Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 19 août 2022

The Outsiders - Francis Ford Coppola (1983)


 À Tulsa dans l'Oklahoma en 1961. Deux bandes rivales, qui se détestent, s'affrontent régulièrement. Il y a les jeunes des quartiers pauvres, les Greasers, avec Ponyboy Curtis et des frères plus âgés Darrel Curtis, dit Darry et Sodapop Curtis, dit Soda, ainsi que Johnny Cade, Dallas Winston, dit Dally, Keith Matthews, dit Two-Bits, et Steve Randle (Tom Cruise). Face à eux se dressent les Socs (abréviation de « Social »), issus de familles bourgeoises. Ponyboy rencontre alors Sherry Valance, surnommée « Cherry » à cause de ses cheveux rouges. Elle tente de lui prouver que les Socs ne sont pas tous pareils. Lors d'une bagarre, Johnny, le meilleur ami de Ponyboy, tue un Soc, Bob.

Outsiders est l’occasion pour Francis Ford Coppola de s’atteler à un projet plus modeste après l’échec commercial du dispendieux Coup de cœur (1982) qui l’endetta lourdement. Le film est l’adaptation du roman éponyme de S. E. Hinton publié en 1967. Le projet attire l’intérêt de manière fort originale. Le roman étant très populaire auprès des adolescents américains, les élève de l’école élémentaire Lone Star de Fresno (en Californie) vont adresser avec l’aide de la bibliothécaire, une lettre à Francis Ford Coppola car ils le voient comme le réalisateur idéal pour une adaptation. Le courrier parvient au réalisateur très touché par l’attention, et qui va du coup lire le roman et effectivement y trouver matière à un film. Il va travailler en étroite collaboration avec l’autrice S. E. Hinton et mettre en place un casting de rêve avec la crème des jeunes premiers masculins les plus prometteurs de l’époque tant dans les engagés (C. Thomas Howell, Tom Cruise, Patrick Swayze, Matt Dillon, Emilio Estevez, Rob Lowe, Ralph Macchio) que les refusés ou ceux qui déclineront la proposition (Val Kilmer, Mickey Rourke, Sarah Jessica Parker, Dennis Quaid). 

Sous cette dimension modeste, Outsiders prolonge les questionnements thématiques et les expérimentations visuelles de Coup de cœur, mais d’une façon moins spectaculaire. Dans un premier temps on retrouve la dimension nostalgique et référentielle du film précédent. Ces aspects s’illustraient par l’imagerie de comédie musicale pour Coup de cœur, et le socle est tout aussi cinéphile dans Outsiders. L’antagonisme entre bandes rivales de milieu sociaux différents ainsi que le fétichisme de la bande-originale, tenues et coiffure des protagonistes lorgnent largement (entre autres) sur West Side Story de Robert Wise (sorti d’ailleurs la même année que la trame de Outsiders). Le personnage de Johnny Cade (Ralph Macchio) lorgne quant à lui largement par sa nature chétive, sensible et vulnérable sur Platon (Sal Mineo) dans La Fureur de vivre de Nicholas Ray (1955). De manière général la nature torturée, l’incompréhension et le conflit des jeunes héros avec leurs parents démissionnaires et aînés sévères est aussi une variation sur plusieurs protagonistes de l’instabilité très théâtrale de Jim (James Dean) dans le film de Ray. Si l’inspiration est bien là, Coppola ne s’appuie pas pour autant sur des archétypes et va creuser sa propre voie.

Formellement Coppola cherche à traduire la dichotomie entre l’environnement social et violent des personnages et leur quête d’ailleurs. Le travail sur les compositions de plan des scènes intimistes qui instaure comme un fossé « mental », par l’image, entre des personnages physiquement proches est une idée brillante (et une fois de plus dans la continuité de Coup de cœur) qui permet de comprendre le mal-être commun de Ponyboy (C. Thomas Howell) et Johnny Cade. Le sinistre quartier pauvre de Tulsa dessine la nuit venue une ville fantôme et sans vie, si ce n’est les conflits qui se jouent pour nos adolescents dans les demeures, que ce soit Ponyboy et son frère Darry (Patrick Swayze) ou pire les parents absents à l’image d’un Johnny Cade meurtri qui préfère encore dormir à la belle étoile. Le seul refuge repose sur les copains, l’amitié fusionnelle, la bienveillance des « grands » qui eux aussi sous la virilité sont hantés par des démons autodestructeurs tel Dallas (Matt Dillon fabuleux). 

Dès lors Coppola convoque des visions sublimant le réel pour faire échapper les personnages à leur condition. Lors de leur nuit à l’extérieur, une nuit aux lueurs quasi féériques vient accompagner les discussion naïves et existentielles de Johnny Cade et Ponyboy. Plus tard lors de leur cavale les élans littéraires et rêveurs de Ponyboy transforment littéralement un décor devenant un espace rougeoyant et baroque qui convoque le Victor Fleming de Autant en emporte le vent (1939) ou le King Vidor de Duel au soleil (1947) dans un écrin intime et mythologique. L’abstraction est de mise et les émotions des personnages soumettent totalement la matérialité de l’environnement pour le rendre plus beau, plus ouvert sur l’horizon et un avenir différent possible. Sur le fond, tous les jeunes héros du film vont tenter, en vain pour certains, d’exprimer dans leur quotidien, la sensibilité qu’ils ont pu extérioriser dans ces instants-là. C’est pour eux que, par sa fibre artistique, Ponyboy va rendre hommage dans le bel épilogue du film.

Francis Ford Coppola signe une fois de plus une œuvre innovante où de façon plus introspective que Coup de cœur il se situe entre naturalisme et expérimental, très en avance sur son temps (les écrans verts lors des fameuses scènes d’épiphanies émotionnelles). La stylisation la plus prononcée s’entrecroise à un sentiment écorché et cathartique (Ralph Macchio et Matt Dillon bouleversant), une certaine mélancolie sur les déceptions inéluctables (la romance avec Diane Lane) mais surtout un vrai espoir et une envie d’aller de l’avant. Stay gold. Dans la foulée de ce beau Outsiders, Coppola signera une autre adaptation de S. E. Hinton avec le tout aussi beau Rusty James. 


 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Pathé

lundi 28 septembre 2015

Les Rues de feu - Streets of Fire, Walter Hill (1984)

La chanteuse Ellen Aim (Diane Lane) est enlevée par un gang de motards, les Bombers, mené par l'impitoyable Raven Shaddocks (Willem Dafoe). Le sort d'Ellen repose alors sur des héros improbables : un soldat de fortune Tom Cody (Michael Paré) et son acolyte, la bagarreuse McCoy (Amy Madigan). Ils sont rejoints par Billy Fish (Rick Moranis), le manager d'Ellen, et le trio ainsi formé s'engouffre dans un univers de courses poursuites et de tueurs sans merci.

De l’inaugural Le Bagarreur (1973) à un Extrême Préjudice (1987) sous haute influence Peckinpah, la carrière de Walter Hill - qui ne sera par la suite qu’un solide faiseur hollywoodien - constitue un ensemble captivant. Le réalisateur se pose en digne héritier des réalisateurs américain « dur à cuire » à la Don Siegel ou Sam Peckinpah justement et en reprendra le flambeau dans une approche singulière. Durant ces premières années, Le Gang des frères James (1980) - et plus tard Geronimo (1993) et Wild Bill (1995) - sera un des rares films où Walter Hill s’attaquera ouvertement à un mythe/genre typiquement américain avec le western. Toutes les autres œuvres de Hill s’essaieront au genre dans une logique post-moderne, à des degrés plus ou moins prononcés. Cette approche jouera, selon les films sur un principe d’épure ou de surenchère. Pour l’épure, Le Bagarreur pousse dans ses derniers retranchements la figure du héros taciturne avec un Charles Bronson plus minéral que jamais, laissant ses poings s’exprimer pour lui. Driver (1978) en reste au squelette de polar melvillien façon Le Samouraï (1967 et déjà sacrément minimaliste) où les personnages ne sont même plus nommés et réduit à leur fonction (le flic, la fille et le pilote). 

Cette retenue est contrebalancée par des œuvres à l’inverse plus outrancières comme 48 heures (1982) où les curseurs de l’humour, l’action et la violence sont exacerbés pour façonner le sous-genre du polar qu’est le buddy movie. Ce gout pour la surenchère explosera dans les velléités pop de Walter Hill qui s’exprimeront pour la première fois dans Les Guerriers de la nuit (1979) qui transpose un postulat classique de western dans un environnement contemporain pourtant dénué de tout réalisme de par l’allure folklorique de ses protagonistes, des gangs multiethniques caractérisés par leurs costumes. Hill n’aura cependant pas pu pousser l’expérimentation aussi loin qu’il le souhaitait dans son esthétique comics – ce qu’il fera dans un remontage dvd récent et assez raté – et ressortira frustré de l’expérience en dépit de l’aura culte du film. L’immense succès de 48 heures va pourtant lui donner l’opportunité de renouer avec cette veine too much et de creuser avec plus de folie ce sillon.

Streets of Fire possède une trame qui une nouvelle fois reprend un argument de western  dans un cadre urbain, tout en y conjuguant d’autres influences comme L’Iliade (l’enlèvement d’une jeune femme provoquant une opposition entre deux factions) et L’Odyssée (Ulysse/Tom Cody de retour de guerre découvrant son aimée au prise avec d’autres prétendant). Contrairement aux Guerriers de la nuit dont les aventures et protagonistes extraordinaires évoluaient dans un environnement réaliste, Streets of Fire façonne un pur univers de cinéma. Le croisement entre le film d’action et la comédie musicale aura déterminé cette approche, Hill étant admiratif de l’univers alternatif façonné par Jacques Demy dans Les Parapluies de Cherbourg (1964). Le scénario qu’il coécrit avec Larry Gross, fort de cette approche de fable romantique amené par la comédie musicale se délestera d’ailleurs grandement de sa violence initiale. L’esthétique du film est typique de son époque et s’inscrit dans un tourbillon d’influence aisément identifiable. Le visuel tout en néons bariolés conçu par John Vallone reprend grandement les idées du Coup de Cœur (1982) de Coppola, tout posant baignant l’ensemble dans un espace urbain industriel et dévasté qui lorgne sur le New York 1997 (1981) de John Carpenter. 

Le rétro côtoie le moderne également dans les tenues vestimentaires et la bande son du film. Grease (1978) et la série Happy Days auront remis les années 50 au gout du jour, ce que l’on retrouve ici avec ces méchants blousons noirs à moto façon L'Équipée sauvage (1953) et les meilleures passages musicaux tel que le rock’n’roll enfiévré des Blasters le temps d’un One Bad Stud dans la taverne mal famée Torchie's. Walter Hill pensait au départ utiliser des standards des 50’s mais Universal lui imposera d’intégrer des compositions originales et plus orientées FM, Flashdance (1983) et sa lucrative bande-originale étant encore dans tous les esprits. Ce compromis transformera encore grandement le film, accentuant les expérimentations clippesques de Walter Hill et l’imagerie 80’s en dépit de la volonté de rendre l’ensemble intemporel. 

Diane Lane arbore ainsi un look au croisement de Joan Jett et Pat Benatar, la grandiloquence FM de ses séquences musicales (toutes doublées) évoquant plutôt la seconde. Ry Cooder (déjà partenaire de Hill sur le formidable score de Sans Retour) signe une bande son immersive entre sonorités traditionnelles et synthétiques, le producteur Jimmy Iovine chapeautant les chansons. Si tout cela est affaire de goût (les allergiques à la musique des années 80 en saigneront des oreilles quoi qu’il advienne), les compositions sont redoutablement efficace - Iovine ayant fait jouer son carnet d’adresse avec Tom Petty and The Heartbreakers ou Stevie Nicks à l’écriture - et s'intégre bien à l’ensemble. On regrettera néanmoins que Bruce Springsteen faute de temps n’ai pu participer alors que le titre du film vient d’un des morceaux phares de son album Darkness of the edge of town.

L’aspect plastique du film parvient à lui forger une réelle identité, que l’on y adhère ou pas et c’est plutôt au niveau du script que le bât blesse. Walter Hill en misant tout sur la facette sensorielle en a oublié de caractériser sérieusement ses personnages qui ne dépassent pas le stade d’archétype malgré la beauté et le charisme de ses interprètes. Le couple Tom/Ellen a trop peu d’interaction pour que leur antagonisme puis leur réconciliation émeuve car tout à sa vitesse, le film ne laisse jamais les moments introspectifs s’installer. Willem Dafoe retrouve la présence SM androgyne de The Loveless (1982) de Kathryn Bigelow (et reprise en partie dans Police Fédérale Los Angeles (1985) mais de même est finalement trop peu présent pour exister au-delà de la caricature de méchant de bd. 

La prestation de baroudeur désinvolte de Michael Paré fut décriée mais c’est finalement lui qui s’en sort le mieux, taiseux et charismatique tout en dégageant une certaine mélancolie. Les rares moments romantiques réussis sont ceux où Hill joue habilement de la photogénie de son couple, l’imagerie réussissant à véhiculer l’émotion que les acteurs n’ont pas eu l’espace d’exprimer. Le récit se trouve malheureusement sans liant consistant, réduisant Streets of Fire à un bel objet pop, ce qui aura néanmoins suffit à en faire un film culte avec le temps.

Sorti récemment en bluray chez Wild Side

 

samedi 30 août 2014

Man of Steel - Zack Snyder (2013)

Un petit garçon découvre qu'il possède des pouvoirs surnaturels et qu'il n'est pas né sur la Terre. Plus tard, il s'engage dans un périple afin de comprendre d'où il vient et pourquoi il a été envoyé sur notre planète. Mais il devra devenir un héros s'il veut sauver le monde de la destruction totale et incarner l'espoir pour toute l'humanité… Superman va devoir affronter deux autres survivants de la planète Krypton, le redoutable Général Zod, et Faora, son partenaire.

Superman (1978) de Richard Donner avait représenté la première grande et ambitieuse adaptation de comics de super-héros. Le film avait trouvé l’interprète idéal avec Christopher Reeves, les valeurs positives du personnage étaient totalement respectées et Richard Donner avait réussi à capturer la dimension mythologique mais aussi la proximité et la nature d’exemple/modèle associée à Superman avec son imagerie americana et ses péripéties spectaculaire. Le film allait représenter pour toutes les transpositions futures le canon de ce que devait être l’adaptation parfaite (le premier Spider-Man (2002) de Sam Raimi est entièrement calqué sur sa structure notamment) mais serait également un modèle indépassable pour toutes les futures visions du personnage. Des bisbilles de production allait faire évincer Richard Donner de Superman II (1980) pour un résultat dispensable signé Richard Lester (Donner n’aurait sa revanche que bien plus tard avec director’s cut plus conforme à sa vision puisqu’il avait en grande partie tourné la suite avant l’arrivée de Lester qui élimina sa contribution) qui ferait pourtant bien pire avec le ridicule Superman III (1983), la saga se concluant avec le nanar Superman 4 (1987).

Durant les années suivantes Batman (1989) et Batman Returns (1992) de Tim Burton ferait oublier l’Homme d’acier qui trouverait refuge à la télévision pour les visions moyennement palpitantes de Loïs et Clark et Smallville. Superman Lives constituerait un retour manqué au cinéma, le projet de Tim Burton destiné à sortir en 1998 étant finalement gelé par la Warner car trop couteux. Superman Returns (2006) de Bryan Singer ramènerait enfin le personnage en salle mais en dépit de belles images ce ne serait qu’une suite/variation du film de Richard Donner dans une déférence ennuyeuse et stérile. Warner décide donc de faire table rase de cet opus et de reprendre la franchise à zéro en en confiant les rênes à Christopher Nolan qui sut si bien ressusciter Batman avec Batman Begins (2005) et surtout The Dark Knight (2008). Simplement au scénario (avec David S. Goyer) et la production, Nolan fera appel à Zack Snyder, responsable des spectaculaires et ambitieuses adaptations des comics 300 (2006) et Watchmen (2009) pour réaliser la refonte que sera Man of Steel.

Le film sera donc un détonant mélange des styles Nolan et Snyder. Le cheminement spirituel de Superman, la construction en flashback de la première partie rappelant Batman Begins et le sérieux papal de l’ensemble évoque forcément Nolan mais le spectaculaire démesuré et finalement les thèmes du film lorgnent bien plus du côté de Snyder. Après le déroutant Sucker Punch (2011), Zack Snyder avait atteint un point de non-retour dans son esthétique tapageuse et avait promis de se réinventer avec son film suivant, cela participant à la rénovation profonde du mythe de Superman dans ce Man of Steel qui bouscule les acquis du personnage.

Tout le film tourne autour du statut d’étranger, d’être différent de Clark Kent/Superman qui cherchera sa place dans un monde où ses pouvoirs le mettent à part. Dès la spectaculaire ouverture sur la planète Krypton, le thème est posé. Les kryptoniens par leur volonté de contrôle excessif ont épuisé les ressources de leur planète qui se meurt et ont vu leur race décliner à cause de leur société pratiquant l’eugénisme génétique où chaque être est prédisposé à une fonction. Jor-El (Russell Crowe) comprenant que Krypton est perdue met au monde un fils de manière naturelle et décide le faire fuir vers la Terre dans une variation comics de l’Ancien Testament et de Moïse. Ce fils conçu sans manipulation génétique sera ainsi libre de sa destinée et de ce qu’il souhaite devenir, ses pouvoirs démesurés (due à la gravité différente de la planète Terre et de son soleil) lui permettant peut-être de servir de guide aux humains pour qu’ils ne commettent pas les mêmes erreurs que Krypton. 

A l’inverse le Général Zod (Michael Shannon) est un kryptonien suivant avec ferveur ce pour quoi il a été façonné, défendre krypton quoiqu’il en coûte. On constatera les ravages de ce dogme lors de l’ouverture où son fanatisme se confronte à la sagesse de Jor-El mais surtout lors de sa tonitruante arrivée sur Terre où il va traquer Clark et chercher à brutalement assujettir la planète. Superman/ Clark Kent acquiert donc ici une dimension nouvelle puisque son existence lui a laissé le droit à une incertitude qui courra une bonne partie du récit.

Les flashbacks montreront de quelle manière sa nature d’étranger l’isole, notamment l’adaptation difficile de son métabolisme durant l’enfance où le monde entier est une agression pour ses sens hypersensible. Ce sera ensuite un questionnement quant à l’usage de ses dons où son instinct d’entraide se confrontera toujours à la peur du regard des hommes pour ce qui est différent. Le scénario revisite ainsi de manière passionnante la relation de Clark et son père terrien Jonathan (Kevin Costner) qui cherchera constamment à contenir ses dons, estimant qu’il n’est pas assez mûr pour assumer le regard du monde sur sa vraie nature. 

Il lui apporte (au prix de sa vie) un sens de la mesure et de la modestie tout humain quand la rencontre avec Jor-El lui fera enfin accepter son destin de messie (là ce seront de lourde allusion au Nouveau Testament, Clark ayant 33 ans et multipliant les poses christiques en Superman) surpuissant. Une approche juste tant les premiers sauvetages de Clark  sont des reflets de son caractère irrésolu avec des bienfaits se disputant à des réactions à vif où il peine à contenir (notamment face aux provocations des brutes ordinaires) ses émotions.

Forcément avec pareille approche l’esthétique du film est loin de la tonalité lumineuse de l’opus de Richard Donner ou du décalque maladroit de Bryan Singer. Plus ténébreux et introspectif, le film reprend les motifs americana associé à Clark Kent et verse parfois dans un contemplatif lorgnant sur Terence Malick. La photo de  Amir Mokri adopte une lumière grisâtre où il faut voir le point de vu de Clark sur ce monde où il ne se sent pas à sa place et ce n’est que quand il acceptera et assumera son statut de héros, qu’il ressentira ce lien à la Terre et la volonté de la sauver que son environnement lui apparaîtra bienveillant et pourra être baigné de lumière. 



La première scène de vol est ainsi un grand moment et signe la première étape de ce changement, la seconde étant lorsqu’il se présentera au monde pour répondre au défi de Zod (avec une apparition toute christique dans les airs et les rayons immaculés du soleil) puis le dépassement de soi final où il stoppera la dévastatrice machine à gravité. Chacune de ces étapes est magnifiée par le superbe thème d’Hans Zimmer. Loin du tonitruant et inoubliable thème de John Williams, celui de Zimmer reflète la tonalité introspective de la première partie du film avec son motif de piano simple prenant de plus en plus d’ampleur et de puissance épique tandis que l’humain Clark Kent et le kryptonien Kal El deviennent enfin le meilleur des deux mondes, le héros Superman.

Chacun des films de Zack Snyder montrait des héros acculés et derniers rempart face une un ennemi illustrant une évolution forcément mauvaise. Ce seront les humains en luttes contre les zombies dans L’Armée des morts (2004), bien sûr les spartiates combattant l’envahisseur perse dans 300  ou les super-héros de Watchmen cherchant à sauver un monde imparfait menacé de destruction par un ennemi visionnaire et mégalomane. Man of Steel amène un développement étonnant à cette idée puisque c’est cette fois le méchant qui endosse ce statut de garant de la tradition (Zod) et le gentil qui symbolise cette évolution et ce mélange (Superman) plus forcément vu comme néfaste. 

Le Royaume de Ga'hoole (2010) et Sucker Punch avait amorcé cette bascule puisque le statu quo, l’ordre établi et le dogme y était vu comme une tare (les chouette militaires aux velléités totalitaire du premier, la lobotomie de l’hôpital psychiatrique du second) en oppostion aux aspirations de libertés des héros. 

Zod est donc un méchant captivant car sûr de son fait et déterminé, Michael Shannon lui apportant un charisme et une présence sacrément menaçante. Pourtant par sa conception génétique préétablie c’est également un être unidimensionnel suivant aveuglément le dogme et la fonction pour laquelle il a été façonné. Tout le contraire de Clark Kent qui aura douté, tâtonné et finalement trouvé sa voie en Superman. Cette facette prend un tour puissant dans la dernière partie soulignant leur différence, Zod par sa formation militaire s’adaptant et acquérant les mêmes pouvoirs que Superman en un temps record alors qu’il avait fallu toute une vie pour les maîtriser à Clark.

Visuellement le film est sans doute l’illustration la plus spectaculaire de la puissance démesurée de Superman, les anciens films n’ayant pas la technologie pour l’exploiter à son maximum. Snyder abandonne les ralentis iconiques qui ont fait sa gloire pour adopter un étonnant style « sur le vif » dans le filmage de l’empoignade de ses surhommes. On a constamment l’impression d’avoir un temps de retard, comme si la caméra avait du mal à suivre la rapidité de mouvement insensés des personnages dans l’idée de traduire de quelle manière l’œil humain serait incapable d’englober l’ensemble des informations s’il se trouvait face à des êtres d’un tel pouvoir. 

 Cela fonctionne magnifiquement, notamment grâce au charisme des acolytes de Zod dont une Faora (Antje Traue) à la présence glaciale et au regard hautain envers ces faibles humains, Snyder lui donnant une aura de puissance tout simplement dévastatrice. Le combat de titans à Smallville est un grand moment, laissant enfin Superman déployer sa force mais aussi se montrer sous un jour positif à la méfiance des humains qui l’accepteront alors. Les marivaudages et le jeu de dupes avec Loïs Lane (Amy Adams) ont complètement disparus puisque celle-ci devine d’emblée son identité et elle sera tout au long du film e référent permettant à Clark d’exprimer ses failles, sa sensibilité.

Le film est donc très spectaculaire, peut-être trop dans sa dernière partie (on se demande ce qu’il restera à détruire pour la suite annoncée), Snyder se montrant sans doute trop généreux et créant un léger déséquilibre avec la belle introspection de la première partie. Du coup la manière de vaincre Zod (après un long combat à la Dragon Ball Z – décalque japonais de Superman à l’origine la boucle est bouclée – où les buildings s’effondrent) est quelque peu radicale pour brutalement interrompre le récit mais a le mérite d’établir la frontière que Superman ne franchira plus et établir définitivement le canon du personnage. Une réinvention brillante et un des meilleurs films de Zack Snyder dont la furie aura été judicieusement dosée par Nolan. 

Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Warner

mardi 3 avril 2012

I Love You, je t'aime - A Little Romance, George Roy Hill (1979)


Deux adolescents surdoués, séparés par leur milieu d'origine, elle est fille de diplomate, lui fils de chauffeur, mais rapprochés par leurs passions communes, vivent une belle histoire d'amour à Venise auprès d'un vieil aventurier.

George Roy Hill signait un petit bijou de romance adolescente avec ce A Little Romance qui marqua les débuts à l'écran d'une toute jeune Diane Lane. Le film adapte le roman à succès E=mc2 mon amour de Patrick Cauvin, paru deux ans auparavant. George Roy Hill, tombé sous le charme du livre décidait donc de mettre son éclectique talent au service de cette jolie histoire d'amour. C'est sur scène qu'il repère Diane Lane où elle a fait ses premiers pas d'actrice dès l'âge de six ans tandis que le jeune Thelonious Bernard est lui est total novice. Face à ce couple de héros inexpérimenté, Hill place un solide casting d'acteur confirmé avec Arthur Hill, Broderick Crawford, Sally Kellerman et bien évidemment le grand Laurence Olivier en mentor farfelu (on entraperçoit même Dominique Lavanant en institutrice).

L'histoire conte une rencontre improbable entre deux adolescents que tout sépare. Lauren (Diane Lane) est la fille d'un diplomate américain installé à Paris tandis que Daniel (Thelonious Bernard) est lui issu d'un milieu plus modeste avec un père chauffeur et vit en banlieue. Leurs chemins se croisent par le plus grand des hasards lorsque Daniel en visite scolaire tombe sur Lauren s'ennuyant sur le tournage du film du nouvel amant de sa mère. Dès lors ils ne se quitteront plus, s'étant reconnu dans leur solitude et découvrant qu'une même curiosité les anime.

Tous deux sont des surdoués affirmés (elle) ou qui s'ignore (lui), Lauren étant déjà adepte lectures philosophique d'Heidegger tandis que Daniel a appris à parler couramment anglais au cours de sa cinéphilie dévorante et sa passion pour le cinéma américain et Robert Redford en particulier. Isolés de leur camarade leur facultés supérieures, ils vont donc vivre une passion précoce et touchante. George Roy Hill filme avec une justesse de ton idéale cette fragile romance, bien équilibrée entre candeur des premiers émois (le baiser sur le quai de métro) et loufoquerie qui permet de toujours échapper à la mièvrerie.

Nos adolescents n'en reste ainsi pas moins des jeunes de leur âges avec déjà la curiosité pour le sexe, entre le meilleur ami de Daniel obsédé par les grosses poitrines, où ce dernier dépité d'avoir été recalé des Trois Jours du Condor qui emmène sa belle choquée voir en porno en douce et elle-même se vantant auprès d'une camarade de ses ébats enflammés avec son beau français. Diane Lane est bien jolie et très attachante tandis que Thelonious Bernard témoigne d'un charisme certain et d'une belle fougue.

Le film est relancé à mi-parcours avec la séparation imminente due au retour du père de Lauren aux Etats-Unis. Leur temps étant désormais compté, les deux jeunes tourtereaux vont sceller leur amour en réalisant la légende que leur a compté le vieil affabulateur joué par Laurence Olivier. S'ils s'embrassent sous le Pont des Soupirs à Venise au coucher de soleil au tintement des cloches, ils s'aimeront pour toujours. On aura ainsi notre lot de rebondissements pour préparer l'impossible voyage jusqu'à Venise puis une fois en Italie une folle course-poursuite où nos héros échapperont à tous les obstacles pour réaliser leur rêve.

L'ensemble prend un merveilleux tour enlevé à travers de d'amusantes péripéties filmés avec grâce par Hill comme cette belle course à vélo dans Vérone où s'immiscent le couple. Laurence Olivier qui accompagne les enfants offre une épatante prestation avec ce personnage lunaire et gouailleur et véritable mentor encombrant du couple. C'est lui qui ranime la flamme dans un des plus beaux moments du film où la légende remise en doute il incite Lauren et Daniel de créer la leur et d'aller jusqu'au bout de l'aventure. Le montage alterné entre sa mine bienveillante et le couple s'adonnant à un baiser fougueux et maladroit sous une Venise au crépuscule est un pur moment de grâce porté par la divine musique de Georges Delerue (récompensée d'un Oscar).

Il en va de même pour le poignant adieu final où on est aussi triste que Daniel et Lauren de les abandonner. Une belle fin ouverte qui laisse la porte ouverte à tous les fantasmes pour des retrouvailles futures qui n'auront lieu que sur papier quand Patrick Cauvin décidera en 1999 de donner une suite à son roman (chose qu'il s'était longtemps interdit de faire mais la nostalgie l'emporta) avec Pythagore, je t'adore. Le film recevra un accueil critique favorable et de nombreuses récompenses notamment pour Diane Lane dont la carrière était lancée pour de bon alors que ce sera quasi l'unique rôle de Thelonious Bernard qui abandonnera le métier par la suite. Un beau moment.


Sorti en dvd zone 1 chez Warner (et comme toujours avec eux multizone et compatible à toute les platines) et doté de sous-titres français.