Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 17 janvier 2012

Le Dernier Train du Katanga - Dark of The Sun (ou The Mercenaries), Jack Cardiff (1968)

Le Capitaine Curry est un mercenaire engagé cette fois par le nouveau président du Congo à peine sorti des colonies, pour aller chercher le stock de diamants d'une compagnie minière étrangère ainsi que des ressortissants occidentaux sur une région contrôlée par les rebelles. Il a à sa disposition une quarantaine de soldats dirigé par un ancien nazi dont il n'a aucune confiance, et son fidèle bras droit et congolais d'origine, le caporal Ruffo...

Après la tonalité intimiste et le romantisme d’Amants et Fils, on n’attendait pas Jack Cardiff dans un registre aussi brutal que ce féroce Dernier train du Katanga. Le film nous plonge dans un contexte peu traité à l'époque, les guerres civiles et ethniques africaines à l’heure de la décolonisation des 60’s, sur fond de chasse aux diamants (ici inspirés des réels évènement survenu au Congo belge). On peut le rapprocher du récent Blood Diamond d’Edward Zwick qui bien que relativement efficace paraît bien gentillet à côté.

L’histoire narre la mission d'un commando chargé de remonter la jungle en train afin de récupérer un stock de diamants et (accessoirement) sauver un groupe de civils prisonniers des rebelles. Le ton est posé d'entrée avec un président du Congo qui s'avère un infâme dictateur cherchant à asseoir son pouvoir et briser la révolte naissante, cela avec l'assentiment et l'aide logistique de grands industriels européens pour peu qu'il puisse les fournir les diamants.

Le film dégage un constat très noir sur l'humanité qui ne se dément pas avec la description des militaires. Rod Taylor (vu en fiancé de Tippi Hedren dans Les Oiseaux et habitué des rôles de barbouze Tarantino lui réservera d’ailleurs une apparition dans son Inglorious Basterds) trouve le rôle de sa vie avec ce mercenaire dur à cuire, revenu de tout et uniquement motivé par son salaire.

Il évite d’être rendu détestable par son amitié avec Ruffo (excellent Jim Brown pas loin du rôle de sa vie aussi) soldat humaniste et désintéressé. Cette relation entre l’archétype du mercenaire et un autochtone éduqué et engagé est un des point les plus passionnants et fouillés du script de Ranald MacDougall (adapté d’un roman de Wilbur Smith). La description de l'armée congolaise est des plus cinglante également puisqu'on peut y trouver les pires ordures du moment qu'elles sont compétentes, dont un glaçant ancien nazi incarné par Peter Carsten.

Comme souvent avec le film de chefs-opérateurs, c'est visuellement somptueux et Cardiff filme les profondeurs insondable de cette jungle avec maestria tout en nous livrant des morceaux de bravoures aussi haletant que barbares. Le film surprend voire choque carrément par sa violence et sa sauvagerie mettant tous les camps dos à dos. Entre les enfants mitraillés, les massacres des troupes rebelles sur les occidentaux montrés dans toutes leur sauvageries et l’odyssée meurtrière finale de Rod Taylor. Le Dernier train du Katanga est un voyage au bout de la nuit qu’on n’oublie pas.

Rarement les guerres ethniques d’une Afrique faussement émancipée et sous le joug économique des occidentaux n’aura été montré aussi crûment. Bien évidemment on est avant tout devant un gros divertissement d’aventures et les raccourcis simplistes sont légions mais l’audace est bien là malgré tout. Le film est palpitant de bout en bout avec des moments d'action furieux dont retiendra le montage alterné haletant du hold-up des diamants et surtout l’affrontement (qui orne l’affiche mythique) entre Rod Taylor et le nazi armé d’une tronçonneuse !

L’émotion parvient néanmoins à surgir dans ce déluge de testostérone lors du final magistral. Rod Taylor y montre enfin son humanité de manière bouleversante, avant de céder à ses instincts les plus sanguinaires lors d'un mano à mano final d'anthologie et filmé au cordeau par un Cardiff très inspiré. Après avoir assouvi sa vengeance de façon pire encore que les brutes qu’il combat, l’heure est à la rédemption et l’apaisement pour notre héros.

Un grand classique du film d’aventures et une des grandes réussites de la trop mince carrière de réalisateur de Jack Cardiff. Malgré la violence prononcée, c’est pourtant bien dans un montage censuré qu’est le plus connu le film. Le montage originel était parait-il plus sauvage encore notamment la vengeance finale de Taylor virant au cannibalisme tandis que le grand massacre des otages multipliait les excès. Une version rarissime semble-t-il puisque uniquement diffusée par Tarantino (grand fan du film) dans un festival au début des années 2000 et issue d’une copie personnelle. Vu ce qui est conservé on n'ose imaginer le contenu de ce montage qu'on ne verra probablement jamais...

Longtemps introuvable, le film est sorti depuis peu en zone 1 dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres.

mercredi 9 février 2011

Amants et Fils - Sons and Lovers, Jack Cardiff (1960)


La ville minière de Nottingham en 1905. Walter Morel descend dans la mine depuis l'âge de quatorze ans et ne comprend pas que ses enfants hésitent à suivre son exemple. William, l'aîné, est parti travailler à Londres et Paul, qui montre des dispositions artistiques, songe à un poste de bureaucrate. Seul le plus jeune, Arthur, travaille avec son père. Mais un jour, il est tué dans une explosion...

Directeur photo légendaire pour les plus grands, de Hitchcock à Mankiewicz en passant par Powell/Pressburger et Albert Lewin, l'immense Jack Cardiff égalait tout les grands maîtres qu'il avait côtoyé en passant derrière la caméra avec ce troisième film, merveilleuse adaptation du roman de D.H. Lawrence.

L'histoire est en fait le parcours initiatique de Paul Morel (Dean Stockwell), jeune homme rêveur et exalté dans l'espérance d'un ailleurs que la grisâtre ville minière où il végète. Les perspectives professionnelles ne vont guère plus loin que la mine, funeste destin dont la pénibilité et l'usure ont endurci et aigri son père et où il va bientôt perdre son plus jeune frère. Son dont pour la peinture peu lui laisser espérer une carrière prometteuse à Londres mais des entraves bien plus insurmontables que physiques ou matérielles le retiennent. Il y a tout d'abord sa mère déçu par la sa vie qui l'étouffe d'un amour exclusif et fait reposer une attentes énormes sur lui, mais également les archaïsme locaux d'un cadre conservateur en opposition avec sa soif de liberté.

Le scénario retranscrit avec une infinie subtilité et une sacrée audace les thèmes du roman que ce soit les relations familiales ou les amours du héros. Cardiff capte magnifiquement ce cadre domestique rendu délétère par une vie de rancoeur un Trevor Howard (excellentissime en ouvrier minier aux manière rustre) en ouvrier minier rustre s'est laissé au fil du temps et des humiliations de sa femme qui le méprise sombrer dans l'alcoolisme. Wendy Hiller en mère abusive est le personnage le plus complexe et passionnant du film, qui en surprotégeant son fils lui ouvre l'esprit mais en fait également un indécis incapable de d'agir par et pour lui même.

Dès les premières séquences, la familiarité et la complicité entre eux dévoile un lien aussi intense que néfaste où malgré sa rudesse on ne peut qu'être attristé pour un Trevor Howard constamment exclus des confidences les plus intimes échangées. Pour jamais on ne doute de l'amour sincère qui uni cette famille à travers quelques moments chaleureux comme le repas de noël. Dean Stockwell avec ses traits durs et masculins croisés à un allant juvénile exprime parfaitement le dilemme de ce personnage qui n'est plus un garçonnet mais pas encore un homme. Cette transition pourrait se réaliser en rencontrant LA femme mais là encore de nouveaux obstacle se pose dans les deux figures féminines illustrées.

D'un côté un amour pur, exclusif et sincère de Miriam Leivers (Heather Sears) mais exclusivement spirituel par la faute d'une bigoterie rurale confinant à une frigidité insurmontable. De l'autre on trouve la sensualité et l'esprit libre de Clara Dawes (Marie Ure magnifique) mais dont le coeur n'est pas totalement libéré de l'esprit de son mari. Les rôles pourraient même s'inverser tant Miriam dans un esprit sacrificiel s'avère prête à se soumettre à l'acte charnel de manière sacrificielle quand Clara sous son anticonformisme s'avéra une épouse comme une autre. Le film pose ainsi des questionnements passionnant sur le féminisme, l'essence du couple et le sexe de manière explicite dans le dialogue et les situations.

Une des caractéristiques des films de chef opérateur c'est justement d'être toujours somptueusement photographié (parfois à défaut du reste si on tombe mal). Sons and Lovers ne déroge pas à la règle avec ce qui est sans doute le plus beau noir et blanc vu dans un film des 60's avec le somptueux travail de l'excellent Freddie Francis sans doute secondé par Cardiff lui même. L'atmosphère rurale brumeuse est palpable dans les landes et forêt s'étalant à perte de vue, les noirs d'une profondeur aussi intense que l'esprit torturé des personnage le tout dans des cadrages au scope parfait et à l'inspiration picturale prononcées et inventives.

Les scènes de sexe obéissent à cette recherche esthétique et à ce raffinement du récit. Les instants tendres avec la timorée Miriam sont ainsi souvent filmé à distance notamment la nuit fatidique avec son baiser lointain et son étreinte au plaisir non partagés où une vue du ciel (en signe de cette culpabilité religieuse) puis de l'extérieur de la grange nous rend étranger aux évènements. A l'opposé la sensualité des séquences avec Marie Ure conserve tout leur attrait aujourd'hui comme cette lente montée de désir dans les échanges de regard puis ce moments où Paul quitte sa chambre pour contempler Rachel dénudée près de la cheminée avant qu'ils s'enlacent sauvagement. Plus tard ce sera la torpeur après l'amour qui sera vue dans toute son naturel lorsque Marie Ure sera lascivement allongée sur le lit face à son amant torse nu face à la fenêtre.

La conclusion ouverte est ambigüe avec son héros libéré par la force des choses mais maintenant le coeur sec, tous les destins s'offrent à lui mais le chemin pour y parvenir aura peut être été trop douloureux notamment cette scène de deuil aussi sobre que déchirante. Superbe film, sans doute le meilleur de Cardiff réalisateur avec le radicalement différent Le Dernier train du Katanga.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening