Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 11 juin 2021

Super 8 - JJ Abrams (2011)


Été 1979, une petite ville de l'Ohio. Alors qu'ils tournent un film en super 8, un groupe d'adolescents est témoin d'une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu'il ne s'agit pas d'un accident. Peu après, des disparitions étonnantes et des événements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité, une vérité qu'aucun d'entre eux n'aurait pu imaginer.

Installé depuis longtemps dans le milieu hollywoodien en tant que producteur et scénariste (Forever Young, Armageddon),JJ Abrams accède à la notoriété avec la création des séries Felicity et surtout Alias, narrant les aventures mouvementées de l’agent secret Sidney Bristow. C’est ensuite avec Lost qu’il confirmera les promesses pour ce qui sera la série phénomène des années 2000. D’un postulat faussement simpliste (les rescapés d’un crash sur une île déserte), la série s’élève à des hauteurs insoupçonnées, où une intrigue tortueuse nous promène dans tous les genres et se permet les audaces narratives les plus folles. Une des clés de ses différentes réussites est également la science d’une communication savamment orchestrée. Elément qui montrera ses limites lors de son passage au cinéma.

En 2006 en effet, Tom Cruise en personne convoquera Abrams pour mettre en scène le troisième volet de la franchise Mission : Impossible. La déception est de taille tant les qualités d’Abrams se transforment en terribles défauts dans ce passage du petit au grand écran. L’artificialité de la narration ne reposant que sur des astuces de scénariste et l’efficacité de l’instant se fait criante et ne fonctionne que le temps d’un pré-générique mémorable, l’intrigue se révélant par la suite terriblement creuse. Là où John Woo avait contourné un script indigent par sa virtuosité dans le deuxième volet, Abrams se révèle incapable de donner l’ampleur souhaitée à ses scènes d’action, leur conférant un chaos non maîtrisé qui culmine lors de l’illisible évasion du méchant, pourtant spectaculaire sur le papier. L’intérêt croissant pour les séries offrira paradoxalement bonne presse au film pour ces même raisons : avoir transposé les codes tv au cinéma, mais malheureusement sans les adapter à ce médium tout différent.

Abrams corrigera une partie de ses failles lorsqu’il se chargera de relancer la saga Star Trek. L’esprit bien plus « serial » du célèbre space opera convenant bien mieux à la patte Abrams qui, tout en respectant l’esprit et les codes de la série, lui offre un lifting mémorable. Le script malin s’inscrit dans l’esprit ludique à rebondissements qu’affectionne Abrams, mais la mise en scène s’avérait à nouveau très limitée lors des morceaux de bravoure et indigne des moyens alloués. A l’inverse, sa production Cloverfield en mettait plein la vue, avec son Godzilla revu et corrigé à la sauce Blair Witch, mais l’art du buzz d’Abrams montrait ses limites par un récit indigent et bourré de facilité, puisque transposant une simple intrigue soap (un homme cherche à se réconcilier avec sa fiancée et la retrouver) dans un cadre spectaculaire, sans l’élever.

Avec Super 8, la phase d’apprentissage d’Abrams semblait terminée et on pouvait enfin attendre de lui une approche réellement cinématographique. Le film est la fusion de deux projets différents, l’un intimiste sur des adolescents des seventies réalisant des films en Super 8 et l’autre, plus spectaculaire, imaginant un déménagement de la fameuse Zone 51 qui tourne mal. Les film vue s’équilibre parfaitement entre ces deux options, notamment l’introduction entre présentations des jeunes protagonistes et mystères autour de la créature extraterrestre. Il ne manque que le logo Amblin’ pour définitivement appuyer la patine 80’s de la chose, et pour cause, Spielberg est à la production. Un appui de poids qui semble inspirer Abrams puisque, tant dans le jeu parfait du jeune casting que dans le mélange d’intime et de fantastique plane l’ombre du réalisateur d’ET (1982) et du producteur des Goonies (1985.

On sent pourtant poindre la patte d’Abrams dans la difficile relation du héros et de son père après la perte récente de sa mère, qui n’est pas sans rappeler celle entre Sidney Bristow et son géniteur dans Alias. Abrams exprime ce fossé le temps d’une courte scène de dialogue tout en non-dits d’une belle subtilité. L’aspect le plus personnel réside dans les séquences ludiques montrant les adolescents en action pour tourner leur film. Là encore, les portraits sont croqués avec tendresse et humour dans une scène limpide qui esquisse une jolie amourette adolescente. Le point le plus intéressant semble également être la mise en scène d’Abrams, enfin au diapason. Le déraillement de train qui voit s’échapper la créature est un sacré morceau de bravoure que des cadrages amples et des mouvements virtuoses rendent terriblement efficace, les héros dévalant autour des débris s’écroulant sur eux. 

Enfin, la furtive attaque de la créature dans une station-service porte indéniablement la marque de Spielberg par sa lente montée en puissance, l’humour latent (qui ne désamorce par l’angoisse) étant dû à Abrams et définissant bien l’objectif du film. C’est néanmoins dans la partie intimiste que l’émotion fonctionne pleinement, la dimension spectaculaire étant un peu trop référentielle au fil de l’avancée du récit. On aurait préféré que Super 8 assume de pencher davantage vers la mélancolie du Stand by me de Rob Reiner (1986) plutôt que la pyrotechnie finale (où l’on peine à ressentir quelque chose pour la créature) car Abrams est sans doute contraint par son image d'entertainer, mais dans l’ensemble c’est tout à fait digne des meilleurs divertissements des 80’s. Sans doute le meilleur film de JJ Abrams, même s’il semble avoir été éclipsé par le succès de la série Stranger Things par la suite, nourrie des mêmes influences dans une veine plus feuilletonesque.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Paramount

dimanche 22 octobre 2017

J.J. Abrams ou l’éternel recommencement - Erwan Desbois


J.J. Abrams est sans conteste un des auteurs les plus reconnus et populaire de l’entertainment américain des 20 dernières années. Le couronnement de ce statut eu lieu lorsqu’il reprit les rênes de la plus fameuse saga de l’histoire du cinéma avec Le Réveil de la force (2015) où il donnait une suite l’univers de Star Wars. Cependant cette aura de wonderboy moderne lui est parfois contestée car contrairement à ses modèles Steven Spielberg ou Georges Lucas, Abrams semble faire toujours reposer ses productions sur des réussites préexistantes. Cela passe par les archétypes d’un genre avec l’espionnage de la série Alias, la reprise d’une franchise pour Mission Impossible 3 ou Star Trek, la réappropriation d’un imaginaire avec un Super 8 sous influence Spielberg ou encore la série Fringe et son postulat à la X-Files

L’ouvrage d’Erwan Desbois ne renie pas cette filiation/reprise inhérente à toute la production d’Abrams, mais y voit une thématique et un moteur créatif plutôt qu’une paresse de sa part. L’admiration et la déférence à ses aînés se dessine dans le parcours même d’Abrams, enfant de la balle ayant longtemps officié dans l’ombre en tant que scénariste et surtout script doctor. La renommée sera arrivée plus tardivement et d’abord grâce à la télévision. Chaque œuvre se lance ainsi dans un « à la manière de » avant de placer cette parenté au cœur même de l’œuvre, par la narration mais également dans une dimension méta. Se confronter avec harmonie ou dans le conflit à ce qui nous a précédés, à ce à quoi notre parcours et notre éducation nous prédestine, telle est la problématique des héros d’Abrams mais aussi de l’auteur lui-même à travers les modèles qu’il s’approprie. Erwan Desbois illustre ces mécanismes d’Abrams de façon passionnante en convoquant la philosophie et la notion de karma dans le cheminement des héros de la série Lost

Les trouvailles et audaces narratives de la série construisent ainsi les personnages dans cette dualité entre ce qu’ils furent et ce à quoi ils peuvent aspirer dans cet espace vierge de l’île où ils peuvent se réinventer spirituellement.  La série Alias avec ses ramifications complexe dresse la prédestination de Sidney Bristow à son statut d’espionne par ses parents et toute l’œuvre la verra affronter cet état. Les personnages d’Abrams restent irrémédiablement humain, sans réelle faculté extraordinaire ni aura d’élu (reflet de la propre modestie d’Abrams face aux monuments qu’il reprend) et l'accomplissement passe par une sagesse, une paix avec eux même propre à rétablir une forme d’équilibre dans leur univers. La colère et le ressentiment envers le passé conduit au parricide du Réveil de la force, l’expérience et la sagesse amènent la réconciliation des adultes grâce aux enfants de Super 8. Cette instabilité traverse toutes ses productions avec l’héritage pesant (pour le capitaine Kirk par rapport à son père dans Star Trek, pour le héros de Fringe face à ce même père, évidemment pour Kylo Ren dans Le Réveil de la force) dont il est difficile de se détacher. 

Abrams s’identifie ainsi par ses constantes reprises à la situation de ses personnages eux aussi sur les traces de leurs aînés. Erwan Desbois montre bien la manière de plus en plus subtile et personnelle qu’a l’artiste de faire sien les univers qu’il reprend. Cela passera notamment par des caractérisations de personnage et des postulats donnant dans l’archétype identifiable avant de l’emmener ailleurs. Dès lors Abrams s’autorise tout pour déconstruire ce qu’il a présenté, que ce soit les reset narratifs nombreux émaillant Alias, l’introduction des univers parallèles dans Fringe ou encore les timelines différentes de sa version de Star Trek. Ce dernier est d’ailleurs un bon exemple avec un premier film revisitant l’univers de Gene Roddenbery par une cohabitation déférente entre le passé (le Spock originel interprété par Leonard Nimoy) et le présent. 

Ce qui fait échapper Abrams au statut de petit malin, c’est l’implication personnelle et le cœur qu’il met à ses relectures. Erwan Desbois le dépeint de façon passionnante à travers Super 8 où l’imaginaire Amblin de Steven Spielberg sert à la fois son inventeur mais aussi la propre enfance d’Abrams qui réalisait tout comme ses jeunes héros des court-métrages à la manière de son modèle. On peut trouver la démarche parfois artificielle (Mission Impossible 3 simple épisode d’Alias dopé aux moyens hollywoodiens) ou trop déférente (Le Réveil de la force qui aurait pu tout réinventer et se contente de rassurer les fans par ses enjeux, personnages et situations éculés) mais quand cela fonctionne, Abrams se montre le seul capable de vraiment amener un regard singulier dans le contexte de redite (remake, reboot, suite et autre spin-off ayant pris le pas sur les créations originales chez des studios hollywoodien frileux) qui gangrène actuellement le cinéma américain à grand spectacle. L’analyse dense et précise d’Erwan Erbois donne en tout cas envie de se replonger dans la galaxie Abrams.

Edité chez Playlist Society