Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 28 septembre 2018

Ice Cold in Alex - Jack Lee Thomson (1958)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un groupe de secours de l'armée américaine se retrouve séparée des troupes dans le Sahara. Le chemin à parcourir est long et difficile. Le leader de l'équipe ne peut s'empêcher de rêver à la bière glacée qu'il pourra s'offrir en arrivant à Alexandrie.

Ice Cold in Alex est une des grandes réussites de Jack Lee Thompson, qui avec le film d'aventures Aux frontières des Indes réalisé l'année suivante lui offrit sans doute son passeport pour Hollywood. Le film est adapté du roman de Christopher Landon (qui participe au scénario), l'ouvrage étant d'ailleurs la réunion d'une série d'articles paru dans le Saturday Evening Post. L'histoire est basée sur des faits réels et la survie d'un groupe de secours anglais dans le désert du Sahara, même si le film prendra pas mal de libertés par rapport au roman. Les producteurs pensaient au départ tourner le film en Egypte (soit les vrais lieux de l'histoire) mais la crise de Suez déporte la production en Libye. Là attend un tournage éprouvant pour le casting soumis à rude épreuve par Jack Lee Thomson, Sylvia Syms déclarant qu'il y avait une faible part de jeu dans présence éprouvée à l'écran - les vétérans de la campagne d'Afrique du nord salueront d'ailleurs le film pour son réalisme.

Le début du film s'avère assez démystificateur pour le corps de l'armée (le contexte de la fin des années 50 permet de mettre la pédale douce sur le patriotisme par rapport à la décennie précédente) avec la vision d'une débandade où une unité doit fuir son base pilonnée par les bombardements allemands. Là le Capitaine Anson (John Mills) rêve plus à son prochain verre qu'au drapeau et les supérieurs sont tournés en ridicule dans une ironie qui annonce les film de guerre pacifistes des 70's (la mort absurde d'un gradé - dont on regrette plus le whisky qu'il transportait que la personne - semble tout droit sortie de Catch 22 de Mike Nichols (1970)). En dépit de ces touches caustiques, l'intérêt est ailleurs. Au découvre au fil de l'histoire que l'alcoolisme d'Anson est dû à un rude séjour en camp de prisonnier dont il ne s'est pas remis malgré son évasion, et la culpabilité le rongera encore quand un rival amoureux sera laissé en mission suicide (et l'en pense responsable) durant la fuite de la garnison. Il s'agira donc d'une survie mentale et physique durant la mission où il doit mettre l'infirmière Diana Murdoch (Sylvia Sims) en sécurité, aidé de son acolyte Pugh (Harry Andrews) et du soldat sud-africain Van den Poel (Anthony Quayle) qui a perdu sa compagnie. Entre les troupes allemandes embusquées dans le désert, les bombardements, le climat oppressant et la mécanique capricieuse de leur véhicule, c'est un parcours semés d'embûches qui attend les personnages.

Si les films de guerre ayant la campagne d'Afrique du nord comme cadre ne manquent pas (on pense à l'excellent Sahara de Zoltan Korda (1943) avec Humphrey Bogart), Ice Cold in Alex annonce surtout le diamant noir Enfants de salauds d'André de Toth (1968). Il est passionnant de mettre en parallèle les deux films très proches dans leur déroulement et radicalement différents dans leur traitement. Enfants de salauds fait partie de ces films de guerre viriles et cyniques jouant sur la mode du film de commando tout en apportant un regard cinglant inhérent à une époque rejetant l'héroïsme (sans pour autant encore être tombé à l'ère pacifistes et rigolardes comme De l'or pour les braves de Brian G. Hutton). Ice Cold in Alex déploie toutes les péripéties qu'offre ce cadre du Sahara et chaque avancées participe à la cohésion du groupe, surmontant ses démons comme Anson et même les camps ennemis comme le révèlera un rebondissement marquant à mi-parcours. Jack Lee Thomson exprime là un humanisme touchant où l'aventure sert de rédemption à des personnages attachants quand dix ans plus tard une trame voisine chez De Toth ne laisse personne à sauver (notamment le traitement des femmes aux antipodes dans les deux films).

Dès lors le professionnalisme qui aide à se sortir des situations périlleuses dans Enfants de salauds devient un monument de dévouement dans Ice Cold in Alex. Cet élément est introduit progressivement par Thomson à travers des sacrifices individuels pour le collectif (Anthony Quayle supportant le poids du camion-ambulance pour finir une réparation), puis de plusieurs individu pour en sauver un seul ayant pourtant montré sa duplicité (suffocante scène de sable mouvant) et enfin tous unis pour le grand morceau de bravoure finale, l'ascension impossible d'une dune en poussant le camion. La mise en scène de Thomson souligne de façon vertigineuse l'effort par des plans larges qui accroissent l'inclinaison insensée de la dune, les silhouettes lointaines alternent avec les plans rapprochés de visages et corps ployés par l'effort. La photo de Gilbert Taylor joue conjointement la carte du réalisme appuyant les brûlures du soleil et une dimension quasi mythologique dans la manière de figer le dépassement de soi final, bien aidé par l'emphase du score de Leighton Lucas.

L'implication des acteurs aide grandement à ce sentiment d'empathie et de plénitude, et la fameuse bière finale annoncée par le titre et promise par Anson se savoure de façon contagieuse (pour l'anecdote le final du film fut réutilisé en Angleterre pour vanter les mérites de la bière allemande Holsten puis plus tard Carlsberg). Un des meilleurs films de Jack Lee Thomson, immense succès en Angleterre et à l'international notamment au Festival de Berlin où il concouru pour l'Ours d'Or.

Sorti en bluray anglais et dvd zone 2 anglais chez StudioCanal et doté de sous-titres anglais



Pour les curieux j'ai retrouvé la pub Carlsberg qui recycle la fin du film

mercredi 17 mai 2017

Woman on a dressing gown - Jack Lee Thompson (1957)

Après vingt ans de vie commune, Amy et Jim Preston sont au bord de la rupture. Jim ne supporte plus l'insouciance de sa femme, et prend une maîtresse.

Une carrière d'habile mais impersonnel faiseur hollywoodien dans les 60's (Les Canons de Navarone (1961), Les Nerfs à vif (1962), Tarass Boulba (1962)) puis de piteux yes-man d'un Charles Bronson sur le déclin dans les 80's aura fait oublier les brillants débuts de Jack Lee Thomson au sein du cinéma anglais des années 50. Durant cette période le réalisateur signe une série de mélodrames sociaux progressistes dont le l'un des fils rouge serait l'interrogation sur la condition féminine. The Weak and the Wicked (1954) dépeignait ainsi le quotidien de détenues, Yield to the Night (1956) creusait le même sillon en dépeignant le destin d'une condamnée à mort (les deux films tant notamment interprétés par Diane Dors) tandis que No Trees in the Street (1958) s'attardait sur l'avant, cette fange et ces tentations qui pourraient conduire l'héroïne à se perdre. Woman on a dressing gown délaisse les jeunes filles perdues pour s'attarder sur la torpeur du couple.

Le mariage d'Amy (Yvonne Mitchell) et Jim Preston (Anthony Quayle) s'enlise ainsi après vingt ans de vie commune. Cela ne se ressentira pas par le conflit mais par la médiocrité ambiante visible dès la scène d'ouverture. Le domicile familial apparait ainsi désordonné, comme un reflet de l'apparence négligée d'Amy arborant coiffure hirsute et robe de chambre informe (d'où le titre du film) à longueur de journée. Amy apparait comme une sorte de femme-enfant distraite et plus préoccupée par ses émissions de musiques classiques à la radio plutôt que la tenue de son foyer. Jack Lee Thomson n'accable pas son héroïne et fait au contraire de ce désordre une sorte de manifestation inconsciente du mal-être d'Amy qui s'oublie dans une dévotion aussi inconditionnelle que maladroite envers son mari et son fils Brian (Andrew Ray).

Ainsi si l'entrée en matière pourrait sembler machiste à dépeindre cette maîtresse de maison indigne, l'attitude désinvolte de Jim soumettant tacitement son épouse (pour son petit-déjeuner, pour lui recoudre un bouton de chemise) alors qu'il se rend au travail donne une perspective de la situation. Si Amy est dans le déni, Jim n'est que trop conscient de la médiocrité de son existence et trouvera refuge dans les bras de Georgie (Sylvia Syms), sa secrétaire plus jeune et follement amoureuse de lui. De plus en plus pressé par Georgie de divorcer, Jim va longuement hésiter et sa prise de décision va causer le chaos. Le scénario de Ted Lewis (qui transposait là au cinéma son script initialement tourné pour la télévision l'année précédente) se situe durant cette journée où les masques tombent et l'équilibre habituel vacille. Jack Lee Thomson film le foyer comme une prison à travers différentes idées formelles.

Les barres du montant du lit conjugal semble comme former des barreaux par es cadrages choisis, le capharnaüm ambiant donne un sentiment d'encombrement permanent et claustrophobe et surtout la dévotion empressée d'Amy rend l'atmosphère étouffante pour Jim jamais dans les bonnes conditions pour faire son aveu fatal. La scène où il se résigne à le faire témoigne de ces choix esthétiques de Jack Lee Thomson, Jim étant filmé assis et de dos pour signifier sa lâcheté et la douleur de l'aveu (lâché dans un soupir) tandis qu'Amy une nouvelle fois s'agitait en tous sens et déblatérant à tout va comme pour combler le vide - comme pour l'empêcher inconsciemment de prononcer ces mots douloureux pour elle.

Le parallèle entre l'élégance, la beauté et l'éducation de Georgie offre un parallèle cruel à Amy, l'amour sincère de chacune tirant le héros vers le haut ou vers le bas, vers un futur heureux et libéré ou vers un présent sinistre chargé de responsabilité. Yvonne Mitchell se met à nu comme rarement, l'extrême sensibilité de son personnage surmontant tout ce qu'il pourrait avoir de caricatural. Aucune humiliation ne lui sera épargné, son allure quelconque étant encore plus abîmée une fois la béquille de son couple menacé dans une scène sa seule réponse sera de se faire belle et d'arranger son appartement. Les éléments se liguent contre elle comme une fatalité à sa médiocrité (la pluie gâchant sa coiffure, une table fragile gâchant ses velléités d'ordre) et la font sombrer dans un profond désespoir. Anthony Quayle est remarquable aussi en homme déchiré dans ses aspirations et Sylvia Syms rend très touchante aussi cette jeune femme tiraillée entre culpabilité et amour. Jack Lee Thompson évite le piège du théâtre filmé malgré une intrigue se déroulant pour l'essentiel dans un appartement exigu et explore si bien sa problématique qu'aucune solution n'apparait réellement juste. Si la conclusion paraitra sans doute très moralisatrice, le propos est plus subtil puisque laissant apparaître comme partagées les raisons du délitement du couple. En apparence la responsabilité incombe à la négligence d'Amy mais plus concrètement c'est l'effacement de Jim qui aura causé cette lente déchéance.

Le film offre un beau portrait de la famille anglaise traditionnelle d'alors, où le non-dit domine dans les maux/mots qui s'ignorent que dans la chaleur timidement retrouvée de la scène finale. Dès lors impossible de réellement savoir si l'on a assisté à un happy-end et si les choses pourraient réellement aller mieux pour les protagonistes. Le film rencontrera un grand succès et sera auréolé de nombreuses récompenses (meilleur film et Ourse d'argent de la meilleur actrice pour Yvonne Mitchell au Festival de Berlin, un Golden Globe du meilleur film en 1958) et est considéré par la critique anglaise à la fois comme précurseur du kitchen sink drama et une sorte de pendant réaliste et plus cru du Désert Rouge (1964) d'Antonioni.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez StudioCanal et doté de sous-tires anglais 


mardi 27 septembre 2016

No Trees in the Street - Jack Lee Thomson (1959)

No Trees in the Street est un saisissant polar social signé par un Jack Lee Thompson habitué à explorer les bas-fonds durant sa remarquable première partie de carrière avec des réussite comme Yield to the Night (1956) ou Les Yeux du témoin (1959). Le film adapte la pièce de théâtre éponyme de Ted Willis (jouée en 1948) qui en signe également le scénario. Willis en plus de ses multiples talents et d'une écriture frénétique (dramaturge, scénariste et écrivain, il figure au livre Guiness des records comme un des auteurs les plus prolifiques de la télévision, auquel s'ajoute 34 pièces et 39 scénarios de films) est aussi connu pour sa profonde sensibilité de gauche qui lui vaudra d'être secrétaire de la Young Communist League puis un des membres les plus actifs du Parti Travailliste. On ne s'étonnera donc pas du propos profondément engagé de No Trees in the Street dont la noirceur prolonge des tentatives hollywoodiennes comme Primrose Path (1940) et anticipe un Affreux sales et méchants (1976) avec une même vision glauque des bas-fonds et un semblables regard désabusé et monstrueux sur la cellule familiale.

Dans le Londres d'avant-guerre, toute la fange, la misère et la criminalité semble s'être concentrée dans le quartier de Kennedy Street. Hetty (Sylvia Syms) est une jeune femme cherchant à quitter le quartier et échapper à sa condition mais qui y est enchaînée malgré elle. Son frère Tommy (Melvyn Hayes) est au bord de la délinquance tandis que sa mère (Joan Miller) la pousse dans les bras du parrain local Wilkie (Herbert Lom) fou de désir pour elle. Jack Lee Thomson dresse un portrait sordide des lieux et de ses mœurs, la caméra arpentant les ruelles crasseuse où défilent enfants en guenilles, explore les immeubles et appartements insalubres -c'est d'autant plus impressionnant que tout est filmé en studio - mais surtout la débauche de ses habitants. Entre le père aveugle et impuissant face à la dérive de sa famille, la mère oubliant ses soucis en beuverie quotidienne et le frère sur la corde raide, le tableau est saisissant.

Lorsque Tommy est entraîné par Wilkie vers un hold-up avorté, la face sombre de celui-ci se révèle et les maigres espoirs d'Hetty de le ramener dans le droit chemin. Melvyn Hayes en post adolescent chétif semble écrasé à la fois par un déterminisme social inéluctable qu'il ressent physiquement à travers la brutalité de sa mère et l'intimidation de Wilkie. La voie criminelle et particulièrement le moment où il entrera en possession d'une arme révèle son caractère faible et inconsistant à travers le sentiment de toute puissance qu'il ressent alors. Se battre pour s'en sortir semble un combat vain et inutile qu'Hetty va bientôt abandonner pour céder à la facilité. La dimension théâtrale ressurgit dans la manière dont cet appartement semble concentrer l'horizon limité des personnages que Jack Lee Thompson resserre par sa mise en scène. Lors de la scène clé où elle arrête de lutter, la voix enjôleuse et hypocrite de sa mère et les effets de l'alcool isolent Hetty (Sylvia Syms plus poignante que jamais), l'exiguïté de l'appartement devenant une prison mentale où Thompson se fige sur son visage désormais sans expression.

Ce côté étouffant se traduit également par la photographie stylisée de Gilbert Taylor dont les jeux d'ombres semblent également emprisonner les protagonistes, notamment la scène de vol nocturne. Le scénario ose des moments très dérangeants avec la démence de Tommy arme au poing et une scène de simili viol assez glaçante. Une des forces du film est de ne pas avoir de véritables méchants, c'est la spirale de la misère passée ou présente qui aura fait des personnages ce qu'ils sont. La mère indigne jouée par Joan Miller pense réellement rendre l'existence de sa famille meilleure en "vendant" sa fille, son milieu ne l'a pas accoutumée à d'autre manière de s'en sortir et le final où tout s'écroule n'en sera que plus douloureux.

Même le caïd qu'incarne Herbert Lom cède à sa passion réelle pour Hetty, qui l'empêche de commettre l'irréparable lors d'une scène clé mais amène à manipuler tous son entourage pour arriver à ses fins. Quand à Tommy c'est un faible soumis à sa frustration et malgré ses exactions la figure la plus innocente du film. Les barres d'immeuble sociaux anonymes de l'Angleterre 60's, le passage de la guerre ayant détruit la Kennedy Street qu'on aperçoit dans l'épilogue figure autant l'espoir (symbolisé par les arbres ayant enfin leur place dans le quartier en allusion au titre du film) que d'autres lendemain qui déchantent pour les démunis. Ce croisement du kitchen sink drama et du polar constitue en tout cas une vraie belle réussite méconnue.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres chez Network

 

lundi 23 février 2015

La Conspiration - Conspiracy of Hearts, Ralph Thomas (1960)

En Italie, pendant la Seconde Guerre mondiale, les nonnes d'un couvent aident des enfants juifs à s'échapper d'un camp de concentration. Mais des soldats allemands vont prendre la relève de la garnison italienne en charge du camp...

Conspiracy of Hearts est une œuvre humaniste puissante célébrant l'héroïsme de religieuses durant la Seconde Guerre Mondiale. L'histoire se déroule en Italie et une introduction quasi documentaire se charge de nous illustrer le contexte d'alors. Mussolini de plus en plus affaibli et soumis à son allié Hitler se voit destitué par son peuple. L'Italie sous occupation allemande se voit alors déchirée par le combat entre les anciens alliés, les partisans italiens menant la vie dure aux allemands qui disposent pourtant encore de l'allégeance d'une partie de l'armée italienne. Les affrontements causeront des morts nombreuses décimant les familles et créant de nombreux orphelins où parmi eux les juifs seront évidemment envoyés en camp de concentration. L'un d'eux en campagne avoisine un couvent où les nonnes menées par la Mère supérieure Catherine (Lili Palmer) font régulièrement évader des enfants juifs qu’elles font sortir du pays. Le chef de camp italien Spoletti (Ronald Lewis) les laisse tacitement faire mais tous va basculer avec l'arrivée d'une garnison allemande bien plus impitoyable.

L'ouverture aura servi à nous dresser l'équilibre des forces en présence mais le reste s'avère beaucoup plus flou et pas forcément réaliste quant à la région d'Italie où se passe le récit, la topographie du camp de prisonnier à peine esquissé et les méthodes d'évasions parfois un peu simples (même l'accord tacite et la garde auprès d'enfant est sans doute supposé moins étroite). Ce qui intéresse Ralph Thomas, c'est le questionnement humaniste de ces nonnes qui risquent ainsi leurs vies. Pour certaines comme Mère Catherine ou la novice Sœur Mitya (Sylvia Syms) ce devoir est inné même si elles s'interrogent chacune à leur échelle : Catherine sur sa responsabilité dans les risques qu’elle fait prendre à ses sœur et Mitya sur les élans amoureux de son cœur car sa vocation n'est pas totalement affirmée. D'autres enfermées dans le dogme religieux mais ne sachant voir au-delà sont contrariées par cet héroïsme forcé tel Sœur Gerta (Yvonne Mitchell).

Le propos est subtil et malgré leurs actions louables le scénario n'en fait pas des saintes immaculées mais des femmes qui s'interrogent et craignent pour leur vie. La même finesse s'impose également dans la description de l'ennemi allemand. Si l'on a un sous-fifre nazi sadique et typique avec le Lieutenant Schmidt (Peter Arne détestable à souhait), le Colonel Horsten (Albert Lieven) s'avère plus complexe. Guère porté sur le fanatisme et l'idéologie nazie, il sera toujours pragmatique dans sa volonté d'exécuter le plus efficacement les ordres mais le moment venu s'avérera aussi impitoyable tout en semblant toujours regretter les exactions auxquelles il est contraint.

Le film dresse ainsi ce portrait contrasté tout en ménageant de sacré moments de suspense dans les stratagèmes qu'emploient les nonnes pour faire sortir, cacher et évacuer les enfants au nez et à la barbe des nazis. Là aussi les enfants ne sont pas de simple figure angélique sans parole à sauver, le traumatisme, le reniement de soi et la peur de ceux-ci étant longuement exposée dans des moments douloureux (cette fillette qui a oublié son prénom et ne pense plus que mériter le sobriquet de "saletés de juive"). La scène où les nonnes les autorisent à célébrer le Yom Kippour et où ils fondent en larmes au moment d'écrire le nom de leurs disparus est un vrai déchirement.

Malgré le danger, le film garde presque un aspect ludique par l'ingéniosité de ces nonnes mais une dernière demi-heure insoutenable voit la réalité les rattraper et l'inhumanité nazie se faire jour, l'habit religieux ne constituant plus un rempart suffisant à la barbarie. Captivant de bout en bout, fin et poignant une grande réussite portée par une Lilli Palmer habitée (le fait qu'elle ait dû fuir l'Allemagne nazie avec sa famille car ils étaient juif contribue sans doute à la vérité de son interprétation). Le public anglais plébiscitera le film, en faisant un des cinq plus gros succès de l'année.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Film