Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 24 juillet 2026

L'Éventreur de New York - Lo squartatore di New York, Lucio Fulci (1982)

 Des jeunes femmes sont retrouvées assassinées, éventrées dans des conditions particulièrement atroces par un tueur connu pour être doté d'une voix de canard. L'inspecteur Fred Williams, secondé par un spécialiste en psychologie, mène l'enquête. Un individu prend contact avec l'inspecteur par téléphone : il prétend être l'auteur de ces meurtres.

L’éventreur de New-York est considéré comme le dernier grand fait d’armes de Lucio Fulci avant un terrible déclin, dû à une inspiration en berne ainsi que la transformation du paysage cinématographique italien. Le réalisateur abandonne ici le fantastique pur de ses précédents coups d’éclats (L’Enfer des zombies (1979), Frayeurs (1980), L’Au-delà (1981), La Maison près du cimetière (1981)) pour revenir, sur le papier du moins, à une trame de giallo. Il avait brillé dans le genre avec des œuvres comme Perversion story (1969), Le Venin de la peur (1971) et L’Emmurée vivante (1977) mais se déleste de tous les atours identifiables du giallo dans L’éventreur de New-York. Pas de mystère à résoudre, ni de fétichisme des armes blanche, et l’urbanité new yorkaise glauque et réaliste se substitue aux cadres italiens chargés d’histoire.

Fulci fusionne en quelque sorte le squelette de ses trames de giallo avec la veine macabre de sa veine fantastique. Dans cette dernière le surnaturel lui permettait de développer par les atmosphères un monde parallèle inconnu et inquiétant d’où pouvait surgir une horreur innommable. La poésie macabre déployée constituait une approche unique en son genre et propre au style inclassable de Lucio Fulci. Si L’éventreur de New-York ne manque d’excès, ceux-ci représentent pour Fulci une sorte de rentrée dans le rang où le film s’inscrit (souvent en sa défaveur) sur une horreur urbaine sordide rendue fameuse par l’insoutenable Maniac de William Lustig (1980). 

Le réalisateur tire donc ici vers une angoisse baignant dans l’hyperréalisme du New-York coupe-gorge des années 70/80, en particulier pour les femmes. Ces dernières oscillent entre celles en quête de sensations fortes érotiques, celles n’ayant que le tort d’être belles et attirantes, et d’autres plus prude mais dont la candeur n’en fait pas moins des cibles. Les hommes sont dans l’ensemble des pervers, proxénètes, harceleurs en tout genre même si l’identité du tueur révèlera un être venant de plus hautes sphères et attisé par un sentiment tout autre que la concupiscence. Cette donnée confère au film une mélancolie inattendue dans ses derniers instants, et qui laisse sur une bien meilleure impression.

Avant d’en arriver là, il aura fallu malheureusement subir un fort laborieuse enquête policière, un jeu d’acteur approximatif et des rebondissements que l’on voit venir de loin. Entre ces moments de torpeur, Fulci livre des scènes chocs parmi les plus graphiques et malsaines de sa filmographie, voyant les femmes subir les derniers outrages à coups de chairs lacérées, décors morbides et éclairages menaçants. C’est le dernier Fulci à briller par une certaine tenue formelle, cette fois au service du purin new-yorkais plutôt que des atmosphères gothiques. L’éventreur de New-York est donc une œuvre qui passionne pour ses fulgurances, mais qui ne convainc pas sur son entièreté. 

Sorti en bluray chez Ecstasy of Films 

vendredi 3 juillet 2026

La Maison près du cimetière - Quella villa accanto al cimitero, Lucio Fulci (1981)

 Après le suicide de son mentor, le Dr Norman Boyle emménage dans la maison de ce dernier avec sa femme et son fils. Sombrant dans la folie et l'horreur, la famille découvre rapidement que quelque chose se terre dans le sous-sol de la maison.

Après Frayeurs (1980) et L’Au-delà (1981), deux poèmes macabres trônant parmi ses œuvres les plus personnelles et marquantes, Lucio Fulci semble davantage surfer sur l’air du temps avec La Maison près du cimetière. Avec son thème de la maison hantée, le film suit en effet une mode relancée par les succès de Amityville : La Maison du diable (1979) ou Shining (1980) et on retrouve justement plusieurs éléments de ce dernier dans le Fulci. Les perceptions extrasensorielles du petit garçon (qui a d’ailleurs la même coiffure que celui de Shining), la fragilité psychologique de la mère (Catriona MacColl), une séquence où le père (Paolo Malco) s’acharne à la hache contre une porte, les réminiscences du classique de Stanley Kubrick sont nombreuses. Mais alors que ce dernier oscillait pour sa demeure hantée entre espace mental et pure manifestation fantastique, Fulci baigne dans un récit gothique plus classique sur le fond.

La forme en revanche n’appartient qu’à lui, la veine onirique magnifiée durant la sidérante conclusion de L’Au-delà parcourant ici l’ensemble du récit. La porosité entre les niveaux de réalité est floue, tant dans le versant bienveillant (les avertissements de la fillette Mae) que menaçant. Un lieu tel que le cimetière offre certes un pont attendu entre les mondes, mais cela fonctionne à travers une simple photo, la mort s’invitant au quotidien par la découverte d’une pierre tombale dans la maison, ou tout simplement la bande-son menaçant la santé mentale des protagonistes lorsqu’elle est envahie de de cris d’enfants.

Les dérapages gore sont également là mais ne constituent pas le même pivot que sur les œuvres précédentes, l’atmosphère flottante liée à l’incertitude de la menace prend le pas sur les excès graphiques sanglants. Une angoisse sourde traverse le récit, portée par la bande-son synthétique de Walter Rizzati et Alexander Blonksteiner et la photo inquiétante de Sergio Salvati, collaborateur crucial aux visions de Fulci. 

Le rebondissement final révèle un danger à la fois concret et innommable privilégiant les excès graphiques chers au réalisateur, mais la conclusion stupéfiante nous entraîne vers les dédales les plus fascinants, psychanalytiques et mystiques du récit gothique. L’inventivité de Fulci s’y montre à son meilleur, nous entraînant dans un lieu entre prison mentale et dimension parallèle faussement apaisante – dont l’ambiguïté repose sur une citation d’Henry James tiré de Le Tour d’écrou. Ces trouvailles fascinantes font aisément oublier les habituels défauts de Fulci tels que le rythme inégal, narration incertaine.

Sorti en bluray français chez ESC 

samedi 27 juin 2026

L'Au-delà - ...E tu vivrai nel terrore! L'aldilà, Lucio Fulci (1981)

 1927. Pour avoir représenté l’Enfer, le peintre Zweick est accusé de sorcellerie et lynché dans un hôtel de Louisiane. 54 ans plus tard, Liza prend possession de l’hôtel qu’elle souhaite rouvrir au public. Très vite, des phénomènes étranges se produisent : apparitions macabres, morts violentes et visions cauchemardesques. Un mystérieux ouvrage, le Livre d'Eibon, révèle que l’hôtel se situe sur l’une des sept portes de l’Enfer. Avec l’aide du docteur John McCabe, Liza va tenter de fuir l’horreur qui bientôt se déchaînera autour d’elle.

L’Au-delà est la pièce centrale de la « trilogie de l’enfer » de Lucio Fulci, suivant Frayeurs (1981) et précédant La Maison près du cimetière (1981), même si tout avait vraiment commencé avec l’excellent L’Enfer des zombie (1979) qui réunissait pour la première fois la fine équipe qui accompagnerait le réalisateur dans ces réussites. Capables de proposer le meilleur sur des intrigues bien charpentées (L’Emmurée vivante (1977), Liens d’amour et de sang (1969)), Fulci ne s’épanouit pourtant jamais mieux que quand il s’extirpe de carcans de la narration classique pour ne s’appuyer que sur l’atmosphère teintée de visions infernales. Cela rendait Frayeurs très inégal malgré des fulgurances sidérantes, mais L’Au-delà transformer l’essai sur cette méthode.

L’argument très mince sert de lien entre le terrifiant prologue de 1927 et l’intrigue contemporaine pour définir la nature inquiétante d’un lieu, un hôtel de Louisiane, et la menace qu’il renferme, une des sept portes de l’enfer. Dès ce pont jeté, le récit va aligner les situations macabres sur fond d’ambiances funestes de fin du monde. Schweik, le peintre assassiné durant la scène d’ouverture, semble contenir dans ses tableaux la puissance démoniaque de cette porte de l’enfer. La découverte de son cadavre libère tous les maléfices possibles, et mettent à profit l’inventivité de Fulci pour les mises à mort les plus sanglantes, l’imagerie la plus décadente.

Les extérieurs en Louisiane ancrent le récit dans un contexte tangible qui implose durant les scènes d’intérieur filmées en studio en Italie. La photo de Sergio Salvati distille une atmosphère gothique mettant en valeur l’usure des murs, la poussière sur les meubles, et transforme littéralement certaines pièces de l’hôtel en antichambre des enfers comme cette cave aux proportions insoupçonnées. Les figures de style gore (cette obsession de l’énucléation) brillent sur un véritable autel de la putréfaction et de la chair écorchée dans quelques séquences mémorables, comme cet homme au dos brisé par une chute et dévoré par des araignées. C’est pourtant bien quand il bascule vers l’abstraction, lorsque la vision de l’innommable altère le temps et l’espace, que Fulci tutoie les sommets horrifiques lors de la puissante séquence finale. 


 Sorti en bluray français chez Le Chat qui fume

jeudi 11 juin 2026

Black Christmas - Bob Clark (1974)

 Des jeunes femmes faisant parties d'une confrérie universitaire passent les vacances de Noël ensemble. Le groupe reçoit d'étranges appels téléphoniques, les jeunes femmes, qui semblent au départ s'en amuser, ne se doutent pas une seconde que les appels sont passés de l'intérieur de la maison...

Black Christmas est une œuvre considérée comme fondatrice du genre slasher, bien que restée dans l’ombre du célèbre Halloween de John Carpenter (1978) pourtant réalisé quatre ans plus tard. On peut d’ailleurs considérer que le film de Bob Clark a sans doute influencé John Carpenter qui en reprend certaines idées comme la caméra en vue subjective du tueur, les jeunes filles pour cible, le cadre d’une fête traditionnelle comme théâtre des meurtres. On peut d’ailleurs étendre cette influence sur des titres plus tardifs mais tout aussi fameux comme Scream de Wes Craven (1996) qui de son côté reprend le harcèlement téléphonique du tueur auprès de ses futures victimes.

Les gimmicks les plus repris d’Halloween sont aussi les plus visibles : le tueur masqué, les meurtres à l’arme blanche, la dimension « moralisatrice » voyant la final girl être la jeune fille chaste alors que les plus « dévergondées » être les premières cibles. Carpenter s’est toujours défendu d’une intentionnalité inquisitrice, mais il est intéressant de voir la manière dont cette question morale est interprétée dans Black Christmas. Le film s’ouvre sur les festivités de noël organisées au sein d’une sororité universitaire, voyant les jeunes femmes flirter, s’adonner à un langage cru et c’est paradoxalement celle moquée pour son tempérament plus sage, Clare (Lynne Griffin) qui sera la première victime. 

Tout le récit tourne autour de cette dualité. Le père de Clare, vieux jeux, se montrera outré par les mœurs qu’il observe au sein de la sororité. Barb (Margot Kidder), la plus audacieuse du groupe, est en défiance explicite de l’autorité des adultes et plus particulièrement des figures masculines, que ce soit quand elle va invectiver l’harceleur téléphonique ou narguer un agent de police. L’incertitude et le conflit générationnel en cours à ce moment social des Etats-Unis se reflète donc dans Black Christmas, d’autant que Bob Clark avait mis un point d’honneur dans sa caractérisation à dépeindre une jeunesse réaliste dans ses attitudes.

Bob Clark travaille cet entre-deux moral des héroïnes à plusieurs niveau. Le tueur pénètre dans la maison le soir de réveillon comme une version dévoyée et maléfique du père noël en passant par la cheminée. Jessica (Olivia Hussey) va entrer en conflit avec son petit ami Peter (Keir Dullea) lorsqu’elle lui annoncera vouloir avorter de l’enfant qu’elle attend de lui, et la réaction épidermique de ce dernier quant à cette décision reflète une pensée passéiste. Dans cette idée, quand Carpenter matérialisera la figure du Mal à travers Michael Myers, Bob Clark maintient son tueur invisible comme une sorte de mauvaise conscience culpabilisant les jeunes femmes lors de ses élucubrations téléphoniques. 

Le mal ici est flottant, incertain, surgit comme de l’inconscient et suscite d’ailleurs le trouble par une dimension macabre, malsaine. La nature des meurtres est punitive dans cette facette morale telle Margo Kidder assassinée comme dans une scène érotique, les râles de douleur se confondant avec ceux de plaisir tandis que la pointe s’enfonce dans sa chair. Elle punit aussi l’individualisme et l’ambition féminine se détachant de l’injonction domestique avec Jessica comme dernière cible mais, comme évoqué plus haut, l’innocence et la candeur ne paient pas davantage pour rester en vie.

Halloween de John Carpenter est bien plus inventif et novateur par sa mise en scène et l’atmosphère installée, tandis que Black Christmas semble davantage un aboutissement de toutes les évolutions du thriller des années précédentes. On a une figure de serial-killer moderne façon Hitchcock de Psychose (1960), le whodunit macabre et fétichiste du giallo, le harcèlement téléphonique finalement déjà fait aussi dans le thriller Allô Brigade Spéciale de Blake Edwards (1962). La fascinante fin ouverte participe ainsi au trouble d’un suspense à la croisée des chemins et contribue à la belle réussite de ce Black Christmas.

Sorti en bluray chez ESC 

mercredi 27 mai 2026

Colony - Gunche, Yeon Sang-ho (2026)

 Dans un gratte-ciel du centre de Séoul, une mystérieuse contamination se propage brusquement. L’immeuble est bouclé et toutes les personnes présentes confinées. Au départ, les infectés rampent comme des bêtes. Mais peu à peu, ils évoluent…

Entre Seoul Station (2016), Dernier train pour Busan (2016) et Peninsula (2020, on pensait que Yeon Sang-ho avait fait le tour de la question zombie mais il y revient et parvient encore à se renouveler avec ce Colony. On sent que le réalisateur a maturé non seulement l’historique du film de zombie pour en proposer des variations, mais également sa propre contribution afin d’aller dans des directions inédites. Après l’horizontalité de Dernier train pour Busan, place à la verticalité de Colony lorsque l’attaque biologique lancé par un chercheur revanchard (Koo Kyo-hwan) va contaminer un building et transformer les infectés en zombies.

Il y a un mélange de Die Hard (1988) pour le cadre de l’immeuble et certaines péripéties (le jeu de piste périlleux dans cet environnement) avec également Zombie de George Romero dans la discrète mais habile critique du consumériste lors d’une scène de suspense nécessitant l’usage d’un parfum de luxe. Ce dernier point introduit d’ailleurs la principale originalité de Colony, la nature évolutive des zombies et leur rapport différent à l’environnement. Au départ, ils constituent comme d’habitude une masse inerte ne s’animant qu’au passage du proie à dévorer au pas de course. Mais le virus est vu par le méchant comme une évolution de l’humanité puisque les infectés sont désormais capables de communiquer entre eux par télépathie, et d’évoluer collectivement à chaque nouvelle information assimilée.

Dès lors la traque dans l’immeuble va réserver un lot de surprise avec des zombies de plus en plus aptes à happer leur proie par cette aptitude d’adaptation. Le réalisateur revisite clairement là un sujet au cœur de Le Jour des morts-vivants de George Romero (1985), mais « l’évolution » du zombie mène chez lui non pas vers l’émancipation mais plutôt la pensée unique comme l’attestera une analogie au fonctionnement des fourmis. Cela ouvre d’immenses possibilités de scènes à tension, ainsi que d’astuces pour détourner les capacités de ces zombiez nouvelle génération. 

L’inventivité est constante pour nous tenir en haleine jusqu’à la dernière seconde, mais Yeon Sang-ho ne sacrifie pas ses instincts vindicatifs sur l’autel du grand spectacle. On retrouve en mineur mais fort cruel sa description du harcèlement scolaire et la bassesse ordinaire de l’âme humaine explorée dans The King of Pigs (2011) et The Fake (2013), et dans une veine plus classique la critique de la gestion de l’évènement par les autorités. Nous sommes dans un film coréen et par extension chez Yeon Sang-ho donc les codes de narration et caractérisation « anglo-saxonne » sont à oublier dans les perspectives des victimes et survivants au sein du groupe de personnages. Jun Ji-hyun est en tout cas remarquable en héroïne dont le tempérament solitaire devient un atout dans ce contexte, et Koo Kyo-hwan compose un méchant d’anthologie.

En salle 

mercredi 22 avril 2026

Frayeurs - Paura nella città dei morti viventi, Lucio Fulci (1980)

Dans le cimetière de Dunwich, un prêtre se suicide par pendaison, ce qui a pour conséquence d'ouvrir les portes de l'enfer, et de libérer les morts-vivants sur terre. Lors d'une séance de spiritisme, la jolie Marie succombe d'effroi après avoir reçu la vision de la mort du prêtre. Mais elle n'est pas vraiment morte, et est sauvée de justesse, avant sa mise au tombeau, par Peter, un journaliste. Les deux se rendent alors à Dunwich : il faut refermer les portes de l'enfer avant la Toussaint, dans trois jours. S'ils échouent, les morts sortiront de leurs tombes et envahiront la terre.

L’Enfer des zombies (1979) fut une grande réussite de Lucio Fulci où se formait la dream team qui allait l’accompagner sur la « trilogie de l’enfer » considéré comme sa plus grande réussite avec Frayeurs (1980), L'Au-delà (1981) et La Maison près du cimetière (1981). Il ne manque que le producteur Fabrizio De Angelis mais sinon l’on retrouve bien le scénariste Dardano Sacchetti et le compositeur Fabio Frizzi.

Bien que convoquant un fantastique différent de L’Enfer des zombies, Frayeurs en reprend en tout point la structure. Il y a une menace surnaturelle apparaissant en environnement urbain, mais dont l’origine vient d’une ville/contrée inconnue au sein de laquelle les héros devront se rendre et se confronteront à l’horreur absolue. L’Enfer des zombies convoquait le folklore vaudou tandis que Frayeurs invoque ici celui de la sorcellerie d’inspiration plus anglo-saxonne et païenne faisant des clins d’œil à Lovecraft avec ce village nommé Dunwich. La redite narrative est néanmoins dépourvue de la rigueur de L’Enfer des zombies, l’histoire est peu palpitante à suivre, les personnages pas très intéressants l’ensemble souffre de sérieux trous d’air. Le seul véritable intérêt tient dans les tableaux macabres orchestrés par Fulci qui installe une atmosphère oppressante à souhait.

Rues désertiques dont les nuits sont traversées de cris indicibles, cimetières brumeux semblant toujours vouloir laisser surgir l’innommable, cadrages ambigus sous-entendant autant la menace que la folie douce, Fulci déploie avec brio tout l’arsenal de l’imagerie gothique. Et dès qu’il décide de se montrer plus explicite, c’est un festival de visions infernales. La sidération se dispute au dégoût dans un ode à la putréfaction contaminant les chairs et les bâtisses comme un véritable virus d’outre-tombe. Le score de Fabio Frizzi ajoute encore à cette tonalité lugubre et mystique, portant les effets-chocs de Fulci même quand ils ne font pas toujours mouches ou s’avèrent trop gratuits – ce père joué par Venantino Venantini assassinant sauvagement le copain de sa fille. Il est bien dommage que cette inspiration formelle serve un récit aussi creux, car passé les morceaux de bravoure on ne retrouve pas cette angoisse de fin du monde qui conférait toute sa portée à L’Enfer des zombies. Il y a un vrai équilibre à trouver en poésie macabre et propos, que Fulci atteindra avec plus de brio sur L’Au-delà sans doute.

Disponible en blu-ray chez Le Chat qui fume 

samedi 28 mars 2026

L'Enfer des zombies - Zombi 2, Lucio Fulci (1979)

 Un bateau semblant abandonné dérive dans le port de New York. Les garde-côtes interviennent et se font agresser par une créature monstrueuse qui y gisait caché. Pensant que le voilier est celui de son père disparu, Anne se rend dans les Caraïbes, à la recherche de celui-ci. Accompagnée par un ami journaliste, elle débarque sur une île réputée maudite sur laquelle vit le docteur Ménard. Ce dernier explique que, depuis quelques temps, les morts reviennent à la vie pour dévorer les vivants.

 Avant L’Enfer des zombies, Lucio Fulci pouvait être considéré comme un artisan touche à tout surfant avec talent sur les différentes modes du cinéma d’exploitation italien. Néanmoins, ses plus grandes réussites jusqu’à lors lorgnaient vers le thriller et l’horreur, déployant un sens esthétique et une virtuosité certaine dans le drame historique Béatrice Cenci (1969) ou les gialli Le Venin de la peur (1971) et L’Emmurée vivante (1977). Ces prédispositions allaient enfin pleinement s’épanouir dans L’Enfer des zombies, le film avec lequel Fulci entre de plain-pied dans l’horreur, et entame le cycle glorieux qui allait faire sa légende. Le film est au départ une production opportuniste cherchant à surfer sur le succès du Zombie de George Romero (1978). 

Le producteur Fabrizio de Angelis met le projet sur pied très rapidement à cet effet, et engage Lucio Fulci dont il a apprécié le travail sur L’Emmurée vivante. On peut véritablement parler de rencontre avec son sujet pour Fulci, ainsi qu’un contexte d’inspiration parfait puisque les collaborateurs rencontrés sur le film vont le suivre sur toutes les grandes réussites à venir (Frayeurs (1980), L’Au-delà (1981), La Maison près du cimetière (1981), L’éventreur de New-York (1982)) comme le scénariste Dardano Sacchetti ou le compositeur Fabio Frizzi.

Si le cadre américain, certaines situations (le siège final) et l’opportuniste titre italien faisant croire à une suite s’inscrivent dans le sillage du Zombie de George Romero, Fulci impose indéniablement sa patte sur le film. Le seul authentique film d’épouvante de la trilogie des morts-vivants de Romero était surtout le premier volet, le glaçant La Nuit des morts-vivants (1968). Zombie lorgnait davantage vers la chronique et le film d’action, ce dont va se détacher L’Enfer des zombies, qui oscille entre quête d’explication scientifique et retour aux sources occultes du mort-vivant par le cadre d’une île caribéenne ainsi que le vaudou – le Vaudou de Jacques Tourneur (1943) en tête. Fulci orchestre de saisissants et inédits moments de terreur comme cette séquence sous-marine où se dispute la menace d’un requin et celle d’un zombie amphibie. 

Le cadre de l’île permet au réalisateur d’installer une atmosphère oppressante. L’inéluctabilité et la nature inexplicable du mal zombie se fait suffocante dans la sorte de léproserie où le docteur Menard (Richard Johnson) tente en vain d’endiguer l’épidémie. Sur le reste de l’ile les autres protagonistes voient leurs nerfs vaciller à l’écoute des incessantes percussions des cérémonies vaudous, qui semblent démultiplier l’échappée des défunts de leurs tombes. Les morts-vivants se distinguent de ceux de Romero par leur nature de morts disparus depuis très longtemps. 

Par conséquent le maquillage est bien plus marqué dans la description de leur putréfaction avancée et ne lésine pas sur les détails macabres comme les vers, ce qui renforce la tonalité morbide. Un véritable climat d’apocalypse se déploie par les tableaux infernaux dessinés par Fulci et les dérapages gores insoutenables. La bande-originale de Fabio Frizzi est pour beaucoup dans la puissance évocatrice de l’ensemble, par ses synthétiseurs lancinants ajoutant à la stupeur tétanisée des protagonistes. La conclusion new-yorkaise achève de faire de L’Enfer des zombies un sommet de pur désespoir, un aller simple vers la fin de l’humanité. Fort de sa réussite formelle et sa stratégie commerciale maline, le film sera un grand succès qui installera Lucio Fulci comme nouveau maître de l’horreur. 


 Sorti en bluray français chez Artus Film

mercredi 4 mars 2026

L'Emmurée vivante - Sette note in nero, Lucio Fulci (1977)

 Après avoir eu une vision de mort, Virginia Ducci se rend dans l'ancienne maison de son mari et y découvre un squelette emprisonné dans l'un des murs. Pour cette femme douée de clairvoyance, la raison s'effrite alors aussi vite que le crépi. Aidé d'un expert en paranormal, elle va tout mettre en oeuvre pour résoudre le mystère. Mais certains secrets gagnent à le rester. Et si la prochaine victime, c'était elle ?

L’Emmurée vivante marque sans doute la meilleure incursion de Lucio Fulci dans le giallo. Dans Perversion story (1969) et Le Venin de la peur (1971), le réalisateur semblait comme gêné aux entournures par les impératifs de mystère policier et suspense de récits souffrant de schizophrénie sur ces aspects poussifs, et les vraies envolées baroques et stylisées où il semblait bien plus à l’aise. L’Emmurée vivante semble résoudre enfin le dilemme en assumant le surnaturel qui s’entremêle parfaitement à l’enquête policière et au suspense hitchcockien.

L’introduction marque d’emblée avec ce souvenir d’enfance voyant Virginia (Jennifer O'Neill) avoir la vision traumatique et presciente du suicide de sa mère. Désormais adulte et mariée, ses dons lui jouent des tours lorsqu’elle a l’affreuse image d’une femme emmurée vivante. Alors que dans Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento (1975), il fallait chercher la résolution dans un recoin secret du souvenir et d’un reflet de miroir, Fulci quitte ces rives réalistes en cherchant la clé dans les bribes d’un rêve prémonitoire. La dichotomie des précédents films n’existe plus puisque les morceaux de puzzle du rêve influent très tôt dans la réalité du récit, par la découverte effective d’une morte emmurée. Dès lors faut-il chercher à résoudre un crime passé ou plutôt en éviter un futur ?

La notion de regard est omniprésente à travers les nombreux zooms sur les beaux yeux bleus apeurés de Jennifer O’Neil, retrouvant au fil de l’enquête les artefacts d’un crime à reconstituer. Les penchants oniriques de Fulci se déploient de manière feutrée, sans les excès sanglants à venir mais par un sens de l’atmosphère étrange fonction sur un équilibre habile entre accélération du thriller et flottement de la tension face à l’inconnu. 

Les décors forment des tableaux figés au sein desquels l’on cherche l’indice, l’anomalie, la photo diaphane de Sergio Salvati installe plusieurs niveaux de perception et la bande-originale synthétique de complète cette aura de mystère. Le scénario tient vraiment la route dans sa construction et la révélation de ses secrets, nous emmenant vers une fin ouverte chargée de drame. Une belle réussite. 

Sorti en bluray chez Le chat qui fume 

jeudi 12 février 2026

Le Venin de la peur - Una lucertola con la pelle di donna, Lucio Fulci (1971)

 Carol Hammond, fille d'un célèbre avocat, est la victime d'hallucinations étranges où elle imagine des orgies sexuelles sous LSD organisées par sa voisine, la belle Julia Durer, une actrice à la vie sulfureuse et débridée. A la mort de cette dernière dans des conditions mystérieuses, Carole voit son monde s'écrouler et les mains de la police se refermer sur elle. Arrivera-t-elle à contenir sa folie et ses désirs sexuels insatisfaits ?

Le Venin de la peur est une incursion de Lucio Fulci dans le giallo, un prolongement d’un virage déjà initié dans Perversion Story (1969). On retrouve d’ailleurs plusieurs éléments de ce dernier ici, que ce soit la relation lesbienne, une partie du casting avec de nouveau la présence de Jean Sorel. La réussite du film tient dans les moments où Fulci lâche la bride dans les moments d’onirisme, d’outrance sensuelle, macabre, dans de purs dispositifs où seule compte la dimension sensorielle et psychanalytique des images. Il bascule là dans l’abstraction des meilleurs gialli quand ils acceptent de perdre pied avec la réalité. C’est notamment le cas dans la fabuleuse scène d’ouverture durant laquelle Carol Hammond (Florinda Bolkan) oscille en cauchemar oppressant et rêverie humide avec une formidable inventivité lors de la bascule des environnements, l’érotisme à la fois frontal et suggestif. 

Le réalisateur façonne des dispositifs tout aussi impressionnants dans le pur suspense, exploitant formidablement le décor de l'Alexandra Palace (grande structure entre hangar et cathédrale) dans une pure approche d’épouvante gothique dont il n’hésite pas à introduire les clichés avec le surgissement de chauves-souris. Le cadre de l’hôpital psychiatrique va également donner à autre scène de poursuite débouchant sur une vision d’horreur innommable qui traduit l’inventivité dont est capable Fulci dans l’imagerie horrifique.

Le problème du film est que, entre deux morceaux de bravoures, Fulci se raccroche à une trame criminelle hitchcockienne vraiment peu palpitante. Malgré un casting solide (Stanley Baker en policier londonien), l’enquête policière est assez poussive et ne tient que sur l’opposition sociale et de mœurs entre la vie dissolue de la victime (Anita Strindberg), objet de jalousie et de fantasme, et la frigidité de façade de la bourgeoise Carol. Fulci en joue bien sûr dans les scènes de rêve, mais l’exploite aussi notamment dans le montage alterné entre l’orgie hippie et le dîner familial guindé, l’usage brillant des split-screen travaillant par l’image la projection mentale envieuse de l’héroïne.

Si la révélation finale amenée avec une surprenante sobriété tient très bien la route, le chemin tout en fausses pistes laborieuses et dialogues poussifs aura provoqué un ennui certain. On sent néanmoins les germes des réussites à venir quand Fulci se détachera du seul scénario pour s’abandonner à la seule poésie morbide.

Sorti en bluray français chez Le Chat qui fume