Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 23 juin 2025

La Dame aux camélias - La storia vera della signora delle camelie, Mauro Bolognini (1981)

 L'histoire de Marie Duplessis, courtisane aimée par Alexandre Dumas fils qui la nommera Marguerite Gautier dans son roman. Après sa montée à Paris, elle devient prostituée puis courtisane.

La Dame aux Camélias est une ambitieuse production européenne à visée de « patrimoine » à travers l’adaptation du célèbre roman d’Alexandre Dumas fils. Bien que s’inscrivant totalement dans le registre (la grande adaptation et le film en costume) de Mauro Bolognini, il n’est pas le premier envisagé par la production puisque, sur recommandation de son ami et admirateur Bertrand Tavernier, Vittorio Cottafavi est le premier nom envisagé. Cela est d’autant plus pertinent que Cottafavi a auparavant signé avec Fille d’amour (1953), une adaptation moderne de La Traviatta, l’opéra de Verdi également inspiré du roman de Dumas fils. Mais Cottafavi retiré depuis trop longtemps à la télévision est écarté au profit de Mauro Bolognini qui va parfaitement faire sien le projet.

Souvent paresseusement comparé à Visconti à cause de leur appétence commune pour le film en costume, Bolognini a cependant une approche différente lors de ses voyages dans le passé. Sans doute marqué par la fructueuse collaboration avec Pasolini lors de ses premières réussites majeures (Les Garçons (1959), Ça s’est passé à Rome (1960)), il en garde une certaine sécheresse, une volonté de réalisme et une noirceur qui détone avec cette réputation injustifiée de simple illustrateur. La Dame aux Camélias s’inscrit dans la continuité de plusieurs œuvres âpres traitant de la condition sociale féminine et notamment de la prostitution comme La Viaccia (1960), Bubu de Montparnasse (1970) ou encore L’Héritage (1976). 

Cette dimension sociale est d’autant plus appuyée par le choix d’adaptation, puisque ce n’est pas le roman qui est directement transposé, mais plutôt la véritable histoire d’amour qui l’a inspiré entre Alexandre Dumas fils et la courtisane Marie Plessis. Le film est ainsi davantage un portrait de cette dernière, rappelant ainsi à quel point le roman de Dumas fils se prête à de multiples et passionnantes relectures – le film de Cottafavi évoqué plus haut, le magnifique Le Roman de Marguerite Gautier de George Cukor (1936), même le Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001) en est une variation lointaine.

Alphonsine (Isabelle Huppert) est une jeune fille conditionnée depuis l’enfance à être désirée et exploitée. Avec une grande sobriété graphique, Bolognini montre la concupiscence qu’elle éveille au plus jeune âge chez des hommes auprès desquels son innocence et ses traits semblent raviver quelque chose. C’est le souvenir de sa fille décédée chez le vieillard Stalkeberg (Fernando Rey), le visage de son épouse décédée pour le Comte Perregaux (Bruno Ganz). Les hommes mûrs transposent un passé meurtri sur ce visage angélique et mutin, les plus jeunes y voient une innocence à souiller dans l’esprit d’une existence débauchés de dandy. Alphonsine subit tout d’abord les évènements, notamment sous l’emprise d’un père (Gian Maria Volonté) à l’affection trop insistante pour ne pas être dérangeante, et toujours prêt à la livrer au plus offrant.

Le récit se construit sur un désir subit, accepté puis exploité par Alphonsine. La passivité de la jeune femme témoigne de ce conditionnement, avec le moment de bascule où un prêtre se voulant bienfaiteur finit par céder à son tour à l’attrait d’Alphonsine. Bolognini semble opérer un glissement et une prise de conscience de son pouvoir durant cette scène. Il filme le visage à l’expression incertaine d’Alphonsine (passivité, résignation) lorsque les mains du prêtre se glisse sous ses jupes, avant un raccord sur les pieds du prêtre qui s’est suicidé par pendaison car meurtri par son acte. Le dégoût et l’entre-deux moral des premières scènes rurales cèdent à la fange et à la luxure des scène parisiennes. Le dépouillement des scènes de campagne laisse place à la surcharge des compositions de plans en décors, costumes, couleurs et accessoires. 

Il y a le cadre de l’opéra, espace de lien social et de rencontres, les soirées mondaines où se nouent et se dénouent les liaisons, et surtout les salons privés dans lesquels la débauche la plus décomplexée peut s’exprimer. L’ornementation des décors n’a aucun faste pour Bolognini, l’austérité de la photo de Ennio Guarnieri et la gamme de couleurs des costumes de Piero Tosi donnant des allures de mausolée à cet hédonisme de façade. Cette morbidité accompagne l’apparence d’Alphonsine, beauté pure dans la première partie, trop fardée quant elle apprend encore à user de ses charmes, puis magnifique d’élégance et de sophistication tout en ayant le regard éteint de celle qui en a trop vu et fait. La blancheur de ses traits en la rend désormais libre d’être rongé par la tuberculose tant sa substance vitale semble avoir été vidée par les années de débauche.

La romance avec Dumas fils semble lui octroyer un sursis, mais les impératifs désormais économiques de son statut de courtisane et un blocage mental à envisager une autre existence (les dernières scènes où mourante elle maintient ses rituels mondains) empêchent une vraie issue romantique. Dumas fils ne deviendra un « bon parti » qu’avec les recettes de son récit des déboires d’Alphonsine, mais avant cela le dilemme se maintiendra pour le pire dans l’esprit de la jeune femme. 

L’ouverture sur les répétitions et la conclusion sur l’interprétation scénique de La Dame aux Camélias opposent assez brillamment l’idéal de tragédie romantique face à une bien plus sordide réalité. Le final tragique des amants sur scène est la projection de l’idéal de Dumas fils dans la façon dont il aurait aimé perdre son aimée, la réalité nous a montré Alphonsine seule, crachant du sang avant de donner son dernier souffle à la suite d’intenses souffrances. On reprochera tout juste une narration parfois trop abrupte (le montage télévisé en deux parties, plus riche de 30 minutes respire un peu mieux) mais sinon Bolognini ramène le fantasme romantique à l’échelle de la condition humaine. 

Sorti en bluray français chez Gaumont 

vendredi 11 novembre 2022

Ça s'est passé à Rome - La giornata balorda, Mauro Bolognini (1960)


 L'histoire de deux jeunes gens désargentés, David et Ivana, récemment devenus parents, qui doivent maintenant assumer leur existence et leur quotidien, en commençant par chercher un travail pour subvenir à leurs besoins et élever leur enfant.

Ça s'est passé à Rome constitue pour Mauro Bolognini le deuxième volet d’un diptyque initié avec Les Garçons (1959). Ce précédent film inaugurait la collaboration exclusive (ils avaient travaillé précédemment ensemble sur Les Jeunes Maris (1957) mais entourés d'autres scénaristes) du réalisateur avec Pier Paolo Pasolini, l'apport de celui-ci le tirant vers des sujets plus profonds et ses premières vraies réussites dans leur film suivant en commun, Le Bel Antonio (1961) d'ailleurs adapté dAlberto Moravia comme Ça s'est passé à Rome. Dans ce périple nocturne aux côtés de petites frappes romaines, Pasolini amenait l'authenticité de sa propre expérience de voyou qui se croisait au romantisme et formalisme de Bolognini, ainsi que son goût du glamour avec l'usage d'un casting peu réaliste (car pour l'essentiel des français doublés en italien, Laurent Terzieff, Jean-Claude Brialy, Mylène Demongeot) mais diablement photogénique - ce qui ne manquerait pas d'agacer Pasolini qui corrigera le tir dans son propre Accatone (1961) avec des acteurs amateurs. 

Cette idée de diptyque se ressent d'autant plus si l'on compare les deux titres italiens, La Notte brava pour Les Garçons et La giornata balorda pour Ça s'est passé à Rome. Après la nuit d'errance des canailles de Les Garçons, voici donc la journée chaotique de David (Jean Sorel), jeune homme oisif malgré les responsabilités prématurées qui lui incombent. Il est en effet déjà père de famille depuis qu'il a mis enceinte sa voisine Ivana (Valeria Ciangottini) mais sans le sou ils ne sont pas mariés, vivent encore chez leurs parents respectifs et le bébé n'est pas encore baptisé faute de moyens pour la cérémonie.

Régulièrement invectivé par sa mère et sa belle-famille, David semble pourtant indifférent à leurs remontrances. Bolognini ouvre le film sur une image esthétisante qui dresse la facette réaliste de Pasolini et la sienne plus stylisée avec une caméra qui avance en contre-plongée sur sous les linges accrochés entre les modestes bâtiments où vive les protagonistes. C'est une manière de faire cohabiter l'indolence du héros David et la misère dans laquelle il vit. Toute l'intrigue lâche du film joue sur cette dualité puisque David passe dans les faits cette journée à chercher du travail, mais dans la réalité n'effectue que des chemins de traverse du fait de son inconséquence. La bonne volonté initiale de notre héros se heurte à l'indifférence de ces interlocuteurs nantis qui le font tourner en rond dans la ville sans la moindre embauche, quand ce n'est pas sa propre concupiscence qui le détourne de son objectif dès qu'une jolie femme passe devant ses yeux.

Bolognini nous fait traverser une Rome du boom économique, s'incarnant par les espaces bourgeois aperçus mais surtout les personnalités détestables rencontrées. L'égoïsme règne chez les nantis et plusieurs situations suggèrent leurs mœurs douteuses (la commande d'une manucure masquant la prostitution) et la source de leur fortune qui l'est tout autant avec ce patron convoyeur d'essence. Comme souvent chez Bolognini, les femmes font figures de victimes plus ou moins consentantes, contraintes à s'avilir pour subsister telle Marina (Jeanne Valérie) la voisine "manucure" de David, Freya (Lea Massari) la maitresse entretenue d'un industriel véreux. Les hommes les soumettent, les "consomment", les abandonnent ou les tiennent dans une forme de dépendance, ce à quoi participe David durant cette journée et qu'il fait subir d'une certaine manière à la mère de son enfant.

Sous cette noirceur, Bolognini illustre la ville et ses alentours sous une langueur ensoleillée et sensuelle qui offre quelques respirations bienvenues. Malgré tout c'est le portrait d'une société égoïste et cupide qui se dessine en creux, à l'image de ce vieillard dont le cadavre est exposé dans son appartement sans qu'aucun membre de sa famille ne se présente. Même outre-tombe il sera victime de l'urgence des nécessiteux et contribue à un final doux-amer qui ne résout rien et forme une boucle avec l'ouverture et cette même image nocturne d'un panorama de linge étendu.

Le film traîne actuellement en entier sur youtube avec des sous-titres anglais, pour les curieux dépechez vous de regarder avant que ça disparaisse aucun dvd français n'existe pour l'instant

mardi 23 mars 2021

Black Journal - Gran bollito, Mauro Bolognini (1977)


 Italie, 1938. Lea, une femme du Sud de l'Italie émigrée au Nord, voue un amour excessif à son fils unique, Michele. Elle offre toutes les apparences d'une femme affable, invitant ses voisines à prendre le thé, leur vendant un savon qu'elle fabrique elle-même et qui rend la peau très douce. Mais, derrière cette façade respectable se cache un terrible secret.

Black Journal est une œuvre qui détone dans la filmographie de Mauro Bolognini. Alors certes tout connaisseur de l’œuvre du réalisateur sait qu’elle vaut bien plus que celle de « Visconti du pauvre » auxquels certains le réduisent à cause de son appétence pour la grande adaptation littéraire et du film historique. L’excès et le grotesque peuvent tout à fait s’inviter chez lui mais en faisant sens comme dans l’excellent Vertiges (1975) et son étude du fascisme par le prisme de la folie. Ce sens est plus nébuleux dans cet inclassable Black Journal, comédie noire adaptant de façon fort singulière un fait divers qui agita l‘Italie de la fin des années 30. Entre 1939 et 1940 Leonarda Cianculli est se rend coupable d’une série de meurtre la voyant tuer ses victimes dont elle recyclera les corps en gâteau et savon qu’elle vendra afin de subsister durant la guerre. On suppose également une sorte de rituel magique afin de tromper le sort et d’empêcher son fils d’être enrôlé dans l’armée italienne et possiblement tué au front.

La vraie histoire et tellement folle et sordide que Bolognini prend le parti de l’outrance pour nous la raconter. Lea (Shelley Winters) n’existe que dans ce rôle de mère abusive, étouffant son fils Michele (Antonio Marsina) d’un amour malsain et quasi incestueux. Le malaise s’installe dès leurs retrouvailles dans la nouvelle demeure où le père (Mario Scaccia) semble un intrus pour lequel Lea témoigne une attention froide tandis que l’affection démesurée pour le fils s’exprime par des baisers trop longs et langoureux pour être honnête. Bolognini prend le cliché de la « Mama » italienne (et plus spécifiquement celle aimante et modeste du Nord de l’Italie) pour le pousser dans ses derniers retranchements ambigus. La perte de ce fils est une angoisse latente de Lea avec en toile de fond l’appel de l’armée, mais c’est une peur plus profonde qui vient des nombreuses fausses couches, enfants morts-nés et bébés prématurément décédés qu’elle a eu à subir avant de savourer la présence de Michele. Dès lors Michele ne peut s’épanouir dans une relation amoureuse sans que Lea ne bouillonne de jalousie et elle va radicalement conjurer le sort et les peurs qui l’agitent. 

La femme ne peut s’incarner qu’à travers son rôle de mère, c’est pourquoi Lea méprise Sandra (Laura Antonelli) la voluptueuse amante de son fils qui représente une figure jeune et sexuée avec laquelle elle ne peut rivaliser. De même son entourage d’amies est constitué de vieilles filles, des femmes dans l’âge mûr qui n’ont jamais enfantées et qui ne représente pas une menace. L’idée folle est de faire jouer ce groupe d’amies par un casting masculin (Max von Sydow, Alberto Lionello et Renato Pozzetto) qui paradoxalement exprime une féminité aux antipodes de la monstruosité que dégage Lea. Ancienne beauté hollywoodienne, Shelley Winters voit son embonpoint traduit de façon ogresque par les choix formels de Bolognini. Les tenues sombres, la silhouette large et les contre-plongées sur son visage déformé par la haine en font une pure figure monstrueuse, le regard fou et prête à bondir. Les amies ne sont des hommes qu’aux yeux du spectateur mais sont supposées être d’authentiques femmes dans le cadre du récit. Néanmoins certains dialogues et situations se font troubles pour créer une forme de connivence avec le spectateur sur la manière dont les voit Lea. 

Ses élans meurtriers viseront donc ces femmes « qui n’en sont pas » pour l’héroïne du fait de cette incapacité d’enfanter et des sacrifiables pour dompter le destin funeste qui guette son fils. Tous les acteurs interprètent d’ailleurs un double rôle, celui des femmes de l’entourage de Lea mais aussi ceux des figures d’autorités qui contribueront à démasquer et arrêter Lea par la suite. Nous sommes donc dans un pur univers mental signifiant tour à tour par ce choix les instincts morbides mais aussi la culpabilité de Lea, la folie douce qui l’anime. Les scènes de meurtres sont saisissantes, leur amorce baignant dans l’humour noir avant de basculer dans le gore le plus soudain et gore. Le dégoût est certain lorsqu’elle donne à déguster les mets conçus avec les entrailles de ses victimes. Dernier point fort du film, un écrin formel blafard et étouffant avec une photo d’Armando Nannuzzi naviguant entre le blanc, l’ocre et le marron qui nous fait traverser le récit dans un terreau fangeux et oppressant. Un film unique en son genre et une géniale anomalie dans le parcours du talentueux Mauro Bolognini, vraiment à voir. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Rimini

dimanche 10 novembre 2019

Le Chevalier de Maupin - Mauro Bolognini (1966)


 Au XVIIè siècle, la jeune et innocente Magdeleine de Maupin est forcée de fuir la maison de son oncle où les soldats hongrois sont sur le point d'arriver. Déguisée en abbé, elle prend la route du couvent. Prise pour un homme, elle est arrêtée par une troupe du roi qui décide de l’enrôler contre son gré. C'est à partir de ce moment qu'elle prend le nom de Theophile.

Mauro Bolognini signe un trépidant récit picaresque avec Le Chevalier de Maupin qui le voit adapter le roman Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier. La mise à mal de la figure masculine avait eu lieu dans Le Bel Antonio (1960) tandis qu’un féminisme éclatant s’exprimerait avec la Claudia Cardinale résistante de Liberté, mon amour (1975). Ces deux voies s’expriment dans Le Chevalier de Maupin avec Magdeleine (Catherine Spaak), corsetée dans ses robes comme dans les conventions, destinée à simplement être belle pour un futur époux qu’elle ne désire pas. Cette pensée rétrograde correspond d’ailleurs à la mentalité bourgeoise avec cette ironie en début de film durant la fête où les discussions s’amusent d’un possible révolte du peuple.

 Les circonstances de la grande Histoire vont précipiter l’émancipation de Magdeleine à travers un travestissement en homme pour échapper aux sbires de l’impératrice d’Autriche. Le mélange d’espièglerie et d’innocence de notre héroïne va donc la promener dans ce monde qu’elle connaît si peu, un monde poreux dans sa dynamique masculin/féminin. Plutôt que de s’amuser de l’opposition de la frêle jeune fille à des environnements d’hommes (élément à fort potentiel puisqu’elle est malgré elle enrôlée dans l’armée), c’est à l’inverse au trouble que sa présence androgyne développe chez les autres qui intéresse Bolognini. La promiscuité crée un désir qu’il refoule et ne s’explique pas chez le Capitaine Alcibiade (Robert Hossein) pure figure virile qui révèlera ses failles, tandis que la noblesse décadente du Chevalier d’Albert (Tomás Milián étonnant en dandy précieux) accepte et poursuit son attirance coupable. Les péripéties savent donc exprimer charme distancié et veine picaresque grâce aux dialogues subtils mais aussi le brio formel de Bolognini. Le réalisateur  fige des tableaux réalistes (les scènes de ville pleine de vie), stylisé (les compositions somptueuses du final dans la maison close) et raffiné grâce au costumes de Piero Tosi et à la photo solaire de Ennio Guarini. 

 C’est cependant dans l’érotisme trouble et feutré que le film fait merveille. Les formes se laissant deviner sous l’uniforme de Catherine Spaak laisse planer une sensualité latente que Bolognini rend explicite par intermittences par de superbes idées formelles (le postérieur de Catherine Spaak visible dans le reflet d’une flaque d’eau). Les dialogues piquants et étonnamment explicites sur l’homosexualité donnent quelques séquences comiques et audacieuses où il s’agira d’assumer  ses penchants. Cela semble plus simple pour une noblesse sans œillères morales, mais c’est une liberté intime de plus à conquérir pour les modestes que sont Alcibiade (ou Ninon la prostituée en quête d’émancipation qu’incarne Ottavia Piccolo).

Mauro Bolognini lui-même homosexuel s’amuse ainsi à faire bouger les lignes (un baiser inattendu, un lit partagé et quelques gestes équivoques)  des unions même s’il fait retomber l’ensemble dans la norme lors du final. La perdition du lieu (une maison-close) donne une fascinante contradiction au charivari romantique final, où la caméra suit les amoureux qui s’épient, se cherchent et se suivent dans un décorum tout sauf chaste. Un superbe écrin à la beauté et au charisme de Catherine Spaak, dont l’élégance s’élève au-dessus des normes de genres. 

Visible actuellement à la Cinémathèque française dans le cadre de la rétrospective consacrée à Mauro Bolognini