressionnants et originaux. L’affrontement entre l’alien et un éléphant illustre le génie de fidélité morphologique de l’animateur où la lourdeur, la puissance et l’impact des combattants se ressentent physiquement. 

Le travail sur les incrustations est bien plus fluide que dans les précédents films (y compris la version couleur qui trahissait bien plus les trucages visuels) et le climax dans le Colisée est un moment aussi tragique qu’épique pour notre créature. Harryhausen rappelle avec malice dans les bonus du dvd une remarque du réalisateur Eugène Lourié avec lequel il travailla sur Le Monstre des Temps Perdus (1953) qui disait qu’il faisait mourir ses monstres comme dans des tragédies d’opéra. C’est tout à fait vrai ici avec une créature qui annoncent les grandes créations à venir tel le cyclope de Le Septième voyage de Sinbad. On dépasse enfin la simple démo technique pour atteindre l’équilibre ténu entre émerveillement et émotion. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sidonis

 

vendredi 23 mai 2014

Le Septième Voyage de Sinbad - The 7th Voyage of Sinbad, Nathan Juran (1958)

Sur la route maritime qui le ramène à Bagdad en compagnie de sa fiancée, la princesse Parisa, Sinbad fait escale sur l'île de Colossa. Il en profite pour tirer Sokurah, un magicien, des griffes d'un énorme cyclope, qui parvient néanmoins à dérober au sorcier sa lampe magique. Pour contraindre Sinbad à retourner sur l'île de Colossa, Sokurah miniaturise la princesse. Seule la coquille d'un œuf de l'oiseau Roc pourra rendre à Parisa sa taille normale. Or l'oiseau en question ne vit que sur l'île maudite. À l'aide d'un équipage composé de marins patibulaires, Sinbad s'embarque pour y retourner, mais l'aventure ne fait que commencer...

Le Septième voyage de Sinbad marque un passage décisif dans la carrière du grand Ray Harryhausen, puisque le film est son premier vrai succès commercial depuis l'entame de sa collaboration avec le producteur Charles H. Schneer. Jusque-là Harryhausen était resté dans le sillage de son mentor Willis O’Brien avec des décalques à peine masqué de King Kong (À des millions de kilomètres de la Terre (1957) et son extraterrestre gigantesque semant le chaos malgré lui) et surfant sur la vague SF des années cinquante avec Les soucoupes volantes attaquent (1956). Avec cette adaptation très libre du conte des Mille et Une Nuits Sinbad Le Marin (d’ailleurs intégré de force aux Mille et Une Nuits sans en faire réellement partie en réalité), Harryhausen s’oriente vers le récit merveilleux et mythologique qui fera sa gloire dans ses productions suivantes (Jason et les Argonautes (1963), les deux suites qu’il donnera à Sinbad avec  Le Voyage fantastique de Sinbad (1974) et  Sinbad et l'œil du tigre (1977) mais aussi Le Choc des Titans (1981)) ainsi que dans la transposition de grands textes d’évasions inscrit dans l’imaginaire collectif (Les Voyages de Gulliver (1960) d’après Jonathan Swift, L’île mystérieuse (1963) d’après Jules Verne et Les Premiers hommes dans la lune (1964) adaptant HG Wells).

Ce dépaysement et imaginaire libéré apporte un vrai plaisir pour les yeux avec son monde oriental bariolé aux costumes luxueux et aux décors imposants dans une imagerie bariolée et chatoyante. Le film ne fait cependant pas preuve de la rigueur narrative des meilleurs Harryhause avec une première partie parfois un peu poussive dans ses gros raccourcis (la réaction du père de la princesse déclarant la guerre immédiatement, le Calife et Sinbad qui avalent sans même le soupçonner les histoires de Sokura) et le souffle épique d'un Jason peine un peu à se faire ressentir. La construction est bancale à cause d’un script simpliste (ce qui est dommage tant à l’écrit les voyages de Sinbad regorgent d’histoires fabuleuses, une adaptation fidèle reste à faire) dans son déroulement comme la caractérisation des personnages mettant mécaniquement en place une trame prétexte qui servira à introduire le bestiaire de Harryhausen.
La deuxième partie où tout ce petit monde retourne sur l'ile de Colossa s’avère nettement plus convaincante et constitue un petit bijou d'aventures fantastique. Les morceaux de bravoures extraordinaires abondent comme l'affrontement sauvage entre le dragon et le cyclope où Harryhausen paie une dernière fois son tribu à King Kong, le duel avec le squelette (galop d’essai avant de les démultiplier dans Jason et les Argonautes pour un résultat encore plus mémorable) dans le château de Sokura ou encore le cyclope  faisant bien des misères à l'équipage et qui finira dans une falaise dupé par Sinbad. On constate le joyeux mix opéré entre mythologie grecque etconte des Mille une Nuit avec le génie de la lampe ainsi que quelques éléments de swashbuckler comme la mutinerie de l'équipage.

 Bernard Hermann signe un score éblouissant et épique, Kerwin Andrew malgré un jeu limité a tout de même fier allure en héros valeureux et forme un charmant couple avec Kathryn Grant, Torin Thatcher campe un méchant mémorable avec ce sorcier maléfique particulièrement marquant pour le jeune spectateur. Un brouillon déjà fort plaisant et qui ouvrait la voie à d'autres grandes réussites. Détail amusant, le film aura droit à un décalque/plagiat meilleur encore avec Jack le tueur de géant (1961) reprenant l'ensemble du casting ainsi que le réalisateur pour un résultat plus audacieux mais à l'animation moins brillante, faute de Harryhausen.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

samedi 25 septembre 2010

Jack le Tueur de Géant - Jack The Giant Killer, Nathan Juran (1961)

L'ignoble sorcier Pendragon, banni d'Angleterre, veut s'emparer du trône de Cornouailles en faisant abdiquer le roi et en épousant sa ravissante fille, la princesse Elaine. Il la fait enlever par un de ses serviteur, un immense géant, mais Jack, un modeste fermier, parvient à le tuer et sauve ainsi la belle captive. Mais Pendragon n'a pas renoncé à ses sombres desseins.

Trois ans après le succès du Septième Voyage de Sinbad, le producteur Edward Small (qui rata le coche en refusant de produire ce dernier) tente de reproduire la formule à succès avec ce film et engage pour cela le même réalisateur, le même héros (Kerwin Mathews) et le même méchant avec Torin Thatcher de nouveau dans un rôle de sorcier. Ne manque que le grand Ray Harryhausen aux effets spéciaux, ce qui se ressent au niveau des créatures dont le visuel est plus grossier et la stop motion moins parfaite que le bestiaire du maître mais le film s'en sort néanmoins de manière tout à fait honorable et recèle d'autres qualités.

Très librement inspiré du conte Jack et le haricot magique, le film emprunte également certains élément de sa trame à Sinbad avec son option aventure moins appuyée dans le conte et un personnage de lutin magique enfermé dans une bouteille variante à peine masquée du génie de la lampe.

Malgré tout le film parvient à trouver son identité grâce à son atmosphère de conte très marquée visuellement. Le début où on découvre la cour du roi Marc avec un aspect médiéval très colorée et kitsch ou encore l'antre sombre et menaçante de Pendragon sont très réussis et les sortilèges de ce dernier issus de la magie noire offre les moments les plus réjouissants du film.

Les créatures que doivent affronter nos héros sont donc systématiquement un soupçon plus horrible que dans les Sinbad, ce qui compense le manque d'originalité ou la raideur de certaines (le Cormoran en ouverture qui rappelle le Cyclope Sinbad, le serpent de mer géant assez loupé) et rend les autres assez effrayantes tels ces sorcières d'outre tombe dont l'attaque en pleine mer fait presque basculer le film dans l'épouvante le temps d'une scène. L'allure extravagante et bariolée du méchant Pendragon, le cour monstrueuse qui l'accompagne ainsi que certain tournant de l'histoire (comme la princesse ensorcelée devenue une affreuse créature démoniaque) contribue au ton conte horrifique adopté.

Le récit est assez classique avec son couple amoureux immédiatement mais incarné avec conviction et les morceaux de bravoures impressionnants ne manque pas. Le Cormoran qui décime les troupes du roi puis le long face à face avec Jack, l'assaut des sorcières et surtout le final sur la plage qui multiplie les créatures et les affrontements dantesque avec en conclusion un prodigieux combat entre Jack et Pendragon transformé en hideuse bête volante. Donc malgré les emprunts évident, c'est réellement dépaysant et féérique et devrait faire plaisir à tout ceux qui ont gardé leur âme d'enfant.


Sorti en dvd zone 2 français mais l'édition est désormais assez difficile à trouver donc privilégier le zone 1 trouvable pour pas trop cher.


dimanche 18 juillet 2010

Les Premiers Hommes sur la lune - First Men in The Moon, Nathan Juran (1964)


En 1964, une mission astronautique internationale (Russes et Américains ensemble) prend pied sur la Lune et y découvre un drapeau anglais et un document écrit qui est une prise de possession de la lune au nom de la Reine Victoria. Grosse surprise des astronautes qui se croyaient les premiers hommes sur la Lune. On retrouve Bedford, le dépositaire de ce document, dans une maison de retraite de l'Angleterre.

Bedford raconte son histoire. À la fin du XIXe siècle, pour échapper à ses créanciers, il s'associe avec un savant un peu fou mais génial, Cavor, qui a inventé une matière, la cavorite, qui, une fois déposée sur un objet, permet à celui-ci de s'affranchir de la pesanteur. Ensemble, et avec Kate, la fiancée de Bedford, ils partent ensemble pour la Lune
...

Un production Charles Schneer/ Harryhausen assez oubliée et peu connue semble t il car rarement citée parmi leur réussite alors que c'est un spectacle des plus convaincant. Un début assez sérieux et "réaliste" (avec des clins d'oeil sympa comme le sigle à damier de la fusée évoquant l'album de Tintin "On a marché sur la lune") de anticipant de quelques années la ferveur populaire que provoquera l'arrivée des premiers hommes sur la lune. La découverte improbable par les astronautes d'un document de 1899 amènent la NASA à faire mener sur Terre une enquête qui va révéler qu'un expédition lunaire à bel et bien eu lieu des décennies auparavant.

Après ce début contemporain, la narration en flashback nous ramène à une Angleterre Victorienne et une adaptation très fidèle d'un des texte les moins connus de HG Wells. Ce dernier était souvent resté dans l'ombre à cause du roman "De la Terre à la lune" de Jules Verne qui avait exploité l'idée des années auparavant, mais le livre de Wells avait néanmoins déjà connu une première version filmée en 1919 et Le Voyage dans la lune de Melies en est pratiquement une adaptation officieuse tant les similarités pullulent.

Le ton du film se fait alors plus léger, entre le héros baratineur et un peu escroc Bedford, ses relations orageuse avec sa fiancée Kate (jouée par la charmante Martha Hyer) et surtout le voisinage du professeur loufoque et maladroit Cavor joué par Lionel Jeffries. Les amateurs de steampunk jubileront devant le principe hors norme qui va permettre à nos héros d'effectuer leur voyage sur la lune. En dépit d'une scène de décollage éblouissante, Harryhausen se loupe un peu dans les séquences spatiale peu crédible et dénuée de magie, ce dont il a dû se rendre compte puisqu'il dépeint l'essentiel du voyage (le retour à la fin sera également très elliptique) depuis l'intérieur de la capsule.

Arrivée sur la lune, c'est une tout autre affaire avec des cadrages et perspectives soufflante et un paysage lunaire très bien rendu. Le film se lâche ensuite dans la fantasy la plus pure avec la rencontre du peuple sélénites lunaire et de leur impressionnant royaume sous terrain. Bestiaires impressionnant, décors monumentaux, machines à l'esthétique improbable et aux fonctionnements inconnus, c'est à une véritable frénésie visuelle lorgnant sur les roman de Edgar Rice Burroughs que se livre Harryhausen. Nathan Juran fidèle collaborateur et réalisateur très doué (on lui doit sans Harryhausen le formidable "Jack le tueur de géant") délivre une réalisation alerte et bourré d'énergie mettant parfaitement en valeur les décors et créatures issue de l'imagination de Harryhausen.

Un autre des points positif est que le scénario respecte parfaitement les thématiques de HG Wells. Homme de science croyant à l'avenir de l'homme à travers le culte du savoir, le personnage pacifiste du professeur cavol semble clairement être le double de l'écrivain dans le roman, et il en va de même dans le film.

L'imperfection et la violence des hommes semble pourtant toujours contrecarrer ses dessein pacifistes, ce qui sera le cas ici avec le héros et narrateur Bedford montré sous un étonnant mauvais jour (surtout après le début du film le rendant sympathique) à l'attitude violente face à l'étranger inconnu (métphore du colonialisme ?). En prime la conclusion offre un joli clin d'oeil dans sa résolution à la manière dont mourrait les martiens dans La Guerre des mondes (Wells a écrit Les Premiers Hommes sur la lune après et a donc recyclé son idée).

Le film est un gros échec à sa sortie et signe momentanément la fin de la collaboration entre Harryhausen et Charles Schneer, qui se retrouveront néanmoins en 1969 pour La Vallée de Gwangi. Sans être leur meilleur production, Les premiers hommes sur la lune est donc un spectacle tout à fait plaisant et visuellement assez époustouflant.

Trouvable en dvd zone 2 anglais doté de sous titres français