Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 13 avril 2014

The Amazing Spider-Man - Marc Webb (2012)


Abandonné par ses parents lorsqu’il était enfant, Peter Parker a été élevé par son oncle Ben et sa tante May. Il est aujourd’hui au lycée, mais il a du mal à s’intégrer. Comme la plupart des adolescents de son âge, Peter essaie de comprendre qui il est et d’accepter son parcours. En retrouvant une mystérieuse mallette ayant appartenu à son père, Peter entame une quête pour élucider la disparition de ses parents, ce qui le conduit rapidement à Oscorp et au laboratoire du docteur Curt Connors, l’ancien associé de son père. Spider-Man va bientôt se retrouver face au Lézard, l’alter ego de Connors. En décidant d’utiliser ses pouvoirs, il va choisir son destin…

The Amazing Spider-Man fut une production controversée puisqu’elle fit brutalement découvrir au grand public un principe assez commun du monde des comics, le reboot. Il s’agit de rafraîchir un personnage historique en relançant la série lui étant consacrée et revisiter ses origines et aventures tout en en respectant les grands archétypes. Le film de Marc Webb applique donc brutalement ce principe (L’Incroyable Hulk (2008) de Louis Leterrier fut le premier en la matière mais le Hulk (2003) d’Ang Lee ayant été un échec cela ne sembla déranger personne) en faisant table rase de la trilogie initiale de Sam Raimi. Ce dernier et sa série de films très populaire contribuèrent réellement à installer les films de super-héros dans le paysage cinématographique actuel et firent qu’Amazing Spider-Man fut froidement accueilli par la communauté de fan, assez injustement et sur le simple principe de remplacer la trilogie originelle. 

Cela supposerait que les films de Raimi sont des classiques intouchables, ce qui est pourtant loin d’être le cas. Si Spider-Man 2 (2004) fut une éclatante réussite et un des plus beaux films de super-héros jamais réalisés, Spider-Man (2002) pour une première heure parfaite souffrait d’une seconde heure plus bancale et n’ayant plus grand-chose à raconter (sans parler du costume ridicule du bouffon vert). Spider-Man 3 (2007) quant à lui sorti de ses scènes d’actions virtuoses et de la poétique scène de naissance de L’Homme-sable présentait peu d’intérêt, déséquilibré entre diktat de la production (la présence de Vénom méchant honni par Raimi et qui lui fut imposé) et un scénario truffé d’incohérence. Hormis d’arriver sans doute un peu tôt après les films initiaux, cette nouvelle saga né de l’abandon d’un Spider-Man 4 méritait au moins le bénéfice du doute.

Marc Webb se fit connaître avec la formidable comédie romantique (500) jours ensemble (2009) où justement il montra un talent certain pour capturer la sensibilité masculine. C’est avec un même brio qu’il caractérisera ici Peter Parker (Andrew Garfield) jeune adolescent que la piqûre d’une araignée génétiquement modifiée va transformer en Spider-Man, héros aux facultés surhumaines ayant l’agilité et les facultés sensorielles d’une araignée. Si bien évidemment comme chez Sam Raimi l’acquisition de ces pouvoirs est une métaphore des transformations physiques adolescentes, Webb en explorant plus avant les années lycées de Peter Parker fait de l’héroïsme un motif de construction pour le personnage. 

Cela s’illustrera tout d’abord en montrant les manques de Peter à travers une sous-intrigue sur la mystérieuse disparition de ses parents, son père menacé à cause de ses recherches l’ayant confié à son oncle Ben et sa Tante May. Dès lors cet abandon initial fait de Peter un adolescent marginal et solitaire mais se fondant néanmoins dans un paysage lycéen contemporain (portable, internet...) quand Raimi s’inspirant de l’âge d’or 60’s du comics était plus intemporel et faisait de Peter un archétype du nerd à lunettes (les airs ahuris de Tobey Maguire s’y prêtant particulièrement). 

Andrew Garfield est très attachant, dévoilant sa gaucherie et maladresse avec finesse, mine frêle perdue dans la jungle lycéenne. On a ainsi un vrai ado immature aussi charmant dans le ressenti de ses premiers émois amoureux (l’alchimie es palpable avec Emma Stone les deux formant un vrai couple dans la vie) que capable de se comporter en jeune coq qui usera de ses nouvelles facultés pour humilier ceux qui l’ont brimé. C’est cette attitude qui l’amènera à provoquer accidentellement la mort de son oncle Ben (Martin Sheen) mais contrairement à la version Raimi ce trauma originel ne suffira pas à provoquer sa vocation de héros. S’il arpente la nuit new yorkaise en costume désormais, c’est uniquement par motif de vengeance et retrouver l’assassin de son oncle. Il faudra une très belle séquence où il sauve un petit garçon pour qu’il prenne conscience du bienfait que son don peut apporter. Comme toute blessure d’enfance nous définit jusqu’à ce que nous ayons réussi à nous reconstruire à l’âge adulte, son identité de Spider-Man comblera ainsi le manque de Peter en en faisant un bienfaiteur pour la population.

C’est finalement les mêmes intentions positives qui animent le Docteur Connors (Rhys Ifans) ancien collègue des parents de Peter. Manchot, ces recherches ont pour but de corriger les manques physiques et génétiques en croisant des facultés de régénérescences animales à l’homme. Plus concrètement pour lui il s’agira de faire repousser son bras manquant mais l’expérience dégénérera pour le transformer en lézard humanoïde violent. La symbolique et le lien entre le héros et son ennemi sont ainsi habilement liés tout en exploitant cette fameuse sous intrigue sur les parents disparus.

Novice en matière d’action, Marc Webb sans égaler la maestria de Sam Raimi sur Spider-Man 2 (rien d’équivalent à l’ébouriffante séquence du métro aérien) fait montre d’une vraie efficacité et identité avec son opus, la silhouette plus longiligne de Garfield se prêtant bien mieux aux contorsions inhumaines de Spider-Man dans une ambiance nocturne plus prononcée et aux idées originales comme cette caméra en vue subjective des numéros de voltiges du tisseur (qui retrouve son gout de la vanne et du bon mot dans cette version dont une savoureuse confrontation avec un voleur de voiture).

Le lien de Spider-Man à la ville de New York, si prégnant sur papier est également bien mieux exprimé ici avec ce superbe final où toute les grues de la ville tracent une route au héros blessé pour qu’il aille livrer son ultime combat avec le Lézard. Le drame et dilemme final amènent une belle émotion  sans se départir du charme teenage qui fait tout le sel de cette relecture. Une variation sur le même thème plutôt réussie donc (si on enlève ses œillères et ne voit pas la trilogie de Raimi plus belle qu’elle n’est) et qui sans atteindre les hauteurs de Spider-Man 2 s’avère tout aussi bonne si ce n’est meilleure (en oubliant les points fâcheux comme le score de James Horner en pilotage automatique eet loin du thème de Danny Elfman) que la première tentative de 2002. 

Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Sony 



samedi 15 février 2014

Never Let Me Go - Mark Romanek (2010)


Depuis l'enfance, Kathy, Ruth et Tommy sont les pensionnaires d'une école en apparence idyllique, une institution coupée du monde où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Devenus jeunes adultes, leur vie bascule : ils découvrent un inquiétant secret qui va bouleverser jusqu'à leurs amours, leur amitié, leur perception de tout ce qu'ils ont vécu jusqu'à présent.

Clippeur émérite et à l’univers singulier (notamment pour Nine Inch Nails et Johnny Cash), Mark Romanek  avait fait montre d’une sensibilité très particulière dans l’étonnant Photo Obsession (2002). Il y transcendait le postulat de thriller par une force mélodramatique rare et offrait une de ses prestations les plus déroutantes à Robin Williams. L’écart entre chacune de ses réalisations (son premier et méconnu  Static ayant été signé près de 20 ans plus tôt) et sa courte filmographie montrerait également sa profonde exigence, confirmée lorsqu’il claquerait la porte de Wolfman (2010) à quelques jours du tournage. Avec le sujet idéal et enfin placé dans les bonnes conditions, il signe un véritable chef d’œuvre avec cette adaptation de Never Let Me Go (Auprès de moi toujours en traduction française), magnifique roman éponyme de Kazuo Ishiguro.

Le récit narre sur une quinzaine d’années les destinées du trio de personnage constitué de Kathy (Carey Mulligan), Ruth (Keira Knightley) et Tommy (Andrew Garfield), de leur enfance au pensionnat de Hailsham à l’âge adulte. Une existence placée sous le signe d’une fatalité qui bouleversera leur relation et leur rapport au monde qui les entoure. Le scénario d’Alex Garland (grand amateur d’Ishiguro et plus particulièrement du livre qu’il lut sous forme d’épreuve avant sa parution et  milita grandement pour cette adaptation) parvient à capturer avec une justesse rare le propos du roman, transcendé par la pudeur et la beauté de la mise en image de Romanek. 

Il fut beaucoup reproché par certains au moment de la sortie cinéma de d’éventer trop rapidement une des énigmes du film : nos héros sont en fait des clones destinés adultes à  servir de donneur pour des greffes d’organes. Un reproche curieux (la révélation arrive très tôt dans le livre et quasi au même stade et sous la même forme dans le film alors que les personnages sont encore enfants) mais souligne la façon très subtile dont Romanek s’approprie le livre.

Kazuo Ishiguro narrait à la première personne et du point de vue de Kathy l’ensemble du récit où l’héroïne adulte se souvenait de son enfance et des moments partagés avec ses amis Tommy et Ruth. Tout y était subtil,  implicite et se révélait progressivement : ses sentiments pour Tommy et le triangle amoureux qu’elle formerait avec Ruth, les règles et mécanisme de cette société où le clonage fait office d’avancée médicale. 

La mélancolie y était latente et jamais appuyée, la voix simple et ordinaire de Kathy faisant accepter la normalité autant que la cruauté du destin de ces clones, leurs amours contrariées prenant une dimension plus bouleversante encore par cette nature éphémère. Mark Romanek respecte toutes ces thématiques et cette atmosphère, mais s’écarte de la dimension métaphorique du roman d’Ishiguro. La retenue de l’auteur dévoilait peu à peu les états d’âmes qui constitueraient l’humanité de ses héros, Romanek n’a de cesse de mettre cette humanité en avant de manière frontale afin de nous les y attacher le plus tôt possible.

Le triangle amoureux acquiert ainsi immédiatement une touche flamboyante avec une jeune Kathy affirmant bien plus ouvertement son intérêt pour le caractériel Tommy (quand dans le roman elle n’avoue jamais explicitement ses sentiments), réellement affectée lorsque celui-ci s’entiche de sa meilleure amie Ruth et espérant secrètement leur rupture.  Les liens se nouent de manières plus fortes et sans le secret du livre (la fameuse cassette contenant la chanson-titre Never let me go étant offert à Kathy par Tommy quant à l’écrit elle l’avait acquise seule), tout comme les peurs et rancœurs d’ailleurs puisqu’en une scène subtilement modifiée (Ruth qui observe Kathy dansant en écoutant sa cassette) la jalousie originelle qui perdra le trio s’exprime par l’image et sans conflit explicite. 

Les jeunes acteurs sont merveilleux de justesse (en particulier la jeune Isobel Meikle-Small jouant Kathy enfant) et Mark Romanek par sa mise en scène contemplative confère innocence, nostalgie et angoisse latente aux séquences de pensionnat. Ce sera le crédo de l’ensemble du film où des moments ordinaires et anodins se voient auréolés d’un voile de tristesse inexplicable.  L’éphémère de ces moments quelconques pour ceux qui ont la vie devant eux prend  toujours une tournure plus poignante ici car l’issue plane toujours telle une chape de plomb au-dessus des personnages. On pourrait se demander pourquoi nos clones ne se rebellent pas contre ce qui leur est réservé, mais par cette imagerie ordinaire magnifiée Romanek affirme autant l’importance de ces courts moments partagés que la normalité de ce qui viendra cruellement les interrompre. 

Ishiguro voyait dans le sort de ces héros clonés une métaphore de la vie et ses aléas contre lesquels on ne peut lutter : vieillesse, maladie, décrépitude et mort. Le don d’organe s’inscrit dans une même finalité et évidence pour les personnages (malgré le questionnement éthique qui se pose au spectateur sur cette société sacrifiant une minorité pour le bien de tous) qui ne songent même pas à s’y opposer. C'est dans un stoïcisme renvoyant plus à la culture asiatique qu'occidentale que s'inscrit Ishiguro avec cette acceptation de l'inéluctable. En se délestant de tout élément futuriste ou relevant de la science-fiction pour illustrer ce postulat, Romanek inscrit d’autant plus ce fonctionnement dans le quotidien. L'enjeu n'est pas d'échapper à son sort mais de donner un sens à son existence dans le court laps de temps qui nous est imparti.

On le comprendra par la métaphore (Tommy n’osant aller chercher sa balle au-delà du grillage de Hailsham au début) et les disputes quelconques chez d’autres prennent là des proportions insurmontables et font naître un regret infini avec cette bouleversante phrase en voix off de Kathy regrettant de ne pas avoir assez profité de ses amis tandis qu’à l’image elle les quitte sans remords après une brouille. La séparation momentanée chez les humains est celle d’une vie pour nos clones. On a ainsi déjà vu des séquences de collège anglais dans d'autres films, tous comme des scènes de marivaudages adolescents mais tout prends un tour plus fort ici car le temps est compté. Cela ne s'exprime pas dans l'urgence et des rebondissements appuyés mais plus par l'intensité ressentie à chacun de ces moments qui seraient anodins ailleurs.

La vraie vie, ils ne pourront que l’entrapercevoir en la mimant (les jeux de rôles à Hailsham au début, la fascination et l’imitation des soaps télévisés qu’ils regardent aux Cottages) où l’observant de loin (Ruth à la recherche de son Original) mais pour eux tout semblent bel et bien scellé. Aucune tension ni suspense dans la sous-intrigue sur le possible sursis des donneurs amoureux, l’approche pesante ne nous laissant jamais l’espérance d’échappatoire. Alors que ce sentiment d’inéluctable provoque le désarroi de façon plus implicite dans le livre (les morts de chacun étant évoquées au détour d’une phrase et traité en ellipse, Kathy acceptant sa notification de donneur enfin avéré avec soulagement à la fin), Mark Romanek choisit de le magnifier. 

C’est ce qui rend le film si différent, fascinant et complémentaire d’avec le livre, saisir la passion de cette brève existence dont il faut embrasser les feux avec plus de force encore tel ce moment poignant où Tommy et Kathy s’unissent enfin. La sexualité débridée des clones dans le livre est justement bien atténuée à l’écran pour rendre ce moment réellement unique.

Les trois acteurs sont parfaits. Carey Mulligan en Kathy exprime à la fois le détachement de façade ressenti dans le livre et le bouillonnement intérieur que l’on devine avec  ce regard intense, doux et triste de tous les instants. Keira Knightley est excellente également avec une Ruth bien plus mutique qu’à l’écrit, les attitudes hautaines, les regards envieux et la posture laissant affleurer ses peurs et envies d’une vie « normale ». Enfin Andrew Garfield exprime avec une belle sincérité le caractère simple et direct de Tommy, naïf et optimiste jusqu’à ce terrible hurlement final où il laisse échapper sa colère après la terrible révélation en conclusion.  Mark Romanek n’a de cesse de perdre les trois acteurs dans des paysages de campagne anglaise où leurs silhouettes se perdent dans de somptueuses compositions de plan. 

Le spleen latent peut ainsi se révéler plus que par le dialogue et le geste, les états d’âmes de chacun se fondant dans le décor sur le score sensible et bouleversant de Rachel Portman. La photo de Mark Digby se fait ainsi lumineuse, diaphane et ensoleillée sur la première partie enfantine et pleine d’espoir à Hailsham, offre une gamme plus hivernale et désaturée dans les tons pastel aux Cottages où le romantisme se teinte d’angoisse. 

La dernière partie résignée ajoute une touche froide et bleutée renvoyant à l’univers médical et à la mort qui s’amorce avec les premiers dons des personnages, Romanek se montrant plus explicite qu’Ishiguro avec ses plans sur les cicatrices stigmates des multiples opérations et surtout une scène de mort au bloc d’un détachement révoltant. La réflexion, l’introspection existentielle sur le sens de la vie et ce qui définit l’être humain offre ici une vision complémentaire à celle du livre, plus ouvertement mélodramatique par le cadre visuel et sensitif (tout ces plans s'attardant sur les feuilles, les arbres, la nature environnante et les objets comme pour s'imprégner du souvenir de chaque moment) que crée Romanek. 

L’humanité des clones nous était évoquée par Ishiguro à travers la proximité que créait la voix-off et la description du quotidien et des souvenirs. Cette voix-off intervient de façon bien plus parcimonieuse dans le film (avec un même sens de l’ellipse mais une émotion plus puissante et immédiate notamment la perte de Tommy), le réalisateur faisant confiance aux traits juvéniles et déjà usés de son casting plus qu’aux dialogues pour signifier cette difficile acceptation. L’âme des protagonistes, leurs espoirs et sentiments profonds travaillaient le lecteur progressivement et après coup, elles brisent le cœur du spectateur immédiatement par le mélange de pudeur et  flamboyance mélodramatique de Romanek. 

Le monologue final de Carey Mulligan exprime bien cette infinie tristesse mais aussi cette satisfaction diffuse. Dans les derniers instants, ils sont aussi humains que ceux pour lesquels ils se seront sacrifiés et se poseront les mêmes questions : ont-ils eu le temps d'accomplir tout ce qu'ils auraient souhaité, d'aimer leurs proche autant qu'ils n'auraient dû. Simplement tout aura été pour eux plus court, intense et exacerbé pour une fin injuste arrivant trop vite. We all complete.


Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Fox