Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 16 mars 2024

Tiger Cage 2 - Sai hak chin, Yuen Woo-ping (1990)


 L’inspecteur Dragon Yau et l'avocate Mandy Chang sont malgré eux mêlés à la disparition d’une mallette contenant des millions de dollars blanchis provenant du trafic de drogue.

Tiger Cage 2 est une fausse « suite » de Tiger Cage (1988), merveille de polar urbain martial qui rencontra un grand succès. Dans la lignée de la saga d’action « cousine » Le Sens du devoir avec laquelle elle entretient plusieurs liens (nous y reviendrons), la trilogie Tiger Cage ne doit son fil rouge qu’à la récurrence de son argument de polar violent croisé à des scènes d’actions périlleuse, avec la permanence de certains participants comme Yuen Woo-ping à la réalisation et Donnie Yen au casting des deux premiers volets. Ce dernier gagne d’ailleurs du galon dans Tiger Cage 2 puisque de chien fou sacrifié (mais remarqué) du précédent film, il passe cette fois en haut de l’affiche. Tiger Cage 2 est un très solide divertissement, mais s’inscrit davantage dans une logique de formule comparée à la noirceur, l’imprévisibilité et l’âpreté de son prédécesseur. 

Cette fois malgré des prémices plutôt ambitieux (le blanchiment d’argent mafieux à Hong Kong par les triades par le monde des affaires), le film ne sait sur quel pied danser quant au ton à adopter. Donnie Yen et Rosamund Kwan sont laborieusement réunis par l’intrigue pour former un duo comico-romantique lorgnant sur les Maggie Cheung et Jackie Chan des Police Story. Incompréhensions, amours vaches et petites jalousies lorsque le duo devient triangle amoureux avec l’arrivée de David Wu sont entrecoupés de morceaux de bravoures oscillant entre violence décomplexée et cette supposée légèreté. Le charme et le charisme des acteurs, surtout une charmante Rosamund Kwan, permettent de naviguer sans trop de heurts entre ces ruptures de ton. 

L’inventivité des scènes d’action, notamment durant la première partie, fait merveille avec une foultitude d’idées nourrissant le véritable dispositif conçu pour chaque bagarre. L’éclairage défaillant d’un tunnel d’égout devient le théâtre de coups de pieds et poings surgis des ténèbres et encaissés avec autant de douleur que de surprise. Une poursuite puis un combat entre deux bus provoquent chutes et traversées de pare-brise vertigineuse et, globalement, tout est prétexte à distribuer parfois gratuitement une gifle bien sentie (les amitiés un peu trop viriles entre Donnie Yen et David Wu ou son ami policier). 

Le problème du film est le manque d’identité qui caractérisait Tiger Cage. On retrouve ici les ralentis démonstratifs amplifiant la moindre cascade risquée, le moindre coup virtuose, un gimmick rare dans Tiger Cage qui privilégiait la brutalité et l’urgence dans son exécution. Le casting participe aussi à ce sentiment de série B efficace mais anonyme, Yuen Woo-ping reprenant dans un rôle secondaire et artificiellement gonflé Cynthia Khan dans Le Sens du devoir 4 (1989) où elle avait pris le relai de Michelle Yeoh. Un film où figurait aussi Donnie Yen, rendant l’ensemble un peu interchangeable (notamment avec les guests martiaux occidentaux comme l’intimidant Michael Woods) contrairement à Tiger Cage dont le motif de la trahison est bien plus superficiel ici.

Tiger Cage 2 est donc une œuvre relativement décevante en tant que suite, mais qui pris isolément reste un solide divertissement musclé.

lundi 10 novembre 2014

Le Sens du devoir 4 - In the Line of Duty 4 ou Wong ga si je ji IV: Jik gik jing yan, Yuen Woo Ping (1989)

Cynthia, flic à San Francisco, est chargée de retrouver Luk, un petit dealer, témoin de l’assassinat d’un policier et vraisemblablement, détenteur de photos compromettant un important trafiquant de drogue. Elle n’est pas la seule à suivre la piste...

La fameuse saga d’action au féminin de Hong Kong atteint déjà son quatrième épisode avec ce film signé Yuen Woo Ping. Les deux premiers volets avaient innovés avec leur mélange de polar classique et d’action débridée sous influence des Police Story de Jackie Chan, Michelle Yeoh se plaçant en équivalent féminin hargneux et séduisant. Momentanément retirée des plateaux, celle-ci avait laissé la place à la nouvelle venue Cynthia Khan dans le troisième épisode certes efficace mais qui commençait à être quelque peu routinier dans son déroulement. Ce quatrième volet retrouve un regain qualitatif inattendu et s’avère même le meilleur de la saga. Le scénario n’est pas particulièrement innovant (on reprend le principe du faux-coupable/témoin traqué que notre héroïne va devoir protéger) mais s’avère resserré et nerveux car rehaussé par la mise en scène survoltée de Yuen Woo Ping.

On ne présente plus celui qui se fit surtout connaître en Occident comme chorégraphe de la saga Matrix ou des Kill Bill de Tarantino mais qui jouissait d’une carrière exceptionnelle à Hong Kong, entre chorégraphie virtuose pour des classiques comme les deux premiers Il était une fois en Chine (1991 et 1992) de Tsui Hark où ses propres réalisations où il se laisse aller à une illustration de l’action encore plus folle (avec en somme absolu le grandiose (Le Maître Chinois (1978), Le Héros Magnifique (1979), Miracle Fighters (1982) pour citer les plus déjantés). Le Sens du devoir 4 appartient donc à cette seconde catégorie et brille autant par sa trame prévisible mais haletante que par la mise en scène décomplexée de Yuen Woo Ping.

Luk (Yuen Yat-chor) un travailleur émigrant chinois installé aux Etats-Unis va se trouver le témoin d’une transaction de drogue à laquelle est mêlé un ponte de la CIA. Traqué à la fois par la police et les malfrats Luk va du côté de la loi hésiter à faire confiance au dur à cuir et brutal Donnie (Donnie Yen) et la plus compréhensive Cynthia (Cynthia Khan). L’histoire parvient à distiller une certaine émotion entre deux morceaux de bravoure quant à la solitude et l’entraide des émigrants chinois à travers le personnage de Luk, les retrouvailles avec sa mère à Hong Kong étant très touchantes également. 

Le grand apport de ce volet est l’arrivée de Donnie Yen, dans la trame où son rôle de flic impulsif évolue avec intérêt et bien sûr dans l’action (il chorégraphie avec Yuen Woo Ping) où au sommet de sa forme physique il déploie ses aptitudes dans des moments furieux dont notamment une poursuite à moto des plus kamikaze. Pas encore star, l’acteur déploie un charisme idéal qu’il saura encore mieux exploiter plus tard seul à l’affiche. 

Cynthia Khan n’est pas en reste, plus charismatique et à l’aise que dans le précédent épisode et qui a elle aussi l’occasion de se mettre e valeur. On retiendra notamment une mémorable empoignade dans une cage d’ascenseur défiant les lois de la gravité. Nombreuses et variées les scènes d’actions sont les meilleures de la saga et le réalisateur sait varier les plaisirs, les cascades plus urbaines alternant avec les mano à mano plus classique, la dernière partie lorgnant vers le jeu vidéo avec sa succession d’adversaires de plus en plus démesurés dont un Donnie Yen passant un mauvais quart d’heure avec un capoeiriste bodybuildé féroce. L’ensemble fonctionne vraiment comme une version améliorée du second volet (duo policier improbable, témoin à protéger) et s’autorise même quelques surprises dans ses rebondissements (le personnage de Michael Wong au revirement inattendu). Une excellente série B donc pour les nostalgiques du cinéma d’action hongkongais des 90’s dans une série de film qui vieillit toujours aussi bien. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

mercredi 17 septembre 2014

Le Sens du devoir 3 - In the Line of Duty 3, Brandy Yuen et Arthur Wong (1988)

Après une intervention musclée en pleine rue, Yeung, jeune policière en uniforme, est mutée dans la section criminelle dirigée par son oncle. Ce dernier voulant maintenir sa nièce à l'écart de tous les dangers, il lui demande d'escorter un policier japonais venu à Hong Kong pour enquêter sur un couple de dangereux braqueurs. Une mission en apparence tranquille qui va vite tourner au carnage.

Les deux premiers épisodes de la série Le Sens du devoir (1985 et 1986) avait permis de conjuguer l’action au féminin au sein du cinéma de Hong Kong (dans le sous genre dit « girls and guns »), faisant de Michelle Yeoh une star avec son personnage de fliquette teigneuse et casse-cou.  L’actrice va cependant mettre sa carrière entre parenthèse après son mariage avec le producteur Dickson Poon en 1986, laissant le rôle vacant. La saga se poursuivra néanmoins avec la taïwanaise Cynthia Khan qui reprend le flambeau dans ce troisième épisode. Le premier volet était doté d’une vraie bonne trame policière agrémenté de moments d’actions survoltés tandis que le deuxième était nettement plus chaotique et assez prétexte dans son argument à déployer des morceaux de bravoure dont la furie rattrapait bien les défauts. Ce troisième volet cumule les qualités et les tares de ces prédécesseurs. La trame (assez voisine du premier) voit la jeune policière Yeun (Cynthia Khan) s’associer au policier japonais Nakamura (Sai-Kit Yung)  venu à Hong Kong traquer un couple de tueurs (Hiroshi Fujioka et Michiko Nishiwak) responsable de la mort de son partenaire.

Le récit alterne gravité (avec la prestation très convaincante de Sai-Kit Yung en flic vengeur) et grosse comédie avec une Cynthia Khan entravée dans sa carrière par un oncle chef de sa section n’osant pas l’envoyer au front. On tend vers plus de noirceur lorsqu’entre en scène le duo de tueurs, ténébreux et charnel à souhait et apportant une dimension romanesque tragique puisque l’homme est mourant. Partagé entre leur cause politique et leur amour passionné, ils se consument dans le court temps qui leur est imparti tout en affichant une détermination meurtrière sans faille dans leurs méfaits sanglant. On reste au départ dans une narration relativement équilibrée qui introduit intelligemment les personnages. 

Cynthia Khan ne singe jamais Michelle Yeoh, apportant une fraîcheur et une féminité plus prononcée tout en restant solide dans le registre dramatique et bien évidemment fait montre de sacrées aptitudes martiales. Alors que Michelle Yeoh faisait preuve d’une certaines vulnérabilité et montait en puissance au fil du récit, Cynthia Khan en impose d’office en vraies teigne dès le premier combat où elle abandonne sa tenue de pervenche pour alpaguer brutalement un voleur. Toutes ses joutes seront de sacrés moments, les chorégraphies nerveuse de Brandy Yuen faisant preuve d’une nervosité réjouissante où les bottes secrètes et les coups rageur pleuvent. L’influence d’un Jackie Chan s’estompe d’ailleurs par rapport au deux premiers films avec des cascades physiques plutôt rares pour privilégier le côté polar avec gunfights, explosion et combat physique.

Malheureusement le film se perd un peu dans sa dernière partie délaissant ses sous-intrigues intéressantes (y compris celle de l’homme d’affaire Yamamoto qui s’évapore du récit sans rien résoudre) pour privilégier le déluge d’action. Le policier vengeur est relégué au second rang et toute la facette viscérale de sa quête bâclée, le couple de tueurs voit l’homme mourir de façon assez  expéditive. Seule la rage de la femme est montrée mais sans prendre le temps d’exprimer sa douleur pour donner plus de force à l’affrontement final. 

 Le dernier face à face dans un hangar fait son effet avec tous les ustensiles et outils en place devenant des armes meurtrières, les hommes sont relégués au second plan pour laisser place au duel féminin bien furieux entre Cynthia Khan et Michiko Nishiwak. L’amateur d’action trouvera donc son compte avec ce volet mais il est dommage que la profondeur entraperçues s’évapore pour de la pure exploitation et un traitement routinier. Cynthia Khan aura en tout cas convaincu ses producteurs avec le succès du film et le quatrième épisode signé Yuen Woo Ping serait un retour en force fabuleux et doté d’un renfort de choix en la personne de Donnie Yen. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan