Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 30 décembre 2018

Orange mécanique - A Clockwork Orange, Stanley Kubrick (1971)


Dans une Angleterre futuriste et inhumaine, un groupe d'adolescents se déchaînent chaque nuit, frappant et violant d'innocentes victimes. Alex, le leader du gang est arrêté et condamné à 14 ans de prison. Il accepte de se soumettre à une thérapie de choc destinée à faire reculer la criminalité.

D’abord fraîchement accueilli par la critique, 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) s’était finalement avéré un succès sur la longueur grâce au triomphe que lui fit la jeunesse hippie. Stanley Kubrick pensait enchaîner avec le grand projet de sa vie, Napoléon, mais la production au long cours de son film précédent rendrait le financement difficile. En plein préparatif de Napoléon, Kubrick se voit offrir par son ami scénariste Terry Southern le roman Orange Mécanique d’Anthony Burgess paru en 1962. A cette époque le Nouvel Hollywood émergeant bouleverse les codes moraux par des écarts de violence inédits dans des œuvres comme Bonnie and Clyde (1968), Easy Rider (1969), les productions studios s’enhardissent aussi avec L’Inspecteur Harry (1971) ou La Horde sauvage (1969). Kubrick voit donc là l’opportunité de faire avec Orange Mécanique le « film de jeunes » ultime dont le succès aiderait à lancer Napoléon - la démarche sera d’ailleurs la même lorsqu’il fera Shining (1980) pour se remettre en selle après l’échec de Barry Lyndon (1975) en voyant la vogue des films d’horreur. Dans cette idée le tournage se fera d’ailleurs à l’économie pour faire oublier le souvenir dispendieux de 2001.

La première partie du film nous montre l’univers et le quotidien du héros Alex (Malcolm McDowell) consacré à l’ultraviolence. Le récit est supposé se dérouler dans un avenir proche mais Kubrick plutôt qu’une vision futuriste « technologique » opte pour une invention dans la stylisation. Cela passe par des extérieurs où le choix est fait de tourner dans les bâtiments londoniens les plus laids et/ou étranges dans leur architecture tandis que les intérieurs entrecroise toute l’esthétique pop art et avant-gardiste u moment. L’objectif est de rendre le film intemporel même si paradoxalement il s’agira de l’œuvre la plus « datée » (ou du moins identifiable quant à sa période de production) de Kubrick. 

Quoiqu’il en soit, ce visuel marqué (auquel on ajoutera les tenues des droogs, recyclage astucieux d’une tenue de cricket de MacDowell) nous emmène dans un ailleurs palpable dès la saisissante ouverture avec ce gros plan sur le visage d’Alex, puis ce lent travelling arrière sur leur posture maniérée et menaçante tandis qu’il se présente au spectateur en nadsat, étrange argot conçut par Anthony Burgess. Cette réalité alternative est donc d’abord formelle, avant de se manifester dans la violence décomplexée des droogs. Kubrick n’adoucit pas ni ne magnifie cette violence, mais ses trouvailles formelles donnent aux écarts les plus révoltant la subjectivité de l’ivresse ressentie par leurs auteurs. L’ombre des droogs sur fond de lumière bleutée alors qu’ils tabassent un clochard, la caméra s’attardant sur une fresque de théâtre avec de descendre sur le spectacle d’une bande violant une jeune femme sont des moments qui jouent de cela. L’architecture de la maison du couple qui se fera sauvagement agresser conjugue pareillement abject des actes et recherche du style, tout comme la demeure de cette femme aux chats dont l’assassinat passe par un insert et zoom brutal sur un tableau. L’aspect « collage » du film fonctionne aussi dans le détournement du fameux « Singin in the rain » de Gene Kelly, servant ici à malmener en rythme ses victimes.

Malcolm McDowell (repéré par Kubrick dans le If… de Lindsay Anderson (1968)), visage juvénile et regard démoniaque provoque une vraie confusion morale chez le spectateur. L’identification semble impossible au vu de ses actes abjects, mais l’allure, la gouaille et le panache du personnage nous amène à endosser son regard de façon amusée (la partie de sexe à trois en accéléré) ou plus détachée (quand il restaure son autorité en malmenant ses droogs). La sournoiserie en germe sous les manières violentes va pourtant se développer paradoxalement par la répression. Bête laissant ressortir ses pulsions, Alex « civilise » en quelque sorte sa malveillance par le calcul et la flagornerie en prison afin d’en sortir plus vite grâce au traitement Ludovico. Kubrick définit ainsi une voit sans issue entre la violence sans fard de la rue, celle autoritaire sans effet de la prison (qui annonce Full Metal Jacket (1987)) et celle psychologique du traitement Ludovico. 

Toutes passent par la soumission et l’annihilation de la personnalité de l’individu, ce dernier semblant instinctivement mauvais et irrécupérable de toute façon. C’est tout le message d la seconde partie du film où Alex paie le prix de ses actions face aux anciens acolytes devenus figures d’autorité, victimes d’hier prenant leur revanche. Les supposées figures progressistes s’avèrent passer par une même violence par calcul politiques ou une loi du talion à laquelle elle n’échappe pas non plus (l’écrivain joué par Patrick Magee). Là nous ne sommes plus dans l’espace mental d’Alex mais le monde réel où la douleur passe aussi par les coups de boutoir de la Neuvième symphonie de Beethoven. Le sommet est atteint avec l’ironie de l’épilogue où la corruption de ce monde réel (le ministre venu soudoyer Alex) s’entrecroise à la corruption morale désormais renforcée de notre héros à travers saisissante vision finale. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Warner 

samedi 5 décembre 2015

The Raging Moon - Bryan Forbes (1971)

Bruce Pritchard (Malcolm McDowell) est un jeune homme issu des classes populaires, passionné par le foot, qu’il pratique assidument en amateur. Mais, le jour du mariage de son frère, il s’effondre. Il est atteint d’une maladie incurable qui le condamne à rester en chaise roulante jusqu’à la fin de ses jours. Décidé à ne pas retourner vivre chez ses parents, il obtient une place dans une maison d’accueil pour handicapés. Il a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’une autre pensionnaire, Jill (Nanette Newman).

Bryan Forbes signe un superbe mélo au sujet très original en plus d'offrir un de ses rôles les plus sensible à Malcolm McDowell avec The Raging Moon. Le film adapte le roman éponyme de Peter Marshall paru en 1964. Frappé par la polio à l'âge de 18 ans et paralysé depuis, il exprima les difficultés de cet handicap dans la société d'alors avec son autobiographie Two Lives paru en 1962 et pour laquelle il reçut de nombreux prix, puis dans la fiction avec le roman The Raging Moon tout aussi personnel. Le sujet tenait particulièrement à cœur à Bryan Forbes qui se mit dans une situation compliquée pour tourner le film. Alors directeur de la production au sein d'EMI, Forbes fit produire le film par le studio tout en renonçant à son salaire de réalisateur mais ne put empêcher les mauvaises langues de l'accuser d'avoir joué de sa position.

Malcolm McDowell incarne une sort de double de Peter Marshall avec ce Bill Pritchard aspirant écrivain mais qui ne sait que faire de sa vie, vivant encore chez ses parents alors que son frère s'apprête quitter le foyer familial pour se marier. On devine ce mal-être sous son air jovial et qui va se concrétiser brutalement lorsqu'une maladie va lui faire perdre l'usage de ses jambes et le coincer en chaise roulante. Le récit dépeint une réalité cruelle pour les handicapés, nulle part à leur place. Notre héros s'isole donc dans un centre spécialisé pour s'isoler d'une société où il est de trop mais la rencontre avec Jill (Nanette Newman) va progressivement lui redonner gout à la vie.

Les deux personnages offrent un reflet du rejet d'un monde réel où ils sont un fardeau encombrant pour leur entourage ou alors objet d'attention exacerbées qui les infantilisent. Pire que tout, leur handicap semble les destituer de leur statut d'être humain. Jill est ainsi fiancée depuis de longues années avec un homme connu avant d'être en chaise roulante, sauf que ce dernier a désormais une attitude chaste envers elle comme si elle n'était plus une femme en attente d'affection physique plutôt que de pitié. C'est ainsi que va se nouer le lien entre Bill et Jill qui se rapprocheront et s'aimeront sans jamais être gênés par leur handicap si ce n'est pour en rire. Plus que leur chaise roulante, c'est le regard des autres qui va constituer la plus terrible des prisons.

On a ainsi une approche forte audacieuse fustigeant la compassion chrétienne. Tant qu'ils vaquent au diverses activités proposés par le centre, celui-ci constituera un havre de paix où ils pourront se reconstruire. Dès lors qu'ils chercheront à y vivre une histoire d'amour, on leur niera ce besoin vital du fait de leur handicap. Ils leurs refusent tout autant ce statut d'humain, les réduisant à de simples objets sur lesquels s'apitoyer dans ce cadre religieux (l'esprit sarcastique de Bill offrant une scène hilarante et pathétique face aux "bienfaiteur) et voyant comme une monstruosité le fait qu'ils puissent s'aimer et se désirer. Ces entraves physiques et morales offrent ainsi un beau frisson au moindre moment de rapprochement comme ce premier baiser à l'intensité magique.

Malcolm McDowell incarne vraiment un de ses rôles les plus touchants et vulnérables, formant un couple idéal avec une Nanette Newman (épouse et actrice fétiche de Bryan Forbes) alliant espièglerie et mélancolie à merveille. La mise en scène contemplative et intimiste de Bryan Forbes sert à merveille le sujet, la magnifique bande originale de Stanley Myers (lorgnant sur le meilleur de John Barry) faisant superbement décoller l'émotion des images par son entêtant thème principal. Preuve que le sujet était encore dérangeant, les exécutifs d’EMI tenteront d'empêcher la sortie du film qui sera uniquement sauvé par ses projections-tests enthousiastes. Même s'il ne rencontrera pas un grand succès à sa sortie, The Raging Moon s'avère une des œuvres les plus justes sur ce thème et une magnifique histoire d'amour.

Sortie en dvd zone  2 anglais et bluray et doté de sous-titres anglais

mercredi 4 juillet 2012

La Féline - Cat People, Paul Schrader (1982)


Après la mort de leurs parents la jeune Irena Gallier retrouve son frère aîné, Paul, qui vit près de la Nouvelle Orléans. Peu de temps après, Paul disparaît sans laisser de traces dans une maison close où une prostituée a été attaquée par une panthère. On réussit à capturer l'animal qu'on enferme dans un zoo où, le lendemain, Irena accourt. Elle se lie d'amitié avec un des zoologistes, Oliver Yates.

Aujourd’hui argument pécuniaire pour des relectures vaines et sans idées, le concept de remake a pourtant entre de bonnes mains donner cours à des œuvres fascinantes. Le début des années 80 s’avère assez propice à des remakes ambitieux et bousculant les certitudes des originaux. Plusieurs furent produit au sein de la Universal comme le terrifiant et organique The Thing de John Carpenter (1982), l’outrancier et fascinant Scarface de Brian De Palma (1983) tous deux revisitant les classiques d’Howard Hawks et donc Cat People de Paul Schrader réinventant lui le chef d’œuvre de Jacques Tourneur.

Paul Schrader reste dans la lignée de Tourneur sur le point de départ. Une jeune femme (Simone Simon dans l’original et Nastassja Kinski ici) effrayée par l’accomplissement de sa sexualité réveille une malédiction familiale qui lorsqu’elle est en proie au désir la transforme en panthère. Tous les éléments du film de Jacques Tourneur, dans l’histoire comme le contexte de production dévoilent une œuvre reposant sur la frustration.

Le rigoureux Code Hays rendait l’argument de départ très sous-jacent (on sait seulement que le mariage n’est pas consommé) et les contraintes de budget contribuaient à la géniale invention de la peur par le hors champ typique des productions Val Newton pour instaurer un mystère dont la fascination et l’effroi demeure inégalé en suggérant l’innommable.

Au premier abord et en se focalisant sur l’original Paul Schrader a donc tout faux. Esthétique tape à l’œil typées 80’s (dans la lignée de l’esthétique MTV qu’il contribua à inventer et populariser avec son American Gigolo (1980)), récit démonstratif qui explique et montre tout ce qui était éludé dans le film de 1942. Ces différences ne sont cependant pas là pour de simples velléités spectaculaires mais nourrissent le fond antinomique des deux films.

Si les deux héroïnes sont intimidées par le sexe, Simone Simon fait réellement figure de créature apeurée dont la peur de commettre l’acte réveille les démons surnaturels. Nastassja Kinski est bercée des mêmes frayeurs mais n’en est pas moins attirée par le stupre. Tout dans la posture, le physique et les attitudes de Simone Simon trahit une peur panique du sexe pour une colère, une culpabilité et une frustration qui la transformeront en panthère.

Nastassja Kinski est autrement plus ambigüe, rongée par le désir (la première rencontre avec John Heard où son attitude réservée est contredite par des regards brûlant et des dialogues pleins de sous-entendus) mais refusant de s’y abandonner pour des raisons qu’elle ignore encore. Tourneur avait réalisé un film sur la frigidité féminine quant au contraire Schrader scrute l’éveil de ce désir féminin. Le film n’est ainsi qu’une lente montée en puissance, une longue attente dont l’issue ne peut-être qu’un coït fiévreux.

En réveillant la Bête qui est en elle, Irena devient une femme complète, ce que viennent surligner les symboles de menstruations plus (les coulées sanglantes lors du meurtre dans le zoo, Irena qui observe son sang après sa première fois à la fin) ou moins (la couleur rouge ocre du monde des rêves) appuyés dans l’imagerie du film.Toujours partagé entre culpabilité et débauche du fait de son éducation calviniste (dualité qui nourrit tous ces films), Schrader place cette libération sexuelle sous l’aune d’un terrible tabou incestueux. Sous peine de coucher entre frères et sœur liés par le même mal, les « Cat People » condamne leurs amants d’un soir à une mort violente lorsque le plaisir assouvi ils se transforment alors en panthère noire.

Les scènes troubles et équivoques entre Malcolm McDowell et Nastassja Kinski créent donc un certain malaise tandis que le cadre de la Nouvelle Orléans (ville cosmopolite dont les habitants ont rapportés et conservés les rites de leurs origines) offre un pendant parfait aux hypnotiques séquences païennes en Afrique où on découvre la tradition ancestrale et transgressive des « Cat People ». Les images sont absolument fascinantes et renforcée dans leur étrangeté par le score magnétique de Giorgio Moroder qui délivre sa bande-originale la plus brillante.

Avec pareil parti pris, la conclusion diffère donc totalement de Jacques Tourneur où l’héroïne incapable de résoudre son conflit périssait tragiquement. Nastassja Kinski sait parfaitement ce qu’elle veut et plutôt qu’une vie humaine forcément chaste choisira de céder totalement à la Bête qui ne sommeille plus mais est une part dominante de sa personne.

L’éclat de la beauté et de la sensualité de l’actrice n’a jamais autant brillé, magnifié par un Schrader qui fut son amant durant le tournage et qui explique sans doute la puissance charnelle dégagée par Kinski filmée sous tous les angles. Les dernières minutes sont plus envoutantes et rattrapes largement les quelques petites fautes de gout qui traverse le film (effet spéciaux grossiers parfois, une reprise inutile et ratée de la scène de la piscine de l’original). Erotique, original et stylisé, un des meilleurs films de Paul Schrader.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

lundi 13 juin 2011

Le Meilleur des mondes possible - O Lucky Man, Lindsay Anderson (1973)


Mick Travis, jeune homme ambitieux, est décidé à faire fortune le plus vite possible. Cette rage de réussir enthousiasme Gloria Rowe, une publicitaire, qui l'engage pour représenter la marque Imperia Coffee. Mick se voit bientôt confier la prospection de tout le nord-est de l'Angleterre. Mais il joue de malchance et, au cours d'une tournée, il est pris pour un espion et fait prisonnier par le service de sécurité d'un centre de recherche atomique secret. Il parvient cependant à s'échapper et se retrouve dans la voiture d'un infirmier en quête de volontaires pour des expériences médicales...

Devenu superstar grâce à Orange Mécanique Malcolm McDowell décidait de renouer avec le rôle qui l'avait révélé, le Mick Travis du If.... de Lindsay Anderson. Difficile cependant de faire lien entre l'ado rebelle de If... et le héros de ce O Lucky man et plutôt qu'une suite directe ce nouveau film constitue plutôt un prolongement des idées et réflexions de If.... L'idée de départ vient donc de Malcolm McDowell qui rédige un premier script s'inspirant de sa courte carrière de vrp en café à une période de vache maigre. Pas totalement satisfait Anderson remanie le scénario en lui donnant plus d'ampleur (finalement la vente itinérante de café ne constitue qu'un court épisode au début) et y ajoute certaines trouvailles comme d'adjoindre les chansons d'Alan Price (l'idée lui vient après une tentative de documentaire avortée sur la tournée de l'ancien organiste des Animals) pour commenter ironiquement les mésaventures de Mick Travis.

On avait quitté Malcolm MacDowell armes au poing mitraillant les figures d'autorité à la fin de If..., c'est dans un tout autres état d'esprit qu'on le retrouve là faisant son entrée dans le monde de l'entreprise, en salarié conciliant et ambitieux (hilarante scène où il éclipse ses rivaux par son sourire carnassier et hypocrite). Mick Travis est donc rapidement chargé de prendre en main tout un secteur régional de vente et Anderson retrouve la verve grinçante de If... pour dénoncer les travers des notables locaux qui vont rapidement corrompre Mick. O Lucky Man souffre cependant d'un gros problème par rapport a son prédécesseur, celui de privilégier le discours à l'émotion ou en tout cas d'être incapable de les équilibrer. If.... fonctionnait aussi bien en tant que brûlot contestataire que de vrai drame humain, était aussi drôle que touchant.

Ici Lindsay Anderson a la grande ambition de revisiter le Candide de Voltaire au monde capitaliste en crise des 70's et l'histoire fait finalement plus office de fable morale que de vraie fiction. De même Anderson conserve le même groupe d'acteurs (dont certains déjà de l'aventure de If...) pour incarner plusieurs personnages tout au long du film comme pour symboliser un visage uniforme de cette société gangrénée et sans valeur humaine. La démarche est donc très (trop) cérébrale et pensée et finalement ça ne fonctionne jamais réellement malgré le contenu explosif de l'ensemble. Le seul fil conducteur est la soif de réussite démesurée de Mick et les obstacles qu'il rencontre durant ses pérégrinations, chacune dénonçant une tares particulière dans des sphères de plus en plus haut placées. On passe donc de l'expérimentation pharmaceutique sauvage à la chasse au communiste en passant par l'exploitation de la main d'oeuvre du tiers monde par les grands groupe capitalistes. Il y a au moins la matière pour 5 films dans O Lucky Man, c'est beaucoup trop et l'ensemble s'étale sur trois longues heures.

Il y a heureusement de vrais moments amusant et réussis dans cette longue démonstration mais trop peu. La conclusion montre la verve intacte de Anderson qui après nous avoir montré l'inhumanité des nantis fait de son héros un illuminé soudainement soucieux de la causes des plus démunis. Ces derniers ne semble pas en mériter tant entre les sans abris vu comme une entité monstrueuse et ingrate ou encore cette longue séquence où Mick tente de sauver du suicide une mère de famille qui a renoncé a tout espoir, sans parler de la compassion à inventaire de l'église déjà une des grande cible de If.... Au final les chansons de Alan Price constituent une fausse bonne idée qui ressassent ce qui est déjà très lourdement appuyé tout au long du film. Le contenu prend donc le pas sur le cinéma dans un ensemble froid et ennuyeux malgré les fulgurances (le juge qui se fait une séance SM avant de rendre son verdict !).

L'autosatisfaction et le nombrilisme de l'entreprise est à son summum lors de la conclusion où Mick se présente à un casting (où le réalisateur n'est autre que Lindsay Anderson himself) où le rôle exige d'avoir comme accessoires une pile de livre et une mitrailleuse, soit les signes distinctifs de son personnage dans If.... La boucle est (bien mal) bouclée et ça laisse craindre le pire pour le troisième volet Britannia Hospital si ça reste dans cette veine froide et détachée.

Sorti en dvd zone 1 (mais compatible multizone comme souvent avec eux) chez Warner et doté de sous-titres français.

Extrait

lundi 9 mai 2011

If.... - Lindsay Anderson (1968)


Des lycéens anglais se révoltent violemment contre le système éducatif et la discipline de fer de leur établissement.

Cofondateur du free cinema anglais avec ses amis Karel Reisz et Tony Richardson au début des années 60, Lindsay Anderson en prolongeait les préoccupations de manière radicale avec le brulot If.... Ancré dans un quotidien prolétaire, les grands classiques du free cinema (Billy Liar, Saturday Night and Sunday Morning, The Loneliness of The Long Distance Runner), montrait une jeunesse désemparée par les entraves du système et qui malgré tout ses efforts se voyait toujours contrainte de rentrer dans le rang. If.. sort en 1968 alors que différents mouvement libertaires plus où moins extrêmes s'impose à travers le monde (le héros incarné par Malcolm MacDowell affiche des posters des Black Panthers dans son antre secrète) et fascine une jeunesse bien plus déterminée dans sa rébellion. Plus de place pour la résignation donc et le film de Lindsay Anderson s'affirme comme une féroce satire en forme d'appel aux armes.

Le scénario de John Sherwin (grandement inspirée de sa propre expérience dans le pensionnat de Tonbridge School) nous plonge donc dans le quotidien d'un pensionnat anglais de garçons que nous suivons sur la durée d'une année scolaire. Au départ rien ne semble distinguer cet établissement de ce qu'on attend d'y voir, entre chamailleries, bizutage, et sottises diverses. Pourtant peu à peu le malaise s'installe insidieusement par le dispositif installé par Anderson (notamment une déstabilisante alternance de la couleur et du noir et blanc tout au long du film) pour sonder l'organisation de l'école. Se présentant faussement comme un système appelant à l'autogestion de chacun et d'une évolution individuelle, l'école transpose dans le domaine éducatif un pur modèle militaire.

Un petit groupe d'élève plus âgé, les Whip (fouet en anglais et cela prend tout son sens) se charge de la surveillance des autres dont se sont déchargé les professeurs. L'ensemble des échanges reposent sur les rapports de force et de domination (lorgnant ouvertement le temps d'une scène vers le sadomasochisme) où les Whip abusent de leurs autorité pour régler leur compte et soumettre les plus récalcitrants au punitions les plus cruelle. Il vont pourtant trouver à qui parler avec Mick Harris (Malcolm McDowell dont la première apparition masquée le rapprochant de l'anarchiste Guy Fawkes donne le ton) le plus arrogant des pensionnaire et fasciné par les figures les plus fameuses de la rébellion. La violence des punitions ira crescendo avec la virulence des revanches prises par Mick et ses amis véritable nid de la résistance jusqu'à l'implacable séquence finale.

Lindsay Anderson fait preuve d'une audace de tout les instants, dans la forme comme le fond. Ancien documentariste (il reçoit en 1954 l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire avec son Thursday's Child) il dépeint l'atmosphère de cet école en alternant style sur le vif voire froideur clinique (le long châtiment à coup de bâton de Mick) avec une stylisation toujours surprenante. On bascule ainsi par instant dans une atmosphère surréaliste et psychédélique très étrange le temps de quelque scène comme l'excursion à l'extérieur où Mick drague une jeune serveuse qu'il entreprend dans le bar même sur un montage saccadé...

De même plus tard après une mauvaise blagues au pasteur Mick est convoqué au bureau du recteur qui le somme de s'excuser auprès de sa victime, qui surgit alors du tiroir d'une des armoire de la pièce ! Autre point étonnant, l'éveil des sens et de désirs interdits de ces jeunes gens amenés par leur promiscuité quotidienne et donc la question de l'homosexualité abordé frontalement par une relation entre un élève plus âgé et un autre au physique androgyne.

La principale cible de If..., c'est cependant les modèles de vie tout puissant symbolisés par l'armée et la religion. Les scènes de messes phagocytant l'esprit des jeunes garçons ponctuent l'ensemble du film dont une mémorable où le prêtre interprète l'ensemble de son sermon et les versets de la bible sous l'angle militaire. Ce même prêtre qui troquera sa robe pour un autre uniforme plus martial le temps d'un exercice de combat en forêt...Plus insidieusement certaines des actions les plus discutable de Mick et ses amis ne sont pas punies, comme pour récompenser malgré la rébellion une certaine forme d'initiative dans la nuisance.

La jolie serveuse tombe dans les bras de Mick alors qu'il l'a abordé de la manière la plus machiste qui soit et le directeur semblera presque fier d'eux lorsqu'il devra les punir pour usage des armes. Un méthode d'éducation qui se retournera contre l'établissement lors de l'extraordinaire final où les rebelles s'attaquent aux deux institutions qui n'auront su les briser dans une pure séquence de guérilla. une conclusion coup de poing pour un film définitivement sans concession.

Cette prise de risque paiera puisque le film remportera la Palme d'or à Cannes en 1969. Malcolm McDowell qui dans son premier rôle délivre à l'état brut son ambiguïté mi ange mi démon et sera remarqué par Kubrick qui en fera le célèbre Alex de Orange Mécanique. L'histoire ne s'arrête pas là pour autant puisque Lindsay Anderson tournera deux suite à son film culte, O Lucky Man (1973) et Brittannia Hospital (1982) où Malcolm McDowell reprend son rôle de Mick Harris pour de nouvelles aventures.

Pour les plus fortunés disponible en dvd zone 1 dans une splendide édition bourrée de bonus chez Criterion (et normalement de sous-titres anglais comme le plus souvent avec eux) et les autres se reporteront sur le zone 2 anglais qui est lui pourvu de sous-titres anglais et beaucoup plus abordable. Il comporte notamment "Thursday Children", le court récompensé de Lindsay Anderson.


lundi 4 avril 2011

Le Froussard héroïque - Royal Flash, Richard Lester (1975)


Une détonnant et délirante aventure historique qui aurait pu être fabuleuse mais qui s'avère tout juste plaisante par la faute de l'incompétence de Richard Lester. Le film adapte la série de roman de George MaDonald Fraser consacré à l'anti- héros Harry Flashman, soldat officier britannique couard, joueur et amateur de femmes dont les mésaventures se mêlent aux grands évènement et personnage de l'Europe agitée du milieu du 19e siècle. Royal Flash est le deuxième livre de la série (qui en compte 12 paru entre 1969 et 2005) et est adapté par l'auteur en personne qui collabore là pour la seconde fois avec Richard Lester après avoir signé les script de son diptyque Les Trois Mousquetaires/On l'appelait Milady (il s'occupera également de la suite tardive et ratée des années 80).

Dès la géniale séquence d'ouverture le ton est donné. Dans une sorte de parodie de l'ouverture de Patton, Flashman nous apparaît tout en posture solonnelle avec le drapeau britannique en arrière plan pour déclamer un discours patriotique et fier à des jeunes cadets. Un orateur admiratif fait alors le récit des exploits qui valent son prestige à notre héros, tandis qu'à l'image apparaissent les faits réels à savoir un acte de lâcheté absolue en Afghanistan (cadre du premier livre de Fraser) qu'un malentendu va faire passer pour de l'héroïsme. Lester reprend ensuite avec bien moins de brio les idées du Tom Jones de Tony Richardson à savoir passer le film historique à la moulinette parodique, décalée et paillardes avec un Malcolm McDowell impérial en obsédé décadent et joueur.

Une des première scène en casino clandestin avec femmes légères aux corsets prêt à exploser, hommes libidineux et ridicules dans une ambiance délicieusement décadente est des plus savoureuses à ce titre. Malgré ce côté rigolard, le film est visuellement somptueux avec une direction artistique splendide offrant son lot de tableau en mouvement inspiré sur une très belle photo de Geoffrey Unsworth. La musique de Ken Thorne donne quant à elle un ton sautillant au différents classiques du répertoire germaniques (dont du Wagner à toutes les sauces) pour accompagner les différentes contrées traversées par Flashman et sied fort bien à l'atmosphère du film.

La trame dépeint donc les démêlées de Flashman qui s'est fait un ennemi de mortel de Bismarck quelques années plus tôt, ce dernier prenant sa revanche en l'entraînant dans un complot où il doit momentanément prendre la place du monarque d'un duché qu'il convoite notre héros étant son sosie. Malcolm MacDowell est excellent, toujours l'air ahuri et dépassé par les évènements il incarne idéalement ce héros médiocre mais attachant. A l'opposé Oliver Reed en Bismarck impose une magistrale prestance et on signalera également Alan Bates en homme de main fourbe et une Britt Ekland qui joue de son image sexy en incarnant une duchesse frigide. Les rebondissements s'enchaînent donc dans une ambiance bonne enfant sur cette trame prenante mais le tout s'écroule bientôt.

Ce qui faisait le charme et la reconnaissance critique des films de Lester c'était cette dimension distanciée et bouffonne où le réalisateur semblait toujours gentiment se moquer de ce qu'il racontait. C'est précisément cela qui rend une bonne partie de ses films irregardables aujourd'hui. Superman II en a pâti tout comme ses très pénible adaptations d'Alexandre Dumas et ce n'est que quand il mène un récit avec un minimum de rigueur que le film est réussi comme Petulia (même si pour ce dernier je soupçonne définitivement Nicolas Roeg directeur photo de l'avoir dirigé a sa place tant il évoque plus son style a venir que celui brouillon de Lester) ou La Rose et La Flèche. Après une première moité certes décalée mais qui restait prenante, le film sombre donc dans la pantalonnade pur et simple dans sa dernière partie ou raccourcis scénaristiques et gags bien lourd diluent progressivement l'intérêt.

Le clou est atteint lors d'une dernière scène farceuse qui n'achève rien et laisse tout en suspend. Un beau gâchis qui mériterait vraiment une nouvelle version, un Terry Gilliam (qui dans Time Bandits offrait ce genre d'Histoire malmenée) s'en délecterait (une série TV serait aussi prévu paraît il). Ca m'a en tout cas donné très envie de lire les livres c'est déjà ça.

Sorti en dvd zone 1 chez Fox avec VF ou sous-titres anglais. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le personnage de Flashman le très complet lien Wikipedia ici

Extrait de la dernière scène pas d'inquiétude ça n'entache rien à un futur visionnage !