Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 31 janvier 2020

Jour de terreur - Cause for Alarm!, Tay Garnett (1951)

George Jones, dont la santé n'est pas bonne, est persuadé que sa femme veut l'assassiner. Peu de temps après avoir écrit une lettre aux autorités, il décède d'une crise cardiaque. Tous les indices accusent sa femme mais cette dernière est innocente. Comment va-t-elle pouvoir prouver qu'elle n'est pas responsable de la mort de son époux ?

Tay Garnett signe un habile petit suspense domestique avec ce Cause for Alarm!. Le film est coécrit et produit par le scénariste Tom Lewis qui envisage Judy Garland dans le premier rôle, avant de céder à son épouse Loretta Young qui le convoitait également. Cette dernière fait appel à Tay Garnett qui l'avait déjà dirigée deux fois dans L'Amour en première page (1937) et Divorcé malgré lui (1939). La carrière cinématographique de Tay Garnett va nettement se ralentir dans les années suivantes pour s'orienter vers la télévision. C'est également dans la petite lucarne que Loretta Young va se relancer dans les années 50 avec la série Letter to Loretta qui triomphera de 1953 à 1961 et 165 épisodes. Jour de terreur par son tournage à l'économie de 14 jours et son décorum limité à trois pièces est donc un terrain d'exploitation technique et financier de ce futur télévisé.

Le postulat avait tout pour anticiper les mélodrames oppressants des années 50 démystifiant l'american way of life (on pense notamment à Derrière le miroir de Nicolas Ray (1956)) avec cet époux (Barry Sullivan) diminué et abruti de médicament sombrant dans la paranoïa qui fait vivre un enfer domestique à son épouse Loretta Young. On entrevoit un peu cette facette là mais un rebondissement saisissant nous emmène plutôt vers une course contre la montre dont la tension repose sur la menace latente qu'exerce des éléments bienveillants du quotidien. Cela va du facteur trop zélé à un gamin turbulent du quartier, en passant par une voisine trop curieuse.

Avec une belle économie de moyen et bien aidé par la prestation suffoquée de Loretta Young, Tay Garnett façonne une efficace suspense minimaliste qui fonctionne parfaitement. Néanmoins on peut se dire qu'un pitch pareil recèle un potentiel certainement plus grand que ce simple véhicule pour Loretta Young, et l'on serait curieux (d'autant que les droits du films sont dans le domaine public) d'en voir un remake plus nanti entre de bonnes mains.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side 

mercredi 18 juillet 2018

L'Appel de la forêt - Call of the Wild, William A. Wellman (1935)


Jack Thornton, un chercheur d'or, perd tout son argent au jeu. Un ancien ami, Shorty, lui propose alors de partir à la recherche d'un trésor, en suivant le chemin d'une carte qu'il a mémorisée. Pour ce voyage, Thornton se procure un chien incontrôlable, Buck, qu'il parvient à dresser. Au cours de leur voyage, les deux hommes découvrent une femme, Claire Blake, dont le mari a disparu...

L’Appel de la forêt est la seconde adaptation du roman de Jack London après celle muette signée par  D. W. Griffith en 1908. Le livre de Jack London est devenu en peu de temps un classique plébiscité par la jeunesse qui justifie une version à grand spectacle avec l’avènement du parlant et constituera un vrai tournant dans la carrière e William A. Wellman. Si l’adaptation s’avère très libre par rapport au roman (Wellman avouera n’avoir pas lu le livre et s’être contenté de transposer le scénario de Gene Fowler et Leonard Praskins, le chien Buck même s’il a son importance n’est pas au centre u récit), Wellman va faire montre d’un grand souci de réalisme dans sa description. 

Le film offre la possibilité encore pas si courante dans le Hollywood des années 30 d’un tournage en plein air, loin du confort des studios. Wellman ira filmer dans la forêt nationale de Mount Baker (dans l’Etat de Washington) pour tournage à rude épreuve où se développe sa thématique de la traversée et ses épreuves climatiques comme révélateur des personnages. Un élément au cœur de Convoi de femmes (1951),La Ville Abandonnée (1950) ou encore Bastogne (1949). Le héros viril et désinvolte incarné par Clark Gable annonce ainsi le Robert Taylor e Convoi de femme, déjà adouci par le courage et le charme de sa compagne de voyage impromptue avec Loretta Young. 

L’environnement du film hésite ainsi entre la dépravation et la barbarie de ces villes de chercheurs d’or (l’entrée en matière boueuse et déliquescente est assez saisissante) faites de bagarre, beuverie et petite vertu avec les grands espaces sauvages dont l’horizon blanc épure la conscience des personnages. L’individualiste Jack Thornton s’y attache tout d’abord au chien Buck, aussi éprouvé et cabochard que lui, avant e tomber amoureux de Claire Blake (Loretta Young). Cette dureté se trouvait déjà dans les Pré-Code de Wellman, notamment cette idée d’enfer immoral refuge des âmes damnées avec Safein Hell (1931).

La chasse au trésor n’est qu’un prétexte pour réunir ces êtres perdus et Wellman excelle à alterner péripéties confrontant à la fureur des éléments (la traversée en canot, tempête de neige, attaques de loups) avec l’après chaleureux et délicat qui tisse le rapprochement entre Gable et Loretta Young. Le premier baiser et son dialogue entre crudité et retenue témoigne d’une tension érotique qui s’est également jouée en coulisse. 

Clark Gable star établie (et mariée) entretint une liaison (les sources moins romantiques parlent d’un viol) avec une alors toute jeune Loretta Young qui tomba enceinte durant le tournage. Gênant au vu du code moral exigé par les studios envers ses acteurs et donc Loretta Young (catholique pratiquante revendiquée ce qui ajoute au scandale) disparu quelques mois le temps d’accoucher et « adopta » sa fille Judy Lewis pour donner le change. Une certaine audace en demeure dans le film où le couple, adultère à son insu, doit au final se séparer pour les apparences alors que l’attirance demeure intacte.

C’est là toute l’importance du chien Buck qui libre des entraves humaines peut céder à ses instincts et au fameux « appel de la forêt » lors de la conclusion. Un Wellman captivant et méconnu mais qui sera malheureusement bien malmené par la censure – il y a bien vingt minutes coupées entre la version existante et le montage initial. 

Sorti en en dvd zone 2 français chez Wild Side

mercredi 30 septembre 2015

Une nuit inoubliable - A Night to Remember, Richard Wallace (1942)

A New York. Un auteur de romans policiers et sa femme enquêtent sur les agissements de leurs curieux voisins .....

A Night to remember est une délicieuse comédie policière qui nous embarque dans un suspense astucieux où la vraie tension s'équilibre idéalement aux éclats de rire. Adapté du roman The Frightened Stiff de Kelley Roos, le film voit les époux Nancy (Loretta Young) et Jeff Troy (Brian Aherne) confronté à un mystère alors qu'il s'installe dans leur nouvel appartement. Dès l'ouverture la légèreté et le babillement du couple est un contrepoint à l'environnement oppressant. L'immeuble inquiétant et les allures sinistres d'un voisinage digne de Rosemary's Baby vient jeter un voile d'inquiétude sur nos joyeux époux.

La photo de Joseph Walker jette tout en jeu d'ombres menaçants fait lorgner l'ensemble vers l'épouvante, la vraie terreur ne s'installant pas complètement car les amorce de séquences terrifiantes se voient désamorcées par l'humour (l'apparition de la tortue) in extremis à chaque fois. Néanmoins le scénario habile pose un intrigant mystère, que ce soit par les réactions terrifiées des voisins dès qu'ils découvrent l'appartement occupé par nos héros ou le noir secret qui semble les forcer à cohabiter contre leur gré dans ce bâtiment depuis des années.

La force du film est de ne jamais diluer ce suspense tout en y allant franchement dans la grosse comédie loufoque. Le couple vedette y est pour beaucoup avec une Loretta Young piquante et toujours prêt à taquiner son époux, un Brian Aherne qui a plus expérimenté le crime dans ses romans que dans la réalité. L'acteur est épatant pour délester son personnage de toute virilité ou vertus héroïque. Les situations l'émasculant sont multiples, de par sa propre couardise (ses tergiversations à aller titiller un molosse dans un bar, ses airs tremblants dès qu'il s'agit d'explorer les entrailles ténébreuses de l'immeuble) ou par des situations tordantes comme le running gag de cette porte qu'il est le seul à ne pas réussir à ouvrir ou sa fâcheuse tendance à l'évanouissement (là aussi source d'un moment savoureux quand il croira son épouse morte).

Ce mâle fragile et son épouse frêle ajoute donc au suspense tant ils semblent peu armés face au danger mais le scénario fait d'eux des fins limiers qui vont habilement remonter la piste de l'énigme. Sans trop en dire, la suite prendra la forme d'un haletant et imprévisible whodunit conjuguant donc toujours cette drôlerie à une efficace trame policière. Le film est tout de même parfois un peu trop bavard mais on prend un tel plaisir en compagnie de ces personnages (en second rôle Sidney Toler compose un inspecteur sarcastique du meilleur gout) que la pilule passe aisément, d'autant que le final est assez virtuose. Sans l'intrusion de l'humour, ce climax aurait pu être sacrément glaçant grâce à la mise en scène inspirée de Richard Wallace. Cet équilibre ténu évite de faire basculer le récit dans la parodie tout en le rendant constamment palpitant. Une jolie réussite.

Sorti en dvd zone 1 chez Sony et doté de sous-titres anglais

mercredi 15 juillet 2015

Suez - Allan Dwan (1938)

L'histoire de la construction de canal de Suez par Ferdinand de Lesseps. Louis Napoléon, qui soupçonne Ferdinand de Lesseps de s'intéresser de trop prêt à Eugénie de Montijo, l'envoie en mission en Egypte. Lesseps conçoit le projet fou pour l'époque d'un canal reliant la Méditerranée à la Mer Rouge.

Allan Dwan réalise une des productions les plus célèbres et nanties de sa longue filmographie avec cette spectaculaire évocation de la construction du canal de Suez. Le film s'inscrit dans plusieurs tendances en vogue dans le Hollywood d'alors, le grand biopic historique popularisé à la Warner par William Dieterle (La Vie d'Emile Zola (1937), La Vie de Louis Pasteur (1936)), le film d'aventures exotique (Les Trois Lanciers du Bengale, Gunga Din), deux genres qui purent aisément se mélanger au film catastrophe dans des succès comme La Mousson (1938, Clarence Brown) ou San Francisco (1936, W.S. Van Dyke). Le scénario de Philip Dunne et Julien Josephson donne le versant le plus romanesque des évènements, que ce soit par les relations entre les personnages (L'Impératrice Eugénie ancien amante de Ferdinand de Lesseps jouant sur le soutient réelle qu'elle apporta au projet), les raccourcis (les manœuvres politiques de Napoléon III) et clins d'yeux grossiers (l'apparition de Victor Hugo et si l’on n’avait pas bien saisit un protagoniste lisant les pages des Misérables au même moment).

Là où le film joue le plus de cette fibre romanesque, c'est par l'image idéalisée de grand rêveur associée à Ferdinand de Lesseps. Sa destinée s'inscrit ainsi de manière mystique lorsqu'un voyant lui prédit qu'il "creusera des fossés" tandis que sa fiancée Eugénie est portera elle un couronne. Le grand dessein du canal de Suez lui apparaîtra également dans une pure épiphanie jouant sur ce côté mythologique avec ce semblant de cours d'eau se traçant dans le désert après un orage. L'ensemble du film confronte ainsi la vision du bâtisseur/rêveur à la réalité, toutes les entorses historiques volontaires jouant sur cette opposition. 

De Lesseps voit ainsi le projet se briser sur le mur du jeu politique, que ce soit Louis-Napoléon Bonaparte (Leon Ames) tissant sa toile pour devenir empereur, les anglais refusant ce canal sous tutelle française malgré l'apport économique. Les enjeux ainsi simplifiés sont limpide et toujours teinté de cette veine romanesque rattaché à l'intimité des personnages, tel cette trahison faisant De Lesseps un paria auprès de ses amis politiques et faisant du canal de suez la quête d'une vie, le seul élément auquel il peut désormais se raccrocher.

Tyrone Power excelle à exprimer la dimension exaltée et romantique du personnage, sa beauté juvénile se teintant de gravité au fil du récit. Les deux figures féminines expriment bien la dualité entre rêve et réalité du récit. Annabella incarne une sorte d'ange gardien passionné et plein d'entrain suivant et redressant de Lesseps face à toutes les épreuves, sa nature simple et son allure garçonne contrebalançant la sophistication et la beauté élégante d'une Loretta Young magnifique mais symbole de déconvenues, amoureuses comme politiques (même le triomphe final s'avérant amer dans de l'ultime rencontre lors de l'inauguration du canal). 

 L'alchimie entre les trois acteurs fonctionne d'autant mieux qu'entre eux se nouait une romance passée (Tyrone Power et Loretta Young) ou en devenir puisqu'Annabella (qui nous offre un joli moment érotisant avec ses seins bien visibles sous sa chemise trempées en début de film) épousera Tyrone Power à l'issu du tournage. 

Allan Dwan excelle dans tous les registres abordés par le film, d'abord par l'éblouissante reconstitution qui enchante lors des premières scènes parisiennes (le Jeu de Paume, le bal). Les moments spectaculaires illustrent les puissances humaines et mystiques qui entraveront la construction du canal avec deux morceaux de bravoures étourdissant. Un attentat provoquant un éboulement apocalyptique et une tornade dévastatrice arrachant les derniers liens de Lesseps, le confondant définitivement à sa création pour laquelle il aura tout perdu. L’ultime regard sur le canal de suez enfin terminé se chargera alors de fierté et mélancolie pour de Lesseps dans la magnifique conclusion où le mythe et l’esprit d’entreprise triomphe amèrement.


Sorti en dvd zone   français chez Sidonis

lundi 29 juin 2015

Le docteur se marie - The Doctor Takes a Wife, Alexander Hall (1940)

Un quiproquo fait penser à toute la presse que la célèbre romancière féministe June Cameron est marié à Tim Sterling, professeur à l'université.

Une délicieuse screwball comedy qui trouve le ton juste entre progressisme et valeurs traditionnelles par la grâce d'un script astucieux. June Cameron (Loretta Young) est un écrivain féministe incitant les femmes à vivre hors du joug masculin et à mener carrière. Son dernier ouvrage rencontrant un succès important, elle est contrainte d'écourter ses vacances et de rentrer à New York. Faute de moyen de locomotion, elle s'impose dans la voiture du très soupe au lait Tim Sterling (Ray Milland) aspirant professeur en université de médecine. L'antagonisme entre l'indépendance de June et le caractère orageux de Tim se dessine pendant le trajet par quelques échanges savoureux et préparant la cohabitation forcée qui les attends arrivé destination. Suite à un quiproquo ils sont pris pour de jeunes mariés et une lectrice trahie aura fait remonter la rumeur jusqu'à New York. Seul moyen de s'en sortir, simuler un vrai mariage le temps pour June de changer son fusil d'épaule et de signer un ouvrage vantant la vie matrimoniale et de divorcer à sa parution (quitte à en écrire un dépeignant les joies du divorce par la suite). On appréciera la morale bienpensante d'alors où mieux vaut feindre un mariage que d'avouer un liaison de passage.

Le script distille une habile opposition de caractères sources de joutes tordantes et inventives (Milland répertoriant les objets de Lorreta Young pour récupérer ses quatre dollars) tout en ne faisant pas des personnages des figures figées à leur supposée idéologie. Ainsi le supposé macho joué par Milland se montre fort soumis à sa vraie fiancée Marilyn (Gail Patrick) et Lorreta Young n'a guère de scrupule à sauver sa carrière en reniant sa philosophie tout en cédant là aussi à son petit ami et éditeur (Reginald Gardiner). Ce n'est donc pas sur une idéologie mais plutôt la peur de l'autre que repose leur opposition, donnant un charme explosif à leur mariage/opposition qui tout en les rebutant sert leurs intérêts. Chacun aura droit à son moment dominant Milland envahissant avec jubilation l'intérieur cosy de son "épouse" de ses attributs masculins dans les tiroirs, les armoires et même un tableau d'anatomie en plein salon.

Le mariage n'est pas considéré comme la normalité uniquement pour la femme, Milland accédant enfin au statut de professeur grâce à nouvelle union qui le rend enfin suffisamment "équilibré" pour enseigner (l'occasion d'une revanche tonitruante de Loretta Young quand elle l'apprendra). D'ailleurs le monde universitaire est croqué avec amusement durant une scène de réception entre érudits discutant uniquement de trouble mentaux et son doyen dont un simple raclement de gorge génère un silence poli. Une caricature excellent mais pas suffisamment exploitée tant il y avait possibilité à des atmosphères façon Boule de feu de (1941) Howard Hawks.

Ce n'est finalement qu'en situation de crise, hors des carcans urbains que le rapprochement pourra se faire tout en leur permettant d'assumer leur personnalité et d'y adosser leur qualité. Le scientifique devient ainsi le médecin prévenant qui va aider une femme à accoucher, la femme indépendante une aide précieuse pour tempérer la crise (ne paraissant jamais soumise même en effectuant des tâches d'intérieur) et les deux peuvent enfin s'admirer mutuellement et s'aimer.

Le registre vachard initial ne s'estompe heureusement pas mais se faisant dans la complicité et plus dans l'affrontement, à l'image du stratagème génial de Loretta Young pour empêcher Milland de se fiancer. Les deux acteurs sont irrésistibles (et Loretta Young à croquer comme d'habitude), les seconds rôles aussi surprenant qu'inventifs (les étudiants pratiquants de football américains bas du front) et l'ensemble mené tambour battant par Alexander Hall. Très bon moment !

Sorti en dvd zone 1 chez Columbia et doté de sous-titres anglais

samedi 30 mai 2015

Héros à vendre - Heroes for Sale, William A. Wellman (1933)

Durant la Première Guerre mondiale, sur le Front français, Roger Winston reçoit l'ordre de détruire un nid de mitrailleuses allemand, avec une poignée d'hommes, parmi lesquels Tom Holmes, originaire de la même ville que lui. Tom est blessé en capturant un soldat allemand, mais Roger en reçoit les honneurs, bien qu'ayant agi lâchement, ce qu'il se garde d'avouer. Tom est évacué à l'hôpital, où il est soigné à la morphine. La guerre achevée, Roger obtient - dans la banque de son père - un emploi pour Tom, en échange de son silence...

Wellman aura signé à travers ses Pré-codes quelques-unes des œuvres les plus emblématiques de la Grande Dépression sévissant alors aux Etats-Unis comme Wild Boys of the road (1933) ou Frisco Jenny (1933). Héros à vendre est la plus audacieuse d'entre toute avec son altruisme visionnaire annonçant le Frank Capra de L'Extravagant Mr Deeds (1936) et sa description d'un anticommunisme qui n'a pas attendu le Maccarthysme pour sévir.

Vétéran de la Première Guerre Mondiale, Roger Winson (Richard Barthelmess) est dès cette expérience du front un héros spolié. Laissé pour mort lors d'une mission, son fait de gloire est attribué à son ami ayant fait preuve de lâcheté. C'est un homme meurtri qui revient aux Etats-Unis, accro à la morphine qui lui fut massivement administré pour atténuer la douleur de ses blessures. Livré à lui-même il ne rencontrera que l'incompréhension et l'injustice, notamment de son ami riche plus préoccupé de cacher le secret de sa lâcheté. Enfin guéri de ses fêlures, Roger va tenter de se reconstruire et va se confronter à l'évolution néfaste du pays, un capitalisme e une industrialisation qui fera des ravages lors de la Grande Dépression.

Grimpant les échelons dans une entreprise de blanchisserie, il promeut l'arrivée d'une machine à laver pouvant alléger la tâche des employés mais les accords pris ne seront pas respectés l'outil remplaçant peu à peu l'humain. Son altruisme ne s'accordant pas avec la froideur calculée de cette nouvelle ère capitaliste, Winson dérange les autorités qui cherchent à se débarrasser de ce "sale rouge". Wellman dans toutes ses œuvres sociales aura su se départir de toute idéologie et son héros à la sensibilité tout simplement empathique est à son image. Les vecteurs d'idéologies sont d'ailleurs violemment fustigés ici, que ce soit l'ingénieur allemand balayant ses préceptes communistes dès sa fortune faite ou le capitalisme représenté par son ami lâche balayé par le krach de 1929.

Richard Barthelmess, immense star du cinéma muet trouve ici un de ses meilleurs rôles d'une ère parlante où il aura plus de difficulté. C'est par l'émotion et la sincérité qu'il dégage que son personnage est incarné et touchant, dépassant le principe de l'idée qu'il représente. C'est peut-être d'ailleurs pour souligner cet aspect que Wellman aura rendu volontairement caricatural le personnage de l'ingénieur russe ou du banquier, coquille vide dévoués à leurs intérêts. Une réussite de plus pour Wellman.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner

jeudi 14 août 2014

Rose de minuit - Midnight Mary, William A. Wellman (1933)


En attendant le verdict du jury dans son procès pour meurtre, Mary Martin (Loretta Young) se remémore par flash-back son passé et les évènements l’ayant mené jusqu’ici. Luttant contre la pauvreté dans son adolescence et condamnée à tort pour vol à l’étalage, elle envoyée dans une maison de correction. A sa sortie, elle commence à fréquenter des gangsters, devenant maîtresse et complice de Leo. Puis, une nuit, lors de la préparation d’un cambriolage dans une maison de jeu faisant aussi office de bordel, Mary rencontre Tom Mannering. Cet avocat descendant d'une famille riche et prestigieuse tombe instantanément amoureux d’elle et l'aide à échapper à la police.

Midnight Mary est un mélodrame en forme de destinée tragique d'une fille perdue comme Wellman a pu en dépeindre tant dans ses Pré-Codes de l'époque comme Frisco Jenny (1932) ou Safe in Hell (1931). Le film s'ouvre sur une cour de tribunal où l'avocat de l'accusation fait le portrait peu reluisant de Mary Martin (Loretta Young), accusée de meurtre. L'intéressée ne semble en avoir cure, lisant indifféremment un magazine pendant la plaidoirie et la cause semble entendue parmi les jurés parti délibérer. Poursuivant ce détachement et en attendant le verdict, Mary se souvient des évènements qui l'ont conduit jusque-là. Le récit dessine une fatalité inéluctable dans la manière dont doit forcément mal tourner Mary, privée de tout dès l'enfance où elle perd sa mère accusée à tort d'un vol qui la conduit en maison de correction.

Le visage doux et angélique de Loretta Young fait passer sans peine l'idée discutable qu'elle subit constamment les évènements, ne rendant que plus brutal chaque étape de sa déchéance notamment la première rencontre fatidique avec le gangster Leo Darcy (Ricardo Cortez) où un fondu au noir laisse deviner un viol. Pourtant tout semble la ramener vers cette mauvaise compagnie, Darcy ne la forçant jamais car persuadé que l'hostilité du monde extérieur la fera forcément revenir.

Wellman fait bien sûr planer les fantômes de la Grande Dépression dans le parcours de Mary, à l'image de cette scène où elle erre affamée et sans le sous, les néons des enseignes se transformant pour lui rappeler tous les emplois pour lesquels elle a été repoussée. La vie honnête semble semée d'embûche et laborieuse alors que le mauvais chemin semble si accessible et plaisant et c'est à ce moment-là que Mary abandonne.

Le salut pourrait venir du riche et oisif playboy Tom Mannering (Franchot Tone) tombé amoureux d'elle et qui trouve un remède à sa propre frivolité en offrant une vie décente à Mary. La trame est un peu trop cousue de fil blanc dans son déroulement mais Wellman parvient à susciter l'émotion par la prestation habitée de Loretta Young particulièrement touchante en figure sacrificielle notamment cette scène où elle rejette Franchot Tone pour lui éviter les ennuis lorsqu'un policier la reconnaît, ou encore lorsqu'elle apprend par le journal les noces de Manning.

Elle transcende ainsi les situations attendues et les personnages un peu clichés (Ricardo Cortez en gangster macho) pour filer vers un final qui arrive tout compte à surprendre par sa tournure positive inattendue.

Sorti en dvd zone 2 français dans la collection Trésors Warner 

mercredi 31 août 2011

Rachel et l'étranger - Rachel and the Stranger, Norman Foster (1948)


Ohio, XIXe siècle. Après la mort subite de sa femme, le fermier David Harvey assure seul l'éducation de son fils. Il décide de se remarier avec sa nouvelle servante, Rachel, qu'il traite comme une femme d'intérieur. Toutefois, l'arrivée d'un trappeur et son béguin pour Rachel va éveiller en David des sentiments insoupçonnés.

Rachel and the Stranger est un des grands succès de la RKO qui voit la rencontre des deux stars montantes Robert Mitchum et William Holden qui se disputent ici les faveurs de la déjà établie Loretta Young. Le scénario écrit par le futur blacklisté Waldo Salt s'inscrit dans une veine de film progressiste dont la production s'amenuisera avec la montée du Maccarthysme. La question posée ici sera donc ce qui définit la place d'une épouse et d'une mère au sein d'un foyer, ce que vont devoir apprendre ou réapprendre les personnages du film et qui va évidemment bien au-delà des simples tâches ménagère même pour la rude vie des pionniers dans un Ohio sauvage. C'est donc le poids de la morale et des apparences qui obliger William Holden récent veuf à faire d'une servante son épouse afin d'assurer une présence féminine à son jeune fils et faire son éducation.


Le film pose d'emblée des situations très machiste pour les désamorcer progressivement : Holden achète donc son épouse 18 dollars à crédit sans qu'elle ait son mot à dire et la traite comme tel, un objet. Sans réel sentiment pour unir ce foyer Lorreta Young est donc traitée comme la domestique qu'elle n'a jamais cessé d'être malgré le mariage par un Holden encore atteint par la perte de sa femme et son fils qui ayant assisté à sa "vente" n'a aucun respect pour elle.


C'est en retrouvant son statut de femme que Loretta Young va peu à peu gagner sa place. C'est là qu'intervient le très séducteur personnage de trappeur incarné par Mitchum qui par ses manières attentionnée redonne confiance à Rachel et réveille la jalousie de William Holden. De l'issue de ce triangle amoureux va donc pouvoir enfin naître un vrai couple et une famille. Filmé sobrement par Norman Foster, l'ambiance est donc plutôt intimiste et laisse exister les personnages à travers leurs travaux fermiers au quotidien. William Holden, emprunté et taciturne est touchant de maladresse quand Mitchum au sommet de sa beauté s'avère gouailleur et séduisant, poussant d'ailleurs la chansonnette pour la première fois au cinéma.


Loretta Young est très attachante également et exprime parfaitement l'assurance que gagne peu à peu son personnage jusqu'à refuser la place qu'on veut lui attribuer et mener les deux hommes par le bout du nez. C'est au cours d'un final plus enlevé face aux indiens (et seul vrai moment d'action du film) que pourront enfin s'éveiller les sentiments d'Holden et assez symboliquement après qu'un incendie ait tout détruit lui faire reconstruire son foyer. Plus comme une pièce rapportée mais comme un membre essentiel. Joli film.

Sorti en dvd zone 2 chez Montparnasse dans la collection RKO
Savourons le superbe timbre de Bob Mitchum avec une des chansons entendues dans le film.