Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 5 mai 2014

Pas de problème ! - Georges Lautner (1975)


Poursuivi par deux tueurs, un homme vient mourir chez Anita Boucher, récemment sortie de prison. Pour éviter d'avoir des ennuis, elle cache le cadavre dans le coffre de la voiture du père de Jean-Pierre Michalon, qu'elle a rencontré en boîte de nuit. Or le père de Jean-Pierre, Edmond, arrive plus tôt que prévu, et repart avec sa voiture retrouver sa femme en Suisse. Jean-Pierre et Anita, accompagnés de Daniel, l'ancien copain d'Anita, se lancent à la recherche de la voiture pour l'empêcher de passer la frontière...

En 1972, Georges Lautner tourne la comédie potache Quelques messieurs trop tranquilles ou il confrontait une horde de hippies aux habitants d'un village rural et par la même occasion offrait un joyeux melting-pot au casting entre vieux de la vieille habitués des seconds rôles (Jean Lefebvre, Michel Galabru, Paul Préboist) et jeune pousses où l'on remarquait déjà une certaine Miou Miou. Cette expérience ainsi que le souffle nouveau amené par le triomphe et le scandale des Valseuses (1974) de Bertrand Blier donne des envie de jeunesse à Lautner d'autant qu'il a un peu le sentiment de s'être un peu fait voler Miou Miou par Blier alors qu'il estime l'avoir lancé le premier. L'occasion lui en sera donnée avec le pitch délirant que lui propose Jean-Marie Poiré, un road movie sur fond de course-poursuite après un cadavre. Le genre du road movie et la présence de Miou Miou entretiennent bien sûr le lien avec Les Valseuses mais Lautner saura apporter sa patte délirante et amusée.

Le début du film nous égare avec une poursuite effrénée où coup de feux et cascades extravagantes laissent croire que l'on se trouve dans un polar décalé façon Ne nous fâchons pas (1966). La cible de cette poursuite, criblée de balle échoue dans l'appartement d'Anita (Miou Miou) pour y mourir avec fracas. La jeune fille ayant récemment eu quelques ennuis avec la justice n'ose se rendre à la police et va trouver une aide inattendue avec Jean-Pierre Michalon (Bernard Menez) garçon qui cherchait à la séduire en boite de nuit. Tous deux transportent donc le cadavre dans la voiture de Jean-Pierre pour s'en débarrasser mais le vrai propriétaire du véhicule son père Edmond (Jean Lefebvre) débarque et part en voyage d'affaire avec sans se douter de la macabre cargaison contenu dans le coffre de sa DS. Avec pareil postulat on s'attend à une course poursuite survoltée où Anita, Jean-Pierre et le troisième larron Daniel (Henri Guybet) traquent paniqué le véhicule mais il n'en sera rien. Au contraire le pitch sert de prétexte dans une intrigue nonchalante où l'on alterne entre les déboires de Jean Lefebvre en voyage et le marivaudage du trio juvénile.

De toute façon avec Jean Lefebvre la colère potentielle de ce père n'est pas l'enjeu et l'on s'amusera plutôt des péripéties qu'il rencontre dont une jeune anglaise en quête de sensations fortes ou une maîtresse acariâtre joué par une délicieusement odieuse Anny Duperey. Bernard Menez maladroit et emprunté est très attachant et Lautner semble s'être trouvé une nouvelle muse avec Miou Miou où contrairement à l'espiègle Mireille Darc il joue là essentiellement sur sa vulnérabilité, sa fragilité enfantine séduisant les hommes et leur faisant prendre tous les risques pour elle.

Ces détours nous emmènent donc du côté du vaudeville le plus enlevé, des gags désopilant (le passage en douane suisse) et de comédie romantique au point d'en oublier l'objectif principal : retrouver et se débarrasser du cadavre. Un point que Lautner et Poiré auront perdu de vue également puisqu'ils tourneront sans pouvoir utiliser leur fin initiale et la chute amusante ayant le même caractère improvisé et nonsensique que le reste du film. En dépit de quelques baisse de rythme, très plaisant et un des derniers Lautner réellement spontané avec l'excellent On aura tout vu (1976) qui suivra de nouveau avec Miou Miou.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont

Extrait

dimanche 14 juillet 2013

Stavisky - Alain Resnais (1974)


Serge Alexandre Stavisky est un puissant conseiller financier, propriétaire de nombreux établissements. Ses relations étroites avec notables et hommes politiques lui confèrent de nombreux privilèges et lui évitent beaucoup d'ennuis judiciaires. Pourtant, une enquête est menée dans l'ombre par l'inspecteur Bonny qui l'accuse de détourner des millions de francs: c'est le début du scandale des faux bons de caisse de la banque de Bayonne.

Stavisky marque sans doute pour Jean-Paul Belmondo la fin de sa carrière d'interprète pour désormais ne plus être pour le meilleur (Le Magnifique) et pour le pire (Les Morfalous) que "Bebel", le héros casse-cou et rigolard qu'il promène dans les gros divertissement qui firent sa gloire durant les années 70/80. L'échec du film (ajouté à celui de La Sirène du Mississippi de Truffaut) cassera donc le si brillant équilibre entre film d'auteur et populaire qu'il sut mener jusque-là ce qui est regrettable au vu de sa remarquable interprétation de Stavisky. Le film dépeint ainsi un des plus grands scandales politico-financier des années 30 avec l’affaire des bons de Bayonne des bons de Bayonne orchestré par l'escroc Alexandre Stavisky.

Même si on comprend grossièrement les tenants et aboutissants des magouilles de Stavisky, Resnais cherche plutôt à nous y perdre afin de dresser le portrait contrasté de son héros. Il nous est d'abord présenté comme un viveur flamboyant et dépensier dont le seul but est d'être vu, admiré et le seul sujet de conversation de sa société. Femmes (excellente scène où il couvre une inconnue séduisante de fleur en cinq minutes), politiques, banquiers, personne ne résiste à Stavisky ou plutôt à son nouvelle incarnation respectable Serge Alexandre. C'est bien cette schizophrénie qui causera sa perte puisque Serge Alexandre mène des affaires ambitieuses et respectables avec la roublardise de Stavisky, le prestige du premier s'opposant à la moralité toute relative du second.

Resnais captive en sondant cette dualité à travers sa narration (divers personnages donnant avec recul leur sentiment sur le héros dans des séquences interrompant la trame générale et en fait issue de l'enquête qui suivit la mort de Stavisky) mais surtout par un Stavisky rendu insaisissable par la superbe prestation d'un Belmondo parlant de lui-même à la troisième personne.

C'est dans la source de ce dédoublement de personnalité qu'il faudra chercher la cause du drame de Stavisky. Sept ans plutôt, son père dentiste respectable voyant son nom souillé se suicida suite à une des énièmes arrestations de son fils pour escroquerie et Stavisky après avoir noyé la perspective d'un procès à coups de pot de vins réapparu dans le monde en tant que Serge Alexandre. Ce passé le ronge et n'a jamais pu être complètement effacé, notamment par les traquenards tendus par l'Inspecteur Bonny (Claude Rich) qui a juré sa perte.

Resnais enveloppe habilement (à l'image de la photo vaporeuse de Sacha Vierny) cela d'un voile de mystère, ne surlignant jamais les évènements et laissant deviner ce que les évènements et agissements de Stavisky révèle de lui et de l'époque. La soif de reconnaissance vient ainsi de son besoin d'intégration, qui doit se faire sans courber l'échine comme le fit son père mais ce confronte au contexte politique agité et corrompu, où les prémisses du Pétainisme trouve déjà leurs sources. Si ce n'est l'amour indéfectible d'Arlette (magnifique Annie Duperey), Stavisky malgré son faste et son entourage est un homme seul.

C'est ce qui causera sa perte au final, Stavisky aurait fui pour tout recommencer ailleurs, Serge Alexandre souhaite rester et se défendre même si tout est perdu. L'ambiguïté du final obéit à cela, Stavisky a certainement été assassiné mais Serge Alexandre se serait plus probablement lui suicidé face à ce déshonneur. Lequel a été découvert par la police, là est la question. Un des films les plus accessibles de Resnais, visuellement somptueux (superbe reconstitution) et à l'atmosphère du rêve que n'a cessé de vouloir vivre Belmondo.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal