Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 29 août 2013

Conjuring : Les dossiers Warren - The Conjuring, James Wan (2013)


Avant Amityville, il y avait Harrisville… Conjuring : Les dossiers Warren, raconte l'histoire horrible, mais vraie, d'Ed et Lorraine Warren, enquêteurs paranormaux réputés dans le monde entier, venus en aide à une famille terrorisée par une présence inquiétante dans leur ferme isolée… Contraints d'affronter une créature démoniaque d'une force redoutable, les Warren se retrouvent face à l'affaire la plus terrifiante de leur carrière…

 Ce qui fait l’intérêt de l’œuvre de James Wan, c’est sa constante contradiction entre ses vélléités novatrices et sa déférence au cinéma de genre. Pour le meilleur, cela a pu donner le malin Saw (2004) où le mystère et le fétichisme du giallo croisaient un sadisme craspec à la Seven (David Fincher, 1995) dans un équilibre qui se perdrait lors de suites donnant dans la surenchère. Wan refusait de choisir à nouveau dans Death Sentence (2007) où le polar urbain vengeur âpre d’inspiration 70’s était complètement anihilé par l'imagerie très comic book des méchants qui désamorçait le parti réaliste de départ. C’est en renouant avec l’horreur que James Wan livrerait son meilleur film, cet entre-deux permanent constituant même une des bases de l’excellent Insidious (2010). Le film démarrait comme un récit de possession façon L’Exorciste (William Friedkin, 1973) avant de basculer dans sa seconde partie et de nous emmener sur des territoires bien plus inhabituels à la Lovecraft avec mondes parallèles et créatures innommables tapies dans l’ombre.

The Conjuring donne donc dans l’épouvante et le registre bien connu de la maison hantée. James Wan va déployer son art de la terreur dans une première partie glaçante où la famille Perron va être confrontée à des phénomènes de plus en plus menaçants dans leur nouvelle demeure où ils ne sont manifestement pas seuls. Portes qui grincent, ombres menaçantes, voix à l’origine inconnue et apparition spectrale savamment amenées, tout y passe avec une virtuosité épatante car Wan s’y entend pour faire grimper la tension à partir d’une séquence anodine. Toute cette démonstration de force serait vaine sans une vraie implication émotionnelle et le script opère sur ce point à deux niveaux. Tout d’abord avec une longue introduction nous présentant et nous attachant à cette petite famille pour laquelle nous tremblerons d’autant plus et ensuite en développant plus en profondeur la nature des « exorciseurs ».

Le film est en effet une adaptation des faits d’armes des vrais médiums Ed et Lorraine Warren, surtout connus pour avoir résolu le mystère de la maison hantée d’Amityville (qui donna en son temps plusieurs films et un remake récent) et ici incarnés par Vera Farmiga et Patrick Wilson. Wan crée ainsi un sentiment inattendu, la peur et l’empathie classiques pour les victimes se mêlent ainsi à celles ressenties pour nos chasseurs de fantômes, loin du roc que pouvait représenter l’inébranlable Max von Sydow dans L’Exorciste par exemple. Patrick Wilson et Vera Farmiga, sobres et anxieux, font particulièrement bien passer ce sentiment et Lili Taylor est également étonnante en mère de famille dépassée.


 Wan nous dépeint longuement leur vie de famille, la manière dont s’y inscrit constamment leur dangereuse profession (la fascinante salle des objets démoniaques au sein de leur maison dont la poupée Anabelle vraie attraction du film) et ce qui leur en coûte de quitter leur paisible quotidien pour se replonger dans les ténèbres. Wan met ainsi en parallèle deux familles confrontées au surnaturel, l’une impuissante et l’autre capable de l’affronter, ce qui rend d’autant plus prenante l’intervention des Warren réellement impliqués et non pas des pièces rapportés comme les exorciseurs un peu comiques de Insidious.

La terreur n’en est que plus efficace puisque Wan associe son brio formel à une vraie émotion qui s’inscrit à même le récit, le démon ne s’y trompant pas en s’attaquant à ce qui est le plus cher aux deux familles, sa damnation reposant justement sur un acte terrible. Le final est d’une rare intensité avec un exorcisme spectaculaire et achève de faire de Conjuring un des grands films fantastiques vus cette année. Avec les nombreuses affaires résolues par les Warren, on ne s’étonnerait pas de revoir nos héros dans d’autres opus en cas de succès.

En salle en ce moment

mardi 19 mars 2013

La Peur au ventre - Running Scared, Wayne Kramer (2006)


Jusqu'à présent, Joey avait toujours réussi à jongler entre son job secret au service de la mafia italienne et son rôle de père de famille. Mais cette fois, le pire est arrivé. Le meilleur ami de son jeune fils lui a dérobé une arme qu'il cachait dans sa cave. Au-delà du danger, ce revolver est aussi une pièce à conviction impliquant les patrons de Joey dans un assassinat explosif. Le gamin qui l'a pris semble décidé à s'en servir contre son beau-père, un névrotique appartenant à la mafia russe, qui aurait tout intérêt à ce que cette preuve tombe entre les mains de la police.

Auteur d'un Lady Chance sympathique mais plutôt sobre en guise de premier film, Wayne Kramer surprenait son monde avec ce second essai qui constitue un des polars les plus fous sortis ces dernières années. La surenchère du règlement de compte d'ouverture donne le ton, avec un gunfight sanglant filmé avec frénésie et un festival d'effet tapageurs par le réalisateur. La Peur au ventre est une sorte de mélange improbable entre le polar urbain nerveux et le conte moderne oppressant (toute proportion gardée) lorgnant sur La Nuit du Chasseur avec son héros enfantin confronté à la l'horreur.

Un film comme Le Point de non-retour tirait son esthétique vers une tonalité psychédélique et une intrigue allant vers l'abstraction et l'expérimental, c'est une démarche voisine qu'emprunte en quelque sorte à sa façon destroy Wayne Kramer pour s'éloigner de tout réalisme. L'intrigue est simple : d'un côté Joey un homme de main de la mafia (Paul Walker) se voit confier l'arme d'un règlement de compte et les dissimule chez lui mais celles-ci sont dérobées par le meilleur ami de son fils et gamin à problème Oleg (Cameron Bright) qui va bientôt en faire usage sur son beau-père qui le brutalise. S'ensuit une folle course poursuite entre Joey devant retrouver l'arme avant la police, ses acolytes et la mafia russe et Oleg livré à lui-même face aux dangers de la ville.

L'ambiance essentiellement nocturne tire donc vers le conte avec un Oleg faisant office de Petit Chaperon Rouge ou d'Hansel et Gretel et à la place du grand méchant loup et autres créatures fantastiques se dressent sur sa route dealers, proxénètes (et la bonne fée un prostituée) et pire encore que Kramer entoure d'une aura surnaturelle et démoniaque en adoptant le point de vue apeuré de l'enfant. La photographie baroque mêlant couleurs outrancières à des ombres menaçantes fait de l'espace urbain une forêt aux mille dangers.

La force du film est le jusqu'auboutisme adopté par Kramer qui avec sa mise en scène hallucinée nous plonge en plein cauchemar et ne recule devant aucun excès, nous guidant de surprises en surprises. Le moment le plus saisissant et discutable reste celui où Oleg se trouve aux mains d'un couple de pervers à la demeure façon parc d'attraction en forme de piège bariolé et où Kramer tire ouvertement vers le fantastique avec les ombres du couple espionnant le héros se transformant en démons derrière les vitres.

Paul Walker loin de ses rôles de Fast and Furious exploite enfin le vrai charisme qu'il possède et étonnamment au vu de l'excès ambiant montre une vraie sensibilité à travers sa relation à son épouse jouée par une excellente Vera Farmiga (qui aura droit aussi à sa rencontre avec le mal absolu au cours de cette folle nuit) et où on retrouve le gout de Wayne Kramer pour les scènes de sexe assez crues.

La surenchère est la plus grande qualité mais aussi le petit défaut du film. Après un climax dantesque dans une patinoire phosphorescente où Paul Walker est tabassé à coup de palet de hockey, une révélation et un ultime rebondissement de trop en rajoute quelque peu inutilement même si apportant certaines explications. Néanmoins un sacré voyage (dont le somptueux générique de fin dessiné confirme le lien au conte) et il est dommage que l’on n’ait pas eu de nouvelle de Wayne Kramer depuis hormis un très bon (et une nouvelle fois très différent et ancré dans le réel cette fois) Droit de passage en 2009.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan


dimanche 3 avril 2011

Watchmen (Director's Cut) - Watchmen - Les Gardiens, Zack Snyder (2009)


"Watchmen - Les Gardiens" - se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l'Horloge de l'Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l'un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu'il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l'un d'entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur.

Après plusieurs tentatives avortées (de Terry Gilliam et Paul Greengrass notamment) le comics culte de Alan Moore se voyait enfin adapté en 2009 par le plus inattendu des candidat, Zack Snyder. Le réalisateur avait précédemment donné un ton plutôt musclé à Zombie, classique de George Romero dont il fit un fort réussi remake avec L'Armée des morts. Vint ensuite 300, péplum brutal sous testostérone à l'esthétique inédite où il parvint tant bien que mal à poser sa patte sous les relents fascisants du comics de Frank Miller. Pas vraiment le candidat idéal pour traiter avec finesse des thèmes et questionnements passionnants de l'oeuvre de Alan Moore et Dave Gibbons. Mais que raconte ce fameux Watchmen version papier ? Alan Moore y plaçait ces super-héros dans une réalité alternative revisitant l'histoire de l'Amérique sous le prisme de leur influence. Les héros costumés s'y montraient alors plus humain (et dénué du moindre pouvoir hormis le Dr Manhattan), faillible et torturé. L'histoire les plaçait dans une situation d'urgence sous forme de menace nucléaire qui donnait une dimension crépusculaire et introspective loin des exploits spectaculaire attendus.

Contre toute attente, Zack Snyder malgré quelques maladresses et fautes de gouts (surtout les divers effets sanguinolents excessifs lors des scène d'actions) parvenait à délivrer une très belle adaptation. La transposition est pratiquement littérale et le lecteur du comics retrouve ses héros idéalement incarné du papier à l'écran. Le film fait la part belle à un groupe de super héros déchu, les Watchmen que la mort brutale du plus controversé d'entre eux Le Comédien incitent à se retrouver alors que le monde semble courir à sa perte.

Parmi eux on trouve Rorschach (Jackie Earle Haley parfait), véritable sociopathe à la vindicative soif de justice sanglante. Il y a également Le Spectre Soyeux (Malin Ackerman) jeune femme vivant dans l'ombre sa mère ayant endossé cette identité avant elle, et la petite amie du Dr Manhattan, véritable demi dieu omniscient et tout puissant depuis qu'il a été victime d'un accident nucléaire. On complète le tableau avec Ozymandias (Matthew Goode seule vraie erreur de casting manquant vraiment du charisme requis) génie scientifique fascinés par les figures de pouvoir antique et Le Hiboux (excellent Patrick Wilson comme souvent), emprunté et timide dans la vie et qui gagne toute son assurance avec son identité secrète et sa horde de gadget.

Le récit nous promène donc dans les réminiscence du passé de chacun, le poids que fait peser sur eux l'arrêt de leurs activité. C'est d'ailleurs là un des point où Snyder s'approprie le plus fortement le matériau d'origine sous la fausse impression de relecture servile. La bd montrait la déchéance de héros n'existant réellement que sous leurs costumes et s'avérant égarés dans le quotidien, le rapport aux autres, les relations amoureuse. Pour ce faire Alan Moore avait choisi de leur retirer tout super pouvoir, leur statut venant de leur choix d'endosser la tenue définissant leur seconde et finalement véritable identité. Pour opposer cette déchéance à la confiance et la magnificence qu'ils arborent en super-héros, Snyder propose donc des scènes d'actions hypertrophiées, à coup de cadrage dynamique, ralenti en pagailles et pose icôniques en diable (il faut voir l'arrivée triomphale du Spectre Soyeux redevenue elle même dans l'immeuble en flamme). Ce qui passait par les multiples et brillants échanges dans le comics s'exprime donc ici par l'image avec cette dichotomie entre austérité et imagerie grandiloquente.

Certains tableaux fascinants offrent de superbes moments de cinéma comme la longue introspection du Dr Manhattan, surhomme en proie au doute, le somptueux générique de début sur du Bob Dylan et surtout cette scène d'amour insensée (venant après celle ratée sous leurs vraies identités) entre Le Hibou et Le Spectre Soyeux affirmant avec véhémence et humour (le Halleluja de Leonard Cohen apportant un décalage bienvenu) que leurs capacités ne se déploient que sous leurs vrais jours, des êtres costumés. Une supposée toute puissance qui se trouve interrogée à travers la fameuse question Who watch the Watchmen ?

La version Director's Cut plus riche de 24 minutes aère grandement la narration, les interactions entres les personnages et corrige quelques erreurs de la versions salle dues aux coupes. La fin trop étrange du comics (il eut été impossible de reprendre l'enjeu d'origine) est le seul point réellement revisité par le film mais posant la même question morale sur la possibilité d'une paix reposant sur une utopie. Imparfait et pas dénué de longueur, une oeuvre néanmoins passionnante qui parvient à tirer le meilleur d'un matériau fort ardu et qui gagne ses galons de grands film dans cette version longue.

Version cinéma sortie en dvd zone 2 français mais pour cette version longue uniquement en zone 1, les maniaque du comics se pencheront eux vers l'ultimate cut rajoutant une partie animation avec le "Les Contes du vaisseau noir", récit dans le récit vu dans le comics et coupé à juste titre du film.